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vendredi 5 novembre 2010

Mavis Staples - You Are Not Alone (2010)


A découvrir aussi : We'll Never Turn Back (2007)

Parution : octobre 2010
Label : Anti-
Producteur : Jeff Tweedy
Genre : Blues, Country, Soul
A écouter : You’re not Alone, In Christ There Is No East or West, Don’t Knock, Too close on my way to Heaven



Parutionoctobre 2010
LabelAnti-
GenreBlues, country, soul
A écouterYou’re not Alone, In Christ There Is No East or West, Don’t Knock
/107,75
Qualitésintemporel, communicatif, vibrant


De toutes, la voie qu’emprunte Mavis Staples est la plus droite, dirigée à la fois par la foi, l’espoir et l’optimisme. Noire américaine de 71 ans, déjà chanteuse dans les années 60, elle a vécu les manifestations pour en finir avec l’apartheid, les groupes de musique qui se sont multipliés pour chanter la liberté ou juste le droit à l’existence, l’apparition des hippies, le discours de Martin Luther King, et toujours la musique pour accompagner ces moments inoubliables qui changent pour un temps  une société et toutes les vies solidaires qui la constituent, dans le meilleur monde, un monde de foi, d’espoir et d’optimisme. Ses visions, ses souvenirs de l’époque, une époque où le changement  existait déjà dans les rythmes, dans les grooves, et  les mille évènements politiques et sociaux qu’ont traversé les Etats-Unis, ont conforté Mavis Staples dans la possibilité qu’il y aurait, quelle que soient les difficultés de l’époque, le contexte, la musique pour s’adresser à Dieu et jouer soi-même un rôle, sinon de messager, spirituel parmi les hommes. Sa musique, mélange intemporel de gospel, de blues, de country, embrasse avec générosité tout ce que l’Amérique fait de mieux, dans sa veine classique la plus flamboyante, tentée de joie de vivre, d’humour ou d’ironie.
La pratique du chant est aussi une histoire d’individu et de collectif pour Mavis Staples, comme les drames qu’ont vécu les noirs américains et dont elle a déjà ravivé le souvenir sur son précédent disque, We’ll Never Turn Back (2007), produit par Ry Cooder. Sur You Are Not Alone, les chœurs ont une importance non négligeable, ils symbolisent le profond unisson,  l’élan  d’un groupe prêt à durer pour toujours et sans lequel Staples, ne serait pas tout ce qu’elle est. L’échelle, c’est celle de la vie, écourtée de quelques barreaux pour certains, tandis qu’on force les autres à monter plus vite. Enfants devenus trop tôt adultes, confrontés à la misère de leur foyer, au travail précoce, aux expériences en tous genres. Rares sont les privilégiés qui ont la chance d’avoir une figure parentale – Roebuck « Pops » Staples, le père de Mavis dans son cas – pour les sortir du système qui les conduisait à la dépendance pour le remplacer par un système d’action. Les choses n’ont pas tellement changé. “Les phrasés, les tempos, les arrangements sont différents, mais les messages ce sont les même choses que j’ai dites tout au long des années. C’est à propos du monde d’aujourd’hui – pauvreté, travail, état-providence – et faire qu’on se sente mieux à travers les chansons. »
Jeff Tweedy, de Wilco, produit le disque et ce n’est pas anecdotique. Il passe après Steve Copper, Curtis Mayfield, Prince et Ry Cooder entre autres, l’ayant joué au culot deux semaines après avoir vu Staples en live au Hideout.  « Mavis est l’incarnation de l’esprit courageux » « Elle se projette sans cesse dans l’avenir, est un exemple positif pour tous les hommes. Et elle sonne comme si elle était dans la primeur de sa vie”.  De son côté, Staples, qui a appris à connaître son partenaire depuis les deux années de complicité, ne tarit pas non plus d’éloges sur Tweedy. C’est sur le choix judicieux des morceaux qu’elle chantera pour le disque qu’elle pote son enthousiasme. « Les chansons qu’il avait choisies étaient magnifiques », dit t-elle, « Elle m’ont fait savoir qu’il me connaissait, mon passé, qu’est-ce qui était bon pour moi ».
Ainsi, Creep Along Moses et Wonderful Savior (dont Mavis a enregistré le chant dans la cage d’escalier du studio de Tweedy en plein hiver) font partie des chansons traditionnelles qu’écoutait son père dans les années 60. Don’t Knock (parfait titre d’ouverture) et Downward Road datent du début des Staples Singers, quand elle chantait avec Pops et ses frères et sœurs, bien avant que les classiques comme I’ll Take You There et Respect Yourself soient en tête de charts. Toutes ces chansons contiennent une euphorie tout à fait particulière, que seule peut  provoquer la foi. Il y a une bonne part de reprises, des icônes du blues et de la soul (Allen Toussaint, Little Milton), et des parangons de musique populaire (Randy Newman, John Fogerty). Losing You, de Randy Newman, fait partie des nombreux moments d’émotion du disque, et elle est ici adressée à Pops, décédé en 2000 sans que Mavis ne s’en console jamais vraiment. Il lui avait tout appris. Wrote a Song for Everyone, de Credence Clearwater Revival,  semble être un titre naturel étant donné la qualité de la musique qui est enregistrée avant tout pour vivre dans les coeurs de chacun de ceux qui vont l’écouter – c’est un espoir commun mais des interprétations peut-être chaque fois différentes, selon le tempérament de chacun.
Un peu comme les morceaux ici, qui, malgré tout ce qu’ils ont en commun, sont mis en boîte de manière à sublimer leurs contrastes et à préserver leur identité parfois très ancienne. Downward Road, par exemple, est très rock, tandis que In Christ There Is No East or West est doux, léger. Le morceau-titre, You Are not Alone, est aussi le morceau-clef du disque : écrit par Tweedy et fruit de ces longs mois à observer Staples, son message simple et fort le prédestinait à cette position de choix.  A propos de cette chanson, Tweedy disait dans Mojo Magazine : « Même un gamin dans sa chambre écoutant le punk rock ou le heavy metal le plus abrasif, ce qu’il va en tirer, c’est « on est là avec toi ». Quelque part dans les profondeurs du morceau il y a une communication qui se produit, comme un soutien… » Staples fera remarquer que c’est le meilleur titre qu’elle ait jamais chanté. « Nous vivons des temps difficiles. Des gens sont accablés. Mais ils vont entendre ce morceau et sentir, elle chante spécialement pour moi. Et ils vont s’élever seuls. Mon frère, il m’appelle tout les jours et ce morceau est en fond sonore : « Mavis, tu n’es pas seule, je suis avec toi Mavis ! »
Cette collection de titres, auxquels la voix très animée et pleine de coffre de Staples donne une nouvelle élasticité, est une belle preuve que la pertinence se trouve dans le va-et-vient entre idées du passé et visions modernes de la musique populaire. Si la musique a si peu changé, finalement,  c’est pour ne pas oublier une chose ; pour chaque drame passé, il y a une injustice qui continue aujourd’hui. « Je voulais faire un disque où chaque chanson avait une signification » explique Staples. « Où chaque chanson raconte une histoire et vous redonne du baume au coeur et une raison de vous lever le matin ». Elle n’a pas toutes les réponses. Mais en s’interrogeant, elle suscite les questions chez son public le moins familier avec les thèmes récurrents de ses chansons.

