“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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mercredi 1 janvier 2014

Groupe de l'année 2013 : LOS CAMPESINOS (2)

 
 
The fellowship of Boring

Dans Los Campesinos, il y a aussi Ellen, Harriet, Neil, Ollie et Tom. De façon très anglaise (pensez à Radiohead), ils demeurent excessivement discrets derrière leur leader, et semblent remplir de façon pragmatique leur rôle d’artistes. A côté de l’équipe de football avec laquelle il continue de jouer des matchs, c’est le clan des artistes, qui contrebalance l’ «environnement social» de Gareth. « Mon rôle dans l’équipe de foot, c’est celui du mec qui a les cheveux un tout petits peu plus longs qu’ils ne devraient l’être. Ils sont super. C’est juste que je ne peux pas passer tout mon temps avec ces gars qui aiment le rock à guitares. C’est trop restreint. » On le voit sur Romance is Boring, leur troisième album, le groupe développe beaucoup d’idées – arrangement de cordes, synthétiseurs - hors de ce ‘rock à guitares’ – Oasis ? Beady Eye? Noël Gallagher ? - que les amis non-musiciens de Gareth affectionnent. On aurait peut-être pensé qu’une des filles du groupe montrerait la même énergie que leur chanteur et parolier pour développer Los Campesinos et leur servir de porte-parole. Mais ça n’est pas arrivé : Gareth s’affirme comme leur seule figure de proue, et c’est ce qui caractérise cet album de consolidation.
 
Il a tout l’espace pour développer, au fil de tournées en première partie de groupes noise et de brainstorming effréné, son sentiment vis-à-vis de leur musique. La situation du groupe commence à changer : leur public s’élargit. Il ne s’agit plus seulement de chanter pour ses amis, mais pour des auditeurs qui ne comprendront pas les paroles. Les métaphores filées sur des couplets entiers ne sont plus faites pour tromper les amis mais pour signifier un groupe en quête de sens. Les gestes, toujours accompagnés de mots, prennent une autre dimension plus réflexive.

D’une certaine façon, écrire à propos de quelqu’un en particulier peut être une arme puissante puisque tu chantes les chansons à des milliers de personnes régulièrement.

G.C. : Peut-être que la différence, sur Romance is Boring, c’est que plutôt que d’être consacré à une personne en particulier, c’est un agrégé de beaucoup d’amis, de relations distillées en une seule entité. Ainsi il peut y avoir des phrases de certaines chansons qui sont inspirées par une personne en particulier, mais on ne peut plus écouter une chanson et dire « Ca parle de moi ». La plupart de mes amis n’écoutent pas notre musique, de toute façon – je pense qu’ils évitent de l’écouter parce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ce qu’on raconte à propos d’eux.»
 
La tautologie de l’année

Gareth a un jour fait part de son « admiration » pour une chanson comme Sex on Fire, de Kings of Leon. « C’est super de pouvoir écrire des paroles aussi simplistes, qui peuvent être chantées après une seule écoute. » La chanson des Kings of Leon, démonstration d’urgence émotionnelle et sexuelle, a révélé un groupe à la recherche d’une raison d’écrire, menaçant d’imploser à tout moment à cause des excès, et obligé après un concert désastreux en 2011 de s’arrêter pour réfléchir à l’avenir de leur carrière. N’ayant jamais – pour de bonnes raisons – rencontré un tel succès, Los Campesinos poursuivent leur trajectoire sans subir de crise. Un légère remise en question après Hello Sadness (2011), cependant, explique le caractère plus vivant, plus accrocheur et mémorable de No Blues à côté de son prédécesseur, pas indispensable. Pour le reste, Los Campesinos ont tenu la ligne, guidés par un précepte : toujours rechercher – ensemble, finalement - la rédemption amoureuse et y aller avec le cœur, même s’il passent encore pour des étudiants qui ont décidé de faire carrière dans la musique.

La chanson est un rite de recommencement éternel, encapsuler le plus possible d’énergie vitale, faire souffler le chaud et le froid, se fondre dans le quotidien, montrer habilement combien il est absurde, voire futile, de le chanter, tout en étant forcé de reconnaître que c’est ce qu’on fait. Gareth y parvient toujours à merveille. Il n’a encore que 27 ans, et il décrit dans Let it Spill sa vie comme une boule de neige qui se transformera en avalanche.

On pourrait penser qu’une bonne chanson ne nous permet jamais de reprendre notre état d’esprit d’avant. Mais Gareth chante «toi et moi nous sommes de la tautologie » [c’est à dire le ‘caractère redondant d’une proposition dont la conclusion énonce une vérité déjà contenue dans le point de départ.’]

Les chances d’évolution existent pourtant. Ils doivent continuer à dispenser l’énergie et l’urgence, améliorer la relation entre la musique puissante, riche et astucieuse et les mots qui tiennent l’ensemble. Recréer cette fraîcheur et une respiration qui nous encouragent à revenir à eux et à y déceler les jeux d’esprit, fougueux comme la vie, placés partout par Gareth. Il a ses règles : qu’il y ait toujours une « fille » pour réévaluer sa position, l’état de son désir, sa place au sein d’une génération dans laquelle c’est difficile d’être un artiste sans ne faire que chroniquer son impression de décalage. « Chérie j’ai envie d’apprendre/on m’a regardé comme une grappe de raisin pourrie quand vous autres buviez du Sauternes. »

Boire, manger, se retrouver avec ses amis, les plaisirs du quotidien semblent toujours décrits pour faire ressortir une mélancolie, une envie de changement, ce que Gareth décrit en 2013 comme une lueur d’espoir permanente dans toutes les chansons de Los Campesinos, même si quand on les ‘étudie’ – c’est à cette fin que No Blues a été pensé, soigneusement – elles paraissent désespérées. Gareth et le groupe s’amusent avec la mélancolie frivole, mais (donc?) subtile. Autre règle : à chaque chaque fois que la fille de la chanson fait un geste significatif, le chanteur en fait deux. C’est pourquoi l’album est aussi alerte.

Légèrement plus intense et, n’ayons pas peur des mots, plus épique que les autres, Avocado Baby (l’une des meilleures chansons du groupe jusque ici) relance l’album, mais il s’en fallait de peu pour que toutes les chansons aient chacune à leur tour le rôle de Wake Up sur le premier album d’Arcade Fire ; celui de culminer, avec un sens de la grandeur et la finalité d’une déclaration d’intention. Celui de provoquer cette poussée émotionnelle particulière qui les démarque au sein d’un album. What Death Leaves Behind le fait avec ses images de crémation et de barbecue, rejoignant l’adage scout ‘il n’y a pas de fumée sans feu’ ; Cemetery Gaits en se proposant comme le parfait embrasement de concert ; Glue Me, plus calme, en faisant mijoter l’art du jeu de mots à un point encore jamais atteint par Gareth jusqu’ici. Elle rappelle que la raison d’être de No Blues c’est le langage et l’humour. Le final Selling Rope (Swan Dive to the Estuary) montre aussi qu’avec un peu moins de mots, mais des mots faits pour emporter chez soi, Los Campesinos prennent pour nous le sens qu’ils ont eut successivement pour Aleksandra, Ellen, Gareth, Harriet, Neil, Ollie et Tom dans leurs vies.

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