“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”
James Vincent MCMORROW
Qualités de la musique
soigné
(81)
intense
(77)
groovy
(71)
Doux-amer
(61)
ludique
(60)
poignant
(60)
envoûtant
(59)
entraînant
(55)
original
(53)
élégant
(50)
communicatif
(49)
audacieux
(48)
lyrique
(48)
onirique
(48)
sombre
(48)
pénétrant
(47)
sensible
(47)
apaisé
(46)
lucide
(44)
attachant
(43)
hypnotique
(43)
vintage
(43)
engagé
(38)
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(31)
intemporel
(31)
Expérimental
(30)
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(30)
intimiste
(30)
efficace
(29)
orchestral
(29)
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(29)
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(29)
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(26)
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(26)
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(23)
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(23)
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jeudi 2 mai 2013
lundi 18 février 2013
Morceau # 14 - SIGUR ROS - Kveikur (2013)
Trois nouveau morceaux ont été joués lors des récents concerts de Sigur Ros. Kveikur est un morceau court par les standards du groupe, avec une basse qui groove, et bénéficiant d'un refrain aux harmonies toujours magiques.
Un autre nouveau morceau:
dimanche 2 décembre 2012
A quiet revolution (1) Winter By Lake - Stories From Birds and Horses (2011)
Label Travelling Music
Genre : Electro-acoustique
A écouter : Asleep, Grey Scale, Stories from Birds and Horses
Qualité : envoûtant,
Winter by Lake est le projet d’un unique parisien, Nicolas Cancel, co-fondateur du label Travelling Music.
Voici un album très homogène, entre intensité et retenue, dont on suspecte que les chansons entretiennent entre elles un lien qui pourrait expliquer cette phrase : « In the hood waiting for the wild bunch, dark beings asleep, a grey scale over the hill (let me think to myself) fairytales (are not made of) stories from birds and horses ». Les noms de toutes les chansons s’agrègent ainsi en une seule description. J’ai voulu voir en cet album un cycle. Ce n’est pourtant pas vraiment le cas, les chansons n’étant liées entre elles, selon leur auteur, que d’un point de vue musical. Faisant suite à un autre album sombre et mélancolique enregistré sous le nom de CancelN, Stories From Birds and Horses a été méticuleusement élaboré pendant trois ans.
Ici, en épine dorsale, une boite rythme. « Elle s'est imposée de fait, car si tout avait été comme dans ma tête, il y aurait de la vraie batterie, mais finalement j'ai utilisé ce que j'avais sous la main. Avoir des restrictions permet aussi de se dépasser. » Cette boîte à rythme est devenue un élément important du son de Winter by Lake, donnant à l’album un aspect plus feutré, peut-être plus froid, nous immergeant dans l’inconnu. Les guitares sont soigneusement enregistrées et les claviers et autres effets sonores atmosphériques sont dispensés avec une retenue rare par le jeune compositeur interprète, révélant des mélodies minimalistes, envoûtantes, parfois inquiétantes.
Les ‘histoires d’oiseaux et de chevaux’ sont la métaphore de l’innocence, que, même si elle sert d’appel, justement Nicolas Cancel rejette au profit d’êtres sombres, ancrant son album dans la réalité de destins aux formes dépouillées. Des silhouettes émergées d’un néant insupportable, pour se confronter à des univers oniriques et littéraires. Le principal combat de Nicolas Cancel est celui qui doit le faire exister au sein de ses chansons. « Cela été un combat pour chanter, de s'exposer comme cela et cela ne faisait pas partie de moi. Mais ensuite c'est venu naturellement. J'utilise aussi pas mal de doublage de voix, sans effet particulier. Mais en enregistrant plusieurs fois la même piste... Pour donner un peu plus de densité au chant. » « La principale mission a été de chanter et d'apprivoiser ma voix. Sur mon premier album sorti sous le nom de CancelN, c'est [LEmoine] qui chantait et qui est d'ailleurs l'autre fondateur de Travelling Music. »
C’est une musique à la mélancolie naturelle. « Il s’agit d'être entre deux mondes : l’un réel et l'autre au fond de l'inconscient. Un peu à la manière de mon auteur préféré Haruki Murakami. » C’est en choisissant de ressembler dans un même élan homogène deux directions contraires que se provoque un étrange envoûtement. Des influences ? « J'écoute surtout des albums pour puiser de l'énergie et me faire progresser. C'est un challenge constant de ne pas copier tout ce que j’écoute mais je pense que j'y arrive. » Parmi ces influences, on détache surtout le groupe Hood, Syd Matters ou Thom Yorke, le chanteur de Radiohead, avec son album solo The Eraser. Nicolas cite aussi Godspeed You ! Black Emperor (des parangons de la musique introspective) ou Pink Floyd. Un prochain album ? « Il va être différent, je pense, mais toujours sombre. Plus autobiographique aussi.» Ses meilleurs souvenirs avec Winter by Lake ? « La chronique dans Magic (la revue musicale française) et le concert acoustique privé devant mes amis pour la sortie de l'album. » Enfin, en termes de slogan pour une révolution musicale, Nicolas Cancel aura cette affirmation toute simple : « Chacun peut faire de l'art et qu'il ne faut pas se priver, bien au contraire !! ».
vendredi 30 novembre 2012
A quiet revolution (2) Imagho - Interview réalisée en novembre 2012
http://www.imagho.fr/
Voir le lyonnais Jean-Louis Prades interpréter en concert un morceau comme Bienvenue est une expérience étonnante d’intimité, d’apaisement, produisant une émotion chaleureuse et dégageant une intensité quasi-dramatique. Les notes se prolongent sous l’effet d’un gadget électronique et de la voûte de cette église toulousaine réhabilitée. On est subjugué par son jeu de guitare, inspiré de Bill Frisell et du jazz, on ne peut s’empêcher d’être happé au cœur des mélodies, de vouloir remonter à leur source, tout en se laissant aller à leur enveloppement.
