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jeudi 29 septembre 2011

Opeth - Heritage (2011)


Parution : septembre 2011
Label : Roadrunner
Genre : Rock progressif, metal
A écouter : The Devil Orchard, Slither

°
Qualités : soigné, atmosphérique, envoûtant

« Je ne sais pas comment les gens se souviendront d’Opeth, mais ce n’est pas vraiment important » lâche Mikael Akerfeldt en 2010. Vingt ans après la formation de ce quintet suédois désormais révéré par des amateurs de musique avertis du monde entier, il n’est pourtant pas encore temps pour eux d’entamer une auto-analyse. Ils continuent plutôt à produire de nouvelles émanations de leur poésie clair-obscure, à souligner toujours davantage ce contenu émotionnel et technique – les deux sont étroitement liés chez Opeth – récurrent dans leurs compositions, et dans leurs albums. Opeth est admiré par un public toujours plus large pour sa capacité à mélanger les styles en toute inspiration et beauté : death metal, heavy, rock progressif et influences folk. Au-delà des genres, ils créent leur identité à partir d’imagination brute, non sans une pointe de romantisme bon enfant et de naïveté trahissant la sincérité d’Akerfeldt, s’il est le seul : lui qui se définit avec humour comme un fils à maman et n’a jamais eu l’intention de paraître méchant. « C’est juste de la musique », dédramatise t-il à l’intention de ceux qui exigeraient de grands gestes de désespoir gothique en provenance de l’un de leurs groupes favoris.
Leur adresse est de parvenir à autant de cohérence que de nuance, l’un des outils majeurs cette gymnastique étant le chant, tantôt hurlé (par le passé…), tantôt plus classique, d’Akerfeldt. Opeth est un groupe attachant parce qu’il cherche sans le revendiquer haut et fort à entretenir son originalité, en gardant sa sincérité. Heritage, leur nouvel album enregistré à Stockholm dans un studio un jour couru par Abba, semble questionner ce qu’est « l’esprit» de la musique metal, de le conserver au cœur du groupe, alors même que celui-ci tend maintenant beaucoup plus vers un hard-rock progressif, entre Deep Purple et King Krimson. La réponse est là, sur Folklore peut-être : son final épique et choral sur le couplet « Lost control and called your name/Left a home in the pouring rain/In a sea of guilt and shame/Will we sustain » semble être un hommage à tout un univers qu’Opeth n’est pas prêt de quitter. Les paroles restant, pour Akerfeldt, un art secondaire, mieux vaut s’attacher à la musique, cette musique qui nous transporte en premier lieu.


Heritage est encore très atmosphérique, mais plus terrestre, enregistré avec le plaisir de faire sonner les instruments avec la plus grande authenticité (analogique) possible. Le résultat est presque chaleureux, plus classique, surtout pour ceux qui ont entendu les albums de Yes, Crimson et Purple. En témoigne la belle pochette, c’est peut être un disque parcouru enfin de vie plutôt que de mort, avec moins des brumes et fumées qui étaient la marque visuelle et, d’une certaine manière, sonore, du groupe. Cette volonté de faire dans le naturel est un grand succès – les flûtes, par exemple, sont réellement envoûtantes ( et rappellent Jethro Tull, une autre référence), et la base basse (Martin Mendez) - batterie (l’exceptionnel Martin Axenrot) est tout simplement vibrante. Les overdubs sont pourtant nombreux, sur la voix d’Akerfeldt, plus modulée que jamais, par exemple. Surjoue t-il son nouveau rôle ? Impossible en tout cas de reprocher à Opeth son enthousiasme, belle leçon après deux décennies de musique… Ces dix chansons sont entrecoupées d’interludes, de transitions, de changement de rythme, et superbement sous-tendues de claviers – mellotron, piano Rhodes, et orgue Hammond B3 (Per Wiberg, qui jouait ces instruments, a cependant quitté le groupe à la fin de l’enregistrement). Lorsque Opeth joue ses plus gros riffs, - sur The Devil Orchard ou Slither, il conjure toute l’aura démoniaque de Black Sabbath ; la première est servie par un clip psychédélique à souhait, qui tente sans trop se vautrer de suivre sa dynamique en dents de scie et d’illustrer le schéma central selon lequel « dieu est mort ».

