“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

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samedi 26 janvier 2013

En Images : BRANDI CARLILE - Bear Creek (2012)



OO
communicatif/frais/soigné
country/folk-rock/pop
A peine entrée dans la trentaine, Brandi Carlile dégage une aura particulière. L’assurance de ses chansons, sa voix puissante ainsi qu’une attitude très chaleureuse à l’égard de son public, que son statut de star montante aurait pu mettre à mal, forcent l’admiration et l’amitié chez ceux qui la découvrent, cette amitié devrait-elle demeurer virtuelle. Lorsqu’elle écume les Etats-Unis en support de Bear Creek, elle voyage avec une traînée de fans dans ses bagages, incarnant littéralement l’estampillage d’ « artiste à suivre » qui lui fut adressé par Rolling Stone Magazine à la sortie de son premier album, plus inspiré par Jeff Buckley, en 2005. Les producteurs T-Bone Burnett et Rick Rudin ont depuis tous deux enregistré un album avec elle. Plus de 200 000 personnes ont levé le pouce en son honneur sur Facebook.

Beaucoup s’identifient à elle. Cela donne envie aux gens de s’attacher, quand on provient d’un coin perdu à 50 miles de Seattle, un endroit où l’on occupe sa jeunesse à déambuler dans les bois et à se donner des leçons de chant à soi-même. Quand on est de surcroit jeune, jolie, élégante – les jeans n’ont jamais été mieux portés que par Carlile, et elle en fera les frais, après publication d’une photo la montrant de dos en concert. A en juger par les commentaires, affectueux, on n’a pu détacher le regard de son ravissant derrière. En 2005, en portrait sur la pochette de son album éponyme, elle semblait incarner le fantasme de l’Amérique de Terence Malik, de la Ballade Sauvage et des Moissons du Ciel, faisant fondre les cœurs à tel point que certains craignaient qu’elle ne soit qu’une construction médiatique.

Dans ces conditions, cela semble presque superflu pour elle que d’enregistrer au studio de Bear Creek, ce lieu de ressource pour groupes et musiciens parmi les plus attachants aujourd’hui : les Fleet Foxes (en mettant de côté leur succès, il reste une bande de potes que tout le monde voudrait compter dans ses amis), les Walkmen, les Lumineers, les Foo Fighters, Les Savy Fav, Stephen Malkmus and the Jicks… Chacun de ces groupes a un je-ne-sais quoi chaleureux qui les rend indispensables, et qui se manifeste en grandes quantités chez Brandi Carlile. Elle semble de surcroît entretenir une touche de romantisme mature. Un EP paru en 2010 et dont les chansons tournaient autour du thème de la Saint Valentin. Elle ajoute à cette projection de romantisme, le sien, une forme directe et plus rustique qu’auparavant avec Bear Creek.

En bonne country matinée de pop-rock, la musique dégage une énergie scénique sensuelle, tour à tour tragique et goguenarde. Bear Creek est l’album d’une artiste et d’un groupe complètement à l’aise avec l’exercice du live, cela se ressent à leur façon à la fois décontractée et très efficace de sonner sur l’album. L’écoute de l’énergique Rise Again donne tout simplement envie de se précipiter à leur prochain concert. Au-delà de leur professionnalisme, l’originalité de la formation réside dans la présence des élégants jumeaux Tim et Phil Hanseroth, tous deux multi instrumentistes surdoués. Comme Carlile l’est avec sa voix. Prenez Raise Hell, une chanson qui n’est de bout en bout, jamais tendre : le ton est tout de suite féroce comme une chanson intimidante de Johnny Cash, et le refrain indompté. Et ce n’est qu’une nuance, qu’un style parmi tant d’autres. Des influences gospel et des chœurs discrets mais très effectifs font aussi mouche ça et là.

