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Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mercredi 5 août 2015

TITUS ANDRONICUS (4)



Au premier plan, Patrick Stickles dans une dérive capillaire (inspirée de John Brown ?)

Un préquel à l'article sur Titus Andronicus publié en 2010 dans Trip Tips 9 (groupe de l'année 2010). 

En 2015, ils ont enregistré encore deux fois plus de musique qu'au temps de leur double album... 



Patrick Stickles, le chanteur de Titus Andronicus, l'a dit, il arrêtera le groupe quand cela perdra son sens, car prendre de l'âge est déprimant. Mais s'il y a une chose qui permet à son groupe de s'installer dans l'excellence pour devenir l'un des meilleurs de son temps, c'est celle ci : Stickles a eu, au fil du temps, de plus en plus conscience que la plupart des autres compositeurs et musiciens rock ne faisaient pas ce qu'ils devaient, car il avaient perdu foi dans le pouvoir de cette musique. « C'est très dur de se sentir aussi investi dans un groupe maintenant, par rapport à quand j'avais 16 ans – quand un bon groupe de rock n'roll était la chose la plus importante de l'univers », raconte t-il en 2012. Fut une époque où la science et l'individu œuvraient dans un élan émotionnel commun qui produisait des rassemblements et des convictions.
En tant que chanteur, il est forcément le membre alpha, l'être humain générique au cœur des études politiques et existentielles du groupe. L'article aurait pu portait son nom, quelque chose paradoxal du genre : l'extraordinaire et pitoyable parcours de Patrick Stickles.
Il y avait une période où Stickles ne savait pas clairement ce qu'il faisait. On pourrait le rapprocher de Karl Marx au moment de ses premiers écrits : il n'avait pas idée qu'il fondait une théorie marxiste, ne se posait pas encore la question de savoir si ce serait une idéologie ou si le fait que ses idées émanent d'un être humain, qui était lui même, le rendent indépendant de toute influence venue de la société. En d'autres termes, il ne s'était pas posé la question de savoir pourquoi il tentait comprendre le fonctionnement de la société, et quels problèmes il souhaitait résoudre. Il devait se douter que sa propre pratique lui était inspirée par un système qui l'influençait déjà alors qu'il tentait de le combattre. Comme les philosophes, et les sages de manière générale, le mouvement de Stickles vient de l'intérieur.


Tous les arts sont impliqués chez Titus Andronicus, le groupe punk rock de la banlieue de New York : avant le théâtre déjà, avec Shakespeare, il y a eu la dramaturgie picturale de Brueghel. Le peintre connu pur les Proverbes Flamands et pour avoir illustré une société à peine sortie du moyen-âge, les travers de ces hommes, notamment la vanité et l'inconséquence. Titus Andronicus a décrypté un autre tableau à sa façon : la Chute d'Icare (1558), le prétentieux qui a voulu selon certains 'élargir les frontières du savoir' et n'a donc tenté de se rebeller contre des lois immuables en s'envolant vers le soleil.
Deux minuscules jambes dépassant de l'eau juste à côté de là ou paissent un troupeau de moutons et leurs bergers qui continuent comme si de rien n'était. Ils ont compris eux, que tout le sens de la vie c'était de ne pas chercher à braver le ciel par vanité mais accomplir la tâche qui nous est attribuée. C'est le communisme avant l'heure, celui que même Marx n'a vu que balbutiant. C'est l'un des motif qui poursuivent le chanteur de Titus Andronicus sur la route : alors qu'ils s'apprêtaient à jouer un concert, dans la rue ils assistèrent à un accident, un homme se faisant renverser par une voiture. Il y eut la sensation de devoir, malgré le fait d'avoir été les témoins de ce drame, jouer le concert comme si de rien n'était, chaque chose étant par force, le fruit d'une construction et bien à sa place.
« C'est horrible, vais vous ne pouvez rien faire d'autre que de continuer votre existence, même si elle peut paraître insignifiante après ça. » Après deux albums plus fantastiques et conceptuels, The Airing of Grievances (2008) et The Monitor (2010) l'idée était de revenir avec le troisième, en 2012, à des histoires tirées de la vie réelle. 


On peut supposer que les motivations individuelles sont encore plus fortes et viscérales dans un groupe de punk rock. Et dans le cas de Stickles, ces motivations sont dérivées en partie d'une nostalgie pour un temps où les arts avaient un rôle crucial, et ou chaque détail d'un tel tableau comptait -comme chaque détail dans le son d'un groupe.
En présentant Total Business (2012), il aura ces mots : « Je voulais faire de ce disque plus l'album d'un groupe, plutôt que celui d'un grand collectif. Je voulais le faire sonner plutôt comme les classiques que nous avons adoré au fils des années, quand les groupes étaient juste.. des groupes. »
Par là veut t-il sans doute dire, quand les groupes se dédiaient à leur musique plutôt que de dépenser une énergie stupide en marketing. C'est leur bravoure et leur simplicité qui donnait de la visibilité à ces groupes. Si l'honnêteté est le prérequis de l'artiste, la liberté n'est pas si facile à acquérir. Stickles renverse les causes et les conséquences, et non seulement le fait t-il en tournant les observations à propos de la vie réelle au profit de paraboles empruntées à de grands artistes nés dans d'autres temps. Il le fait en prenant l’Amérique à bras-le corps. « Le capitalisme est sans doute le meilleur système et celui qui suscite le plus de liberté, vraiment. C'est la façon que nous avons de le faciliter qui produit des effets négatifs : certaines personnes utilisent leur liberté de façon injuste, au détriment des autres. » Ainsi la liberté est l'un des principes sur lequel fonder les relations entre les hommes, et cela vaut pour cet extraordinaire groupe de punk rock aussi.


