“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est We Are Unique Records. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est We Are Unique Records. Afficher tous les articles

mardi 11 juin 2013

MICHAEL WOOKEY - Submarine Dreams (2013)




O

lyrique, original, fait main
folk, expérimental


« Inside i was a-wanting silence/ to be with somebody golden / so fill your heart with my love / and make sure you're okay with my love / i'm having dreams about you / all of the things i put you through / I should have give you the world. » Somebody Golden nous fait instantanément entrer dans un univers à la densité lyrique exceptionnelle. C'est la voix de Michael Wookey, sur le fil, qui nous invite la première à l'intérieur de ces 'rêves sous-marins'. On devine qu'il va s'agir de fantasmes, comme une manière de créer un terrain de liberté où tout se permettre, un endroit de folk étrange que trop de réflexion ferait s'effondrer. « J'adore les vieux enregistrements sur cassette, le blues... Je veux me rapprocher de cet âge d'or où il n'y avait qu'une seule prise, » racontait t-il pour le webzine français Save My Brain à l'occasion de la sortie de son premier album, Gun Gala.

La musique de Michael Wookey peut d'abord dérouter, car son tour de force est d'essayer d'articuler plusieurs choses : une voix singulière, une passion pour essayer toutes sortes d'instruments et son envie de complètement se livrer à son public, d'être sur la brèche. «J’essaie plein de choses, ce n’est pas forcément facile et ça marche rarement du premier coup. » C'est un artiste qui éclate les lieux, les musiques et les scènes ; anglais francophile que l'on observera souvent de passage à Paris dans les temps à venir, aperçu au Point Ephémère avec l'Islandaise Olöf Arnalds et affilié à Björk parce qu'il lui a emprunté le producteur Valgeir Sigurðsson (qui a aussi travaillé avec Cocorosie et Feist) et l'artiste peintre Gabriela Friðriksdóttir. Une certaine sensibilité féminine parcourt d'ailleurs l'album, que ce soit dans le choix des arrangements ou l'utilisation de certains instruments tels que la harpe.

Cependant, contrairement à Björk par exemple, Wookey n'est pas intéressé par l'utilisation de moyens électroniques pour créer de la musique. Il préfère utiliser toutes sortes d'instruments, avec leur histoire, comme cet harmonium hérité de son grand-père et n'ayant pas servi depuis la Seconde Guerre Mondiale, qui sert d'épine dorsale à Jesus Warm my Cocoa. (la chanson au titre le plus étrange de l'album, et aussi la plus courte). La délicatesse est le sentiment prédominant avec des chansons telles que And That's Left is Blood. Le grand vide laissé par l'absence de batterie est utilisé à l'avantage de l'ambiance, ce qui peut conduire certains à y voir une sorte de cabaret. Le cabaret implique pourtant beaucoup de codes et Submarine Dreams ne se fie pas à des codes, c'est un disque absolument personnel, fait en toutes choses selon les termes de Wookey. 


Il n'hésite pas à dérailler sur fond de cuivres et de timbales, à se montrer menaçant lorsqu'il chante « tu fais bouillir mon sang » dans une chanson aux cuivres cauchemardesques fameusement rythmée par des halètements. Plusieurs titres révèlent un aspect violent rendu convaincant par l'intensité de l'interprétation de Wookey. « J'ai des sujets souvent sombres », reconnaît t-il. On semble avoir demandé aux instruments de mener leur propre existence, ce qui amène à y voir un étrange pendant anglais aux précieuses errances de Tom Waits. Cet instrumentation peut être débordante comme minimaliste, les cœurs habillant quelques coups portés ça et là dans des percussions de bohème sur Thumbs Up. Submarine Dreams est un bel exemple pour montrer comment la folie scénique et, de ce fait, toute la singularité d'un artiste fiévreux peut trouver son chemin jusqu'à l'enregistrement en studio.

vendredi 21 décembre 2012

A quiet revolution (3) Interview de Gilles Deles de Lunt





Label We are Unique Records
http://www.uniquerecords.org/

Where is the Revolution ? est le nom d'une chanson sur le récent et fascinant album de Lunt. La pochette interroge. Switch the Letters est un album de chansons composées à la guitare électrique avant tout. Ainsi qu'une oeuvre inspirée de la poésie beat et aussi par Sonic Youth, passé à la moulinette du philosophe autrichien Wittgenstein. Les concepts faciles ne sont pas de mise avec Gilles Deles, et ma 'révolution calme' va en prendre un coup. Le travail d'artiste et d'artisan ne font plus qu'un chez ce musicien, co-fondateur du label We are Unique Records.