Depuis plus de dix ans, Imagho c’est aussi des albums en forme de plongée vertigineuse dans l’imaginaire du compositeur lyonnais. Inside Looking Out est tour à tour inquiétant et rassurant, le plus souvent réconfortant, obsédant et fantasmagorique. Les mystères de cet album se lovent dans nos oreilles, même dans la distance, comme lorsqu’il s’agit d’une fanfare s’exerçant dans une école de musique, enregistrée depuis la rue à Silves, au Portugal (dans Silves) ou des syllabes envoûtantes d'un poème suédois sur Septentrion. Il faut accepter d’être transporté, dérouté, et finalement rassuré par les mélodies de guitare contemplatives que l’on découvre au détour d’une curieuse lamentation.
Avec Imagho, Jean-Louis Prades enregistre une musique libérée. Une musique au sein de laquelle se perdre, comme une escapade nocturne, aux destinations multiples, dont la trajectoire sonore embrasse l’art du field recording, l’improvisation, la matière progressive du folk le plus inédit. Elle semble laisser entendre les origines de la révolution calme que j’ai recherchée en proposant cet article. Elle contient tout l’appel intérieur, toute l’introversion qui rapprocherait Imagho et Lunt ou encore Half Asleep. Je n’ai pas posé à Jean-Louis Prades la question concernant le best-seller américain, Quiet : The Power of Introverts in a World that Can't Stop Talking. Au vu de l’enthousiasme qu’il a mis à répondre à ces quelques questions, la réponse à cette question serait sûrement longue - même s’il s’avérait qu’Imagho était le projet d’un artiste introverti.
Inside Looking Out, qu’est-ce que ça signifie pour toi ?
Il s'agit d'appréhender l'extérieur en le regardant depuis un endroit fermé, comme derrière une fenêtre, ou dans une bulle. Le premier artwork pour cet album était une photo de l'océan prise depuis la meurtrière d'un bunker: beaucoup de noir et un trait horizontal dans lequel on voyait le bleu de l'océan et, plus clair, le bleu du ciel. A l'époque de cet album j'étais passionné par les field recordings, ces enregistrements faits « sur le terrain ». En mêlant la musique et les field-recordings, j'espérais retrouver à l'écoute les sensations ressenties dans les lieux dans lesquels ils avaient été capturés, et j'espérais que les auditeurs se sentiraient transportés dans cet ailleurs: dans mon esprit, l'écoute de ces morceaux devait permettre de « voir » ces lieux aussi clairement qu'en les regardant par une fenetre, sans bouger de chez eux ni même savoir où la musique les emmenait.
Imagho se définit comme un projet ouvert. Cette ouverture semble s’effectuer d’abord du point de vue musical : tu explores différents genres musicaux…C’est aussi une ouverte vers l’extérieur, vers les collaborations. Dirais-tu cette possibilité de collaborer est primordiale pour Imagho, et pourquoi ?
Imagho a toujours été mon projet solo, et j'y tiens car je veux avancer à mon rythme, sans rendre de comptes à personne. Je suis parfois boulimique de travail, d'autres fois pas du tout. J'ai participé à beaucoup de groupes au fil des années, et c'est toujours beau de partager un projet avec de gens, mais il y a fatalement un moment où il faut composer avec les disponibilités et les envies des uns et des autres, et ça coince quasiment toujours. Malgré tout, j'adore jouer avec d'autres gens, d'où mon besoin de collaborations sur mes disques. Je sollicite les musiciens qui jouent sur mes albums quand je pense qu'ils pourront apporter quelque chose, un son, un savoir-faire. Il s'agit la plupart du temps d'amis qui sauront jouer d'un instrument que je ne maitrise pas (le saxo de Daniel Palomo Vinuesa, les rythmiques electro de Cyclyk), ou qui apporteront une couleur qui ne me viendrait pas (la voix et le ukulelé de David Fenech). Dans ces cas-là, je propose mon morceau et les laisse libres de faire ce qu'ils souhaitent, je ne dirige pas du tout leur intervention. Il arrive aussi que j'aie envie de collaborer sur plus qu'un titre: dans ce cas, il ne s'agit pas d'inviter quelqu'un sur ma musique mais de créer quelque chose ensemble. Nous baptisons ces collaborations de nos noms respectifs, comme Fragile_imagho, Ultramilkmaids/imagho, FrzImagho. Une collaboration de ce type est en cours avec un excellent musicien, mais c'est un secret pour l'instant.
Et cependant, tu composes enregistres et mixes l’album seul. Sans aide extérieure ?
Oui je me débrouille tout seul, pour avoir la maîtrise du processus, et puis par facilité aussi. J'ai pensé à une époque qu'avec plus de moyens je ferais des prises ou du mixage en studio, mais en fait je préfère faire tout tout seul. Au fil du temps j'ai développé des compétences, j'ai acquis du matériel, j'ai maintenant mon propre studio... Je m'appuie, quand je suis sur le point de finir un album, sur deux paires d'oreilles critiques auxquelles je fais toute confiance, celle de Franck Lafay (ma moitié dans Baka!) et celle de Gilles Deles (aka Lunt), qui écoutent mon travail et m'aident à voir ce qui reste à accomplir... mais les décisions finales m'appartiennent toujours.
Comment s’est passée la rencontre avec We are Unique records ? T’ont t-ils fait des suggestions pour l’enregistrement de l’album ?
Je suis sur Unique records depuis l'album de Baka! sorti en 2003. Imagho n'était pas sur Unique car j'étais à l'époque chez FBWL, mais Baka! n'avait pas de label et Gérald Guibaud et Gilles Deles avaient accroché sur cet album, alors nous les avons rejoints. Gérald est un grand, grand fan de Nocturnes, le second disque d'Imagho. Quand j'ai terminé Inside Looking Out, FBWL avait mis la clé sous la porte, alors j'ai demandé naturellement à Unique s'ils étaient intéressés, et c'était le cas. We Are Unique ne fait pas de suggestions aux musiciens, nous sommes entièrement libres sur le plan artistique. De toute façon l'album était fini quand je le leur ai proposé.
