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James Vincent MCMORROW

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samedi 5 octobre 2013

TAMIKREST - Chatma (2013)





O
engagé, hypnotique, intense
rock, tribal

Certains codes nous échappent, à nous autres occidentaux. Cette femme fière, qui se protège des tempêtes du désert et de la morsure du soleil comme elle peut, sur la pochette de Chatma : pour nous, son regard est plutôt un appel à l’aide. Elle a besoin d’entraide, bien sûr, et Tamikrest, comme d’autres groupes de Kidal, dans le nord Mali, sont de solides gardiens.  L’exceptionnel parolier Ousmane Ag Mossa a rendu, à travers de brillants écrits, la situation due son peuple égale à celle de beaucoup d’hommes dans le monde, se battant pour les droits élémentaires, souffrant d’être laissés derrière lors des conflits. Les personnes âgées et les femmes, particulièrement, ont à souffrir de cette insanité, et c’est à ces dernières (‘les sœurs’) que Mossa a dédié ce nouvel album : du blues touareg, hypnotique comme à l‘accoutumée mais plus électrique et incisif, avec une guitare plus présente, un son plus élastique, capable de donner un nouveau relief aux mêmes bases traditionnelles. 

vendredi 10 juin 2011

Barbara Panther - Barbara Panther (2011)


Parution : mai 2011
Label : City Slang
Genre : Electro, Synth Pop, Dance music, Expérimental
A écouter : Rise Up, Voodoo, Empire, Wizzard

7.25/10
Qualités : vibrant, naïf, tribal


Supportée par le producteur Matthew Herbert, connu pour son travail avec Björk, Barbara Panther est le nouvel espoir à marcher sur les traces de l’Islandaise. Tandis que celle-ci s’apprête à faire paraître Biophilia, sorte de symphonie à la vie très ambitieuse, Panther s’inspire plutôt de chansons de Bjork suscitant une confrontation un peu biaisée ou surréaliste, telles Declare Independance, Earth Intruders ou Pluto – une affiliation noble qui est soulignée par l’utilisation de sonorités que l’on avait pu trouver dans Volta (2007). La comparaison ne s’arrête pas là ; les deux artistes affectionnent des penchants ethniques et s’en servent à bon escient dans un cadre novateur. Panther cite aussi Grace Jones et Fever Ray parmi les artistes qu’elle a beaucoup écoutées ; comme s’il n’était question que de sensibilité et d’humeurs intimement féminines.


Les trois premières chansons de ce premier album – le chemin curieux vers la découverte de cette artiste - sont très directes, affirmées, avec des mots détachés – avoir grandi en Belgique et vivre à Berlin n’autorise pas Panther, d’ascendance Rwandaise, à posséder l’accent anglais le plus fluide qui soit, même si elle maîtrise, outre l’Allemand et le Flamand, l’Italien et l’Espagnol. L’impression  d’éclectisme qui dirige sa vie, on la retrouve adroitement retranscrite dans sa musique. Ce disque éponyme est articulé avec audace, parfois de manière insolite mais toujours, finalement, convaincante. Plutôt que d’égarer l’auditeur, elle multiplie ses raisons d’être attentif – sa douce bizarrerie souligne l’impact de son message.  On apprend à aimer cette musique cérébrale aux refrains pop.


De cette entrée en matière, Unchained, est peut être la moins intéressante, malgré son groove électronique débouchant sur une ode à l’épanouissement : « It’s time to unchain/What cannot be tamed ». Cette chanson fait naître une autre parenté évidente avec cette tornade de M.I.A. Celle-ci a vécu à Londres, au Sri Lanka, en Inde et aux Etats Unis, et enregistré deux albums influents, Arular (2005) et Kala (2007). Cette musique avait de l’énergie, de l’audace – M.I.A. y faisait une synthèse de genres en appelant à la culture musicale de la moitié de la planète, allant à contrepied de tout ce qui stagne et qui endort – et malgré ses appels à l’émeute, les résultats étaient ceux d’un divertissement de bonne qualité.


