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samedi 20 mai 2017

{archive}THE TWILIGHT SINGERS - Blackberry Belle (2003)






Peu importe le nom que porte un album sur lequel Greg Dulli se dépense. Ce qui compte, c'est qu'il y ai une motivation valable à le faire émerger, l'hiver terminé, pour rejouer cette incarnation bestiale et frémissante, fascinée par les instants où la romance se mue en rancœur, mais surtout par la romance en elle-même – narration elliptique qui parcourt tant de films, et dont les chansons reprennent le sens du détail isolé mais marquant, capital pour la postérité de ses albums. « We’re coming alive in the cold” chante t-il dans Birdland, sur l'album qui presque quinze ans plus tard, vient démontrer qu'il n'y a pas de frontière entre les Afghan Whigs et les Twilight Singers. C'est seulement une affaire de tempo et de liberté artistique, dans une carrière où les éléments aliénants auraient pu autrement lui retirer l'envie ou le droit de faire ce qu'il fait de mieux, comme il l'entend, et de garder des amis fidèles. Sur Blackberry Belle, la voix s'épanouit toujours, à sa façon, pour paraître aussi contrite qu'impérieuse.

Les songwriters de l'errance sont nombreux. Mais Dulli n'en fait pas partie. "Black out the windows/It's party time." entame t-il sur Martin Eden, chanson clin d'oeil au roman de Jack London qui porte ce nom. Il écrit reposé, transi, peut-être exultant de son propre talent pour détailler les sensations, la tête prête à restituer la bande son étonnamment engageante qui s'y déroule tandis que les propositions de situations équivoques, embarrassantes pour d'autres, sont transformées en scénarios d'une évidence sereine. Il écrit volets clos, depuis une chambre d’hôtel anonyme. 


Les femmes sont un formidable ressort scénaristique. Il n'y a pas de meilleure raison pour que leur présence entache superbement les œuvres d'un homme aux goûts sophistiqués, passionné de littérature, de cinéma, et bien sûr de musique suggestive. Il n'y a pas d’échappatoire inutile, pas de promenade pour avoir l'impression illusoire de s'éloigner de ce qui dépend des hommes, car le seul moyen pour que ça ait lieu ce serait de s’abîmer en mer. A travers ses 'démons' amoureux, Dulli semble en réalité plus proche de se réconcilier avec sa belle famille que de disparaître comme un voleur le matin venu. Il a bien trop de considération pour les histoires des autres pour les priver de sa présence restituante dans leurs vies. Son appétit fait qu'il aimerait être partie prenante dans le plus grand nombre de vies possibles, faire l'expérience de situation inédites, et c'est ce qu'il entreprend en chansons.

The Twilight Singers sont la continuation logique des Afghans Whigs, une nouvelle libération pour leur chanteur. qui détonnaient dans la scène musicale des années 90. Les influences tirées des années 70, funk et soul, engloutis dans leur propre forme de rock, et la présence spéciale de Greg Dulli, se comportant souvent dans sa propre maison comme un invité sulfureux et indésirable, assurait que personne ne pourrait montrer l’honnêteté nécessaire pour reprendre les chansons du groupe ou de s'approprier leur style.

Cet album démarre par une mini suite constituée de Martin Eden et Esta Noche, initiant le concept de l'album, en quelque sorte : le monde vu depuis une chambre d'hôtel anonyme, entre le Nouvelle Oléans et Los Angeles, les deux villes où réside Dulli depuis le début des années 2000. S'il est capable de faire preuve d'une vie sociale normale, ou peut -être légèrement améliorée par son statut de chanteur adulé, Greg Dulli n'en montre rien dans cet album plutôt claustrophobe. fait en sorte de ne pas diluer son talent, mais persévère par rapport aux derniers albums des Whigs et notamment Black Love (1996), qui indiquait la voie pour des chansons où il était moins engoncé dans son rôle de prédateur omniscient. Il approfondit, se fait plus existentiel, fait face à son propre penchant pour la mélancolie et le combinant à une musique pleine de surprises. 

Que proportion de cette musique semble ouvertement sensuelle est naturel, vu le contenu. Et pour y arriver, le piano ouvre sur des dérives trip hop, parsemées de chœurs par Apollonia (collaboratrice de Prince) et par la violoniste Petra Haden. Dulli lui même s'essaie à un timbre de crooner, sur St Gregory, et nous pousse à nous plonger à l'intérieur de lui. "There's a riot goin' on/Inside of me/Won't you come inside/See what I see?," suggère t-il, plaquant sur son urgence charnelle le soupçon d'un hommage à Sly and the Family Stone.

Sur The killer, Dulli réconcilie, comme dans les meilleures chanson des Afghans Whigs, l'abrasivité du rock et la langueur éperdue de la soul. Il chante à gorge déployée sur un lit de guitares fuzz. A son tour intense, Decatur Str renvoie à Massive Attack, cette morosité heureusement portée par un refrain entêtant et la percussion enlevée de Stanton Moore (du big band Néo-Orléanais Galactic).

Dulli opère avec le son comme un réalisateur de cinéma avec les images, et ne fait interférer les acteurs qu'en dernier recours. Comme Trent Reznor (Nine Inch Nails) entre autres, c'est avant tout les textures et les ambiances de la musique qui le stimulent. « J'aime le jazz, la musique classique, l'ambient et la musique de films. J'aimerais enregistrer un album instrumental un jour, et j'espère que c'est pour bientôt. J'aimerais ne pas me soucier des paroles pour une fois, mais tout en retenant un sentiment fort à travers la musique seule. » commente le chanteur, interrogé par Daniel Patton de Music OMH. La compréhension de la musique passe alors entièrement par ce qu'elle dégage. C'était le cas chez Pink Floyd, en dépit d'une mode déplaisante qui a décidé du jour au lendemain que ce groupe ne signifiait plus rien. The Great Gig in The Sky est superbement revisité avec Number Nine, chantée par Mark Lanegan.

à suivre...

https://www.musicomh.com/features/interviews/interview-afghan-whigs

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