Tu as sorti des albums sur plusieurs labels, et tu joues dans de nombreux groupes. Pourquoi se partager autant et ne pas se consacrer avec plus d’exclusivité à un projet ?
Parce que j'aime écouter toutes sortes de musiques et que, par voie de conséquence, j'aime jouer différentes choses. Je ne veux pas me priver. Mais depuis 2010 je ne joue plus dans aucun des groupes dont j'étais membre auparavant: FrzImagho a arrêté en 2008, Blinke (un duo de guitares) a été dissous en 2010, Sketches of Pain et Secret Name c'est de l'histoire ancienne aussi. Il ne reste que Baka!, qui se réunit sporadiquement et produit quelques morceaux, comme celui pour la compilation des 10 ans de We Are Unique, ou plus récemment pour le tribute à l'album Beaster de Sugar sorti chez A Découvrir Absolument. Dès que j'en ai l'occasion, je sors dehors et je joue avec d'autres gens, sur des projets à court durée de vie, comme le We Are Unique Ensemble qui a été une expérience extraordinaire, ou je participe à des projets autres, comme des musiques de théatre ou des spectacles avec des comédiens. Mais Imagho est le seul projet qui soit inscrit dans la durée.
"En ce qui concerne mon jeu de guitare, je pense que mon influence principale est Bill Frisell, et d'ailleurs son album Where in the World m'a servi de référence"
"En ce qui concerne mon jeu de guitare, je pense que mon influence principale est Bill Frisell, et d'ailleurs son album Where in the World m'a servi de référence"
Peux-tu citer des albums qui ont pu influencer ta façon de composer et de jouer, concernant Imagho?
Je pense que « step across the border », la BO du film du même nom consacré à Fred Frith, m'a énormément influencé. Je l'ai découverte à sa sortie et c'était nouveau pour moi, l'absence de hiérarchisation entre sons, notes, « bruits », musique... Gastr del Sol a été une influence certaine aussi pour la musique d'imagho. En ce qui concerne mon jeu de guitare, je pense que mon influence principale est Bill Frisell, et d'ailleurs son album Where in the World m'a servi de référence tout au long de la conception de mon nouvel album. Mon jeu est passé par plusieurs phases, qui ont toutes laissé quelques traces: Robert Fripp m'a influencé, son travail avec Eno, dans King Crimson ou en solo, Adrian Belew aux débuts, notamment avec Talking Heads, la paire Ranaldo-Moore aussi, Justin Broadrick (dans Final), Fennesz aussi, Nick Drake... Il y en a beaucoup...
Comment se déroule l’enregistrement d’un album d’Imagho ? Est-ce que ça demande un certain état d’esprit pour enregistrer ?
Je différencie l'enregistrement d'un morceau et l'enregistrement d'un album. En ce qui concerne les morceaux, tous ne se font pas de la même façon : il y a ceux qui sont écrits, et répétés, et pour lesquels l'enregistrement est une façon de leur donner une forme définitive, et puis il y a ceux qui viennent sur le moment, inspirés par un son, un effet, une boucle que je crée, ou une improvisation. Ceux-ci sont impossibles à reprendre plus tard. C'est là que le fait d'avoir un studio à disposition est un vrai plus: quand je sens qu'une idée débouchera sur un morceau, je n'ai qu'à brancher les micros et le morceau est enregistré. L'état d'esprit est vraiment important pour ces morceaux créés en une session, d'ailleurs je sens quand ils arrivent avant même de jouer, c'est comme si je captais une énergie particulière, une sensation de devoir aller jouer parce que quelque chose est là que je ne veux pas laisser filer. Pour les morceaux écrits et qu'il faut bien, au bout d'un moment, coucher sur bandes, la problématique n'est pas la même, cependant je veux absolument éviter les manipulations de studio comme les re-re (le fait de refaire une partie mal jouée sans reprendre la totalité du morceau, en rejouant juste un passage que l'on colle ensuite par-dessus l'erreur): je veux jouer mes parties en entier, sans les trafiquer, pour que l'émotion soit la plus sincère possible, et pour ça il faut que je sois dans un « bon jour » quand je fais les prises; de toute façon ça ne trompe pas, ça se sent en jouant si c'est bon ou pas, tant qu'on sent qu'on est en train de jouer un truc en vue d'un enregistrement, ça ne marche pas parce qu'on s'applique. C'est quand on se laisse porter par le morceau, qu'on oublie qu'on enregistre, qu'on joue vraiment de la musique.
Pour l'enregistrement d'un album, il ne suffit pas de compiler des morceaux, il faut que le tout ait un sens, une atmosphère. Et là, clairement, quand je travaille sur un album, c'est un moment particulier, mais sur le long terme: je fais le tour des compositions dont je dispose, je garde celles qui ont des affinités, et j'écris au fur et à mesure les morceaux qui permettront de faire un « tout » - Je vis alors avec l'album et ne suis capable de rien faire d'autre tant qu'il n'est pas terminé.
Pour l'enregistrement d'un album, il ne suffit pas de compiler des morceaux, il faut que le tout ait un sens, une atmosphère. Et là, clairement, quand je travaille sur un album, c'est un moment particulier, mais sur le long terme: je fais le tour des compositions dont je dispose, je garde celles qui ont des affinités, et j'écris au fur et à mesure les morceaux qui permettront de faire un « tout » - Je vis alors avec l'album et ne suis capable de rien faire d'autre tant qu'il n'est pas terminé.
Quelles sont les différentes émotions que tu voulais faire passer avec cet album ?
De la douceur, de la beauté: je disais ça déjà à l'époque de Nocturnes, pour l'artwork, j'avais demandé à Yann Jaffiol qui faisait la pochette qu'elle fasse le même effet que lorsqu'on est en terrasse, dans un lieu calme et agréable, un soir d'été... Je crois que c'est ça que je cherche à retrouver aussi dans Inside Looking Out, transporter les gens dans un sanctuaire, un endroit protégé et bienveillant.