Après ça, il est facile de faire vivre Panther dans un monde à elle seule ; elle n’a pas la voix de Björk, et est bien plus étrange que M.I.A. Rise Up, avec ses sons abrasifs et son invective à « écouter le rythme de ses origines » et à « sortir la tête du sable » pour démarrer une révolution est particulièrement marquante. La voix pleine d’urgence et légèrement naïve de Panther rend les choses bien plus simples et sincères qu’elles n’auraient pu l’être sous d’autres auspices. Tout du long, elle nous donne envie de croire à ces appels de retour aux sources et à sa relecture de nos rapports au naturel, à son once de mystique (Moonlight People, Voodoo : « Every night i prey like a bitch/that the poor will eat the rich/and i don’t care if that makes me a wa-wa-wa-wa witch »)


Moonlight People est le genre de chanson facilement sous-estimée pour la légèreté de son refrain. Panther prend le risque de paraître trop versatile. On y trouve les prémices d’une thématique récurrente au cours de l’album – et qui aura son apogée sur Dizzy, un fascinant envoûtement de Panther sur elle même, se jouant de l’aveuglement et des faux-semblants -, c’est celle du rêve : « I must dream a dream/in which we dream each other awake ». Sur Voodoo : « Move up over/ to the other side » ou « Wake up ! Make it real » C’est peut être l’idée de vivre dans des dimensions singulières, avec l’angoisse de ne vivre que pour soi – lorsque le rêve de l’autre se termine. Sur Ride to the Source : « We’re plugged to another dimension ».


Empire a fait l’objet d’une vidéo dans laquelle Panther semble tenter à sa manière l’avant garde, et c’est la chanson la plus immédiatement appréciable, avec son avènement d’une religion individuelle affiliée à une sensualité décalée : « Trapped inside a vampire’s empire/He drinks through the sources of inspiration » Les beats et le groove conduisent ici le disque à son apogée, comme le font les chœurs sur le refrain glacé.  « It’s time to get natural/to think issues » assène t-elle, et quel que soit le mécanisme, il s’emballe et ça fonctionne parfaitement. Wizzard, la chanson précédente, est peut-être la gemme discrète de l’album, et révèle beaucoup de Panther. « Each time you’re walking into my dream/i’m rolling to extrêmes ». Elle a trouvé son bord, son jeu ; à chaque fois qu’on parvient à s’introduire dans sa psyché, elle se radicalise un peu.

mardi 19 octobre 2010

Gonjasufi - A Sufi and a Killer



La voix de Sumach Ecks provient du plus profond de lui-même. C’est parce qu’il est, outre musicien professionnel et complètement dévoué à sa musique, également capable de donner des cours de yoga – sentant que sa voix était trop peu audible sans micro, explique t-il, il a adopté un ton guttural qui venait de son ventre. C’est ainsi qu’il a fait de sa faiblesse une force ; un précepte qui se multiplie à tous les niveaux sur A Suffi and a Killer, disque en forme de lutte pour la survie, en provenance d’un animal trop humain pour supporter sans broncher la loi de la jungle – chez lui, à Las Vegas, Ecks est l’objet de toutes les méfiances.  Sa tête le fait passer dans les meilleurs jours pour un junkie illuminé, et les autres pour un terroriste.

Ce premier disque sous le nom de Gonjasufi est le fruit d’un long cheminement depuis la violence exacerbée jusqu’à l’immobilité – si vous lui giflez une joue, Sumach Ecks tendra aujourd’hui l’autre joue, là où autrefois il vous aurait jeté une pierre dans le pare-brise avant de revenir s’occuper de vous avec sa batte de base-ball. Il a effectivement subi le coup de la pierre, et à ses dires il a simplement constaté les faits sans sortir de ses gonds : « Ah, Ok. ». C’est un peu l’histoire d’un type que les brimades et la haine raciale ont déséquilibré et qui décide de sauver son âme à travers la méditation, parce qu’il ne veut pas montrer le mauvais exemple à ses enfants. En fait, c’est exactement cela, car Ecks est effectivement devenu père de famille dans l’intervalle. Et il est devenu plus fort, sans quitter son siège, que tous ces américains mécréants, et premier rang desquels ces flics solitaires qui écoutent toute la journée une radio sans âme et traquent les petits délinquants au volant plein de graisse de leur véhicule. « J’ai appris la capacité à rester immobile. La chose la plus difficile à faire pour les gens est de rester immobile. Et dans l’immobilité vous créez le mouvement ».

