“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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Trip Tips - Fanzine musical !

vendredi 25 janvier 2013

GRAYSON CAPPS - Interview


Interview traduite depuis le site Dirty Impound. Très intéressante à mon avis, elle permet bien de cerner l'Américain très roots Grayson Capps.

Il y a une forme de responsabilité dans ta musique. On est loin du genre “garçon rencontre fille et l’invite à danser.”

En grandissant et en m’épanouissant dans le Sud-Est, dans une région très conservatrice [l’Alabama], j’ai développé des pensées en décalage. Mon cousin a l’habitude de dire, « Grayson, Jésus est la seule voie », ce qui m’irrite grandement. Je peux m’identifier à cette mentalité, mais allons, il y a tout un monde qui nous attend ! J’aime essayer de toucher les gens mais aussi de les entraîner, de leur porter des coups. Je me désintéresse lorsque le mot ‘politique’ ou économie’ ou ‘religion’ apparaît trop ostensiblement dans une chanson.

C’est souvent trop explicite, comme chez Toby Keith. Il n’est pas mauvais mais il est devenu ma référence en termes de pensée bling bling.

C’est très facile d’utiliser la carte du patriotisme. J’ai gagné une élection de représentants d’élèves à l’université car j’étais un acteur à ce moment, je leur ai dit : « Je suis américain et je suis au service de chacun d’entre vous ! » J’étais facétieux mais j’ai gagné car ces gens ne l’ont pas compris. C’est comme Born in The USA, la chanson de Bruce Springsteen qui est devenue un hymne national alors que si vous l’écoutez bien ce n’est vraiment pas cela. [Une énorme méprise conduisit Ronald Reagan à tenter de s’en approprier les paroles, et George Bush Senior à l’utiliser pendant sa campagne en 1988 alors que cette chanson décrivait en réalité le malaise américain dans le contexte de la guerre au Viet Nam]

Votre méfiance envers les pensées trop générales aide à comprendre votre état d’esprit dans les chansons. Vous écrivez à propos de gens isolés – ceux qui font les sandwichs, ceux qu’on n’écoute pas, les solitaires.

Ce sont les personnes qui comptent. Je viens de jeter un œil à un Rolling Stone [presse musicale américaine] et on aurait cru le livre d’or universitaire de qui sort avec qui, etc. Je suppose que certains doivent aimer ça. C’est étrange mais je n’ai jamais eu cette sensibilité.

The Lost Cause Minstrels est un super nom de groupe, mais en même temps, je ne veux pas te voir mettre ‘cause perdue’ sur une pochette d’album alors que ce n’est que ton 5ème disque.

J’ai observé Jack White apparaître avec les White Stripes alors qu’il n’était rien, et devenir une superstar, et maintenant il est comme un vieux à la retraite. [Cette interview a été faite en 2011, avant la sortie de Blunderbuss, l’album solo de White en 2012]. J’ai été témoin de ça, et j’ai continué ma route. J’ai vu des carrières naître et mourir, quant à moi, je continue.

C’est le genre de persévérance que montrent ceux qui ont besoin de continuer.

J’ai quelques fans, pas énormément mais ils sont très intenses. Par exemple, le mari de cette femme est mort et c’était un fan et elle souhaite que je joue une chanson précise quand il sera enterré. J’ai cette épouse qui vient presque partout où je joue. Son mari est mort il y a presque deux ans et elle a trouvé une façon de sauver son âme en venant à mes concerts. J’ai une poignée de fans un peu fous. Je ne sais pas ce que ça vaut, mais c’est beaucoup pour moi, que je fasse de l’argent ou non.

Ca dépasse le métier lorsque cela signifie tant des deux côtés.

Pour moi ce n’est pas un travail. J’ai été paysagiste jardinier presque 20 ans, tout en faisant de la musique, et j’en suis arrivé à ce croisement symbolique où je devais choisir entre la musique et le paysage. Prenant de l’âge, la musique a sans débat pris le dessus ; tout ce que je veux dire c’est que je suis venu à la musique pour en faire ma raison de vivre, sans chercher à plaire à personne. Même aujourd’hui, si je me trouve dans une situation où je ne suis pas satisfait de la musique que je fais, je vais travailler avec les plantes, car ça me plaît. Si je ne trouve pas mon compte en faisant de la musique, pourquoi continuer ? Je dois payer un loyer et acheter du gaz jusqu’au prochain concert, mais après avoir assuré ses arrières, c’est vraiment le rêve de jouer de la musique et de pouvoir en vivre.

Il y a eu une évolution constante depuis votre premier album. La musique continue de se développer de façon très naturelle.

Je l’espère car ma seule assurance en tant que musicien, c’est de pouvoir m’améliorer. Il faut que je progresse ! Quand je serai vieux, je veux être très bon. Ca ne m’intéresse pas un parcours comme les Eagles qui ne sortent plus que des Greatest-Hits. Surtout parce que je n’ai pas de hit. [rire] J’espère que j’en écrirai un à cet âge là.

Le nouvel album est très cohérent, et cela peut servir à attirer des gens qui n’ont jamais entendu ta musique auparavant.

Trina Shoemaker, ma partenaire qui a mixé et produit l’album, est au-delà du professionnalisme. Nous faisons des disques ensemble depuis longtemps, et je pense que nous avons trouvé une zone de confort, ou du moins, nous savons désormais comment parvenir à ce que nous recherchons. J’ai aussi renouvelé tout le groupe à l’exception du batteur, et l’effet est positif là aussi.

Les musiciens sont vraiment au service des chansons sur Lost Cause Minstrels, et je pense, c’est la clef – l’humanité, le sang et le muscle parfaitement accordés.