"J'ai alors décidé d'emmener ma guitare en extérieur et d'enregistrer des morceaux directement dans le lieu, en accordant la même importance aux sons du moment qu'à la musique"
"J'ai alors décidé d'emmener ma guitare en extérieur et d'enregistrer des morceaux directement dans le lieu, en accordant la même importance aux sons du moment qu'à la musique"
Comment captures-tu et choisis-tu les sons qui figureront sur ton album ?
Si tu veux parler des sons « concrets », je les prends avec un minidisc data (qui enregistre au format CD) et un micro stéréo caché dans mes oreilles, ce qui me donne une belle image stéréo et me permet d'être discret car les gens autour de moi pensent que j'écoute un baladeur, alors que c'est eux que j'écoute! Je ne me souviens pas de tous les fields recordings qui sont sur ILO mais la plupart ont été faits au Portugal en été. J'avais fait pas mal d'enregistrements là-bas et j'avais sélectionné ceux qui me plaisaient le plus. Mais je me suis heurté à une limite: je cherchais à recréer l'atmosphère d'un lieu et d'un moment en intégrant un enregistrement à un morceau de musique. Mais c'était un peu «plaqué » , un peu factice. J'ai ensuite essayé d'écrire la musique en écoutant les field recordings, mais ça ne marchait pas vraiment non plus. J'ai alors décidé d'emmener ma guitare en extérieur et d'enregistrer des morceaux directement dans le lieu, en accordant la même importance aux sons du moment qu'à la musique: j'ai donc placé les micros assez loin de la guitare pour qu'elle fasse partie du paysage sonore. Et pour que l'osmose soit totale entre la musique, le lieu et le moment, j'ai improvisé les morceaux en fonction de ce que je ressentais. Ces morceaux, enregistrés en sous-bois, au bord d'une source, dans une église, sous la pluie (protégé par un balcon) sont sortis sur le label allemand Fieldmuzick sous le titre « the travelling Guild » en 2009.
Peux-tu nous parler un peu des voix mystérieuses qui apparaissent sur l’album ?
Deux amis ont prêté leurs voix. La voix masculine que l'on entend sur « Lament » est celle de David Fenech, qui a improvisé un chant par-dessus ma guitare folk et son ukulélé. La voix féminine, que l'on entend sur « Septentrion », est celle de Vanessa Sarraf qui lit un poeme en suedois.
Comment penses-tu progresser sur le prochain album ?
C'est une question difficile, non pas parce que je ne sais pas, puisque le nouvel album est terminé et sortira début 2013, mais parce que je suis le plus mal placé pour critiquer et évaluer mon travail... Je peux parler des éléments techniques, de la « mécanique », mais pour l'artistique, je ne peux pas. Je dispose depuis 2 ans d'un studio, donc je pense que le son sera meilleur, plus travaillé. J'ai intégré des instruments que je ne possédais pas auparavant, comme la batterie et de vieux orgues des années 70. J'ai surtout choisi de travailler en direct le plus possible, sans utiliser les facilités de l'informatique: je n'ai jamais corrigé une erreur dans une partie et l'ai systématiquement rejouée en entier jusqu'à être satisfait du résultat. Ca a été surtout difficile à la batterie! J'ai limité les instruments virtuels, notamment en ce qui concerne les claviers, et ai donc utilisé le plus possible mes orgues, branchés dans des amplis, comme on le faisait à l'époque: il n'y a que comme ça que ça sonne naturel, réaliste. J'ai aussi fait passer les instruments virtuels (pianos électriques surtout) par les amplis pour leur ôter leur coté aseptisé. Je ne possède pas de piano, de vibraphone ni de contrebasse, donc les quelques fois où ces instruments apparaissent je les ai joués à l'ordinateur, mais pour le reste tout est fait à l'ancienne, à la main, note après note. La tonalité générale de l'album est peut-être un peu plus jazz que les anciens, il y a plus de rythmes, l'instrumentation est plus riche et les arrangements sont plus fouillés, mais je l'ai voulu aéré et mélodique et, comme toujours, mélancolique.
"Moi qui pensais qu'un concert acoustique en solo était risqué, j'ai eu droit à une écoute parfaite et de très bons retours, j'en étais très touché."
Il y en a beaucoup, depuis 1997, et heureusement, tout ce temps passé à faire Imagho aurait paru long sans bon moments. Le meilleur est probablement la fois où, après avoir vu Fragile en concert, je me suis laissé convaincre par ma chérie d'envoyer une K7 de démo à Hervé Thomas. Nous étions grands fans de Hint, et j'avais trouvé Fragile tout aussi excellent. Il ne s'est rien passé pendant quelques semaines, et puis un jour un message m'attendait sur mon répondeur, c'était Hervé qui me disait qu'il avait aimé Imagho et qu'il me rappellerait pour faire « quelque chose » ensemble. C'était tellement inattendu, et j'étais (et suis toujours) tellement impressionné par son talent que ça m'a marqué au point d'enregistrer son message sur un minisdisc, que je dois toujours avoir quelque part! Le « quelque chose ensemble » devait être un morceau en commun, nous avons finalement fait tout un album (« ombresombre »). J'ai eu beaucoup d'autres très bons moments, et je citerai récemment les premiers concerts d'Imagho en 2011, où je me suis rendu compte que ce projet était viable en live, et aussi celui de juin 2012 à Lyon où j'ai joué pour la première fois simplement de la guitare folk, seul, sans effets ni boucles, dans le plus simple appareil. L'écoute du public était telle qu'une personne s'est levée pour éteindre un ventilateur dont le bourdonnement le gènait. Moi qui pensais qu'un concert acoustique en solo était risqué, j'ai eu droit à une écoute parfaite et de très bons retours, j'en étais très touché.
Je prévois d'intégrer cette interview à un article appelé 'a quiet revolution'. Quel serait ton slogan pour une révolution musicale ?