Brandi Carlile ayant fêté ses trente ans en 2011, il n’est pas surprenant que ses pensées l’aient conduite à réfléchir à sa place dans le monde et à ses envies, entre nostalgie et nouveau départ dans ses relations aux autres. On commence avec Hard Way Home, en souvenir du chemin difficile qu’elle a emprunté durant son adolescence, caractérisées par la solitude et la crainte de se tromper, de perdre son temps. « Oooh, follow my tracks / See all the times I should have turned back / Oooh, I wept alone / I know what it means to be on my own”. Save Part of Yourself est aussi frappante. « I remember you and me / Lost and young dumb and free / Unaware of years to come / Just a whisper in the dark / On the pavement in the park / You taught me how to love someone / Save part of yourself for me / Won’t you save part of yourself for me”. Tout l’album est emprunt de la même humilité. La chanson 100 est un point culminant de ce parcours qui épingle aussi la vanité juvénile, et révèle les fêlures et les doutes d’une jeune femme en apparence très assurée.







avec l'orchestre symphonique de Seattle
  

Sources des images

Le Facebook de Brandi Carlile

http://www.bearcreekstudio.com/


http://chickswithguitars.com/

http://www.saltlakemagazine.com/blog/2012/12/brandi-carlile-brings-some-holiday-spirit-to-the-state-room/

http://aftertheshow.wordpress.com/2012/05/30/brandi-carliles-new-album/



mercredi 23 janvier 2013

CONOR OBERST AND THE MYSTIC VALLEY BAND - One of My Kind (2012)







O
attachant/poignant
indie rock

Pour ceux qui ne connaissent pas Conor Oberst ni le dernier acte de sa saga collaborative, ceci n’est pas un authentique nouvel album mais ça vaut le détour. Le country-indie-rock n’roll à la sauce mexicaine du groupe y est particulièrement débraillé, ce qui leur réussit assez bien. On aime tant la voix si caractéristique d’Oberst, et c’est étonnant qu’il ait laissé interpréter tant de chansons par ses camarades… One of My Kind reste cependant son projet. Ceci grâce à trois moments hors du commun :One Of My Kind, Gentleman’s Pact et Breezy, qui constituèrent en 2008 un EP. Le reste de l’album sert de prolongation agréable à ces pépites inspirées par les régions qui surplombent l’Eldorado, enregistrées pour la première fois juste avant que Conor Oberst ne gagne El Paso, au Texas, pour enregistrer Outer South, l’un des disques les plus généreux, enjoués, et même engagés de l’année 2009. Ces chansons sont ici recyclées pour servir de bande-son à l’un des films musicaux les plus improbables de 2012, un documentaire imprévu sur la fondation fortuite du groupe d’Oberst, The Mystic Valley Band (5 personnes). Ils ont réinventé la bohème américaine exilée au Mexique, sans que les soupçons quant à l’utilisation de cocaïne ne puissent être vérifiés.

Voir ma chronique intégrale sur FAUST SCEPTIK

vendredi 7 décembre 2012

Silvia Perez Cruz - 11 de Noviembre (2012)

 



Entre jazz, folk, musique cubaine...

Retrouvez bientôt la compte-rendu du concert du 7 février à l'Alhambra (Paris)

samedi 24 novembre 2012

Chris Smither - Hundred Dollar Valentine (2012)



 
 
Parution : 2012
Genre : Blues, folk, rock
A écouter : On the edge, What Mght Have Been, I Feel the Same, What they Say
 
