“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 28 novembre 2013

SPEEDY ORTIZ - Major Arcana (2013)

 
O
rugueux, ambigu
Garage rock, grunge

Son modèle le plus évident, Stephen Malkmus, a touché le sublime en groupe, avec Pavement, pendant la décennie brutale des 90's. Puis quand ç'a été fini, il a formé un autre groupe, appelant ce qui ressemble à de vieux amis à jouer les chefs scouts de l'indie rock. Jusqu'à un Mirror Traffic (2011) faisant rimer déconne avec élégance. Un groupe qui devrait le faire parvenir à ses 50 ans, en 2016, sans que le canoë ne soit percé. Quand on voit Sadie Dupuis jouer les démos de chansons qui s'appellent Shine Theory ou Um Are (“I'm gonna get old and weird”) sur You Tube, on imagine qu'il est encore encore loin le temps où elle affirmera son talent en montant seule sur scène. C'est pourtant dans ces versions introverties d'elle-même que germe la singularité de ses groupes à venir : Quilty puis Speedy Ortiz. Sa voix s'enroule autour de la guitare, unique, toujours en recherche d'un mot différent, jamais entendu ailleurs.

Pourquoi as-tu décidé de passer de la carrière solo au travail en groupe ? Comment s'est faite la transition ?

Sadie Dupuis : Je suis très anxieuse quand je joue en solo, ainsi j'ai demandé à quelques amis – Mat, Mike et Darl – de m'aider à jouer les chansons de mon projet solo tandis que Quilty, le groupe qui occupait tout mon temps jusque-là, s'est mis en pause. Nous nous sommes sentis bien ensemble, avons commencé à travailler les chansons, et maintenant tous son investis autant que moi. Ca n'a pas été une 'transition', car j'étais déjà habituée aux groupes. Je suis vraiment nulle quand je suis seule, c'est pourquoi je refuse quasiment toujours de jouer de cette façon, et je n'ai jamais joué solo sous le nom de Speedy Ortiz, à part sur les premières démos.

Lorsqu'un chanteur capable d'écrire des paroles percutantes et sincères se met à les interpréter dans un style aride, sans fioritures, une vague d'engouement souterrain peut avoir envie de s'aliéner et d'en faire un porte-parole. Encore à l'heure où on fête les 20 ans du MTV Unplugged (Nirvana, concert clef de 1993). Cheveux noirs, nez aquilin, yeux étranges et clairs, piercing dans la narine et sourire timide facile à interpréter de travers, Dupuis est de ces fragiles qui, quoi qu'ils fassent, donnent l'impression de se moquer superbement des conformités. Et séduisent contre le gré. C'est presque malheureux qu'elle ait trouvé Darl Ferm à la basse, Matt Robidoux à la guitare et Mike Falcone à la batterie – de faux glandeurs dans le plus pur style grunge, à l'air post-adolescent inoffensif mais en réalité assez destructeurs et lourdingues pour surprendre lors des concerts. Sous la coupe de Dupuis, les différences entre ces concerts et l'album accrocheur qui les affirmera on parfaitement été comprises - la production et les mélodies.

Votre son est neuf, mais aussi familier, évoquant les années 90. Comment avez vous trouvé l'équilibre entre les deux, gardé votre originalité ?

S.D : Je ne pense pas à une décennie particulière quand j'écris les chansons, c'est seulement des mélodies et les arrangements qui me viennent en tête. Je pense que la production que nous favorisons – la voix sèche, l'alternance de guitares calmes et puissantes – peut ressembler à un plongeon dans le passé, par rapport à ce que les gens ont l'habitude d'entendre aujourd'hui, avec toute cette réverb, et où la guitare et les voix ne se distinguent plus. Très peu pour moi. Il fallait un son qui me corresponde.”

