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James Vincent MCMORROW

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Trip Tips - Fanzine musical !

mardi 28 septembre 2010

Dr John and the Lower 911 - Tribal (2010)



Voir aussi la chronique de Locked Down (2012)



Le pianiste/chanteur/guitariste de soul/funk/jazz/R&B des marais Mac Rebennack est de cette noblesse américaine originaire de ce qui est peut-être le seul état américain ayant sa propre culture, le Louisiane, et d’une ville aux résonnances mythiques, la Nouvelle-Orléans. A le voir déambuler dans les rues avec cape et haut de forme – il a un côté Bootsy Collins - et marcher en grand gourou au-dessus des gens avec un petit sourire satisfait, on a l’impression d’assister à la résurrection de l’âme vieille et fière de cette ville, un dandy un poil prétentieux à la Captain Beefheart, mais dont la culture est bien différente. Pourtant Dr John n’est jamais mort, et c’est édifiant de se dire qu’il a passé tout ce temps à se remuer là bas, s’attirant l’admiration en jouant d’un charisme qui allait directement nourrir une musique, et son personnage – le « Night Tripper » dans les années 60. Cette musique ne changera jamais dans l’approche, des bouts de psyché plein de groove et d’ambitieuses errances entre tradition et folklore de son propre imaginaire.

Habitué des festivals, devenu une légende vivante, Rebennack aurait pu cesser d’investir son énergie dans des disques que de moins en moins de gens écoutent, et pourtant il continue de s’affirmer par ce biais. Remis en valeur par son Grammy Award en 2008 (pour The City that Care Forgot, autour du cataclysme Katrina) le travail de Dr John repose aujourd’hui beaucoup sur l’excellence de ses musiciens – le groupe baptisé The Lower 911. Le noir américain Herman Ernest III (batterie et coproduction) et David Barard (basse) en premier lieu, une section rythmique fusionelle sur laquelle peut se reposer en toute tranquillité la guitare de John Fohl. Les percussions de Ken Williams et le piano de Dr John viennent agrémenter ce disque généreux – Tribal dure 56 minutes et comprend 16 morceaux. Tribal pour les influences africaines, voodoo, Cajun de sa musique, pour une certaine fascination des rythmes primitifs les plus efficaces – le genre d’influences parfaitement adaptées à la musique funk, appréciée parce qu’elle est irrésistible et hypnotique. Le morceau titre, lent et imposant, alterne un blues/jazz poisseux et des chants rituels sur lesquels le tempo accélère.

Le disque est plutôt détendu, avec des pièces à la nonchalance trompeuse (Change of Heart, Potnah), mais aussi passionné, notamment grâce à la présence de chœurs sur plusieurs titres (Lissen at ou Prayer, Music Came), ce qui lui confère une authenticité que le Dr John n’aura pas volée. C’est seulement qu’en termes de funk, si l’on pense à Parliament, la notion d’authenticité peut aller très loin. C’est une musique qui entretient des connections subjectives à la réalité. Ainsi, When i’m Right (I’m Wrong) – qui évoque une de sa vieille chanson Right Place, Wrong Time - est construit autour du chorus insistant : « When i’m Right i’m wrong, when i’m wrong i’m wrong ». Presque un concept. Et qu’est-ce que le Jinky Jinx sur le morceau qui porte ce nom (un titre qui semble tout droit sorti des années 60) ? Les paroles sont souvent imagées, parfois surprenantes – ce sont pour la plupart des chansons d’humeur, même. Dr John saute d’un style musical à un autre selon ses dispositions. Music Came est jazzy, Potnah r&b... Dans un registre différent, même si ce n’est pas nouveau pour le bonhomme, Only in Amerika fait de la critique sociale.

Mac Rebennack n’a évidemment plus rien à prouver. Pourtant, il parvient sans vraiment y toucher à garder le feeling originel, et à produire un disque captivant grâce au secret d’une formule qui va au delà d’une question de conduite. Dr John a la bonne attitude, mais il a aussi les mots, et ni la ferveur de son engagement, ni la flamme de sa passion ne disparaîtront au profit de son amour-propre manifeste.


Neil Young - Le Noise (2010)




Parutionseptembre 2010
LabelReprise Records
GenreFolk, rock
A écouterLove and War, Hitchhicker, Peacefull Vally Boulevard
/107.25
Qualitéspoignant, sensible, nocturne