OO
Qualités : engagé, poignant, apaisé
 
Un album qui nous ramène à une ère où la musique était ressentie au fond du cœur, et dans des régions américaines où il n’y avait rien de tel que des genres musicaux, mais où les interprètes solitaires pouvaient tremper dans le blues de Lightning Hopkins et Mississippi John Hurt, s’inspirer de Randy Newman et reprendre en chemin Tulane de Chuck Berry, Rock and Roll Doctor de Little Feat ou Desolation Row de Bob Dylan, faisant preuve de foi, de sincérité et d’humilité. Hundred Dollar Valentine est pourtant un album moderne, enregistré avec une précision minutieuse. Il montre que ces leçons d’humilité et de patience ont payé, faisant aujourd’hui de Chris Smither, à 67 ans, un de ces musiciens pour lesquels on ne peut s’empêcher d’éprouver un profond respect.
C’est son douzième album et le premier qui soit constitué uniquement de chansons originales. Il montre toute l‘étendue de sa sensibilité, fait preuve à nouveau d’une envie de secouer les choses établies, s’insurge face aux catastrophes que traverse son pays, fustige la religion parce ce qu’elle provoque la passivité, exhorte à prendre les problèmes du présent avec cœur plutôt que l’angoisse au ventre. On the Edge, c’est le nom d’une chanson dont le titre résume le sentiment idéal que devrait dégager la musique blues et la musique en général. Chris Smither n’est pas exclusif mais accessible, vous invite à comprendre ce que c’est que d’être à son âge passionné de musique, et musicien talentueux lui-même, vous fait entendre le fond de sa pensée en l’agrémentant d’un humour délicat, vous demande de le situer lui-même à l’intérieur de la grande histoire des musiques américaines, et à l’intérieur de sa propre vie, dont il se rend bien compte que la plus grosse partie est derrière lui. Smither est de ceux qui se bonifient à travers l’expérience de leurs propres sujets existentiels, et dont les albums gagnent peu à peu une sagesse et une acuité différentes.
Chris Smither n’a pas besoin de rappeler constamment qu’il est en train de jouer le blues. Sa voix et son jeu de guitare en finger-picking, élégant et délicat sont les meilleures garanties de son inspiration. Emprunte de tranquillité et de bienveillance, ses chansons évitent pourtant la redite, certaines dégageant au prime abord une tristesse simple et intense – On the Edge, I Feel the Same, Feeling by Degrees –, mais avec, elle leur centre, le rythme marqué par un tapement de pied, comme un battement de cœur.  D’autres vous ravissant plus tard parce qu’elle sont entraînantes et et amusantes jusque dans leur gravité même : "They say the good die young, but it ain't for certain, / I been good all day, and I ain't hurtin', / Not in any way, I'm too old to die young." (What They Say).  Il y a aussi What Might Have Been, blues à l’évidence fascinante.  
Ce qui hisse Hundred Dollar Valentine au pinacle, c’est le choix des accompagnements : l’harmonica chaleureux de Jimmy Fitting, sur le morceau-titre par exemple, ou les contre-mélodies de Kris Delmhorst au violoncelle et Ian Kennedy au violon sur On the Edge. Tout l’album est méticuleuse arrangé.
 

vendredi 9 novembre 2012

The Mountain Goats - Transcendental Youth (2012)





Parution : octobre 2012
Label : Merge
Genre : Folk rock, auteur
A écouter : Cry For Judas, White Cedar, The Diaz Brothers

OO
Qualmités : Doux-amer, soigné

Quand j’ai entendu pour la première fois The Life in the World to Come (2009), mon introduction auprès du trio folk-rock The Mountain Goats, ce sont les mots du chanteur John Darnielle qui m’ont frappés en premier – ce que je n’aurais pas cru possible étant donné la barrière de la langue - et la façon dont il les chantait, avec cette voix tendue, intense. Darnielle articule ses chansons à la perfection, et les phrases se font incisives, participant pour beaucoup à l’appel de ce groupe « auteur » ; bien sûr, il est aussi réputé pour écrire des chansons hors du commun.


Genre de héros du folk-rock originaire de Bloomington, Indiana, John Darnielle rappelle un peu le cas de Pete Townshend, le sincère chanteur de The Who : comme lui, il a été victime de violences étant petit (de la part de son beau père), et a trouvé sa propre manière de recycler cette expérience dans ses disques, notamment sur le très autobiographique The Sunset Tree (2005). A ma connaissance, il ne s’est pas engagé auprès d’associations combattant la maltraitance comme Townshend, mais une ligne comme « Do every stupid thing that makes you feel alive/Do every stupid thing to try to drive the dark away », sur la première chanson de Transcendental Youth, révèle une empathie pour l’état d’adolescence. Ses chansons évoquent souvent la construction de l’individu, les forces – une part d’ombre, une responsabilité, une place dans l’univers, l’acceptation de ses propres fautes, la confrontation à une spiritualité ou une religion – qui vont faire de lui un adulte. Et même si The Sunset Tree est l’un des albums les plus marquants des Mountain Goats, Danielle est plus enclin à reprendre des personnages aux traits mythologiques ou bibliques plutôt que d’étaler sa propre existence, créant une galerie gothico-comique et construisant peu à peu sa propre géographie à l’échelle planétaire. « Tout endroit sur Terre a sa propre fréquence. Elle n’est pas bonne ou mauvaise, elle est juste là, et si vous pouvez vous y accorder, vous pouvez y trouver un confort. »