jeudi 4 novembre 2010

Olöf Arnalds - Innundir Skinni (2010)

 



OO
lyrique/intimiste/attachant
Folk 

Même si Olöf Arnalds a sorti son premier disque, Við Og Við, en 2007, c’est aujourd’hui, avec Innundir Skinni, que l’on se fait partout un point d’honneur à la présenter au monde. Comme s’il y avait, dans le travail confidentiel-mais-promis-à-un plus-grand succès de cette chanteuse islandaise, quelque chose de particulièrement important qui méritait d’être capturé, d’être suscité dans les cœurs de ses futurs auditeurs, d’être démocratisé par les journalistes.
 
Arnalds est pour commencer un avatar d’humilité, valeur qui manque souvent à ceux que nous avons l’habitude d’admirer.  Et cette remarque est vraie de toute la musique islandaise, de Sigur Ros et Jonsi (le pianiste de Sigur RosKjartan Sveinsson produit Arnalds) du groupe instrumental Mum, et même de Björk, à la voir chanter en duo ici et là. La liste de musiciens islandais à découvrir est longue, mais je suspecte que certains sont déjà allés pour nous de l’avant en écument internet. D’autres, passionnés, ce sont même rendus sur place, pour tenter de comprendre la magie culturelle de ce petit pays qui est l’un des plus fameux du vieux continent en termes de musique.
 