Je n'aime pas les slogans, je trouve ça réducteur, c'est juste bon pour les manifestations et la publicité. Je préfère proposer un précepte : « ne perdez jamais le contact avec l'enfant que vous étiez ».
lundi 12 novembre 2012
Half Asleep - Subtitles for the Silent Versions (2011)
Label : We Are Unique ! records
http://www.uniquerecords.org/
Genre : Folk,
Mes préférées : Mars, The Grass Divides Wth a Comb, The Bell, For God's Sake
Genre : Folk,
Mes préférées : Mars, The Grass Divides Wth a Comb, The Bell, For God's Sake
Les extraits d'inerview proviennent de Cutureaupoing
mercredi 7 novembre 2012
lundi 5 novembre 2012
dimanche 4 novembre 2012
vendredi 26 octobre 2012
{archive} Lou Johnson - With Music in Mind (1971)
Parution : 1971
Label : Volt
Genre : Soul, Rythm and Blues
OOOO
Découvert hier. Classique instantané, produit par Allen Toussaint et Marshall Sehorn ! Introuvable dans le commerce.
A télécharger ici :
http://www.funkmysoul.gr/?p=1126
mardi 23 octobre 2012
Matt Elliott - The Broken Man (2012)
Parution : février 2012
Label : Ici d'ailleurs
Genre : Folk
A écouter : Dust, Flesh and Bones
A écouter : Dust, Flesh and Bones
OO
Qualités : sombre, envoûtant
Matt Elliott s’est
maintenu dans une semi-pénombre tout au long de sa carrière juqu’à aujourd’hui,
poussant tranquillement les frontière de son écriture dans vers un idéal de
beauté et de désolation qui a des airs de logique inéluctable. Il est de ceux
que l’on croise par hasard, parce qu’ils ne sont pas très loin, parce qu’ils
ont la gentillesse de se produire à Toulouse pour 3 malheureux euros et de laisser le
secret d’un moment hypnotique parmi le public clairsemé. Découvrir Matt Elliott
est comme de se pointer dans l’arrière salle d’une brasserie de onzième
arrondissement et de tomber sur Josh T. Pearson en train de jouer Honeymoon
Great : Wish you Were Her, une litanie de plus de 13 minutes à la beauté terrassante,
la clairvoyance en plus. Vous aimez Bill Callahan ? Matt Elliott a une
voix grave, dans l’esprit de celle du parangon de Smog, même si il l’utilise ici
avec une parcimonie qui tient plus de l’illustration que de la chanson, comme
un autre instrument dans la fresque que constitue The Broken Man.
Les chansons
sur cet album extrême, en un sens, sont austères mais denses d’une lucidité
musicale, d’une inspiration qui leur donne un aspect grandiose. Démarrant souvent
sous le joug d’une guitare hispanisante au jeu complexe, elles s’affirment avec
un dessein extrêmement méticuleux et une sagesse à toute épreuve. Les suites qui
constituent la première face du vinyle démontrent le pouvoir et la
détermination de Matt Elliott à l’œuvre pour exprimer avec largesse les
sentiments de regret et de solitude dans leurs infinies variations.
Ce premier jet
culmine avec les dix minutes de Dust, Flesh and Bones, qui démarre comme une lamentation nue évoquant
Leonard Cohen et s’oriente en volutes autour d’une phrase répétée, conjurant
toute la conviction de d’Elliott envers sa propre sagesse affective. La chanson
décolle lentement de terre, prend un tour presque effrayant avec ses chœurs murés,
le son d’une cloche lointaine contribuant aussi à la sensation d’un vide
immense qui s’ouvre de plus en plus sous nos pieds – un aspect atmosphérique
qui fait de The Broken Man l’album le plus accompli de Matt Elliott à ce jour -,
tandis que la voix circonspecte d’Elliott demeure, malgré tout, un élément auquel
se raccrocher. Avec la confiance qu’il met à répéter « This is what it
feels to be alone », on est convaincu que la solitude le hante depuis des
années, et la chanson documente cette relation vaguement amusée avec elle. Le
résultat est d’une beauté, d’une évidence extraordinaires.
The Broken Man
s’enfance plus avant, construisant son plus long morceau sur deux
improvisations au piano semblant surgies des noirceurs d’une ancienne Vienne,
retranscrite et interprétées par Katia Labèque. Matt Elliott multiplie encore
la fascination produite par son œuvre, allant à rebours de la cohérence
habituelle pour nous obliger à trouver de nouvelles pistes de lecture, entre
acceptation d’un certain psychédélisme et reconstruction de quelque monument sonore
gothique oublié. Derrière une prestation stoïque et confiante se révèle la
force de chansons qui contiennent non seulement leur raison profonde, mais s’articulent
en un tableau d’une force étonnante.
dimanche 14 octobre 2012
Neurosis - Honor Found in Decay (2012)
Parution : 30 octobre 2012
Label : Neurot Recordings
Genre : Doom metal, post hardcore
A écouter : At The Well, My Heart for Deliverance, All is Found... In time
OOO
Qualités : sombre, envoûtant
Given To The Rising, le dernier album de Neurosis paru en 2007, semblait, malgré de bons moments (Water is Not Enough…) privilégier l’utilisation d’atmosphères certes imposantes et très enveloppantes, mais qui semblaient parfois superflues, ce qui causait rapidement une lassitude. Le sextet post-hardcore, fêtant alors ses 20 ans d’existence, en venait à évoquer David Lynch et les musique de film comme inspiration. Neurosis gagne pourtant davantage à être connu pour ce que ses chansons évoquent par leur contenu émotionnel et lyrique, et les limiter à leur atmosphère est réducteur. La dynamique chère au groupe, qui alterne avec une tension maintenue puissance et calme, est ici mieux que jamais un outil au service des chansons, de ce qu’elles contiennent d’honnête, de sauvage ou de mystique. Ce sont les humeurs et les émotions de ces chansons qui nourrissent les dynamiques de Honor Found in Decay, plutôt que de simples attributs sonores. Les chansons sont des tableaux, certes, mais qui appellent à être ressentis avec une urgence présente seulement épisodiquement sur Given to The Rising. Peut-être l’intense mélancolie qui se dégage aussi de cet album est ce qui le rend plus attachant que son prédécesseur. C’est comme s’ils s’étaient inspirés de Warning et de leur immense chef d’œuvre doom, Watching From a Distance (2007), pour façonner un album qui fait triompher le fond sur la forme, le taux d’humanité sur la quantité d’effets utilisés.
