“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

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samedi 25 janvier 2014

HARD WORKING AMERICANS - Hard Working Americans (2014)







O
vintage, frais, rugueux
rock, americana

Un album qui reprend des standards, peut-être, mais avec une approche qui montre combien ces musiciens réunis sur le vif sont à l'aise, entre engagement et satire poignante. C'est très agréable de retrouver, au chant, Todd Snider, l'inaliénable prophète des déshérités et des failles d'un système politique, bancaire et religieux américain en mal de spiritualité. La simplicité conjuguée du patronyme et du concept de l'album (des chansons pour les déclassés et ceux qui s'usent dans l'alcool et l'attente d'une vie meilleure) représente un tour de force. Une vraie 'tarte au citron', pour reprendre Shemekia Copeland qui disait dans une chanson que c'est tout ce qu'il y avait pour les pauvres, avec  Randy Newman et ses paroles géniales en cerise. Cela comporte des faiblesses, étant donné le potentiel et la gouaille de Snider, mais l'album décolle vraiment après la reprise de Stomp and Holler, une chanson de son ami Hayes Carll dans laquelle Snider a su retrouver l'héritage de ce que les Rolling Stones faisaient de social. Avec les écoutes, toute la deuxième moitié de l'album devient très savoureuse. On attend déjà le prochain chapitre de la saga ouvrière de Todd Snider, qui est en train d'écrire au fil des chansons, des concerts et des prises de parole humanistes une nouvelle page de la musique américaine.

vendredi 14 décembre 2012

Best of 2012 - 5 ème rang albums #17 à #21

 
 
Sinead O'Connor - How About I Be Me (And You be You) ?

Il y a quelque chose de tellement fondamental dans cette collection de chansons pleines de tempérament, traversées par d'étonnantes envies de célébration. Au milieu de l'album, The Wolf is Getting Married semble être conçue, justement, pour les playlists de mariage : écoutez celle-ci pour éviter de sombrer dans les travers habituels de l'artiste. « yeah laugh/make me lugh/yeah joy/ give me joy » Outre cette chanson, le bonheur se voit draper d'un drapeau vert-blanc-rouge et abandonner au cortège des histoires d'une vie divisée, fracturée.
 

Todd Snider - Agnostic Hymns and Other Stoner Fables
 
Agnostic Hymns est un mélange de recul, de déception, d’agressivité, d’humour à l’emporte-pièce qui ne peut venir que d’un homme qui se sent profondément bafoué, démoralisé par moments devant l’état du monde, mais dont le souhait est de toujours se donner une nouvelle chance de repartir sur de bonnes bases. Cet album révèle tout le talent de Snider non seulement pour le pamphlet, mais comme raconteur d’histoires, de relations, comme puits inattendu d’affection et de dérision mêlées. Snider a le don de transformer l’injustice du monde en arme pour avancer.
 
 
Julia Holter - Ekstasis
 
Les synthétiseurs prédominent, soulignés d'instruments classiques (violon, marimba, saxophone), tandis que sa voix, très présente, apparaît parfois en plusieurs plages simultanées qui s'entrecroisent. Si la compositrice est à l'aise avec les sonorités réparatrices, les résolutions heureuses (Moni Mon Amie), les morceaux vastes et profonds (Boy in the Moon), Ekstasis n’opère pas simplement comme une vague musicale dans laquelle on se laisserait berçer ; il produit de petits instants, fait éclore la grâce de compositions parfois austères, une clé mélodique au terme d'une dépression. L'auditeur ne s'abandonne jamais en vain, il est toujours récompensé.
 

Jesca Hoop - The House That Jack Built
Ce nouvel album est structuré autour de puissants points-clefs : le premier single Born To, qui le propulse (une chanson qui interroge les hasards de fortune qui font que certains ont toutes les chances et d'autres rien selon les circonstances de leur naissance), Peacemaker et son « fuck me babe » bizarre mais sexy quand même, Hospital (With Your love) et son refrain bleu et rose « Il n'y a rien de tel qu'un bras cassé pour gagner ton amour », et plus loin, Deeper Devastation. D'autres chansons sont plus étonnantes, telle When I'm Asleep. « Quand je m'endors/tu n'es plus personne/je ne suis plus nulle part"

Christian A Tunde Adjuah - Christian Scott
 
Le jeune trompettiste néo orléanais Christian Scott mêle les phantasmes d'avenir de sa ville et les siens propres, semblant préfigurer les cinq ou six prochains mouvements de sa carrière avec cet album fleuve. Impossible à écouter d'une traite, l'album vaut ne serait-ce que pour l'évidence déchirante des morceaux New New Orleans ou The Berlin Patient. Il semble emprunter ses spirales mélodiques anxiogènes au Radiohead urbain de Amnesiac (Pyrrhic Victory of a Tunde Adjuah) aussi bien que ses beats au hip-hop (notament dans ses interludes). On y trouve aussi de vrais moments de mélancolie, rendus possible par la capacité rare d'Adjuah à produire des notes plus rondes que la plupart des autres trompettistes.
 


mercredi 5 septembre 2012

Todd Snider - Agnostic Hymns and Other Stoner Fables (2012)





Parution : mars 2012
Label : Aimless Records
Genre : Americana
A écouter : New York Banker, In Between Jobs, Brenda

