“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Dreamworks. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dreamworks. Afficher tous les articles

mardi 31 août 2010

Eels - Electro-Shock Blues (1998)



  


Parution1998
LabelDreamworks
GenreFolk-rock
A écouterCancer for the Cure, Last Stop : This Town.
/108
Qualitéspoignant
Avant Electro-Shock Blues, Mark Everett n’avait pas encore trouvé sa vocation. « Nous étions cette sensation et nous attirions l’attention de tout le monde. C’était débordant et fatiguant de s’habituer ». Il ne trouvera vraiment sa voie qu’au moment de Electro-Shock BluesBeautiful Freak et restant un peu le projet d’un autre homme. Le fait le plus marquant dans le passé du jeune Everett, avant même les drames de mort qui vont emporter toute sa famille, c’est son manque de relations avec son père, décédé alors qu’il avait 19 ans – qui fera même en 2007 l’objet d’un documentaire à l’initiative de la BBC anglaise. Hugh Everet III était un physicien quantique très réputé aux Etats Unis, qui fut épinglé « l’un des plus importants scientifiques du XXème siècle » par un magazine américain.
Electro-Shock Blues comporte de la poésie de sa grand-mère, des dessins par son père et des textes de sa sœur, tous disparus au moment de sa sortie.

Dreamworks, voyant arriver ce disque embarrassant, plein d’humour noir – Everett est alors le dernier membre vivant de sa famille - et sans single, va être tiède. Le premier morceau était intitulé Elisabeth on the Bathroom Floor, et le potentiel tube Cancer for the Cure… « Suicide, attaques… La mort est le plus gros tabou depuis le sexe » commentera Everett. « Si Beautiful Freak était notre carte de bienvenue adressée au monde, », dira le chanteur quand à son nouveau disque, « …alors Electro-Shock Blues est le coup de téléphone au beau milieu de la nuit auquel le monde ne veut pas répondre ». Pourtant, l’acceuil critique va être encore plus enthousiaste qu’avant, peut-être parce que le public des années 1990 est maintenant accoutumés à des disques bien plus sombres que celui-ci. Electro-Shock… profite aussi de l’intervention de musiciens renommés ; Mike Simpson des Dust Brothers, Mickey Petralia, Lisa Germano, Jon Brion ou encore T-Bone Burnett. Enfin, le disque témoigne d’une forme de maturité émotionelle puisque Everett le comprend comme une façon de créer de nouveaux points de vue, et de faire naître de bonnes résolutions.
« La meilleure chose que je n’ai jamais faite c’était de ne pas suivre l’avis que le showbiz m’a donné après Electro-Shock Blues. » « C’est la seule raison qui me permet d’être encore là.» Malgré cette divergence de point de vue avec le label, Everett va y rester attaché jusqu’en 2003, et produire encore trois disques avec eux.

Dreamworks a sûrement fait beaucoup pour rendre Eels visible sur la scène internationale, d’autant plus que la situation était différente à l’époque et que des labels comme Anti- ou Matador n’avaient pas autant d’influence qu’aujourd’hui. Le conflit se tassera sans doute car le musicien fait manifestetmenbt des efforts pour vendre son disque : deux nouveaux clips sont nominés par MTV.
Everett créera par la suite son propre label, E Works. Le music-business n’est cependant pas son univers - il se sent plus proche, par exemple, du monde la bande dessinée, des comics books. Il a chez lui des travaux de Charles Schulz, Robert Crumb et Daniel Johnson. Si la pochette d’Electro-Shock Blues est par Everett lui-même, plusieurs de ses auteurs de comics favoris participent au livret.

 

dimanche 29 août 2010

Eels - Souljacker (2001)





</>
Parution
2001
LabelDreamworks
Genre
Folk-rock
A écouter
Women Driving, Man Sleeping, Fresh Feeling, Friendly Ghost
°
Qualités

