“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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lundi 2 juillet 2012

Patti Smith




Peut être New York est-t-elle plus accessible aujourd’hui. Mais Patti Smith a attendu longtemps avant d’y être considérée comme une artiste complète ; chanteuse de rock bien sûr, mais poète, écrivaine et photographe. Les mots génèrent tout le reste ; sa musique ne serait pas envisageable sans les articulations de sa prose, explosive à ses débuts, pleine de rebonds. Même lorsque les mots sont submergés de sons, ils restent le plus important.

La photographie, Patti Smith lui a consacré ses mémoires, à travers la personne de Robert Mapplethorpe, célèbre photographe avec qui elle passa sa vie, jusqu’à son décès prématuré en 1989. « J’ai appris avec lui que la contradiction est le chemin le plus direct vers la vérité », témoignera t-elle dans Just Kids, ce fameux livre paru en janvier 2010. « Nous étions Hansel et Gretel et nous nous aventurions dans la noire forêt du monde ». « Que va-t-il nous arriver ? [Mapplethorpe :] – Nous serons toujours là. » Ils ont à eux deux la volonté farouche de marquer leur temps, et d’échapper à la pauvreté. « Je n’avais pas de preuve que j’étais dotée pour être artiste, même si j’avais faim d’en devenir une. » La photographie semble être le moyen un peu magique d’y parvenir. Smith prend des photos, Mapplethorpe encore davantage, en plus de faire toutes sortes de collages à la limite du mauvais goût. Elle doit le lancement de sa carrière à une photographie ; son compagnon est à l’origine du visuel de la pochette de Horses (1975). Y apparaissant vulnérable, elle a pourtant entièrement confiance en lui, c’est visible. Ils ont confiance l’un dans l’autre : “Nous nous imaginions comme des enfants de la liberté avec pour mission de préserver, de protéger, de projeter l’esprit révolutionnaire du rock n’ roll. Nous craignions que la musique qui nous avait nourri ne soit en danger de famine spirituelle. Nous craignions qu’elle ne perde son sens, qu’elle tombe entre des mains grasses, qu’elle ne patauge dans la fange du spectacle, de la finance, d’une complexité technique insipide. » Elle est là, la bergère portant une chemise blanche et des bretelles, leur élégance rétro contrastant avec ses cheveux un peu hirsutes. La veste sur l’épaule, comme insouciante, mais ses mains fines portées sur son cœur. Elle ne ressemble déjà plus à Keith Richards. Elle était une dessinatrice aux faux airs d’héroïnomane, jusqu’à ce qu’on lui découvre un don pour le chant et qu’elle ne prenne - rapidement - de l’assurance pour transformer ses poèmes inspirés de Rimbaud, Burroughs et Dylan en musique.

Ils ont vécu ensemble des temps difficiles, vivant de petits boulots, d’artisanat, sautant parfois tous les repas du jour à la fin des années 1960, dans l’effervescence de New York et autour du Chelsea Hotel. Parmi les rencontres surprenantes qu’elle y a faites : un Hendrix désireux d’enregistrer une musique de paix à l’attrait global ; une Janis Joplin rongée par la solitude. « Etre une artiste, c’est être en compétition avec Dieu », dira t-elle. Sa plus belle chanson, une reprise de Gloria du groupe Them, démarre ainsi, et avec elle la carrière de la vibrante rockeuse : “Jesus died for somebody's sins, but not mine.” C’est une de ces phrases qui, placées en introduction d’un disque, l’imprègnent tout entier d’un pouvoir chamanique. Horses est changeant renâcle, surprend, se transforme sans cesse, dégage une vitalité rare. Son troisième album, le meilleur, s’appelle Easter (1978), ‘pâques’. Les références religieuses y sont nombreuses, ou du moins une obsession pour la mort et la résurrection. Dans Till Victory : « If We Die, Souls Arise”. Le 23ème psaume trouve sa place dans Privilège (Set Me Free), une chanson qui démarre à l’orgue. La chanson-titre multiplie à son tour les images chrétiennes : « “The spring, the holy ground. I am the seed, of mystery. The throne, the veil. The face, of grace...I am the sword, the sound; stained, scorned, transfigured child of pain...”

Patti Smith plie la poésie au format de chansons rock, embrasse la pop sans réel compromis. Même Because the Night, malgré sa mélodie pour la radio, est sauvage, sensuelle en diable, voire sexuelle. Une chanson s’appelle Rock and Roll Nigger, en sous-estimant alors la portée plus que négative, scandaleuse en Amérique, de cette expression. Même si, explique t-elle, les nègres étaient d’abord les pestiférés avant que la connotation de couleur de peau s’en mêle. Plus que d’être hors-la-loi, le mot nigger porte en lui le sceau d’une humiliation sans bornes, et la chanson est un peu forte aux oreilles du public ; mais c’est trop tard, elle est faite. Smith est l’une de ces artistes qui y croient pour de vrai, qui sont convaincues que l’art pour vous libérer.

La musique a eu beau devenir plus quelconque, elle a atteint par la suite, avec Wave (1979) et les autres albums, de nouveaux niveaux de sincérité, a chéri cette liberté qui est comme de déambuler pieds nus dans un torrent glacé. « Outside the society, is where i wanna be », assène t-elle au plus fort de Rock n’ Roll Nigger. Sa voix est brutale, masculine ; déraille parfois. Elle joue d’un pouvoir théâtral. Sa douceur est caressée de méchanceté, et sa cruauté, en contrepartie, est porteuse d’un germe charmant. Elle atteint avec cet album le meilleur compromis entre aspirations artistiques et commerciales. Le photo de pochette est de l’un de ses plus fidèles collaborateurs, Larry Goldsmith. Un cliché pris à l’arraché qui sera parfois censuré à cause des poils sous ses aisselles.

Il y a encore, en 1978, un gros problème avec l’image de la femme. C’est le genre de réaction publique qui rend la photographie aussi importante que le musique. Avec Horses, Smith a préfiguré de quelques mois le punk, ce grand mouvement de rébellion déclenché des deux côté de l’atlantique. Paradoxalement, la musique de Patti Smith est parfois très (trop) consciencieuse ; sa préciosité trouve des chemins étonnants, presque impressionnistes. Ses meilleurs albums semblent être ceux qui font étal à la fois de ses hommages premier degré à des figures diverses, telle Amy Winehouse, Amerigo Vespucci, Johnny Depp, l’actrice française Maria Schneider ou encore le cinéaste Tarkovski ( !) sur Banga (2012), de ses références littéraires – Nikolaï Gogol ou Mikhail Bulgakov sur le même album -, de sa soif de poésie beat, de son tempérament réactif. Son envie de découverte reste intacte. Sa relation privilégiée avec la France continue à s’illustrer à l’occasion de la sortie de son nouveau disque. A 65 ans, elle est perçue comme un emblème de l’émancipation féminine. « Rimbaud avait prédit que la prochaine livrée d’écrivains seraient des femmes. Il a été la premier a avoir fait une déclaration en faveur de la libération de la femme, en déclarant que lorsque les femmes se dégageraient de la servitude des hommes elles seraient comme une vague géante. Nouveaux rythmes, nouvelle poésie, nouvelles horreurs, nouvelles beautés. »











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