Quelle était la vision musicale qui a participé à la création de We are Unique Records ?

Gilles Deles : Il y avait initialement, et c'est toujours le cas je crois, un désir d'autonomie très profond, qui fait que nous avons constamment respecté les décisions des artistes même quand nous les désapprouvions à titre personnel (nous sommes faillibles), et après des discussions sincères.
Les années 2000, à leur début, étaient différentes de maintenant, il était encore possible d'être autonome financièrement.
Nous écoutions énormément de choses à l'époque, et la question ça n'était pas de signer un style. Il y avait bien sûr une prédominance post-rock, folk, rock, musique atmosphérique/electro. Ceci dit les projets hip-hop de Angil (ou en collaboration comme John Venture) ont eu tout leur sens. Il fallait qu'on se dise, "ce disque sort du lot", il y a quelque chose là qui n'est pas ailleurs, nous pourrions l'acheter. Sinon comment y croire vu l'énergie demandée par la suite ?

Tu es ausi ingénieur du son au service du label. En quoi participer aux albums des autres nourrit t-il ta propre musique ?

On apprend à être un contenant en attente d'un contenu, et à aider à mettre en forme.
Produire un album c'est laisser venir à soi des notes et des harmonies en attente d'être jouées, de la musique sans un musicien pour la jouer. On apprend essentiellement à ne pas forcer les choses, et laisser l'inspiration venir à soi.

J'ai lu que tu avais fait des études de philosophie. Quels sont les thèmes abordés sur l'album, et as-tu été influencé par des concepts philosophiques ?

Le sens des concepts sont dans leur usages. (Ludwig Wittgenstein) Je ne sais pas s'il y a une sorte d'isomorphisme entre ces concepts, et la musique. Seulement, ce que j'ai longtemps défendu c'est un holisme* de l'album. Les singles existent, de la même façon que certains mots nous évoquent des choses à eux seuls, mais on ne peut pas comprendre certains titres en dehors de l'album à l'intérieur duquel ils sont inclus (voir par exemple le travail dans les interludes du teaser For : Matter d'Angil). En tant qu'ingénieur du son je te dirais aussi qu'il y a des règles dans le son que l'on se doit de respecter, une sorte de nécessité dans la structure du son. Le mixage est quelque chose qui peut être le lieu d'application du rasoir d'OCCAM**. Il ne faut pas rajouter des éléments si l'on est arrivé à quelque chose qui dit quelque chose.
Ce que la philosophie m'a appris c'est une distance très critique (un euphémisme) quant à l'esthétique.

Switch the Letters est un album de chansons qui évoquent certains songwriters américains indé les plus poignants et avisés. Peux-tu citer des albums qui ont pu influencer ta façon d'écrire des chansons ?

I See a Darkness de Bonnie "Prince" Billy, Buffalo Springfield, New Adventures in Hifi de R.E.M., Upgrade and After Life de Gastr Del Sol, Bug de Dinosaur JR, Daydream Nation de Sonic Youth, Ghost Tropic de Songs : Ohia.

Que voulais-tu accomplir avec Switch The Letters ?

Il fallait à tous les gens avec qui j'avais travaillé et qui me disait : "alors! cet album
c'est pour quand ?". Je voulais faire un album qui ne serait pas tributaire des standards d'écoute d'un moment. Quand tu écoutes Pink Moon de Nick Drake, le minimalisme qui s'y impose, fait que l'écoute est toujours possible sans kitch, même si l'album appartient à une époque.

Ce qui produit ce sentiment d'introspection dans ta musique c'est sans doute, entre autres, le fait de jouer en solo, même si tu invites plusieurs personnes à participer. N'envisages-tu pas de faire de Lunt un groupe ?

Psychiquement j'ai tendance à être un groupe à moi tout seul, comment scinder les étapes de production sans se scinder moi-même ? Je ne sais pas. Est-ce que ça serait encore Lunt ? Il faudrait que la ou les personnes qui jouent avec moi (sans omettre le fil directeur de ce que je pourrais proposer) aient une sorte de rage inconditionnelle, cette étincelle qui fait que certaines choses ne se négocient pas. Les compromis mous et le consensus névrotique m'ennuient. Pourquoi pas un album de noise en groupe.

Comment penses-tu progresser sur le prochain album ?

La question centrale est de ne pas faire l'erreur du premier Lunt, est de s'égarer dans une hétérogénéité démonstrative qui dilue le propos. Le but c'est d'avoir un fil directeur et je ne sais pas s'il s'est dessiné encore. Je ne m'oblige en rien à faire de la musique, je n'ai pas de contrat qui m'oblige à quoi que ce soit. Il sera peut être plus électrique je pense, et basé sur des tonalités différentes. Le plus dur est d'écrire des textes.