Il y a neuf ans, en 2001, Mark Everett fait paraître un disque important pour sa carrière, Souljacker. Retardé par le label Dreamworks pour manque de singles susceptibles de passer à la radio, il paraîtra finalement une semaine après le onze septembre, dans une ambiance explosive. A cette époque, Everett s’est laissé pousser la barbe pour la première fois ; et sur la pochette du disque, il n’est pas loin de ressembler à Oussama Ben Laden, l’instingateur d’Al Qaïda alors dans le top 10 des personnalités les plus recherchées par les Etats Unis. Bref, Souljacker paraît dans un climat de chaos politique et de paranoïa générale mais c’est difficile de dire si, comme beaucoup d’autres formations américaines alors, va se refléter en lui ce chaos. Au contraire, les titres Fresh Feeling ou Friendly Ghost laissent penser qu’il s’agit d’un disque serein.
Serein, si ce n’était pour la large participation de John Parish, rencontré en compagnie de PJ Harvey – en compagnie de laquelle il a produit deux superbes disques, en 1996 et 2009 – à Top of the Pops. Les deux hommes s’admirent mutuellement, et Everett notamment aime beaucoup le son brut et graisseux des disques de PJ Harvey. En apparence, Souljacker reproduit les sonorités sales de To Bring You My Love (l’un des grands disques des années 1990) ou de Dance Hall at Louse Point – et ceux qui connaissent ces deux disques incontournables devinent que depuis le son lo-fi des premiers disques de Eels jusqu’à Souljacker, la transformation se fait en douceur et le style très reconnaissable de Parish épouse très bien les contours des fables d’Everett.

Souljacker est encore un disque appartenant à la décénnie passée du point de vue de sa constitution sonore. Cependant, son prédécésseur, Daisies of the Galaxies était plutôt lisse, et les appréciations négatives ne seront pas en reste. « Ma première complainte au sujet de Souljacker vient de cette idée : le son n'est pas bon. Il n'est pas agréable à l'oreille. Il est douloureusement ennuyeux, en fait, et ce n'est pas seulement parce que c'est plus bruyant que ses prédécesseurs, ou parce que les accords utilisés par E sont plus bizarres, ou parce que des instrumentations de premier plan sonnent comme si elles ont été générées par des mules battues, et, par conséquent, font grincer des dents. […] Les compositions ressemblent à un truc d’amateur, comme si c’avait été écrit sans aucune considération pour l’auditeur. »* Le style rude de Parish ne peut faire l’unanimité. Mais parfois ces appréciations hatives engendrent des situations extrêmes. Eels raconte : « Je reçois des mails haineux de temps à autre parce que quelqu’un a acheté mon disque joliment orchestré et n’a pas aimé le disque plein de feedback de guitare. « Qu’est ce que c’est que ce putain de bruit, comment peux-tu me trahir ? […] - Je ne l’ai pas fait pour toi. Quand j’étais gosse j’aimaius ça quand Neil young sortait un disque acoustique et que l’année suivante il me choquait avec un disque très bruyant. J’aimais la surprise que ça provoquait. » Le plus amusant est peut-être que la musique de Eels est fondamentalement la même depuis qu’il a commencé à la jouer il y a vingt ans, et qu’il apparaît plutôt par ici comme un artiste plus conservateur que déluré.

Pour une fois aussi, Everett cesse de parler de sa propre vie et dépeint le portrait de personnages marginaux qu’il crée de toutes pièces. Wim Wenders, le grand cinéaste qui réalisa Les Ailes du Désir, Paris Texas ou le documentaire sur le Buena Vista Social Club, va s’occuper du clip pour le morceau Souljacker part 1, un trip futuriste et décalé – pour un morceau un poil trop simpliste.

samedi 27 février 2010

Eels - Daisies of the Galaxy (2000)






Parutionfévrier 2000
LabelDreamworks
GenreFolk-rock
A écouterIt's a Motherfucker, Flyswatter, Grace Kelly Blues
/107.50
Qualitésattachant, sensible
Nous sommes en mai 1997 et Mark 'E' Everett apparaît au public britannique de Top Of The Pops en mode typiquement excentrique. A mi-parcours de la performance mimée de Eels pour Novocaine For The Soul, E et le batteur Butch abandonnent toute prétention de jouer de leurs instruments, préférant s’amuser à sautiller autour de la batterie miniature de Butch. La musique continue sans interruption. Les enfants sur le plancher du studio et les téléspectateurs de tout le pays se demandent ce qui se passe.

Après seulement quelques mois, cependant, l’infatiguable E confessait être ennuyé de son premier album, Beautiful Freak (1996). Par conséquent, l'année suivante voit la sortie de Electro-Shock Blues (1998), qui - tout en conservant les influences Dust Brothers - s'est avéré être un album plus sombre, moins accessible, surtout plus personnel que son premier jet. Il y regarde la mort en face - rien de surprenant, étant donné le décès de son père et de plusieurs amis, ainsi que le suicide de sa sœur pendant cette période.