Les paroles viennent de l'association de mots en désordre qui sonnent bien. Une confusion complaisante qui se reflète dans ce qu'elles racontent : ces relations d'université qui traînent comme sur un accord tacite, ces ex qui continuent de vous jeter des regards durs, à se raccrocher à des sentiments fugueurs, qui d'une phrase à l'autre suscite la détestation comme la complicité. Cette façon de prolonger l'âge des premières frustrations est la meilleure façon de ne pas le remplacer par une vie d'adulte moins ambigüe. “Kids keep trading spectre stories just to keep each other horny” Sadie Dupuis pousse sa voix dans ses meilleurs retranchements, avec l'aide de la puissance nonchalante de son groupe. Elle sait paraître simultanément fragile et condescendante, reproduisant l'enfermement de l'adolescente abandonnée par la seule personne de l'école qui la comprenait, comme dans No Below : “Freezing alone with my thoughts”. Cela fait froid dans le dos d'imaginer que dans ces chansons, il y a un remerciement derrière chaque reproche.

Extraits d'interview traduites depuis http://thefiddleback.com/issue-items/an-interview-with-speedy-ortiz#sthash.lFmoVPb3.dpuf

lundi 25 novembre 2013

LANTERNS ON THE LAKE - Until The Colours Run (2013)


 

 
 
contemplatif, doux-amer
Indie-rock, orchestral, pop
OO
 
“Quand on a commencé, je vivais comme un animal”, chante Hazel Wilde dans le deuxième album de ce groupe apparu en 2011. C’est dire leur pouvoir évocateur, leur exigence dans leur façon de connecter les ressentis de la vie réelle et l’art de concevoir des chansons.
« Pendant que nous enregistrions le disque, plusieurs de nos amis ont perdu leur emploi » commente Wilde pour expliquer l’adversité qui s’exprime dans les plages de rock orchestral voluptueuses de Until the Colors Run. Vu la situation financière et morale des membres du groupe au moment de l’enregistrement de ce disque, leur façon de combattre la morosité ambiante est au moins sincère, voire triomphante.
C’est comme si en signant avec le l’excellent label Bella Union, ils avaient fait le pacte de s’investir sans possibilité de retour à leurs carrières respectives, et en décidant d’enregistrer mieux : de faire vivre pour la postérité cette rencontre entre le piano, ou le violon, et la batterie, sur fond de guitare électrique, visiblement non plus jouée avec les doigts mais à l’archet, comme chez Sigur Ros. Alternant avec les moments de pure tendresse tells Green and Gold, il y a une urgence, montrant un groupe qui a trop à exprimer pour vouloir encore passer aperçu. Cette envie d’atteindre leur cible suscite une émotion vive et donne envie de prêter l’oreille, de plus en plus, au contenu des chansons écrites par Wilde. Ils semblent élargir leurs thèmes à la vie toute entière, tirant d’un monde où l’inspiration est en récession des explosions, des brûlures et surtout de la beauté.
Le groupe résiste, cherchant à englober le monde concret dans des hymnes aussi bruts qu’irréels, aussi lumineux que mélancoliques, euphoriques que statiques. Comme s’il ne fallait rien abandonner, Lanterns on the Lake parvient à recréer l’optimisme. La voix de Wilde ne laisse personne sombrer dans la mélancolie avant d’avoir éprouvé un plaisir intense.  On pense à Marissa Nadler.  
Comment s’est passé l’enregistrement ?
Nous nous sommes retrouvé dans un vieux hall d’école à Durham et nous nous sommes installés dans une petite auberge à côté, nous y sommes restés pour un mois, et nous avons enregistré les chansons tous ensemble, aussi « live » que possible. Nous voulions que ce disque soit plus naturel que le précédent (Gracious Tide, Take Me Home). Ce dernier album avait été enregistré chez nous, et nous l’avons conçu de façon assez fragmentée, en enregistrant nos quatre contributions séparément – seulement parce que, logistiquement, c’était impossible de nous aménager un espace pour le groupe au complet chez nous – et nous tentions aussi d’adapter le rythme de l’enregistrement à notre travail en dehors du groupe, faisant ce que nous pouvions quand nous le pouvions. Changer de méthode s’est avéré très bénéfique à la création, nous quatre jouant ensemble et enregistrant de cette manière. Nous avons ajouté quelques overdubs une fois rentrés, et Paul l’a mixé et l’a produit dans son appartement.
Interview traduite de http://www.leedsmusicscene.net/article/17964/
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