Je prévois d'intégrer cette interview à un article appelé 'a quiet revolution'. Quel serait ton slogan ou ton précepte pour une révolution musicale ?

Ce qui est écrit dans le livret de Experimental, Jet Set, Trash and No star de Sonic Youth ; "une fois que la musique a quitté votre tête, elle est déjà compromise".


* le holisme est : « la tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties, au travers de l'évolution créatrice ». Le holisme se définit donc globalement par la pensée qui tend à expliquer les parties à partir du tout.

** Aussi appelé « principe de simplicité », « principe de parcimonie », ou encore « principe d'économie », il exclut la multiplication des raisons et des démonstrations à l'intérieur d'une construction logique.
Le principe du rasoir d'Ockham consiste à ne pas utiliser de nouvelles hypothèses tant que celles déjà énoncées suffisent, à utiliser autant que possible les hypothèses déjà faites, avant d'en introduire de nouvelles, ou, autrement dit, à ne pas apporter aux problèmes une réponse spécifique, ad hoc, avant d'être (pratiquement) certain que c'est indispensable, sans quoi on risque d'escamoter le problème, et de passer à côté d'un théorème ou d'une loi physique.

(c) Wikipédia

vendredi 30 novembre 2012

A quiet revolution (2) Imagho - Interview réalisée en novembre 2012





http://www.imagho.fr/


Voir le lyonnais Jean-Louis Prades interpréter en concert un morceau comme Bienvenue est une expérience étonnante d’intimité, d’apaisement, produisant une émotion chaleureuse et dégageant une intensité quasi-dramatique. Les notes se prolongent sous l’effet d’un gadget électronique et de la voûte de cette église toulousaine réhabilitée. On est subjugué par son jeu de guitare, inspiré de Bill Frisell et du jazz, on ne peut s’empêcher d’être happé au cœur des mélodies, de vouloir remonter à leur source, tout en se laissant aller à leur enveloppement.
Depuis plus de dix ans, Imagho c’est aussi des albums en forme de plongée vertigineuse dans l’imaginaire du compositeur lyonnais. Inside Looking Out est tour à tour inquiétant et rassurant, le plus souvent réconfortant, obsédant et fantasmagorique. Les mystères de cet album se lovent dans nos oreilles, même dans la distance, comme lorsqu’il s’agit d’une fanfare s’exerçant dans une école de musique, enregistrée depuis la rue à Silves, au Portugal (dans Silves) ou des syllabes envoûtantes d'un poème suédois sur Septentrion. Il faut  accepter d’être transporté, dérouté, et finalement rassuré par les mélodies de guitare contemplatives que l’on découvre au détour d’une curieuse lamentation.  
Avec Imagho, Jean-Louis Prades enregistre une musique libérée.  Une musique au sein de laquelle se perdre, comme une escapade nocturne, aux destinations multiples, dont la trajectoire sonore embrasse l’art du field recording,  l’improvisation, la matière progressive du folk le plus inédit. Elle semble laisser entendre les origines de la révolution calme que j’ai recherchée en proposant cet article. Elle contient tout l’appel intérieur, toute l’introversion  qui rapprocherait Imagho et Lunt ou encore Half Asleep.  Je n’ai pas posé à Jean-Louis Prades la question concernant le best-seller américain, Quiet : The Power of Introverts in a World that Can't Stop Talking. Au vu de l’enthousiasme qu’il a mis à répondre à ces quelques questions, la réponse à cette question serait sûrement longue - même s’il s’avérait qu’Imagho était le projet d’un artiste introverti.
Inside Looking Out, qu’est-ce que ça signifie pour toi ?
Il s'agit d'appréhender l'extérieur en le regardant depuis un endroit fermé, comme derrière une fenêtre, ou dans une bulle. Le premier artwork pour cet album était une photo de l'océan prise depuis la meurtrière d'un bunker: beaucoup de noir et un trait horizontal dans lequel on voyait le bleu de l'océan et, plus clair, le bleu du ciel. A l'époque de cet album j'étais passionné par les field recordings, ces enregistrements faits « sur le terrain ». En mêlant la musique et les field-recordings, j'espérais retrouver à l'écoute les sensations ressenties dans les lieux dans lesquels ils avaient été capturés, et j'espérais que les auditeurs se sentiraient transportés dans cet ailleurs: dans mon esprit, l'écoute de ces morceaux devait permettre de « voir » ces lieux aussi clairement qu'en les regardant par une fenetre, sans bouger de chez eux ni même savoir où la musique les emmenait.
