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dimanche 6 octobre 2013

BILL CALLAHAN - Dream River (2013) (2)


Why does he smile for the first time in 23 years ?
Listen While You read !


OO
(suite)

Les tempêtes déclenchées par Matt Kinsey, le principal artisan du récent son de Bill Callahan, font écho aux versions de concert de la tournée qui a suivi la parution Apocalypse. On pense aux développement lancinants de Drover, cette fuite incroyable avec les troupeaux qui signifiait aussi bien que Callahan était parvenu à l'amplitude et au recul qu'il recherchait, en même temps que d'ouvrir une nouvelle ère.
 
Une ère que la photo promotionnelle de Dream River a consommée : pour la première fois, Callahan, dont l'apparence impénétrable pouvait autrefois se résumer à des regards frustrés et affamés ressemblant même en concert aux chanteurs de country d'antan, capturés à leur insu par les premiers appareils bon marché, pour la première fois Bill Callahan sourit. Et toute l'histoire de cette photo de nous éclairer : s'il y a un sujet que le chanteur a toujours éludé, rendu insaisissable, c'est celui de sa relation avec les femmes. Chez Callahan, la vie est ainsi, faite davantage de petites situations que de grandes idées, l'amour et le mariage faisant partie de la seconde catégorie. Celle envers laquelle le chanteur semble parfois frileux ; comme un oiseau transi par l'hiver dans les prémices de A River Ain't Too Much Too Love (2005), son album charnière, plus sobre et émouvant que tout ce qui l'a précédé. Quand à Winter Road, sur Dream River, impossible de dire si c'est une déclaration d'engagement ou une démission pour profiter des seuls petits bonheurs du quotidien. “I have learned when things are beautiful/To just keep on”
 
Callahan nous a appris que ses chansons n'étaient jamais vraiment autobiographiques, même s'il est convaincant pour donner cette impression. Quoi qu'il en soit, Callahan se marrie. Avec une vidéaste qui l'a contacté un jour en allant droit au but : elle voulait réaliser un film sur la tournée de l'album Apocalypse. Etant donné la romance qui s'est ensuivie, Callahan ne pouvait pas faire autrement que de signer certaines de ces chansons les plus évocatrices, les plus intenses sur la relation de couple, des chansons qui reflètent la tension animale qui existe dans la confiance qu'éprouvent deux êtres l'un pour l'autre. The Spring explicite cela comme jamais : “Tout ce que je veux c'est faire l'amour avec toi/dans la terre fertile/Avec l'esprit insouciant” Il faut entendre la puissance avec laquelle il énonce ces mots, dans la déflagration finale d'une chanson tendue de bout en bout. Avec cet album, il sublime cette manière romantique de tout faire redevenir absolument humain, et de garder, de façon subtile et parfois incongrue, cette sensation de ne pas s'appartenir complètement, mais d'être voué à l'abandon, et à réaliser la petitesse des sentiments humains face à l'intransigeance des éléments. La superstition n'est plus la seule motivation humaine digne d'être combattue au profit des choses naturelles, même si elle existe encore dans Summer Painter (ou les gens croient à une sorte de mage des eaux).
 
Callahan a le don, à travers son art, d'apaiser les consciences de leur méfiance. Car tandis que des voix s'élèvent de plus en plus nombreuses autour de nous pour énoncer des vérités contradictoires, Callahan se fait plus laconique à chaque fois, et tandis que chacun vie de plus en plus connecté aux autres, ses disques se réconcilient de mieux en mieux avec le sentiment d'isolation, comme une chose positive qui n'exclut pas la tendresse et l'amour.
 
A ceux qui l'avaient cru replié sur lui-même, Callahan semble s'exposer dans une certaine lumière, en des nuances nouvelles et des personnages légèrement décalés, insolites, des observateurs passés maîtres dans l'art de l'ellipse et de la déambulation. “La vie n'est pas confidentielle”, lâche t-il dans Ride My Arrow, comme s'il réalisait que son rôle était de toucher le cœur de certaines choses de la vie, et qu'il ne pouvait éviter d'être intime. Le film Apocalypse, projeté en avant première au Lincoln Center de New York, le voit lentement tomber amoureux, alterne morceaux joués en live et confidences inédites. A l'issue de cette expérience, le chanteur devait naturellement justifier la raison d'une telle floraison d'émotions, et Dream River apparaît comme une justification. Il pourrait être comparé en cela à Woke Up on a Whaleheart (2007), pendant l'enregistrement duquel Callahan était déjà transporté aux côtés de Joanna Newsom ; ou aux expériences amoureuses qui traversent Supper (2003). Avec Small Plane, la chanson la plus épurée de Dream River, Callahan trouve la juste distance avec toutes ses considérations. Le personnage qu'il décrit semble se trouver dans une situation plus sage et durable qu'il ne l'a jamais été par le passé, ce qui contribue ou fort pouvoir apaisant que cette chanson exerce sur l'auditeur. Le couple dans cet avion, difficile de ne pas croire qu'il s'agit de lui avec sa promise, Hanly Banks. “Je suis vraiment un homme heureux/quand je vole dans ce coucou.” Mais Small Plane ne s'arrête pas là : elle évoque les sensations de partir, de revenir, de ne plus vouloir atterrir, de prendre le contrôle et de laisser à l'autre le contrôle des commandes. Un leçon de vie malicieuse et pourtant limpide.

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