“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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mercredi 2 juin 2010

June Madrona - Lions of Cascadia


Parution : 2010
Label : Bicycle Records
Genre : Folk
Pochette : Sean Carson, Amy Thomas
A écouter : Our Friends, Tinnitus, Roll on Columbia (part2)

Qualités : sensible, lucide, poignant

"Cascadia is a dream. Before America, before the explorers came and renamed all of the mountains and the rivers. Borders were formed by communities, and histories were written in the heart."

En mai 2010, le groupe June Madrona, basé à Olympia dans l’état de Washington, étaient de passage à Toulouse. Invités par leur maison de disques Waterhouse records en association avec What a Mess records, ils ont fait quelques dates en France dans le cadre d’une tournée européenne. Ils devaient jouer à la médiathèque associative des Musicophages avant de partir pour une semaine de dates en Espagne. June Madrona est constitué de Sean Carson (banjo, ukele bariton, xylophone, chant), Danielle Chiero (Flute, chant, melodica, ukelele tenor), Ross Cowman (guitare, chant, tambourin), Molly McDermott (violoncelle, chant).

Cowman est à l’origine, sur Olympia, d’un petit label, Bicycle records, qui semble agir comme une grande famille. Et quand cette bande de copains partent sur la route pour présenter leur nouveau disque, Lions of Cascadia, c’est aussi à une famille qu’ils ressemblent.

Capables d’évoquer les plus fins détails d’existences ordinaires, faites de drames et de tabous à travers lesquels peuvent filtrer une joie fugitive. « All my friends keep moving away[…]” Et le refrain : “ Moving around to some other damn town » sur The Western Flight. La mélodie est caresse, et, tandis qu’une flûte ouvre le morceau et le disque, le banjo, qui semble être l’élément le plus distinctif du son de June Madrona, fait rapidement son apparition. The Western Flight questionne le fait de quitter sa terre d’adoption, et nous laisse aussitôt pantois devant tant d’immensité – pour nous autres français, il est bien difficile d’imaginer ce que c’est que de vivre dans un pays grand comme l’Europe. Il y a d’un côté Olympia, Seattle et l’état de Washington, berceau du grunge à la frontière du Canada. Depuis les villes bien reconnues par les quatre musiciens, les forêts et les paysages qui leur appartiennent, tout est un voyage, tout devient histoires de pertes et de retrouvailles. Les gens que l’on quitte se transforment, tandis que l’on tente tant bien que mal de préserver le noyau dur de notre affection. On empêcherait presque de partir ceux qui seront à jamais transformés, voire ne reviendront pas du tout. « one flew back home to L.A. /I just heard she died on the freeway. » “If you don’t listen to your heart, you will disappear.” Ainsi, les liens que l’on a avec ses origines doivent êtres brisés ; quand il n’y a pas de raison de rentrer chez soi, et que cela peut être un retour en arrière, voire une disparition. Il y a à la fois une nostalgie aux paroles de Cowman, et l’exortation à aller de l’avant, à laisser tomber les chez-soi si nous n’avons rien à y chercher.

« My uncle was a chain gun loader/teenage kid fighting over in Korea"…. L’écriture est très riche, pleine d’images vécues, d’observations vraies. Cela oblige parfois Cowman à parler, à édicter, et sa voix forte et claire se prête très bien à donner vie à son écriture. Les couplets sont denses et les refrains plutôt constitués d’une phrase, comme le manifeste d’un sentiment unique et amplifié.