Tout doit s'acquérir avec loyauté et honneur. L'honneur a été, pour celui qui se définit d'abord comme un plouc du New Jersey, un sens difficile à acquérir, mais sans doute en soi un but de l'existence. IL y a toujours dans les propos de Stickles et ses paroles si quantitatives/qualitatives ce regard à l'intérieur, sur le groupe et chaque composante, chaque conscience, avant de le tourner vers la société.
« Local Business raconte la pouvoir individuel pour résister aux exigences de la société à se conformer et à consommer, l'urgence de trouver une relation à votre propre mortalité, déterminer vos valeurs, et ne pas être forcé dans une construction sociale. » Se sacrifier pour des valeurs a t-il un sens ? En évoquant un 'relation à sa mortalité' et le sens de la vie, Stikles pourrait nous parler de la folie de Daesh. Il part du principe que la société n'a pas de sens, et que chacun a le pouvoir de donner un sens à son existence, de lui attribuer une valeur. Encore faut t-il avoir l'esprit suffisamment clair pour définir ce qui a de la valeur, en notre for intérieur. Il faut avoir conscience de sa propre fragilité et de sa solitude. Peut-être même être qu'être capable de dérision est une condition indispensable dans cette construction sociale qui anime très souvent le chanteur américain. Fait t-il partie de la contre-culture ? Qu'est-ce que ça apporte aux autres, d'être soi-même ? Qu'est ce que ça signifie d'être punk ?
« Ma psychanalyste est une dealeuse de médicaments, comme tous les autres [médecins], mais elle est amusante. Elle n'est pas punk, mais son crane est rasé. Elle sait que je suis dans un groupe. Parfois elle essaie de me dire que peut-être que si je suis déprimé, c'est du au fait que je deviens trop vieux pour être un punk, mais j'essaie de ne pas croire à ça. Vous n'êtes jamais trop vieux pour être un punk. En fait, les plus vieux punks sont les plus authentiques, car être un punk quand vous êtes jeune est tellement plus facile.»
« Les chansons sur cet album évoquent le conflit ui existe pour devenir un individu autonome, et la solitude qui en découle. Et aussi, de savoir que vous êtes autonomie, mais en même temps, une partie de quelque chose de beaucoup plus grand. » Local Business est ce regard à la fois sensible et critique d'êtres humains sur l'endroit où ils sont nés, où ils ont vécu et où ils ont essuyé les frustrations. 


Titus Andronicus étaient devenus une petite sensation nationale suite au succès de The Monitor, leur chef d’œuvre à l'ampleur romantique et au désespoir héroïquement surjoué. Ce troisième album, Total Business, était enregistré en réaction aux perspectives de devoir servir de chair à programmation dans les festivals pour le restant de leurs jours. Et même pas en tête d'affiche malheureusement. S'il avaient parfois tendance à passer pour des survivants (de la guerre de sécession) sur The Monitor), ils auront gagné le droit de douter de tout, et sans sombrer dans l'alcoolisme, de devenir ce groupe qui a tenu bon et a produit, en lieu et forme d'un doigt d'honneur définitif à l'industrie du spectacle, le monumental The Most Lamentable Tragedy en cette année 2015. On pouvait dire auparavant, attention, Titus Andronicus n'est pas Stickles, le personnage dans ces chansons est un pantin égaré au cœur des paradoxes globaux, dans les élans nationalistes, dans la dépravation régionale, dans les guerres intestines, l’aliénation de son propre sang au moment où il doit avouer à sa mère qu'il n'est plus vraiment le même que le petit garçon qu'elle a connu.
Mais de cette époque dépeinte comme dans des romans, seules restent dans Local Business les réminiscences qui manipulent et le broient, et leurs intentions sont d'autant plus claires et prophétiques qu'elle visent désormais Patrick Stickles et son groupe plutôt que les personnages de ses paraboles. Le doute s'est installé, Stickles emportant le groupe avec lui dans une spirale géniale qui rappelle l'intensité de Trent Reznor, qualifié de génie au temps de ses premiers albums, et redevenu un homme plutôt banal depuis. Stickles se sent déjà trop vieux pour continuer, car cette musique qu'ils joue, dit t-il, est l'apanage des jeunes qu'il observe autour de lui. Mais sait t-il qu'arrêter Titus Andronicus, c'est sombrer dans la banalité de l'existence ? Il a gardé ce leitmotiv assez longtemps pour plus que doubler la quantité de musique enregistrée par son groupe depuis le coup d'éclat du double album de 2010.

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