IL a trouvé le moyen d’écrire des histoires sensibles et parfois menaçantes, qui pourraient se résumer, en utilisant ses mots, en des ‘stratégies de survie’. Soit à chaque fois le moyen de faire preuve d’un sens inouï de la persévérance. « Les personnes de mon entourage s’amusent de mon incapacité à la lassitude », reconnaît t-il. C’est pourquoi même après 20 ans ses chansons restent de petites triomphes pleins d’inspirations.


Comme sur Amy (Aka Spent Gladiator 1), «Fais n’importe quoi pour garder l’ombre loin de toi », ce pourrait même être son leitmotiv depuis 20 ans et 14 albums d’une constance inégalée dans la musique populaire américaine d’aujourd’hui. C’est 200 chansons, toutes très bonnes ou excellentes. Transcendental Youth s’enfonce plus loin que ces prédécesseurs dans l’évocation d’une obscurité cryptique comme seuls les groupes de black-metal, pensait t-on, avaient le secret, avec l’imagier de serpents et de traîtres, de métaphores guerrières, de peuples ou de personnes opprimées. Ca tombe bien, John Darnielle est un amateur du genre, et, lyriquement comme musicalement, il en joue avec les codes. All Eternals Decks (2011) était déjà plus noir qu’auparavant, et Darnielle continue dans cette veine, créant des personnages dont les expériences semblent s’approcher de plus en plus des limites de l’existence, résultant d’une poésie pleine de feu, d’hallucinations et de lumière sacrée, d’images bibliques ? Les Mountain Goats, après tout, ont un album appelé The Heretic Pride (2008), et un autre qui s’inspire d’extraits du nouveau testament. Darnielle en tire une modernité propre, dans sa façon de traiter différentes psychologies et de les diriger vers la rédemption.


Ici, les chansons s’appellent Cry For Judas, White Cedar ou In Memory of Satan. Dans cette dernière : “Make some scratches on my floor/Crawled out on my hands and knees/In old movies people scream/Choking on their fists when they see shadows like this”. Avant qu’avec la dérision réjouissante qui est la marque du groupe, Darnielle continue : « But not one screams cuz it's just me. » Until I Am Whole aurait pu être chantée par Neurosis : « Burn the tree line down/Hold my hopes underwater/Stand there and watch them drown.” Night Light continue dans une atmosphere doom-folk somptueuse.


Musicalement parlant , un album des Mountain Goats est toujours quelque chose d’un peu raide. Darnielle a joué pourtant régulièrement de la plénitude d’un piano, un instrument qu’il semble affectionner pour ses possibilités mélodiques comme percussives, complémentaires d’une batterie très efficace. Sur une bonne moitié des chansons de Transcendental Youth, des arrangements de cordes arrondissement les angles et permettent aux chansons de se déposer avec une grâce nouvelle. On retrouve aussi l’étonnante contradiction entre la guitare acoustique que charpente la plupart des chansons et la vaste instrumentation qui y est greffée. Autour du trio jouent une dizaine d’invités. Sur In Memory of Satan le groupe fait de l’auro persuasion en tentant de se plonger dans une sorte de torpeur, ce qui est une bonne chose puisque leurs mélodies sont habituelles hyper changeantes. D’un autre côté, certaines de ces chansons sont les plus entraînantes dans le récent répertoire du groupe : Cry For Judas ou The Diaz Brothers, un numéro de rock au piano, bien serré. La basse fretless est plus bondissante que jamais. Certaines notes de piano, Sur Spent Gladiator, dont les mots ‘stay alive’ se répètent comme un mantra, ou Until I Am Whole, les notes de piano égrenées semblent s’échapper des tréfonds d’une cathédrale. En final, la chanson titre est celle ou les trompettes, tubas et cors se manifestent dans l’esprit d’une marche funéraire de la Nouvelle-Orléans, avec la dose qu’il faut d’impertinence et de liberté.