Le sufi a décidé de se créer sa radio du désert à lui, en quelque sorte. Un habitué des régions Mojaves, un passionné de l’océan, c’est dans les grands espaces qu’il a écrit bon nombre des titres de son disque. A Sufi and a Killer en compte dix-neuf – souvent courts, nerveux, denses (sa musique a été qualifiée de stoner !) et fébriles, ils se révèlent comme une frise de figures antiques aux tons ocres, à peines dépoussiérée. Des forces peut-être occasionnellement maladroites, mais qui ont une grande qualité ; elles  laissent toutes cette impression d’avoir été extraites de la psyché du sufi lui-même, de pensées directes et raides auxquelles il insuffle un peu de vie.

C’est en concentrant des bribes d’impressions que Ecks parvient à donner le sentiment d’un disque complet et complexe – différentes dimensions, correspondant à différents états de conscience, s’empilent avec la simplicité que leur démarche gauche leur permet. Ce premier disque signé sur le label Warp, le plus grands des labels électroniques (Aphex Twin, Battles…) a eu beau bénéficier d’un bel appareil de promotion, il ne séduit pas immédiatement. Rêche, il parvient pourtant rapidement à ses fins grâce à des titres comme Ancestors, Dednd ou Holidays, et on finit par l’aimer pour sa qualité les plus importante ; son humanité, le fait qu’il soit les tripes et le cœur de son créateur. A Sufi and a Killer est produit au cordeau – de l’aveu de son auteur, le mixage (en compagnie de ses amis The Gaslamp Killer, Mainframe et Flying Lotus) a pris plus de temps que l’enregistrement – et pourtant, peut-être plus importante que le son général est cette voix aux intonations multiples, la façon dont elle sonne, s’éteint dans un souffle et revit dans la répétition d’une phrase, et ce qu’elle raconte, parce que ce premier album n’est pas qu’un travail d’esthète mais abrite aussi de vraies chansons. Quant au travail d’esthète, l’osmose entre voix et rythmes est remarquable, sur Holidays par exemple.

Certaines des chansons racontent des histoires – Suzie Q – mais elles se réfèrent souvent au sufi lui-même – c’est le cas de Sheep. C’est comme si Ecks avait voulu protéger les morceaux qui constituent A Sufi... en leur donnant un aspect esthétique insondable – astuce qui l’a finalement rattrapé, puisqu’elles ont servi de réceptacle à sa propre démarche protectrice. Malgré les beats urbains, c’est une musique qui appelle à la prudence, à l’humilité et au recueillement (Ancestors). Et – le plus important peut-être pour le sufi – son travail demande le respect (qu’il a obtenu sans difficultés depuis la parution du disque). Prudence, respect… des sentiments que Ecks est décidé à obtenir de nous, et sans lesquels il ne peut lui-même devenir ce « mouton, plutôt que d’être un lion », comme le raconte Sheep. La peur que sa mauvaise ombre ne reprenne le dessus en cas de provocation : « My shadow/It keep swallowing me » prévient t-il par le biais de Suzie Q. Il y a dans la métaphore de ce titre un message social et politique, preuve que les requêtes les plus spontanées sont capables de mettre en résonance toute personne dans les parages, quel que soit son passe-temps. A Sufi and a Killer contient peut-être la clef de l’autogestion – se maîtriser, ne jamais déborder… Comment ne pas y voir un sommet d’art populaire ? Doublé d’une plastique exigeante destinée à satisfaire une maison de disques à la pointe de ce qui se fait de mieux. Derrière un tel résultat, certaines structures peuvent tituber, ce n’est plus que du charme.   


  • Parution : mars 2010
  • Label : Warp
  • Production : The Gaslamp Killer, Gonjasuffi, Mainframe, Flying lotus
  • Genre : Psyché, Tribal, Hip-Hop, Stoner
  • A écouter : Ancestors, Holidays, Dednd



  • Note : 7.50/10
  • Qualités : original, lucide, groovy
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