La guitare acoustique d’Akerfeldt est aussi très à propos sur I Feel the Dark ou Nepenthe par exemple. Le groupe ménage systématiquement de longues respirations au sein des morceaux, tout en les gonflant autant que possible d’idées plus ou moins adroites. Chaque titre contient est déjà suffisamment intriqué en lui même, pour de surcroît se fondre dans le disque (56 minutes) à tel point, qu’écoutés bout à bout, il n’est pas facile de distinguer le passage d’une plage à l’autre. C’est que la construction, épineuse, de ces titres, n’est pas évidente pour l’auditeur, qui pourra parfois regretter cette impression que tout est disjoint, tout en gardant la sensation d’une grande cohérence globale – les instruments et leurs couleurs respectives étant mis à contribution pour créer des réminiscences. Famine, avec ses percussions latines, bruitages dignes de Diablo II et multiples atours évanescents, s’étire sur huit minutes et demie et mérite vraiment d’être qualifiée d’expérience abstraite. Les interludes – le morceau-titre en introduction, et Marrow of the Earth à la fin ajoutent à l’aspect soigné de l’album.

jeudi 7 octobre 2010

Korn - Remember Who You Are (2010)


Parution : juillet 2010
Label : Roadrunner
Genre : Nu metal
A écouter : Oildale (Leave me Alone), The Past, Let the Guilt Go

O
Qualités : groovy, sombre

Trop de jugements sévères voient en Korn une aventure dont la source s’est complètement tarie ; et le chanteur Jonathan Davis serait une mémère au bas-ventre desséché se servant du producteur Ross Robinson comme d’un déambulateur, sans parvenir à ne donner que l’illusion de relief pour une musique non plus ronde, grasse et excentrique mais au contraire plate comme un décor en carton.
Pourtant, la générosité de Davis et son dévouement à une cause pas très claire mais vaguement musicale, il faut bien l’admettre, est intacte.  Même lorsque il s’est épris d’indus en empruntant à Nine Inch Nails et co. sur See You On The Other Side (2006) et le disque sans titre de 2007, il est parvenu à en tirer quelque chose. Pas forcément des disques qui feront date, mais ils avaient suffisamment d’épaisseur  et de complexité pour nous intéresser. Davis se surexpose largement dans chaque disque de Korn. Dans ces conditions, on peut dire que ce n’est pas sa sincérité qui s’est ébranlée ; mais qu’il suffit que son humeur change pour rendre à priori quelque chose de différent. 
Au moment de Remember Who you Are, le neuvième album (le patronyme Korn III est une référence au fait qu’il s’agit du troisième disque enregistré avec Robinson, les deux autres étant les deux premiers du groupe), les objectifs sont tout autres ; retrouver le faste de Life is Peachy, deuxième album (1996) et de l’aveu de Davis, le meilleur de Korn. De quoi réhabiliter les fans, le soutien primordial d’un groupe qui a beaucoup compté sur cette communauté d’ados à dreadlocks assez malins pour être capable de manger aux râteliers du rap comme à celui du métal « gothique ».
L’aspect corbeau entretenu par Davis est demeuré suffisamment convaincant après qu’il ait abandonné tout humour sur Tearjerker (See you on the Other Side). Remember Who you Are, encore une fois, n’est pas spécifiquement drôle. Si Davis parvient à se dépasser à nouveau vocalement, c’est pour exprimer le dépit, ou ce qui y ressemble. Ses intentions sont de plus en plus difficiles à suivre, mais c’est sans doute parce que ses talents ne sont pas constants.   
Le disque commence fort, si l’on ignore l’introduction inutile, avec Oildale (Leave me Alone). Un morceau qui fustige un ancien ami médisant, qui ne sera plus après ça un ami bien longtemps. Pop a Pill est un titre martial est un peu grand-guignol, sur lequel Davis nous refait le cinéma habituel, jouant assez bien l’oppression nerveuse. On se dit que  cette façon de surjouer est finalement une force qui donne au groupe son identité, pour le meilleur et pour le pire (ça devient toujours purement folklorique avant d’être déprimant). Il y a aussi cet étrange acharnement à assembler dans leurs morceaux des bribes schizophrènes, comme s’il y avait là la preuve de leur inspiration. Cela marche bien sur The Past, dont il faut reconnaître l’excellence des premières notes. D’un autre côté, les refrains sont souvent martelés – Fear is a Place to Live, Let the Guilt Go – jusqu’à rendre l’auditeur sceptique. S’agit t-il de slogans ? De revendications ? De fureur, de désespoir, de l’esprit farouche d’une jeunesse éternelle ? D’une attitude de dédain purement culturelle ?
Malgré son travail remarquable sur les dissonances, la batterie, etc., on dirait que Robinson resserre finalement le corset d’un groupe qui mériterait, après quine ans de carrière, de se projeter enfin dans des voies vraiment différentes. Quelle formation a besoin d’une tradition, et d’utiliser un jour l’expression de « retour aux sources » ?  Quant à ces choix, on peut croire Korn victime de sa crainte à ennuyer ses fans, et on peut imaginer que le premier d’entre eux est Davis lui-même ; dans son affection pour Korn, il a l’impression en replongeant dans l’écume de son passé de retrouver une partie de sa personne.

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