Tout à fait. Beaucoup d’artistes se fient à l’Auto-Tune, mais je n’en ai pas besoin car Trina me rappelle toujours combien elle aime quand un chanteur entame une chanson sur une fausse note avant de s’accorder. On n’a pas ça avec beaucoup d’artistes, leur musique est homogène parce qu’ils recherchent le succès avant tout.

Des gens essaient de me parler d’Arcade Fire et je leur dis, « As-tu écouté les deux derniers albums de Levon Helm ? » Et ils répondent « Qui ? Quoi ? »

Nous n’aurions pas eu ces classiques Soul dans les années 60 avec l’Auto Tune. Aretha [Franklin] et Otis [Redding], leur truc c’était de pousser la voix dans le rouge, surtout avec les micros qu’ils avaient à l’époque. Je l’ai dit dans le passé, à ton propos, mais ça vaut le coup de le répéter : tu as beaucoup plus en commun avec des artistes classiques comme eux plutôt qu’avec la plupart de tes contemporains. Ca fait bien plus sens de te comparer à Kristofferson, Prine et Lowell George.

Ce sont mes héros. Ce sera peut-être une raison de ma perte, mais je n’ai jamais été un fan de pop. Ca a toujours été Tom T. Hall et John Prine. Des gens essaient de me parler d’Arcade Fire et je leur dis, « As-tu écouté les deux derniers albums de Levon Helm ? » Et ils répondent « Qui ? Quoi ? » Pour qui te prends tu quand tu me prétends connaître le meilleur groupe du monde alors que tu ne sais même pas qui est Levon ?

Amen!

Les gens ne connaissent tout simplement pas l’histoire de la musique. L’un de mes disques préférés entre tous, c’est Carney de Léon Russell. Il est court – quelque chose comme 38 minutes – mais il devient plus intéressant d’une écoute à l’autre. C’est là que Trina et moi nous connectons, car elle est férue du rock seventies. Elle adore Bad Company et se demande sans cesse comment ils sont arrivés à ce qu’ils ont fait.

Il y a toute une mythologie lorsqu’on parle de classic rock mais c’est de la musique qui ne vieillit pas. C’est tellement bien produit, écrit et joué, surtout en comparant à ce qui sort aujourd’hui. On pourrait toujours passer ces morceaux à la radio et ils tiendraient la route. Ca démontre des compétences et un artisanat qui est en train de quitter le business.

IL y avait de la profondeur aussi. Quand ils utilisent ces grosses caisses – wow ! Certains de ces disques par The Band [groupe dont Levon Helm était batteur] sont parmi les meilleurs de tous les temps.

Ca doit être frustrant, d’une certaine façon, de rechercher cette profondeur et de réaliser que le plus gros de la profession ne s’y intéresse même plus en ces termes.

Je ne généraliserai pas, même si je suis d’accord en ce qui concerne la musique mainstream. Quelqu’un a fini par me faire écouter My Morning Jacket, et c’est assez intense. Je les ai vus live quelque part et je n’ai pas tout saisi, puis j’ai écouté un de leurs disques et j’ai aimé. C’est comme PInk Floyd mélangé à autre chose. [rire] C’est engageant, ça sonne bien. Il y a pas mal de bonne musique tout de même, les Black Keys par exemple. Trina connaît Tchad Blake, qui s’est occupé de leur album Brothers, et ça me fait chier que dans les interviews ils puissent dire « Ce n’était que nous deux à Muscle Shoals enregistrant nos pistes de guitare et de batterie. » Trina a parlé à Tchad, qui s’est retrouvé avec ces pistes nues et ils lui ont dit, « Fais ton truc sur celles-là ». Il y a de la basse et des claviers en plus. Ca me rend très jaloux car ils se font plein d’argent, mais pas Tchad. [rire] Ce sont de grands songwriters, et je pense que Dan est un bon chanteur. Junior Kimbrough habite son jeu de guitare. Ca se voit du premier coup [rire]

 
Tu bien l’un des seuls que je connaisse à mettre Junior en relation avec le jeu de Dan Auerbach, ce qui en dit beaucoup sur l’ignorance générale des journalistes musicaux à leur sujet. Je voulais te parler de ton déménagement depuis la Nouvelle Orléans, où tu as passé de longues années de ta carrière. Cette ville a servi de fabrique à tes chansons pendant longtemps.

Je suis revenu à Fairhope, Alabama, qui est à deux heures et demie environ de la Nouvelle-Orléans. J’ai commencé à jouer de façon régulière au Chicki Wah Wah à NOLA, ce qui est cool mais je suis encore le mouton noir de cette communauté. Comme Anders Osborne arrive, embrasse cette culture et se met à parler comme s’il était de là bas. IL devient ce qu’il aime, et je ne le critique pas pour cela - il est super – mais je ne me suis jamais vraiment senti chez moi à la Nouvelle Orléans même si j’avais ma niche là bas. Je suis à moitié d’ici, et à moitié de là bas. Ce n’est pas un mélange évident. Je suis ce gars qui joue une musique un peu funky, mais c’est de la country, et il est blanc et chevelu. Quelque chose ne colle pas dans le personnage. [rires]

Mon groupe n’est pas fait pour danser, et ce n’est pas ce que je veux. Mes parents étaient tous deux professeurs d’école, et mon père était prêtre pendant un temps. J’ai lu beaucoup de philosophie, et j’ai étudié le théâtre. Je sais que si les gens dansent c’est une musique de l’âme, ce que je recherche c’est davantage une épiphanie, une révélation. Les gens peuvent danser avec frénésie, c’est super mais je ne sais utiliser la frénésie qu’avec les mots. J’ai l’impression d’en apprendre un peu plus chaque année tandis que la musique devient plus forte et meilleure.

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