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lundi 14 mars 2011

Deerhoof - Deerhoof Vs. Evil (2011)



Parutionjanvier 2011
LabelPolyvinyl/ATP Recordings
GenreExperimental, Psychédélique
A écouterI Did Crimes for You, The Merry Barracks
°°
Qualitésoriginal, audacieux

 «  Le groupe vit une crise identitaire permanente. Nous n’avons aucune idée de ce que nous sommes et de ce que nous faisons », confiait dernièrement le batteur et chanteur de Deerhoof, Greg Saunier à New Noise magazine. De fait, le quatuor de San Francisco réussit étrangement à paraître aussi focalisé qu’il est vain. Focalisé à terrasser l’ennui, ce mal auquel le titre du disque fait peut-être référence ; et vain parce que, comme leur étiquette d’art-punkers semble les y prédisposer, leurs acquis ne sont, échappés d’une agitation incessante, que volatiles. Ce sont les champions de la réforme qui n’aboutit jamais. Ayant débuté en 1994 en duo plus ouvertement inspiré de sons new-wave, ils se sont peu à peu dirigés vers un hybride d’art-rock lourd et bruitiste et de pop douce, alternant des sonorités hétéroclites et percussions d’horizons tous plus invraisemblables les uns que les autres (xylophones, cloches…). Des vignettes psychédéliques et sucrées dans lesquelles on reconnaît instantanément  la patte du groupe, sans jamais complètement s’y identifier. On reste à distance, comme d’une boite à musique qu’on aurait trop secouée et qui se met à sauter d’un gimmick à l’autre sans crier gare. La chanteuse  - et bassiste - d’origine japonaise Satomi Matsuzaki semble à peine vouloir donner leur sens aux paroles, et pourtant, à force des les entendre répétées en mantras, elles finissent par servir d’épine dorsale aux morceaux, avec les autres éléments insensés qui s’amalgament. « Nous n’essayons de dépasser ni les frontières, ni les langages musicaux. C’est juste que nous ne les comprenons pas. » Une belle évocation de Captain Beefheart

Cette salutaire liberté de ton est due au fait que Deerhoof avance avec le seul impératif de ne pas se répéter. Ce qui pourrait  être difficile, voire insurmontable pour de nombreux groupes est naturel chez eux ; …Vs Evil démarre par un titre chanté en catalan (Qui Dorm, Nomes Somia). Deerhoof Vs Evil est leur disque le plus éclectique depuis Fiend Opportunity (2007), par opposition au plus cohérent Milk Man (2004). C’est aussi un disque très concis, presque à même de consacrer cette parole extraite de dernier Grinderman : « Two great big humps and then i’m gone ». De toute façon qui dit punk dit épuisable ; une fois toute la curiosité et la joie des mécanismes désamorcée, Deerhoof apparaîtra comme une récréation racée mais sans conséquence. Ils sont un peu les petits cousins des Flaming Lips, avec qui ils ont tourné en 2006 et qu’ils tiennent en très haute estime. On en entend ici l’influence évidente, à tel point qu’il est difficile ne pas songer à Convinced of the Hex (titre d’ouverture sur l’excellent et prétentieux Embryonic de 2009) lorsqu’on assiste à la prise de muscle du disque avec The Merry Barracks – ...Vs Evil dévoile alors pleinement son côté le plus abrasif, voire agressif. La menace "Hello hello hello/ Atomic bombs are going to explode,", proférée par Greg Saunier, donne le ton, surréaliste des paroles, même si elles sont parfois plus intimistes dans la bouche de Matsuzaki. « This is not based on a true story », tempère t-elle pourtant sur Secret Mobilization. L’utilisation d’un vocoder sur ce titre renvoie encore aux Flaming Lips, même si Deerhoof se moque finalement pas mal de faire un disque aussi ambitieux que Embryonic. Ils excellent plutôt à détourner des moyens patauds souvent aux mains de l’artillerie lourde. 

Tout continue au même train iconoclaste, se transformant d’une seconde à l’autre, entre exercices ethniques et phansmagories. Super Duper Rescue Heads semble pouvoir revendiquer un goût éhonté pour la pop des années 80 dans les premières secondes, mais elle est en réalité inspirée par la reprise d’un morceau du groupe congolais Kasai Allstars. Les mélodies sont rapides, allant à la rencontre de l’invention sans autre forme de procès : Hey I Can est entre l’orchestre gamelan et le show pour enfants. On peut regretter que certains morceaux ne soient pas plus développées ; à la vitesse quasi supersonique à laquelle vont les idées, ils pourraient prendre, sur cinq minutes, autant de nouvelles directions intéressantes, acceptant le fait que l’on écoute Deerhoof pour cette sensation d’émerveillement  constant de musiciens laissés aux méandres des sons qu’ils ont créés, et non pour trouver un quelconque repos. « Le morceau tel qu’il a été enregistré sur l’album n’est pas une fin mais bel et bien un début » avertit Saunier. « C’est douloureux parce que tu veux que les chansons deviennent le départ de quelque chose plutôt qu’un aboutissement, et ça, c’est très dur ». Deerhoof Vs Evil fait trouver un certain réconfort dans la profusion ; quand généralement les enregistrements minimalistes sont meilleurs dans ce rôle, ici c’est une musique follement riche dans laquelle la sincérité pop supplante la surfaçon maniaque. On se rappellera de I Did Crimes for You, par exemple, pour cette raison.

 

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