Quand à la pochette, elle représente la notion d’ambivalence chère au groupe : « Il s’agit de gens échappant à quelque chose, mais s’élevant vers un monde hanté de démons. Elle représente l’apprentissage des choses obscures qui vous procurent du plaisir et semblent menaçantes mais vous appartiennent, en un sens. »

lundi 29 octobre 2012

Wintersleep - Hello Hum (2012)




Parution : juillet 2012
Label : Roll Call
Genre : Indie rock
A écouter : In Came the Flood, Rapture

O
Qualités : soigné, attachant

Wintersleep est un groupe chez lequel il y a beaucoup à aimer : leur façon de construire des albums dont les chansons gagnent en se combinant entre elles une dimension fascinante, leur talent pur mélanger une musique rythmée et kaléidoscopique avec  des textes inquiétants  et la voix traînante de Paul Murphy. Pour donner une idée du son, Dave Fridmann est à la production, qui a travaillé avec MGMT ou les Flaming Lips, ainsi que Tony Doogan, que l’on a vu aux côtés de Belle and Sebastian ou Mogwai. La grande intelligence et la nervosité dans lesquelles sont façonnés les trois premiers morceaux de Hello Hum, et notamment cette chanson titre immédiate autant qu’étonnante, comme hors-champ, auraient pu tourner court si Wintersleep n’avait pas enfoncé le clou avec Rescucitate. Rescucitate nous dépose juste là où les percussions étonnantes  et les sonorités matinées de sons électroniques nous ont propulsé ; entre séduction des chorus et atmosphères glacées. Le ton dans lequel Wintersleep se plaît le mieux  s’installe définitivement : intime autant que détaché, inquiétant. «You steal my heart/You shot me dead/My murderer/Under my parents bed.”
Permanent Sigh et Saving Song brisent un peu le flot d’énergie qui traversait le premier carré de l’album, mais ‘un est une mini suite au final grandiose tandis que l’autre est emprunte d’une beauté à travers laquelle l’espoir a bien du mal à percer. « Oh my darling, you never told me, If i come home bloody, Will you still want me? Do you still want me?” Les énergies vont et viennent dans l’album, qui gagne en mystère ce qu’il perd en séduction immédiate vers la fin.

mardi 23 octobre 2012

Matt Elliott - The Broken Man (2012)

 
 
 
Parution : février 2012
Label : Ici d'ailleurs
Genre : Folk
A écouter : Dust, Flesh and Bones
 
OO
Qualités : sombre, envoûtant
 
Matt Elliott s’est maintenu dans une semi-pénombre tout au long de sa carrière juqu’à aujourd’hui, poussant tranquillement les frontière de son écriture dans vers un idéal de beauté et de désolation qui a des airs de logique inéluctable. Il est de ceux que l’on croise par hasard, parce qu’ils ne sont pas très loin, parce qu’ils ont la gentillesse de se produire à Toulouse pour 3 malheureux euros et de laisser le secret d’un moment hypnotique parmi le public clairsemé. Découvrir Matt Elliott est comme de se pointer dans l’arrière salle d’une brasserie de onzième arrondissement et de tomber sur Josh T. Pearson en train de jouer Honeymoon Great : Wish you Were Her, une litanie de plus de 13 minutes à la beauté terrassante, la clairvoyance en plus. Vous aimez Bill Callahan ? Matt Elliott a une voix grave, dans l’esprit de celle du parangon de Smog, même si il l’utilise ici avec une parcimonie qui tient plus de l’illustration que de la chanson, comme un autre instrument dans la fresque que constitue The Broken Man.
 