Depuis A Sun That Never Sets (2001), Neurosis tient du doom metal plutôt que du post-hardcore. Les deux albums suivants ont peut-être été les plus difficiles pour le groupe – The Eye of Every Storm (2004) constituant, dons son domaine plutôt sludge que hardcore, un triomphe hors normes - et Honor Found in Decay semble retrouver une linéarité plus séduisante pour l’auditeur. Il retient l’agressivité, le sens apocalyptique propre au groupe tout créant l'agréable sensation d’être porté au cœur de la musique. Dès We all Rage in Gold, c’est toute l’essence de Neurosis qui est rendue saisissante par la clarté de sa mise en œuvre, sa présentation directe et sincère. Rien que la façon dont est introduite la première phrase, « “I walk into the water/To wash the blood from my feet », et dont se déploient en quelques minutes certains des couplets les plus denses de l’album, résume une approche rassérénée de leur musique et de leur message par Neurosis. L’une de leurs grandes forces, à savoir l’interaction entre les voix des deux chanteurs, est déjà activement à l’œuvre à cet instant.
At The Well, la première des trois chansons dépassant les 10 minutes sur l’album, confirme la perfection de l’expression du groupe, capable d’aller du quasi silence à une effusion de rage intense (bien que sans commune mesure avec ce qu'on a entendu dans la période post-hardcore du groupe), comme c’est définitivement le cas passé les sept minutes, alors qu’une nouvelle mélodie obsédante oriente la chanson vers un dénouement désespéré. Dans la dernière partie, la répétition de « In a shadow world » par Scott Kelly, Steve Von Till et le bassiste Dave Edwardson rend palpable toute la paranoïa, la défiance propres au groupes et peut-être aussi une forme d’espoir. « We are your light » est une réponse presque inaudible apportée en sous-main. Un dernier couplet termine le morceau avec une netteté remarquable, et l’inertie de cette deuxième chanson nourrit la troisième.
En douze minutes, My Heart For Deliverance change de formes avec une certaine grâce. A un moment, Scott Kelly passe du hurlement à la quiétude au cours du même vers : « And left me beneath…the river” ce qui laisse la voie à un intermède inhabituellement tranquille et gagné de désolation. Les dernières minutes du morceau sont un des meilleurs moments de l’album. Les guitares se débattent ensemble pour soulever le poids d’une fatalité qui peut encore être évitée, avec une insistance qui donne un caractère épique au titre. Et la suite est tout aussi édifiante, Bleeding The Pigs dégageant quelque chose plus de l’ordre du tribal et du rituel, Casting of the Ages faisant office de morceau doom plus traditionnel tandis que All is Found… in Time joue sur la force de son énorme riff, le meilleur de l’album. Enfin, Raise the Dawn, relativement courte, permet de susciter chez l’auditeur l’envie de tout recommencer…
Le confort qui naît à l’écoute de Honor Found in Decay n’est rendu possible que par une extrême précision dans la production (de Steve Albini), l’entrelacs des instruments, le séquencement, le choix de chanter/hurler seul, à deux ou même à trois. Les atmosphères suscitées par Noah Landis soutiennent ces chansons à chaque instant, dans leurs introductions, de leurs flottements, leurs conclusions et jusqu’aux moments où les riffs qui dirigent les chansons sont à leur apogée.
jeudi 27 septembre 2012
Lightning Bolt - Oblivion Hunter (2012)
| Parution | septembre 2012 |
| Label | Load Records |
| Genre | Noise rock |
| A écouter | King Candy, Fly Fucker Fly |
| O | |
| Qualités | spontané |
La plupart
des groupes finissent par tomber dans le consensus inévitablement
tendu quand trop de musiciens utilisent les mêmes techniques et
finissent par arriver aux même fins, ne faisant plus que se croiser
et produire des albums se ressemblent tous les uns les autres.
Et il y a
Lightning Bolt, l’un de ces projets un peu fous que son approche
musicale interdit de ressembler à quiconque. Avec une élémentaire
simplicité et beaucoup d‘astuces tenant presque du bricolage,
une basse au son kaléidoscopique et une batterie vitaminée par des
procédés électroniques, et aussi avec une façon de jouer qui
emprunte aux formes improvisées aussi bien qu’à l’insistance
hypnotique de la musique électronique, Lightning Bolt se démarque.
Wonderful Rainbow (2003) puis Hypermagic Mountain (2005) alliaient
densité de barrage et grande diversité de son et d'ambiances. Ils
exploraient des plans musicaux sophistiqués à travers leur force
compacte et leur fureur punk, segmentale et élémentaire, féroce,
accérée. On ne se rend pas toujours compte de la finesse du
séquencement, du découpage, du modelage musical à l’œuvre, mais
on admire sans réserve possible Lightning Bolt pour leur endurance,
leur héroïsme instrumental, ici le mieux illustré par treize
minutes de fusion ininterrompue sur World Wobbly Wide. Une
constante : écouter dans quel chaos leurs morceaux naissent,
puis meurent, en dit aussi beaucoup sur ce qui les rend fascinants.
Si par le passé on a pu détecter des
bribes de musique metal ou d'autres musiques chez Lightning Bolt,
Oblivion Hunter, une compilation d’exercices cataclysmiques et
transcendantaux enregistrés en 2008, n’est plus une question de
genre musical, mais simplement de noise music. C’est une affaire de
production – ou plutôt de son absence - un disque qui vous
tétanise par ses textures brutes, un maelstrom dans lequel les
talents du duo sont livrés au gâchis et au chaos tout en dessinant
parfois des chemins de traverse toujours inventifs. Oblivion Hunter
est souvent si convaincant qu’il parvient à éviter d’exsuder la
frustration, dans une pratique qui consiste pourtant à forcer
l’auditeur à l’écoute de titres mal enregistrés, abandonnés
par moments à la recherche d’une apogée sonique qui n’est
peut-être pas atteinte.