OO
Qualités : engagé


En quelques albums, Todd Snider s’est taillé une réputation d’élément perturbateur de la musique blues-folk. Il prêche plutôt en terrain converti pourtant. En effet, dès lors qu’on parle de musique folk, ou de musique blues, les personnes susceptibles de s’intéresser à un tel disque sont déjà des gens aux idées de gauche, sensibles aux artistes et à leurs poignantes batailles sociales, attentifs aux injustices qu’ils peuvent ressentir, même s’ils (les artistes) ne les subissent pas eux-mêmes, appréciateurs de leur absence de cynisme doublée d’un humour noir qui peut être féroce ou plus doux (pour ce qui est de l’humour, ces artistes ont pris les devants sur tout le monde en prévoyant que la campagne devienne vraiment pénible et agressive). Le fait qu’un trublion tel que Snider soit signé sur une major et vende des disques est une bonne nouvelle. J’ai aussi une pensée pour Ry Cooder, et côté public, à tous ceux qui se préparent à voter, en pensée, lors des prochaines élections américaines. Ry Cooder ne va pas sauver l’arctique, mais ses attaques contre le parti républicain, déguisées en chansons enthousiastes, font mouche à chaque fois, et c’est un des meilleurs guitaristes au monde (voir Election Special, 2012).

Todd Snider n’est pas mauvais non plus : guitare électrique, acoustique, harmonica, et un bagout d’enfer. Il a enregistré un album qui commence par un monologue incendiaire contre la religion organisée et son rôle historique dans l’inégalité des classes sociales américaines (avant qu’un refrain mélodique ne prenne le relais : « Who you gonna trust /If you can’t trust me » ; et qui se termine dans une certaine sensualité instrumentale. Dans l’entre-temps, la violoniste Amanda Shire a fait des merveilles sur 10 chansons à la fois brutes et séduisantes, envahies d’urgence salutaire autant que caressantes. Shire chante aussi derrière Snider, participant de ce sentiment à la fois nonchalant, enthousiaste, puissant, habile qui fait de l’album une réussite particulière. La présence d’un groupe est chose nouvelle pour le songwriter ; un jour, en voyant Jerry Jeff Walker (auquel il a récemment consacré un disque de reprises) dans un bar du Texas, il imagina qu’il pourrait se passer de musiciens et se débrouiller seul. Revenu à Memphis depuis quelques longtemps, il a changé d’avis pour Agnostic Hymns & Other Stoner Fables.

In The Beginning est donc un sermon parfaitement ajusté, sur le thème de : “And ain't it a son of a bitch/To think that we would still need religion/To keep the poor from killin' the rich." Non, Todd, la vraie honte est de ne pas avoir inclus les paroles de tes chansons dans le livret de ton disque. New York Banker aligne les « Good things happens to bad people » sur un refrain facile à reprendre, et dans une tonalité approximative. C’est une chanson anti-Goldman Sachs qui n’a pas besoin de sous-titres ; les 2 chansons suivantes sont moins immédiates, mais ont fait couler autant d’encre. Sa façon de s’adresser à la plus jeune génération sur Precious Little Miracles, chanson aussi frappante que dépouillée, est sans détour. “ So your school is a joke, and you’ll always be poor/And your pleas to the rich have been heard and ignored/Is that what all you crazy kids are so upset for?” assène t-il d’un ton paternaliste autant que grinçant. Après une chanson en forme d’intermède sur le thème de: ‘cette fois–ci c’est vraiment la dernière fois que tu me brises le cœur’, Snider revient au fantasme de vengeance non-violente avec In Between Jobs, blues chaotique au message finalement assez positif : “We’ve gotta try and find some kind of way to cope/ It ain’t the despair that gets you/ It’s the hope.”

Brenda rappelle l’ambiance de l’album de Ry Cooder, Chavez Ravine (2005) ; une chanson généreuse et plus apaisée, faisat hommage à des lieux et à des gens, et débattant du ‘véritable amour’ ; Mick Jagger et Keith Richards y sont cités. Too Soon To Tell a un coté plus dramatique (“"I wish I could show you how you hurt me in a way that wouldn't hurt you too." “), et évoque quand à elle l’album The King of in Between de Garland Jeffreys, avec son intransigeance en embuscade : “They say that living well is the best revenge/ I say bullshit, revenge is the best revenge,” Digger Dave’s Crazy Woman Blues et Big Finish sont aussi prometeurs que le laisse présager leurs titres – la première des deux sonnant vraiment, avec un tel patronyme, comme un mélange Grinderman/country blues. Snider est assez soucieux du détail pour nous tenir en haleine jusqu’au bout. “Some people won’t take no for an answer/ Hell, some people won’t take yes for an answer.”

On a autant de plaisir à commenter Todd Snider et ses disques que ses influences Randy Newman ou Garland Jeffreys. Il a beaucoup changé depuis ses premiers albums inspirés par John Prine, est devenu après The Devil You Know (2006) plus féroce, sardonique, dans le but d’éveiller les consciences. Là ou The Excitement Plan, son précédent disque avait déjà mis les pied dans le plat politique, Agnostic Hymns est un mélange de recul, de déception, d’agressivité, d’humour à l’emporte-pièce qui ne peut venir que d’un homme qui se sentant profondément bafoué, démoralisé par moment devant l’état du monde, mais dont le souhait est de toujours se donner une nouvelle chance de repartir sur de bonnes bases. Cet album révèle tout le talent de Snider non seulement pour le pamphlet, mais comme raconteur d’histoires, de relations, comme puits inattendu d’affection et de dérision mêlées. Snider a le don de transformer l’injustice du monde en arme pour avancer.
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