Les chansons sur cet album extrême, en un sens, sont austères mais denses d’une lucidité musicale, d’une inspiration qui leur donne un aspect grandiose. Démarrant souvent sous le joug d’une guitare hispanisante au jeu complexe, elles s’affirment avec un dessein extrêmement méticuleux et une sagesse à toute épreuve. Les suites qui constituent la première face du vinyle démontrent le pouvoir et la détermination de Matt Elliott à l’œuvre pour exprimer avec largesse les sentiments de regret et de solitude dans leurs infinies variations.
 
Ce premier jet culmine avec les dix minutes de Dust, Flesh and Bones, qui démarre comme une lamentation nue évoquant Leonard Cohen et s’oriente en volutes autour d’une phrase répétée, conjurant toute la conviction de d’Elliott envers sa propre sagesse affective. La chanson décolle lentement de terre, prend un tour presque effrayant avec ses chœurs murés, le son d’une cloche lointaine contribuant aussi à la sensation d’un vide immense qui s’ouvre de plus en plus sous nos pieds – un aspect atmosphérique qui fait de The Broken Man l’album le plus accompli de Matt Elliott à ce jour -, tandis que la voix circonspecte d’Elliott demeure, malgré tout, un élément auquel se raccrocher. Avec la confiance qu’il met à répéter « This is what it feels to be alone », on est convaincu que la solitude le hante depuis des années, et la chanson documente cette relation vaguement amusée avec elle. Le résultat est d’une beauté, d’une évidence extraordinaires. 
 
The Broken Man s’enfance plus avant, construisant son plus long morceau sur deux improvisations au piano semblant surgies des noirceurs d’une ancienne Vienne, retranscrite et interprétées par Katia Labèque. Matt Elliott multiplie encore la fascination produite par son œuvre, allant à rebours de la cohérence habituelle pour nous obliger à trouver de nouvelles pistes de lecture, entre acceptation d’un certain psychédélisme et reconstruction de quelque monument sonore gothique oublié. Derrière une prestation stoïque et confiante se révèle la force de chansons qui contiennent non seulement leur raison profonde, mais s’articulent en un tableau d’une force étonnante.



mercredi 17 octobre 2012

Stuck in The Sound - Pursuit (2012)




Parution : janvier 2012
Label : Discograph
Genre : Rock alternatif
A écouter : Tender, Brothers, Pursuit, Purple

O
Qualités : Doux-amer, entraînant

« Who gives a fuck about our stupid ideas 'cause we're stuck in the sound »
 
Stuck' signifie 'bloqué'. Bloqué entre deux statuts, celui de groupe prometteur et de nom qui compte, voire qui puisse s'exporter à l'étranger. C'est une situation habituelle pour un groupe français. Il s'agit en loccurrence d'un de ceux qui attirent le mieux l'attention, plutôt avantagés par leur capacité à enchaîner concerts bourrés d'énergie, portés par un public qui se prend volontiers au jeu de la kermesse pop-grunge bon enfant. Shoegazing Kids, leur précédent (bon) disque, a provoqué une nouvelle exigence pour ce qui allait suivre. Pursuitsamorce brillamment cette situation. C'est toujours un défi : un album studio qui sera jugé sans pitié, la tête froide, par opposition aux concerts où l'euphorie l'emporte, ou la bonne humeur de l'instant ne fait pas sembarrasser d'un jugement musical. Qui plus est quand il s'agit du troisième.
 