Imagho se définit comme un projet ouvert. Cette ouverture semble s’effectuer d’abord du point de vue musical : tu explores différents genres musicaux…C’est aussi une ouverte vers l’extérieur, vers les collaborations. Dirais-tu cette possibilité de collaborer est primordiale pour Imagho, et pourquoi ?
Imagho a toujours été mon projet solo, et j'y tiens car je veux avancer à mon rythme, sans rendre de comptes à personne. Je suis parfois boulimique de travail, d'autres fois pas du tout. J'ai participé à beaucoup de groupes au fil des années, et c'est toujours beau de partager un projet avec de gens, mais il y a fatalement un moment où il faut composer avec les disponibilités et les envies des uns et des autres, et ça coince quasiment toujours. Malgré tout, j'adore jouer avec d'autres gens, d'où mon besoin de collaborations sur mes disques. Je sollicite les musiciens qui jouent sur mes albums quand je pense qu'ils pourront apporter quelque chose, un son, un savoir-faire. Il s'agit la plupart du temps d'amis qui sauront jouer d'un instrument que je ne maitrise pas (le saxo de Daniel Palomo Vinuesa, les rythmiques electro de Cyclyk), ou qui apporteront une couleur qui ne me viendrait pas (la voix et le ukulelé de David Fenech). Dans ces cas-là, je propose mon morceau et les laisse libres de faire ce qu'ils souhaitent, je ne dirige pas du tout leur intervention. Il arrive aussi que j'aie envie de collaborer sur plus qu'un titre: dans ce cas, il ne s'agit pas d'inviter quelqu'un sur ma musique mais de créer quelque chose ensemble. Nous baptisons ces collaborations de nos noms respectifs, comme Fragile_imagho, Ultramilkmaids/imagho, FrzImagho. Une collaboration de ce type est en cours avec un excellent musicien, mais c'est un secret pour l'instant.
Et cependant, tu composes enregistres et mixes l’album seul. Sans aide extérieure ?
Oui je me débrouille tout seul, pour avoir la maîtrise du processus, et puis par facilité aussi. J'ai pensé à une époque qu'avec plus de moyens je ferais des prises ou du mixage en studio, mais en fait je préfère faire tout tout seul. Au fil du temps j'ai développé des compétences, j'ai acquis du matériel, j'ai maintenant mon propre studio... Je m'appuie, quand je suis sur le point de finir un album, sur deux paires d'oreilles critiques auxquelles je fais toute confiance, celle de Franck Lafay (ma moitié dans Baka!) et celle de Gilles Deles (aka Lunt), qui écoutent mon travail et m'aident à voir ce qui reste à accomplir... mais les décisions finales m'appartiennent toujours.
Comment s’est passée la rencontre avec We are Unique records ? T’ont t-ils fait des suggestions pour l’enregistrement de l’album ?
Je suis sur Unique records depuis l'album de Baka! sorti en 2003. Imagho n'était pas sur Unique car j'étais à l'époque chez FBWL, mais Baka! n'avait pas de label et Gérald Guibaud et Gilles Deles avaient accroché sur cet album, alors nous les avons rejoints. Gérald est un grand, grand fan de Nocturnes, le second disque d'Imagho. Quand j'ai terminé Inside Looking Out, FBWL avait mis la clé sous la porte, alors j'ai demandé naturellement à Unique s'ils étaient intéressés, et c'était le cas. We Are Unique ne fait pas de suggestions aux musiciens, nous sommes entièrement libres sur le plan artistique. De toute façon l'album était fini quand je le leur ai proposé.
Tu as sorti des albums sur plusieurs labels, et tu joues dans de nombreux groupes. Pourquoi se partager autant et ne pas se consacrer avec plus d’exclusivité à un projet ?
Parce que j'aime écouter toutes sortes de musiques et que, par voie de conséquence, j'aime jouer différentes choses. Je ne veux pas me priver. Mais depuis 2010 je ne joue plus dans aucun des groupes dont j'étais membre auparavant: FrzImagho a arrêté en 2008, Blinke (un duo de guitares) a été dissous en 2010, Sketches of Pain et Secret Name c'est de l'histoire ancienne aussi. Il ne reste que Baka!, qui se réunit sporadiquement et produit quelques morceaux, comme celui pour la compilation des 10 ans de We Are Unique, ou plus récemment pour le tribute à l'album Beaster de Sugar sorti chez A Découvrir Absolument. Dès que j'en ai l'occasion, je sors dehors et je joue avec d'autres gens, sur des projets à court durée de vie, comme le We Are Unique Ensemble qui a été une expérience extraordinaire, ou je participe à des projets autres, comme des musiques de théatre ou des spectacles avec des comédiens. Mais Imagho est le seul projet qui soit inscrit dans la durée.

