“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Shannon Wright. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Shannon Wright. Afficher tous les articles

samedi 7 mai 2011

Shannon Wright & Julien Pras (Le Caveau des Augustins, Bayonne) le 05/05/2011



Shannon Wright seule sur scène ? La veille, elle jouait à San Sebastian, à une petite heure de là, en Espagne, avec Yann Tiersen ; lui au violon, ou au piano ajoutant une touche contemplative à sa musique à elle, dont les chansons s’étirent alors sur la longueur. 

Quoi qu’il en soit, à Bayonne, ce jeudi 5 mai, c’est Julien Pras, chanteur de Calc, de Mars Red Sky, qui débute. C’est l’occasion pour lui de se concentrer sur son disque solo, « Southern Kind of Slang », enregistré au cours de l’année 2009 et paru chez Vicious Circle en 2010. Il interprètera aussi un morceau de Calc, utilisant ingénieusement la loop pedal pour donner l’impression d’un chœur chantant. Chansons très bien écrites, que ce soit au niveau des textes ou de la musique. Belle fluidité, refrains entêtants, on sent l’expérience, plus de dix ans qu’il travaille à sa musique. Sa voix est aussi un atout, il réussit même le tour de force de reprendre Starman de David Bowie.  Il osera un « merci de votre attention… pour ceux qui ont écouté » honorable. La réaction de la plus grosse partie du public a été à la hauteur de sa belle prestation, mais ça commence déjà à s’agiter au fond de la salle, et ça ne s’améliorera pas beaucoup. 

« Je me considère comme faisant partie du public quand je joue, plutôt que comme lui étant supérieur. Je veux que les gens dans la salle et moi-même passions un moment spécial qui est seulement à nous. Une chose que nous expérimentons ensemble même si ce n’est que pour une heure de musique. », racontait Shannon Wright dans l’interview à lire ici. Le Caveau des Augustins est un endroit presque idéal pour ce genre de réalisation. L’audience y est réduite ; environ 150 personnes. Le problème, c’est qu’étant tout en longueur, les gens les plus éloignés de la scène semblent n’avoir que le bar pour s’occuper. D’autant plus que de nombreuses personnes étaient venues sans rien connaître du petit bout de femme qui allait se produire dans quelques minutes – combien j’ai vu de gens défiler à l’entrée et demander : « C’est quoi comme style de musique ? ». On est à Bayonne après tout, et il n’y a pas de disquaire indépendant dans un rayon d’au moins 200 kilomètres – sauf peut-être à Pau. Dans la ville, le Virgin est presque déserté – dans le style « désolé les gars, c’est la crise du disque, c’est beaucoup mieux d’acheter votre musique sur Internet », sans parler de la Fnac, îlot perdu dans une zone commerciale proche où le rayon musique est encore plus sinistré. 

Chemisier et Converse blanches, jean noir ajusté, la chevelure toujours épaisse et masquant son visage, Shannon Wright se fraie un chemin depuis le fond de la salle (il n’y a qu’une issue) et monte sur scène, l’air assez détendu, souriante. Mais ça ne durera pas. Quand elle s’attaque au premier morceau (nouvelle composition), tranchant, morne et violent, les gens qui avaient demandé de quel genre de musique il s’agissait sont bien obligés de se rendre à l’évidence : c’est du rock. Très fort sans être assourdissant, vécu comme une confrontation ; et bientôt, cette voix, très puissante ce soir, par laquelle Wright mérite ses galons de diva d’un autre genre. Prestation déstabilisante d’entrée, que l’absence de batterie renvoie à une lenteur et à un chaos absents de ses disques. L’énergie qu’elle libère semble la ronger, morceau après morceau, jusqu’à ce que son visage n’exprime au mieux que la modestie, ou le doute de bien faire ; autrement, c’est de la souffrance. Shannon Wright incarne tout ce que j’aime dans le rock ; la sincérité est son maître mot, et lorsqu’elle joue on sent que c’est une manière de plonger en elle-même, dans une attitude aux antipodes de la complaisance. 