Neil Young est aujourd’hui dans sa cinquième décennie de musique. Comme les plus grands, il n’a pas tant cherché à imiter ses contemporains qu’à les devancer, produisant parfois des disques inexplicables, dialoguant avec des forces créatrices invisibles et suprêmement subjectives, et d’autres albums qui ne se sont révélés intéressants qu’après plusieurs années d’existence. La carrière de Neil Young n’est pas vraiment faite d’étapes successives comme l’est celle de Waits par exemple, mais plutôt de courants qui ressurgissent à diverses époques et replongent pendant d’autres. Dans une certaine mesure, ces courants suivent les opportunités que Young a d’enregistrer avec des personnes ou d’autres – au centre de sa carrière, les Crazy Horse lui ont donné, par le truchement de sa propre férocité occasionnelle, le son le plus évident de son épopée dont le premier acte de défiance fut Everybody Knows This is Nowhere (1970) – le disque de la fin de l’apprentissage. En termes de trouvailles sonores et de composition, Young a beaucoup investi dans la guitare, les guitares comme instrument pluriel – a tel point qu’on a beau dire que l’on aime le son de guitare de Neil Young, on risque de ne pas être compris, car il y en a plusieurs.

Non pas que son jeu ait beaucoup évolué, mais c’est le résultat à la sortie de l’ampli qui a donné des rendus divers ; jusqu’à la demi-heure noise de Weld en 1991 et la tournée qui faillit le rendre sourd. Le Noise est l’un de ces disques plus dévoués à la recherche sonore – une épreuve de laboratoire en quelque sorte. Ce n’est pas un album bruyant ni dissonant, le titre n’étant qu’un clin d’œil amical au producteur Daniel Lanois (dont le nom sonne presque comme ça en anglais). Ce n’est pas un disque agressif, ni même amer comme Living With War (2006). A écouter Le Noise, malgré les larges proportions que prend le son sur les morceaux électriques,  on a plutôt l’impression d’un album serein – les deux premiers titres sont Walk With Me et Sign of Love.


Lanois, en produisant Le Noise, avait le sentiment que quelque chose n’avait pas encore été fait dans la carrière de Young – on peut, considérer la carrière de Young comme une suite d’expériences plus ou moins réussies et plus ou moins fidèles à l’âme du musicien. Lanois voulait que ce nouveau disque descende un nouveau versant de cette carrière en proposant un son encore un peu différent, tout en restant le plus près possible de ce que Young devait exprimer et incarner de ses mots et de ses phrases musicales. Lanois semble intéressé davantage par la création d’un paysage sonore constitué d’éléments plutôt indépendants les uns des autres – ce qui donne cette impression de richesse et cette majesté au son de Le Noise - plutôt qu’à la construction des morceaux eux-mêmes. Les titres sont très classiques dans leur forme, et c’est un reproche que de constater qu’ils auraient pu sans exception se retrouver sur n’importe quel disque de Young. Lanois utilise l’écho comme matière de base – le disque a été enregistré dans son manoir, une sorte de palais romantique doté de corridors en voûte. Il s’en dégage la sensation que Young est un personnage sépulcral ;  ce son est destiné à habiter et à hanter.

Les paroles sont très épurées, sans les images que pouvait invoquer le songwriter dans d’autres périodes de sa carrière - à deux exceptions près. On reste un peu sur notre faim le temps de Walk With Me et Sign of Love, avec l’impression d’un Young encore adolescent, qui trouve satisfaction dans les images les plus éculées comme pour signifier que c’est là la meilleure matière – une bonne façon en tout cas de tenir tout cynisme à l’écart. Quoique lorsque Young propose que l’on marche avec lui, il convient de se montrer méfiant étant donné qu’il finira toujours par vous abandonner au milieu de nulle part. C’est un peu ce que fait Le Noise, abandonner l’auditeur dans une pièce vide, un corridor ou dans les tréfonds de l’histoire mythologique Youngienne « I Wish i was an inca from Perou ». Cette ligne est tirée de ce qui est sans doute le meilleur titre du disque, Hitchhicker. Lyriquement plus riche que les autres – à l’exception peut-être de la longue pièce acoustique intitulée Peaceful Vally Boulevard -  Hitchhicker contient la phrase “I tried to leave my past behind, but it’s catching up with me”. C’est, enfin, des images qui sont conjurées.

« You needed me to ease the load, for conversation too ». Young se replonge dans son passé avec une certaine complaisance par moments, mais il est permis de voir dans Hitchhicker l’un de ces titres qui résument des pans entiers de la carrière d’un individu qui a fondé la sienne sur des images et des ressentiments. Pour Peaceful…, la chanson la plus poignante du disque, le nom est trompeur : Neil Young y chante, avec une voix rappelant trop le timbre de Will to Love (sur American Stars and Bars, 1977) : « A rain of fire came down upon the way, a mother screaming and every soul was lost”. C'est l'histoire de l'homme blanc qui a transformé les vallées endormies en villes bruyantes dont les noms des boulevards rappellent un lointain passé. On ne sait plus sur quel pied danser. Mais le public à l’époque de Tonight’s the Night ou Time Fades Away était perdu aussi. Ce n’est pas un sermon, mais plutôt une voix à la mélancolie orientée vers l’intérieur, un acte d’apaisement égoïste.

 




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