"En ce qui concerne mon jeu de guitare, je pense que mon influence principale est Bill Frisell, et d'ailleurs son album Where in the World  m'a servi de référence"

Peux-tu citer des albums qui ont pu influencer ta façon de composer et de jouer, concernant Imagho?
Je pense que « step across the border », la BO du film du même nom consacré à Fred Frith, m'a énormément influencé. Je l'ai découverte à sa sortie et c'était nouveau pour moi, l'absence de hiérarchisation entre sons, notes, « bruits », musique... Gastr del Sol a été une influence certaine aussi pour la musique d'imagho. En ce qui concerne mon jeu de guitare, je pense que mon influence principale est Bill Frisell, et d'ailleurs son album Where in the World  m'a servi de référence tout au long de la conception de mon nouvel album. Mon jeu est passé par plusieurs phases, qui ont toutes laissé quelques traces: Robert Fripp m'a influencé, son travail avec Eno, dans King Crimson ou en solo, Adrian Belew aux débuts, notamment avec Talking Heads, la paire Ranaldo-Moore aussi, Justin Broadrick (dans Final), Fennesz aussi, Nick Drake... Il y en a beaucoup...
Comment se déroule l’enregistrement d’un album d’Imagho ? Est-ce que ça demande un certain état d’esprit pour enregistrer ?
Je différencie l'enregistrement d'un morceau et l'enregistrement d'un album. En ce qui concerne les morceaux, tous ne se font pas de la même façon : il y a ceux qui sont écrits, et répétés, et pour lesquels l'enregistrement est une façon de leur donner une forme définitive, et puis il y a ceux qui viennent sur le moment, inspirés par un son, un effet, une boucle que je crée, ou une improvisation. Ceux-ci sont impossibles à reprendre plus tard. C'est là que le fait d'avoir un studio à disposition est un vrai plus: quand je sens qu'une idée débouchera sur un morceau, je n'ai qu'à brancher les micros et le morceau est enregistré. L'état d'esprit est vraiment important pour ces morceaux créés en une session, d'ailleurs je sens quand ils arrivent avant même de jouer, c'est comme si je captais une énergie particulière, une sensation de devoir aller jouer parce que quelque chose est là que je ne veux pas laisser filer. Pour les morceaux écrits et qu'il faut bien, au bout d'un moment, coucher sur bandes, la problématique n'est pas la même, cependant je veux absolument éviter les manipulations de studio comme les re-re (le fait de refaire une partie mal jouée sans reprendre la totalité du morceau, en rejouant juste un passage que l'on colle ensuite par-dessus l'erreur): je veux jouer mes parties en entier, sans les trafiquer, pour que l'émotion soit la plus sincère possible, et pour ça il faut que je sois dans un « bon jour » quand je fais les prises; de toute façon ça ne trompe pas, ça se sent en jouant si c'est bon ou pas, tant qu'on sent qu'on est en train de jouer un truc en vue d'un enregistrement, ça ne marche pas parce qu'on s'applique. C'est quand on se laisse porter par le morceau, qu'on oublie qu'on enregistre, qu'on joue vraiment de la musique.

Pour l'enregistrement d'un album, il ne suffit pas de compiler des morceaux, il faut que le tout ait un sens, une atmosphère. Et là, clairement, quand je travaille sur un album, c'est un moment particulier, mais sur le long terme: je fais le tour des compositions dont je dispose, je garde celles qui ont des affinités, et j'écris au fur et à mesure les morceaux qui permettront de faire un « tout » - Je vis alors avec l'album et ne suis capable de rien faire d'autre tant qu'il n'est pas terminé.
Quelles sont les différentes émotions que tu voulais faire passer avec cet album ?
De la douceur, de la beauté: je disais ça déjà à l'époque de  Nocturnes, pour l'artwork, j'avais demandé à Yann Jaffiol qui faisait la pochette qu'elle fasse le même effet que lorsqu'on est en terrasse, dans un lieu calme et agréable, un soir d'été... Je crois que c'est ça que je cherche à retrouver aussi dans Inside Looking Out, transporter les gens dans un sanctuaire, un endroit protégé et bienveillant.