En réalité, le jugement ne peut porter seulement sur ce que Stuck in the Sound révolutionne ou non avec leur musique. Il faut les apprécier d'abord pour leur attitude, busy doing music. « On va vous jouer encore une chanson, car c'est notre métier », remarque José Reis Fontao au moment de deuxième rappel et avant d'entamer le 21ème chanson d'un concert à l'Olympia. On les aime pour leur capacité à provoquer le chaud et froid, à envoyer une grande claque jusque quand on pensait que ça serait, finalement, la chanson qui les ferait rentrer à la maison, et qu'on quitterait avec l'impression d'une simple bonne volonté. Leur travail paye : même s'il n'ont pas quelqu'un de la trempe de Franck Black pour écrire les chansons, elles sont étonnantes. Au final, on pourrait n'assister qu'à tous les concerts, ne jurer que par ceux-ci et ignorer les albums, ne plus acheter de disque et s'intéresser seulement à un morceau téléchargé et remixé plusieurs fois, Brother en loccurrence. L'histoire de cette pratique devient banale, et pourtant Pursuit mérite mieux : qu'on s'y attache, en entier, pour son séquencement sans faille d'assauts de tendresse et d'élans de romance nuancés par des arrière-pensées. 
 
« We all need to be loved when we record the tracks. » 
 
C'est l'album d'un groupe qui se surprend à écrire et jouer des chansons à propos d'amour, et qui se laisse aller au commentaire émotionnel, après avoir fait le commentaire de sa propre expérience sur Bandrupcy. Ce morceau pourrait être Stuck in The Sound se lançant à corps perdu au début de sa carrière, mais il se trouve qu'il est suffisamment tardif pour figurer sur leur troisième album, et c'est avec celui-là qu'ils choisissent de suggérer une crise créative bien naturelle pour eux. « We've been gone for some years and now we're back again ! For the worst, for the best, for tries and mistakes ». La chanson Bandrupcy avait été envoyée en éclaireur en amont de l'album, laissant leur fans dans l'appréhension. Les 'essais et les erreurs' allaient t-il payer, les failles allaient t-elle rendre le groupe plus fort 
Dès le morceau d'ouverture, Brother, la réponse est oui : un tube électro-rock où la voix si distinctive et tendue de Fontao se fait crâneuse autant que désespérée : «I cannot top myself from loving her. » Dans le nouveau studio du groupe construit par le groupe à Montreuil, les chansons sont venues suffisamment wild and free pour donner un patchwork plus que divertissant. Les morceaux de bravoure taillés pour la scène, tels que Pursuit et Purple, entremêlent les parties de guitare et se jouent toujours plus vite, tandis que des ballades hybrides comme Tender, Who's the Guy ou Silent & Sweet se taillent la part du lion, donnant, à travers les paroles chantées par Fontao, l'image d'un groupe qui met la meilleure volonté à être aimé, et réussit. Tender ou September, en particulier, sont des chansons plus risquées, car c'est plus naturel pour eux de caracoler en profitant de l'exultation d'instruments rodés par le jeu de scène (spéciale dédicace à la basse de l'excellent Arno Bordas) que de chanter crescendo les mots 'In love' sans s'écraser. La plus longue chanson, Criminal, est astucieusement placée au centre l'album, le faisant culminer sur sa note la plus dramatique : « If falling in love is criminal, let's get it together, we fuck it all. »
 

 

dimanche 14 octobre 2012

Neurosis - Honor Found in Decay (2012)


Parution : 30 octobre 2012
Label : Neurot Recordings
Genre : Doom metal, post hardcore
A écouter : At The Well, My Heart for Deliverance, All is Found... In time
OOO
Qualités : sombre, envoûtant