Avec son air de démonstration, de
phase préparatoire, Oblivion Hunter capture la spontanéité du duo
en concert et nous projette au cœur de la jubilation que constituent
ces moments de franche camaraderie, de l’avis général de ceux qui
ont pu en vivre. Il nous oblige parfois à tendre l'oreille pour
trouver les syncopes ultra-rapides de Brian Chippendale à la
batterie, instrument sur lequel il se tient coude à coude avec Zach
Hill. Au démarrage de Fly, Fucker, Fly, on s'attend à ce qu'MC RIDE
(Death Grips) nous prenne à parti. Cette chanson, la plus formée de
l'album, contient des mots presque intelligibles de Chippendale. King
Candy et Oblivion Balloon imitent aussi la forme de vraies chansons.
Leurs riffs métalliques et la voix soigneusement délayée de
Chippendale évoquent une fois interprétés la façon brutale d'un
doppelganger sournois tentant de tromper une proie. Lightning Bolt a
une ombre tapie au fond, quelque chose de caverneux qui ne se
manifeste qu'au plus fort de sa stridence, de sa frénésie.
On avait autrefois du mal à croire que
la musique ne soit truquée par des moyens électroniques ; avec
Oblivion Hunter, la réalité de sa conception saute au yeux plus
rudement que jamais. Leur musique vous hypnotise plutôt que de vous
assommer, et vous fait fouiller, toujours davantage, les tréfonds de
la bataille qui se joue et qui consiste sur le papier pour l'un des
deux protagonistes à harasser l'autre, à le pousser dans ses
derniers retranchements. Ce n'est que lorsque le duo joue pour de
vrai, comme ici, que viennent interférer, de surcroît, des esprits
venus d'un autre monde, ou alors une tempête de cerveaux
télékinétiques .
mercredi 29 août 2012
Bonnie 'Prince' Billy - Lie Down in the Light (2008)
Parution
| mai 2008 |
| Label | Drag City |
| Genre | Folk |
| A écouter | Easy Do It, You Want That Picture, What's Missing is |
| O | |
| Qualités | doux-amer, élégant |
Chronique à suivre
mercredi 1 août 2012
Sara Watkins - S/T. (2009)
| Parution | avril 2009 |
| Label | Nonesuch |
| Genre | Country, Bluegrass |
| A écouter | Freiderick, My Friend, Same Mistakes |
| ° | |
| Qualités | lyrique |
Le premier album solo de la californienne Sara Watkins est une collection de chansons amenées le plus naturellement du monde, par une violoniste et une chanteuse déjà très bien entourée. Depuis l’âge de 8 ans, elle a passé 20 années de sa vie au sein d’un trio de country alternative formé à San Diego et appelé Nickel Creek, en compagnie de son grand frère, le guitariste Sean Watkins, et du talentueux Chris Thile. Frère et soeur continuent de jouer ensemble régulièrement, notamment au sein du club Largo à Los Angeles, dans ce qu’ils appellent le Watkins Family Hour show. C’est sans effort que Watkins est amenée à côtoyer les musiciens talentueux qui pourront bientôt lui donner un coup de main lorsqu’elle décidera d’enregistrer cet album plutôt classique, mais non dénué de personnalité ni de subtilité. « Je le prends comme un compliment si on me dit que j’ai amené le disque de façon naturelle. Mais ça n’a pas été sans efforts. Les meilleurs artistes donnent à leur travail une sensation de grâce et de simplicité. » Au moment ou sort cet album solo, Nickel Creek continue de capter le plus gros de l’attention dont profite Watkins, ce qui a pu être une situation double tranchant pour elle. Mais cette attention particulière lui permit de profiter d’une dynamique qui contribue à donner cet aspect naturel à son geste en solo. « Honnêtement, j’ai eu un très bon début de carrière car j’avais Nickel Creek derrière moi. Je n’ai pas eu à commencer par jouer devant 2 personnes dans un coffee shop… J’ai joué devant 80 personnes dans un coffee shop. » remarque t-elle non sans humour. Cette attention extérieure culmine sans doute par la décision de John Paul Jones, le bassiste de Led Zeppelin, de produire son album. Enfin, pour parfaire ce sentiment d’une osmose évidente, elle veille à les laisser les chansons qu’il lui arrive de reprendre se fondre dans son propre corpus. « La plupart de ces chansons ont prouvé leur endurance avec moi. Elles se sont immergées et j’ai fini par m’identifier à chacune d’entre elles. Je ne les ressens pas comme les chansons d’autres personnes. »
La country classique est généralement rythmique et entraînante, et c’est le cas ici avec Freiderick, un instrumental mémorable composé au violon par la sémillante Watkins. Mais un autre genre de country, le bluegrass, consiste en des ballades languissantes, poignantes. All This Time, composition originale de Watkins en introduction, évoque celles-ci : guitare pedal-steel, harmonies déposées avec une grande délicatesse, et voix attirant l’auditeur au cœur de la chanson sans le moindre effort. Les paroles sont plus minimalistes que chez celle qui fait référence en la matière, Gillian Welch. Elles se transforment parfois en mantra appelant à la compassion. « Bring hope to his heart, relief to his mind ». Une simplicité qui est compensée par le séquencement intelligent de l’album - Same Mistakes juste après Freiderick, la reprise pop/rock de David Graza, Too Much, entre le l’Appalachien Bygones et le numéro à l’ancienne que constitue We Will Go. My Friend et Same Mistakes sont deux autres moments aux harmonies magiques d’un disque qui mélange sans à-coups chansons du propre sang (la première) de Watkins et reprises révélatrices (la deuxième). Ce que l’on découvre – les reprises de Long Hot Summer Days et Any Old Time surtout - est relaxé, aéré, et aussi plein de vivacité. Watkins n’est pas seulement capable d’invoquer la grâce et la conviction par sa voix, et l’énergie par son jeu de violon - depuis qu’elle a fait ses armes au sein de Nickel Creek, elle sait que la musique demande un équilibre et une paix intérieure pour véritablement séduire. Ce premier album marquant prouve qu’elle a atteint son but.