Le disque traite la mort non pas comme une métaphore ou une abstraction, mais plutôt comme le point de terminaison factuel et inévitable de la vie, la némésis du corps, la dissolution de toute chair - Ashes to Ashes, de la poussière à la poussière. Il y a des exemples brefs d'esprit lyrique, mais l’humour noir qui l’envahit est de la plus noire espèce. Le seul moment de répit véritable est livré avec la dernière piste, PS You Rock My World, et son insistance à faire remarquer que, même si vous avez l’impression de tout perdre, vous avez toujours quelque chose à quoi vous raccrocher. C’est faire entendre une note incongrue, un défi par l’affirmative à la fin de la marche funéraire du disque, comme si E l'organiste d'église s’était soudainement métamorphosé en Monty Python au temps d’Always Look On The Bright Side Of Life. A la fin de l’expérience Electro-Shock Blues, qui s'apparente un peu à être enterré vivant, c’est l’impression de parvenir à ouvrir le cercueil au tout dernier moment.

Inspiré par la mort de sa mère emportée par le cancer, Daisies Of The Galaxy (que l’on peut surnommer affectueusement « Daisies ») est le troisième album de E - et donc de Eels. On aurait pu s'attendre à ce qu’il trace une trajectoire aussi morbide que son prédécesseur. Après tout, le sujet a déjà été abordé dans ces termes sur le titre Cancer For The Cure sur Electro-Shock Blues. Toutefois, la réalité est très différente : le bilan est moins sombre, le deuil de la mort est doublé d'un éloge à la vie, la naïveté éclot et la lucidité grandit, et la participation de Peter Buck, enfin, fait un peu penser à un Green version Everett.

La musique est le plus souvent délicate et discrète, l'influence de Michael Simpson des Dust Brothers et de l’associé et ami de Beck Mickey Petralia est presque imperceptible, et les paroles de E s’assument enfin au centre de l’action. Le remodelage des expériences autobiographiques dans la manière lyrique court le risque inévitable d'aliéner l'auditeur, jouant de l’honnêteté en érrigeant parfois en érigeant tantôt une barrière impénétrable ou bien en vous faisant sentir comme un leveur de rideau, le visage pressé contre la vitre dans la poursuite de la culpabilité d'autrui et de sensations fortes. Il y a aussi le risque pour l’artiste d’apparaître simplement comme auto-obsessionnel - ces fragilités sont encore présentes aujourd’hui sur End Times (2010). Daisies Of The Galaxy, malgré le caractère casse-gueule d'une grande partie de son sujet, parvient à éviter ces pièges potentiels.

Le sommet de l'album est situé à mi-parcours avec le titre ironico-comique It's A Motherfucker. Sur un doux refrain au piano embelli par une houle subtile de cordes, E exprime sans détours son sentiment de perte et la perturbation qui résulte de la mort de sa mère : “It’s a motherfucker / Getting through a Sunday / Talking to the walls / Just me again / But I won’t ever be the same”. Comme dans tant de grandes chansons, des mots simples prennent une résonance presque insupportable dans leur contexte musical. Peut-être révélateur, toutefois, la comparaison la plus apte n’est pas musicale du tout, mais poétique. Les poèmes des anglais Tony Harrison et Blake Morrison viennent à l'esprit, dans lequel ils décrivent la confrontation avec la perte d'un parent avec une égale mesure de chaleur rude et de tristesse poignante.

La compagne naturelle de It's A Motherfucker est le titre qui termine le disque, Selective Memory (Mr E's Beautiful Blues apparaît là presque comme après coup), qui est tout aussi squelettique, minimaliste dans sa structure. La voix de fausset tendre du couplet, où E revient sur son enfance et le besoin d'être protégé par sa mère, fait place à un chœur plaintif sur le refrain : « I wish I could remember / But my selective memory / Won’t let me”..

Sur Daisies of the Galaxy il y a des plaisirs à tout propos, et la plus grosse partie de l'album se caractérise par une remarquable légèreté de ton et d'esprit. E continue de ravir dans son rôle autoproclamé de poète urbain, ses talents dans ce domaine ayant été montrés d'abord sur Susan’s House, sur Beautiful Freak. Grace Kelly Blues, Wooden Nickels et The Sound Of Fear témoignent tous du respect et de l'intérêt qu’il porte aux détails de son quotidien banal, et de sa capacité à respirer l'humanité au cœur même du plus désolé des paysages. La métaphore du titre d'un morceau retient cet aspect parfaitement : A Daisy Through Concrete.


Inspiré de Pitchfork.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...