Avec Olöf Arnalds, on sent tout de suite que non seulement l’artiste islandaise a su retrouver ce sentiment d’un ailleurs dans lequel les musiciens que j’ai cités sont pourtant chez eux. Ils ont les légendes islandaises immémoriales, une grosse part de ce que Tolkien appelait le « joyau primitif de lumière vivante », la clef ancienne de l’unité de leur peuple. Ce sont des contes extraordinaires, des récits de voyages sur les mers glacées et des histoires de drakkars dans le ciel et de par le monde.
 
Comme souvent les peuples peu nombreux, leur valeur artistique a la force non seulement d’un désir de s’affirmer au regard du reste du monde, mais aussi l’aspect précieux d’une culture qui s’intéresse aux choses étrangères et en fait sa propre lecture. Ce n’est peut-être pas tout à fait vrai pour l’Islande, qui semble assez liée aux pays scandinaves et même à l’Angleterre. Un autre signe de leur dualité ; ils connaissent l’anglais, qui paradoxalement leur permet d’exporter leur propre culture.
 
Ainsi, Olöf Arnalds semble vouloir dépasser l’histoire de son peuple pour embrasser d’autres cultures. Vinkonnur, par exemple, des accents orientaux, conduisant la voix d’Arnalds à privilégier l’exactitude plutôt que le souffle. Extraordinairement chantante, elle touche des notes et les pénètrent plutôt que de simplement les effleurer. Son voyage, c’est aussi le fado de Madrid, à moins que l’inspiration ne vienne de Nick Drake et des cottages anglais. La langue islandaise est un matériau de mots solidement rassemblés, dont rien ne se détache, pas de phrase mise en avant pour la commodité de la chanson. « Je crois que vous pouvez faire comprendre à certaines personnes même s’ils ne connaissent pas tous les mots », remarque Arnalds. En cela nous sommes bien aidés puisque les paroles sont traduites en anglais dans la pochette.
 
Le disque apparaît de part cette remarquable pochette rose comme très féminin, et c’est effectivement l’expérience d’être mère pour la première fois qui a inspiré en premier recours Arnalds. Innundir Skinni, « sous la peau », traduit la sensation d’attendre un enfant – mais c’est une expression qui, toujours selon cette volonté d’embrassade, peut signifier beaucoup plus. « Innundir Skinni signifie que je laisse entrer l’auditeur dans mon monde », explique t-elle. Quoi qu’il en soit, c’est un disque qui est d’abord partir d’un sentiment intime pour peu à peu concerner chacun d’entre nous, en questionnant les racines notamment. Sur Crazy Car, l’une des trois chansons en anglais, Armalds et son ami David Por Jonsson enjoignent une connaissance à ne pas aller habiter aux Etats -Unis. Une belle déclaration d’amitié, et la certitude quotidienne que les choses ne seront plus comme avant. Peut-être Arnalds chante pour les futurs enfants de son ami qui auraient préféré naître en Islande qu’aux Etats-Unis. Vinur Minn, traduite par « You disappeared », semble toucher sensiblement la même corde. « The sun dissolves all bathed in amber blue/And all the thoughts inside my head will chatter/You disappeared and friendship followed you/Remembering how I used to matter” chante t-elle en islandais, avant que la chanson ne devienne chorale.
 
Cet élargissement de la sphère intime vers le reste du monde se traduit par une richesse musicale décuplée qui provoque une énergie communicatrice. De nombreux instruments folkloriques, dont le fameux hurdy gurdy joué par Sveinsson, le kalimba ou l’harmonium indien – mais quoi de plus naturel de la part d’une ancienne membre de Mum qui maîtrise une bonne dizaine d’instruments. Avec Jonsson, ils pourraient monter un couple-orchestre. Il faut leur ajouter une douzaine de mains à la pâte, et bien sûr la participation de Björk qui devrait finir d’intéresser les curieux. Une relation qui n’est pas anecdotique. Le label One Little Indian, que l’on retrouve ici, est le premier à avoir signé Björk au moment de Debut (1993). Un disque concis, irrésistible de beauté et de clarté (« J’ai jeté quelques chansons pour garder l’ensemble clair »), qu’il n’est pas difficile d’écouter et de réécouter.


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