"J'ai alors décidé d'emmener ma guitare en extérieur et d'enregistrer des morceaux directement dans le lieu, en accordant la même importance aux sons du moment qu'à la musique"
Comment captures-tu et choisis-tu les sons qui figureront sur ton album ?
Si tu veux parler des sons « concrets », je les prends avec un minidisc data (qui enregistre au format CD) et un micro stéréo caché dans mes oreilles, ce qui me donne une belle image stéréo et me permet d'être discret car les gens autour de moi pensent que j'écoute un baladeur, alors que c'est eux que j'écoute! Je ne me souviens pas de tous les fields recordings qui sont sur ILO mais la plupart ont été faits au Portugal en été. J'avais fait pas mal d'enregistrements là-bas et j'avais sélectionné ceux qui me plaisaient le plus. Mais je me suis heurté à une limite: je cherchais à recréer l'atmosphère d'un lieu et d'un moment en intégrant un enregistrement à un morceau de musique. Mais c'était un peu «plaqué » , un peu factice. J'ai ensuite essayé d'écrire la musique en écoutant les field recordings, mais ça ne marchait pas vraiment non plus. J'ai alors décidé d'emmener ma guitare en extérieur et d'enregistrer des morceaux directement dans le lieu, en accordant la même importance aux sons du moment qu'à la musique: j'ai donc placé les micros assez loin de la guitare pour qu'elle fasse partie du paysage sonore. Et pour que l'osmose soit totale entre la musique, le lieu et le moment, j'ai improvisé les morceaux en fonction de ce que je ressentais. Ces morceaux, enregistrés en sous-bois, au bord d'une source, dans une église, sous la pluie (protégé par un balcon) sont sortis sur le label allemand Fieldmuzick sous le titre « the travelling Guild » en 2009.
Peux-tu nous parler un peu des voix mystérieuses qui apparaissent sur l’album ?
Deux amis ont prêté leurs voix. La voix masculine que l'on entend sur « Lament » est celle de David Fenech, qui a improvisé un chant par-dessus ma guitare folk et son ukulélé. La voix féminine, que l'on entend sur « Septentrion », est celle de Vanessa Sarraf qui lit un poeme en suedois.
Comment penses-tu progresser sur le prochain album ?
C'est une question difficile, non pas parce que je ne sais pas, puisque le nouvel album est terminé et sortira début 2013, mais parce que je suis le plus mal placé pour critiquer et évaluer mon travail... Je peux parler des éléments techniques, de la « mécanique », mais pour l'artistique, je ne peux pas. Je dispose depuis 2 ans d'un studio, donc je pense que le son sera meilleur, plus travaillé. J'ai intégré des instruments que je ne possédais pas auparavant, comme la batterie et de vieux orgues des années 70. J'ai surtout choisi de travailler en direct le plus possible, sans utiliser les facilités de l'informatique: je n'ai jamais corrigé une erreur dans une partie et l'ai systématiquement rejouée en entier jusqu'à être satisfait du résultat. Ca a été surtout difficile à la batterie! J'ai limité les instruments virtuels, notamment en ce qui concerne les claviers, et ai donc utilisé le plus possible mes orgues, branchés dans des amplis, comme on le faisait à l'époque: il n'y a que comme ça que ça sonne naturel, réaliste. J'ai aussi fait passer les instruments virtuels (pianos électriques surtout) par les amplis pour leur ôter leur coté aseptisé. Je ne possède pas de piano, de vibraphone ni de contrebasse, donc les quelques fois où ces instruments apparaissent je les ai joués à l'ordinateur, mais pour le reste tout est fait à l'ancienne, à la main, note après note. La tonalité générale de l'album est peut-être un peu plus jazz que les anciens, il y a plus de rythmes, l'instrumentation est plus riche et les arrangements sont plus fouillés, mais je l'ai voulu aéré et mélodique et, comme toujours, mélancolique.

"Moi qui pensais qu'un concert acoustique en solo était risqué, j'ai eu droit à une écoute parfaite et de très bons retours, j'en étais très touché."


Quel est ton meilleur souvenir concernant Imagho ?
Il y en a beaucoup, depuis 1997, et heureusement, tout ce temps passé à faire Imagho aurait paru long sans bon moments. Le meilleur est probablement la fois où, après avoir vu Fragile en concert, je me suis laissé convaincre par ma chérie d'envoyer une K7 de démo à Hervé Thomas. Nous étions grands fans de Hint, et j'avais trouvé Fragile tout aussi excellent. Il ne s'est rien passé pendant quelques semaines, et puis un jour un message m'attendait sur mon répondeur, c'était Hervé qui me disait qu'il avait aimé Imagho et qu'il me rappellerait pour faire « quelque chose » ensemble. C'était tellement inattendu, et j'étais (et suis toujours) tellement impressionné par son talent que ça m'a marqué au point d'enregistrer son message sur un minisdisc, que je dois toujours avoir quelque part! Le « quelque chose ensemble » devait être un morceau en commun, nous avons finalement fait tout un album (« ombresombre »). J'ai eu beaucoup d'autres très bons moments, et je citerai récemment les premiers concerts d'Imagho en 2011, où je me suis rendu compte que ce projet était viable en live, et aussi celui de juin 2012 à Lyon où j'ai joué pour la première fois simplement de la guitare folk, seul, sans effets ni boucles, dans le plus simple appareil. L'écoute du public était telle qu'une personne s'est levée pour éteindre un ventilateur dont le bourdonnement le gènait. Moi qui pensais qu'un concert acoustique en solo était risqué, j'ai eu droit à une écoute parfaite et de très bons retours, j'en étais très touché.
Je prévois d'intégrer cette interview à un article appelé 'a quiet revolution'. Quel serait ton slogan pour une révolution musicale ?
Je n'aime pas les slogans, je trouve ça réducteur, c'est juste bon pour les manifestations et la publicité. Je préfère proposer un précepte : « ne perdez jamais le contact avec l'enfant que vous étiez ».