Le jeu de Sean Carson, au banjo, permet de ponctuer les histoires, de leur donner cet aspect « out there » très attrayant. Ils nous que les musiciens sont là, tous prêts alors que nous écoutons Lions of Cascadia, comme le soir du concert. Tinitus a une joie immédiate, provoquée par le banjo, qui fait écho à la sentence « all these dark and smoke-filled nights we gave up to feel alive » ... Sur Roll on Columbia (part 2), le violoncelle nous emporte encore un peu plus loin. « They built the coolie dam in ’33, 81 men died for all that concrete ». June Madrona embrasse les histoires sans se limiter à celles d’aujourd’hui, mais en trouvant au contraire, quelque plaisir à revisiter les déboires d’autres générations que la sienne. Cela leur donne, à l’heure où les groupes se banalisent à garder une seule dimension dans le présent, plusieurs épaisseurs. A l’instar de la pochette (signée Sean Carson) énigmatique, ils veulent plutôt retrouver un signe, un schéma , et se donner vie en regardant à travers. Pouvoir, d’un seul mouvement, se donner foi et trouver un endroit bien à eux, tandis que leur jeu précis – ce banjo sur Our Friends ! - les transportent d’évocations sincères en drames volés, toujours sincères. C’est le pouvoir de tout vivre à travers la musique, les chansons.

 

jeudi 20 mai 2010

Christina Antipa et June Madrona - Concert à la médiathèque associative des Musicophages



Christina Antipa l’annonçait fièrement en janvier : « beaucoup de choses vont changer cette année, pour en nommer deux : 1) je me baptise d’un nouveau nom. […] 2) […] Au début du mois de mai je m’envole pour la France pour un mois de tour européen avec June Madrona. Alors sortez me voir jouer. » Plus loin, elle propose de jouer « dans votre salon, votre jardin… » Car cette artiste est l’image de la simplicité la plus totale, venant présenter et faire vivre son petit monde chez les uns et les autres, un univers qui pourrait bien s‘avérer, si l’on prenait le temps d’apprécier son travail, particulièrement beau et marquant.

Christina Antipa est une compositrice, parolière et interprète qui vit en Californie, au beau milieu d’une scène folk richissime. Elle a trente ans, et cela fait dix ans depuis son premier disque, et plus de vingt depuis qu’elle a appris le haubois, avant de jouer aujourd’hui parfaitement la guitare (une magnifique épiphone), et aussi le clavier et le violon sur ses disques… Du folk intimiste, parfois un peu sombre, sublime, et une voix de plus en plus assurée mais aussi un peu fuyante, qui donne à ses histoires de langueur et d’études, de torpeur, de foi et de fantômes toute la dimension voulue. C’est son dernier album, The Royal We, qu’elle vient présenter au public français, et à l’occasion d’une soirée de grande émotion à Toulouse. Ce disque a été enregistré en 2009 avec la participation de musiciens qui ont manifestement tout compris à ce que recherche Antipa. La présence de scie musicale, de la fameuse guitare pedal-steel que chérissait le Neil Young à l’époque de Harvest, d’accordéon, de synthetiseur, et d’un boîte à rythmes sur trois morceaux dont une reprise de Sting (I Hung My Head) donnent à The Royal We une dimension à la fois folklorique et moderne.

Christina Antipa, sur cette tournée, fait la première partie d’une groupe basé à Olympia, dans l’état de Washington ; June Madrona, dont le chanteur, Ross Cowman, est aussi le co-fondateur d’un label américain alternatif et chaleureux, Bicycle Records, sur lequel est signé Antipa. Comme elle, on a affaire de ce côté-là à des rêveurs, dont la musique évoque parfois celle des Bowerbirds… et dont la marque la plus évidente est le banjo joué par Sean Carson, qui oscille au cœur d’un canevas enchanteur et de textes somme toute fort intelligibles pour nous, sur l’amitié, les saisons, la destruction et la rennaissance de relations humaines, des corps, et des communautés. Le quatuor June Madrona – Sean Carson, Danielle Chiero, Ross Cowman et Molly McDermott) a déjà publié quatre disques, mais je n’ai encore qu’à peine écouté celui que je leur ai pris, Lions of Cascadia, qui est décrit par Cowman comme une rêve d’avant l’amérique. Autant dire qu’à eux cinq, ils embrassent un univers onirique large et foisonnant.