Given To The Rising, le dernier album de Neurosis paru en 2007, semblait, malgré de bons moments (Water is Not Enough…) privilégier l’utilisation d’atmosphères certes imposantes et très enveloppantes, mais qui semblaient parfois superflues, ce qui causait rapidement une lassitude. Le sextet post-hardcore, fêtant alors ses 20 ans d’existence, en venait  à évoquer David Lynch et les musique de film comme inspiration. Neurosis gagne pourtant davantage à être connu pour ce que ses chansons évoquent par leur contenu émotionnel et lyrique, et les limiter à leur atmosphère est réducteur. La dynamique chère au groupe, qui alterne avec une tension maintenue puissance et calme, est ici mieux que jamais un outil au service des chansons, de ce qu’elles contiennent d’honnête, de sauvage ou de mystique. Ce sont les humeurs et les émotions de ces chansons qui nourrissent les dynamiques de Honor Found in Decay, plutôt que de simples attributs sonores. Les chansons sont des tableaux, certes, mais qui appellent à être ressentis avec une urgence présente seulement épisodiquement sur Given to The Rising. Peut-être l’intense mélancolie qui se dégage aussi de cet album est ce qui le rend plus attachant que son prédécesseur. C’est comme s’ils s’étaient inspirés de Warning et de leur immense chef d’œuvre doom, Watching From a Distance (2007), pour façonner un album qui fait triompher le fond sur la forme, le taux d’humanité sur la quantité d’effets utilisés.
Depuis A Sun That Never Sets (2001), Neurosis tient du doom metal plutôt que du post-hardcore. Les deux albums suivants ont peut-être été les plus difficiles pour le groupe – The Eye of Every Storm (2004) constituant, dons son domaine plutôt sludge que hardcore, un triomphe hors normes - et Honor Found in Decay semble retrouver une linéarité plus séduisante pour l’auditeur. Il retient l’agressivité, le sens apocalyptique propre  au groupe tout créant l'agréable sensation d’être porté au cœur de la musique. Dès We all Rage in Gold, c’est toute l’essence de Neurosis qui est rendue saisissante par la clarté de sa mise en œuvre, sa présentation directe et sincère. Rien que la façon dont est introduite la première phrase, « “I walk into the water/To wash the blood from my feet », et dont se déploient en quelques minutes certains des couplets les plus denses de l’album, résume une approche rassérénée de leur musique et de leur message par Neurosis. L’une de leurs grandes forces, à savoir l’interaction entre les voix des deux chanteurs, est déjà activement à l’œuvre à cet instant.
At The Well, la première des trois chansons dépassant les 10 minutes sur l’album, confirme la perfection de l’expression du groupe, capable d’aller du quasi silence à une effusion de rage intense (bien que sans commune mesure avec ce qu'on a entendu dans la période post-hardcore du groupe), comme c’est définitivement le cas passé les sept minutes, alors qu’une nouvelle mélodie obsédante oriente la chanson vers un dénouement désespéré. Dans la dernière partie, la répétition de « In a shadow world » par Scott Kelly, Steve Von Till et le bassiste Dave Edwardson rend palpable toute la paranoïa, la défiance propres au groupes et peut-être aussi une forme d’espoir. « We are your light » est une réponse presque inaudible apportée en sous-main. Un dernier couplet termine le morceau avec une netteté remarquable, et l’inertie de cette deuxième chanson nourrit la troisième.
En douze minutes, My Heart For Deliverance change de formes avec une certaine grâce. A un moment, Scott Kelly passe du hurlement à la quiétude au cours du même vers : « And left me beneath…the river” ce qui laisse la voie à un intermède inhabituellement tranquille et gagné de désolation. Les dernières minutes du morceau sont un des meilleurs moments de l’album. Les guitares se débattent ensemble pour soulever le poids d’une fatalité qui peut encore être évitée, avec une insistance qui donne un caractère épique au titre. Et la suite est tout aussi édifiante, Bleeding The Pigs dégageant quelque chose plus de l’ordre du tribal et du rituel, Casting of the Ages faisant office de morceau doom plus traditionnel tandis que All is Found… in Time joue sur la force de son énorme riff, le meilleur de l’album. Enfin, Raise the Dawn, relativement courte, permet de susciter chez l’auditeur l’envie de tout recommencer…
Le confort qui naît à l’écoute de Honor Found in Decay n’est rendu possible que par une extrême précision dans la production (de Steve Albini), l’entrelacs des instruments, le séquencement, le choix de chanter/hurler seul, à deux ou même à trois. Les atmosphères suscitées par Noah Landis soutiennent ces chansons à chaque instant, dans leurs introductions, de leurs flottements, leurs conclusions et jusqu’aux moments où les riffs qui dirigent les chansons sont à leur apogée.


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