lundi 19 novembre 2012

Midget ! - Lumière d'en bas (2012)




 



Parution : novembre 2012
Label : We are Unique ! Records
Genre : Dream folk, Chanson
Mes préférées : Don't ever, Sleepwalker, Cet Air, Wheel the Real


Qualités : Doux-amer, soigné, onirique


La musique sur le premier album du tout jeune duo Midget ! serpente et se faufile à la cadence de ses guitares étouffées. C’est un animal rêveur, d’apparence modeste, mais qui recouvre peu à peu vos sens, à votre insu, ouvre ses pattes membranées pour vous inspirer des sensations. Selon les heures du jour, Lumière d’en bas peut apparaître comme un traitement plus ou moins insolite, toujours bénéfiques à vos sens de diverses façons. Je me réjouis toujours de nouvelles grâces, de nouveaux moments de langueur, de petites félicités harmoniques, pensant entendre peu à peu les mécanismes qui font l’irrévocable beauté de la musique toujours légère de Midget !. On se laisser porter par des instants fugaces : ce refrain par exemple, « Le serments se font à ciel ouvert/tu le sais, Amour, tu le sais. » Pour mériter leur étiquette de « meilleur duo/groupe dream-folk de l’année », ils n’ont qu’à nous confronter, ce qu’ils font, à des évocations de rêve pur : la parfaite Sleepwalker, et une ligne ça et là, sur Les Mailles par exemple : « C’est un tel éclat que l’on ne voit jamais/Au-delà des cercles d’ambre sous les paupières ».

On imagine combien il est difficile d’enregistrer un album aussi doux sans échouer. Claire Vailler et Mocke ont tiré ensemble tous les fils invisibles de ces chansons françaises ou anglaises, empruntant à la poésie de ces deux langues d’une façon vraiment personnelle. Inspirés par de délicates structures mélodiques jouées à la guitare, ils ont poussé les enveloppes et les ont embellies de claviers discrets et d’autres instruments servant de ponctuation et donnant des visions féériques à leur partition. Le résultat a une intimité, une douceur qui s’intensifie avec ses velléités progressives.

Claire décide de chanter de mille façons, court le danger de ne pas trouver  le ton juste. The Scottish Way ou Le Vert et le Gris semblent danser tant de mouvements simultanés et trouver dans ces mouvements apparemment disjoints une identité et une nouvelle assurance. « J’ai perdu mon cœur, j’ai perdu ma folie/contre ma peau/Avant de la laisser couler sur l’étendard ou la foule qui s’éloigne. » Midget !, c’est comme regarder ces danseurs flamands exécuter leurs interprétations contemporaines, oniriques et doucement sauvages d’une pièce de Ravel - version chanson folk.


Outre la richesse harmonique qui constitue la signature du duo, une gravité envoûtante fait surpasser aux chansons leur formes de comptines, lorsqu’on évoque un désir rejeté sur Don’t Ever ou l’arrivée de l’hiver sur Cet Air. Cette dernière est une petite gemme qui entrecroise les mélodies. Puis vient Wheel the Real. « Rip the bitter and sour/things that creep at your side. » On peut sentir ces choses rampantes gratter de leurs petites pattes espiègles et vous inculquer chacune une image, un mot, un son, une contribution précieuse et parfois amère. Le refrain est encore de ces moments chatoyants : « You reap what you sow but it’s not what you are/Until you decide you will never never never/Know who is to blame if you’re on the wrong side.” On se laisse porter et déposer ailleurs, par la seule poésie des mots.