Mais lorsqu’ils jouent ce soir, il y a aussi un sens de la communion, une amitié, une chaleur entre eux et avec le – maigre - public qui provoque la fascination. Peu de métériel a été installé ; seule Antipa joue électrique, tandis que June Madrona est complètement acoustique – banjo, violoncelle, guitare sèche, xylophone, la rythmique est parfois marqué par Cowman de coups de la paume contre le bois de sa guitare, et, finalement, un jeu de verres. Antipa a une longue liste de morceaux posée sur son ampli, et elle pioche au gré de ses envies, privilégiant des titres de son nouveau disque comme Beautiful Place et Here’s Your Ghost. A la basse, le boss de Waterhouse Records, son label pour l’europe, l’accompagne lorsqu’elle fait appel à lui. A un moment donné, il l’implore de jouer un vieux morceau qu’elle n’a plus interprété depuis longtemps ; elle accepte.

C’est sa première tournée à l’étranger ; de l’europe, elle ne connaît que la grèce, d’où son père est originaire. Après que je lui aie demandé de me dédicacer ses disques – chose qui la laisse sceptique car, me dit t-elle, cela ne se fait pas chez elle – nous discutons de choses et d’autres. Quand au nom du groupe, elle explique qu’elle souhaite cesser de s’appeler seulement par son nom parce qu’elle trouve que c’est manquer de respect aux musiciens qui l’accompagnent. Et il me paraît naturel qu’au point où elle en est arrivée elle puisse prétendre incarner la force motrice d’un véritable groupe, comme ces probables idoles de groupes country et folk – Lucinda Williams, etc. Lorsque je lui dis que je fais un peu de piano, elle me suggère, aussi simplement que cela, d’enregistrer à mon tour. « Un disque, c’est comme un journal intime », « on y consigne des choses des souvenirs. » Enregistrer, c’est garder une trace, c’est vrai. Ce qui ml’est venu à l’idée, c’est que cette empreinte était ensuite reproduite dans l’esprit des ses auditeurs ; que la musique c’est cela, une série d’empreintes qui gardent le mystère que leur interprète veut bien leur laisser. Antipa est mystérieuse parce qu’elle parle de « son cœur dépressif » ou de « comme toujours, des couches d’harmonies vocales tristes » en décrivant The Royal We ; avec une ironie discrète, une pudeur, une affection qui la fait protéger sa musique comme une possession de son coeur.

Ce disque, elle a mis un an à le faire. Et quand elle n’enregistre pas de musique, si elle n’est pas en train de la jouer, elle est bibliothécaire. Et elle a été secrétaire, me dit t-elle, comme l’une de ses premières chansons en atteste. Je devine une personnalité profondément littéraire...

Elle partageait aussi sa crainte d’avoir ennuyé, à cause du fait que le public français n’avait peut-être pas compris ce qu’elle chantait. Je pense cependant qu’il se produisait une alchimie qui allait au delà des mots, et je pense qu’elle l’avait compris, qu’elle ne partageait pas seulement des histoires qu’on ne pouvait comprendre mais qu’elle donnait de sa personne – peut-être que jouer devant un public si différent l’a faite réfléchir à ces nouveaux aspects. Pour ma part, je lui ait dit que j’avais presque pleuré à l’écouter, j’espère que ça lui a fait plaisir parce que c’était vrai. Enfin, elle nous interrogeait sur le fait que tant de groupes français chantent en anglais ; et disait craindre un monde ou l’anglais allait tout envahir, et formater. Si l’on chante en anglais ici, pourtant, cela part d’un sentiment sincère, c’est davantage qu’une vaine imitation ; c’est le résultat d’une admiration immense pour ces artistes si simples et la volonté d’être compris par eux, de les retrouver à un certain point ; de les rejoindre… et de pouvoir finalement impressionner des personnes comme Antipa, qui comprennent la musique au-delà des mots et savent l’écrire avec autant de talent.
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