Long Hot Summer Days, empruntée au satyrique John Hartford, dont les chansons de country-pop furent reprises un jour par Frank Sinatra ou Aretha Franklin, touche au cœur de ce que veut ressusciter Watkins ; un esprit de légèreté et de gravité propre aux meilleures compositions. Se trouver à la croisée, faire l’exercice du crossover comme disent les américains : c’est encore le cas avec Any Old Time, qui appartient à une autre star de la musique country, Jimmie Rodgers. Son amour pour la mélodie pop et les techniques instrumentales un peu plus aventureuses – Norman Blake ou Tom Waits, qu’elle reprend aussi, sont aussi de ceux qui rénovent la musique traditionnelle - crée un mélange parfaitement dosé.
The Honey Dewdrops - Silver Lining (2012)
Un album bluegrass à deux voix dans la grande tradition de Gillian Welch/Dave Rawlings. Au sommet des charts folk aux US. Parfait pour les mois d'été ! Chronique à venir...
vendredi 27 juillet 2012
The Gaslight Anthem - Handwritten (2012)
| Parution | juillet 2012 |
| Label | Mercury |
| Genre | Rock, Scène du New Jersey |
| A écouter | Handwritten, 45, Too Much Blood |
| O | |
| Qualités | efficace, communicatif |
A 4 albums de leurs débuts, The Gaslight Anthem ont clairement choisi de marcher sur les pas de leurs héros. Le chanteur Brian Fallon entretient une relation de respect mutuel avec Bruce Springsteen, et révère Pearl Jam, le grand groupe de rock américain qui suscita l’enthousiasme dès Ten (1991), leur premier album, et les impressionnantes Animal, Alive et Jeremy. Leur vocaliste Eddie Vedder écrivait des chansons poignantes et avait un charisme incroyable (même hors de scène, il suffit de le voir introduire Neil Young au Rock and Roll Hall of Fame pour s’en apercevoir) et tout le groupe semblait vouloir renouer avec les temps d’un rock FM avec du cœur et des tripes.
C’est pareil sur Handwritten ; les petites amies prennent du baby’ et du ‘honey’, et The Gaslight Anthem est resté au temps où les structures couplet-refrain-couplet refrain étaient la seule façon d’écrire une chanson. Pour commencer, le premier extrait de l’album, 45, évoque l’âge d’or du vinyle : « “Turn the record over / I’ll see you on the flip side”. La filiation avec Springsteen vient tout aussi naturellement : comme lui, The Gaslight Anthem cherchent leur inspiration auprès des travailleurs à col bleu dont le but dans l’existence est de rendre leur entourage plus heureux et de distinguer plus clairement la signification de leur présence en ce monde. Brendan O’Brien, le producteur, est aussi un maillon entre Fallon et Springsteen. Le tempo semble ralentir imperceptiblement sur Handwritten, le morceau-titre placé en deuxième position, et Fallon continue d’ouvrir la voie puissamment, sincère et sans détours. « Have you seen my hand ? So just look and shake.” « Have you seen my heart ? Have you seen how it bleeds ? » Rares sont les valeureux qui jouent avec le cœur dans la main tels que le font The Gaslight Anthem, alignant sans faiblir les hymnes – traversés de wooo-hoo, de ye-eeah et de shas-la-la - destinés à être repris en chœur dans les stades. C’est ainsi qu’ils ont une filiation assez évidente avec les Foo Fighters.
Aucune de ces comparaisons ne serait possible si Brian Fallon n’avait pas une voix à l’égal des chanteurs qui viennent d’être cités, reproduisant les schémas de Chris Cornel (Soundgarden) et évoquant même Tom Petty – quand ce n’est pas Kurt Cobain qu’il imite, sur une reprise de Sliver. Cette voix est l’élément le plus convaincant de l’album ; aussi efficaces qu’elles soient, sans cette voix, convaincue, intense, mise au premier plan, les chansons auraient pu sonner creux. Sa férocité occasionnelle garde le groupe dans une forme d’intensité émotionnelle et lui évite la balourdise. La chanson Handwritten, sorte de super-héroïne dont la vigilance vitale prépare et transcende le reste de l’album, revient chaque fois à la rescousse en faisant éclater de nouveau la bonne volonté. "What's your favorite song?/That's mine, I've been crying to it since I was young." L’album est parfaitement séquencé, trouvant son centre dans la power-ballade Too Much Blood et son riff particulièrement épais. "Are you scared this sounds familiar?" Visiblement, Fallon ne craint ni les impressions de déjà-vu, ni qu’on l’accuse d’avoir eu la main lourde ; cette attitude effrontée lui rend service.
Leur grosseur n’empêche pas le groupe d’avoir une certaine subtilité. Les paroles sur Handwritten semblent plus personnelles que jamais, et c’est peut-être ce que présageait le titre de l’album. Too Much Blood évoque la relation entre sa vie privée et son besoin d’évoquer des expériences personnelles pour continuer à alimenter les chansons du groupe. . “If I put too much blood on the page / And if I just tell the truth / Are there only lies left for you?” Une chanson que l’on peut replacer dans son contexte en se souvenant qu’au terme du précédent disque, American Slang (2010), Brian Fallon avait reconnu qu’il ne savait pas s’il serait capable d’écrire de nouveaux textes pour un futur album. Quant à Keepsake, son histoire d’enfance livrée à elle-même est rendue plus déchirante par la présence d’un harmonica. Cette attitude est un peu en retrait avec les 2 morceaux censés conclure l’album (c’est sans les 3 morceaux ‘bonus’ qui existent sur ma version de l’album) ; 2 chansons introspectives, Mae et National Anthem : cette dernière réflexive sur l’état d’une société peut-être découragée parce qu’elle en sait trop sur l’état du monde. Ce n’est peut-être pas le disque le plus direct de The Gaslight Anthem, qui a accusé des comparaisons avec The Replacements, mais c’est un album dont on ressort avec le sentiment positif qu’une grande simplicité est à l’œuvre, une simplicité qui pourrait concerner nos vies aussi.
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