Plus d'infos : http://www.uniquerecords.org/artists/midget-_27/lumiere-d-en-bas_74.html


lundi 12 novembre 2012

Half Asleep - Subtitles for the Silent Versions (2011)





Label : We Are Unique ! records
http://www.uniquerecords.org/
Genre : Folk,
Mes préférées : Mars, The Grass Divides Wth a Comb, The Bell, For God's Sake
 





Une superbe soirée pour les dix ans du label We are Unique Records, m’ont révélé cette artiste belge à l’univers singulier et envoûtant. En concert, la confiance en elle de Valérie Leclercq m’a frappé ; comment elle parvenait à traverser au travers des différentes enveloppes que contiennent ses chansons. Car les interpréter n’est pas un exercice qui fait aller d’un point A à un point B, mais bien celui qui la fait prendre quantité de directions parfois ardues dont la somme produit un tableau noir et saisissant.  Subtiles for the Silent Versions est long (une heure), plein de nervures, de branches dénudées par la froidure. Valérie Leclercq a travaillé sans se presser pendant cinq ans sur ce troisième album minutieux, finalement enregistré avec l’aide et le support  d’amis et de l’équipe du label toulousain We are Unique ! Records.  « Il y a des fois où je suis trop heureuse pour penser à m’enfermer chez moi avec mes instruments », avance Valérie pour expliquer le temps écoulé depuis son dernier album.
On évoque l’acid folk de Comus aussi bien que Nico pour décrire les méandres envoûtants de ces chansons souvent interprétées au piano, ou sinon à la guitare, avec une confiance qui fait de l’accent anglais pour le moins européen de Valérie une singularité, de la façon dont elle prononce les mots une force. Ses doigts semblent porter une inspiration qui dégivre lentement et laisser l’instrument saisi, s’échangeant souvent contre des voix chorales – notamment celle de sa sœur Oriane et de son ami musicien Jullian Angel – et des instruments à vent : clarinette, trompette, trombone ou flute. Ce que la musicienne aimerait, c’est se perfectionner à la clarinette et jouer un jour de la clarinette basse, son instrument favori.
 Avec un titre tel que celui-ci, Subtiles..., pas étonnant que les textes prennent une telle prépondérance. Les narrations complexes de The Fith Stage of Sleep, For God’s Sake Let Them Go ! ou de The Grass Divides As With a Comb illustrent  la construction par paliers de l’album, sa répartition en plusieurs niveaux de perception dans lesquelles un différent jeu est joué. For God's Sake... se démarque par une deuxième partie plus intense qu’à l’accoutumée, chantée avec urgence, dont voici un bref extrait : « our muscles to quiver/Our hearts topound louder in our ears/we run in all right and wrong directions.” The Bell décrit un monde clos et dur. Mars ne contient que quelques mots d’une violence avérée. La fascination de Valérie pour les poétesses anglo-saxonnes (elle a lu par exemple l’autobiographie d’Anne Carson) l’a amenée à emprunter quelques vers à Emily Dickinson   
« Je pense être particulièrement fière du « tronçon du milieu » du disque, de cet enchaînement entre les chansons « Mars », « The Grass Divides as with a Comb » et « Sea of Roofs ». Ces titres sont l’apparition de l’étrange et ils annoncent déjà le prochain disque, ce vers quoi je veux aller. Ceci dit, je crois que « the grass » aura toujours une place particulière dans mon imaginaire auto-musical… C’est le titre parfait, dans le sens où il contient toutes mes aspirations du moment : la menace, la complexité mélodique, le polymorphisme de structure, l’instrumentation riche, l’explosion rapide et le chœur de voix humaines. Oui, je suis très très fière de ce titre. Je pourrais en faire une carte de visite. »
 
"Le monde de la musique est essentiellement un monde de camaraderies masculines, duquel il est facile de se sentir exclue. Entre les techniciens du son, les musiciens, les chroniqueurs, les passionnés, les historiens du « rock » (au sens large), - tous des mecs – il y a beaucoup de clins d’œil qui s’échangent, beaucoup de l’histoire des grands génies qui s’écrit, pendant que les femmes, en périphérie, continuent à être louées pour leur sensualité, leur sensibilité, leurs talents vocaux, ou leur beauté. Et pas pour les mondes qu’elles créent, ni pour leur vision, leur savoir-faire, leur intelligence (y compris émotionnelle). Si Pj Harvey est une des seules références qui vient à l’esprit des chroniqueurs depuis 15 ans à l’écoute d’à peu près n’importe quelle nouvelle artiste féminine, c’est parce qu’elle est une des seules à qui l’on a octroyé cette individualité, cette vision, cette intelligence autonome. Toutes les autres flottent dans l’histoire, non arrimées. »
Les extraits d'inerview proviennent de Cutureaupoing

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...