Du point de vue de la set-list, elle piochera dans tous ses disques, nous gratifiant dans les premières minutes d’un « Violent Colors » issu de « Secret Blood », son nouvel album. Murmurant un « please…wake up » après trois chansons, obligeant tout le monde à assister à son concert debout. Puis, après cinq morceaux, elle va au piano, délaissant sa guitare à même le sol. Elle entame « Avalanche », l’une de ses chansons les plus poignantes… seulement pour s’interrompre et attendre que les cons bruyants du fond de salle ferment leur gueule. Elle recommence. Les moments les plus calmes, elle les joue avec douceur, chuchote à destination de la première moitié de la salle, presque immobile et très attentive ; ailleurs, elle aboie férocement, pour couvrir le brouhaha des autres et leur montrer qu’elle les emmerde. Après une dizaine de chansons, elle quitte la scène, visiblement vidée ; et ne revient que pour un « You’ll be the Death » délibérément lugubre. Beaucoup ne parviennent à rien là où Shannon Wright réussit à merveille : nous obliger à quitter la surface des choses, à plonger dans des profondeurs lyriques insoupçonnées, même si c’est parfois douloureux ou déplaisant. Il en reste que c’est l’une des artistes à voir d’urgence si l’on veut comprendre l’esprit exigeant de la musique libre et le faire vivre par notre soutien inconditionnel. Petit bémol en direction du label Vicious Circle : ils ne vendent plus de vyniles, les tirages étant épuisés… Il faudrait qu’ils se fassent un point d’honneur à retirer les albums de Shannon Wright ; sinon, qui le fera ?

vendredi 21 janvier 2011

Interview Shannon Wright


 Voir aussi la biographie qui introduit cette interview.

Tu as dit une fois que faire de la musique c’était mettre ton cœur et ton portefeuille à nu sans rien recevoir en retour. C’est une belle phrase qui résume la difficulté qu’ont la plupart des artistes à s’en sortir aujourd’hui. D’où vient ton énergie pour faire une musique aussi juste et nécessaire ? 
Ecrire et jouer de la musique est une partie de ce que je suis. La musique m’a sauvé et réconforté tout au long de ma vie. La connexion instantanée que suscite la musique est une liberté par rapport au monde extérieur. On y met sa propre joie et sa propre tristesse. Bien sûr, j’ai besoin d’argent pour les concerts et pour enregistrer des disques parce que sans lui je ne pourrais pas envisager de continuer. Mais je ne peux vivre de ma musique.
Quelle a été ta première impulsion pour faire de la musique ?
Je ne peux pas me souvenir d’un temps ou il n’y avait pas d’impulsion à  faire de la musique. Il y a eu un moment important, quand, adolescente, j’ai découvert l’esthétique du « Do It Yourself » et ça m’a changé pour toujours. Des groupes comme les Minutemen, Pylon, les Fat Duo Jets, et ainsi de suite, n’avaient pas d’aspiration à être cool ou bien portants, ils avaient juste besoin d’exprimer leur identité. Je m’identifie vraiment à ce sentiment. J’étais très timide et le suis toujours. Jouer de la musique me donne la possibilité d’être moi-même. Je me considère comme faisant partie du public quand je joue, plutôt que comme lui étant supérieur. Je veux que les gens dans la salle et moi-même passent un moment spécial qui est seulement à nous. Une chose que nous expérimentons ensemble même si ce n’est que pour une heure de musique.
Comment définirais-tu ton son ?
C’est toujours une question très difficile. J’ai l’impression que comme songwriter ça vient d’un  sentiment honnête, ce n’est pas possible de le décrire car ce n’est pas dans tes mains.
Tes disques paraissent s’inscrire dans un seul mouvement mais lorsqu’on prend les morceaux séparément ils sont complexes et plein de personnalité. Penses-tu qu’ils aient davantage de différences entre eux ou de points communs ? 
J’écris en toute honnêteté. Il n’y a pas de concept ou d’impression qui va dicter la forme de la chanson. Ca vient comme c’est. J’écris à propos d’émotions que nous attrapons tout autour de nous. Donc, je suppose que chaque chanson a sa propre vie.

"ça vient d’un  sentiment honnête, ce 

n’est pas possible de le décrire car ce 

n’est pas dans tes mains"


Tu arrives à balancer une poésie dense et certains moments ou tout devient plus clair et direct. Est-ce une volonté de ta part ?
C’est la musique qui amène les mots. L’instrumentation de la chanson a sa propre vie, j’entends les mélodies dans ma tête. Parfois, les mots, mélodies, et l’instrumentation surviennent au même moment.
Qu’est-ce qu’il faut selon toi pour faire une bonne chanson ?
Pour moi c’est la sincérité. J’aime les musiciens qui créent leur propre son, ça signifie généralement qu’ils ne sont pas faux envers eux-mêmes. Même si le groupe n’est pas ma tasse de thé, je les respecte dans leur effort pour être eux-mêmes. Les groupes qui ne m’intéressent pas sont ceux qui sonnent comme tout le monde, qui jouent mal et qui sont souvent populaires. En tournée j’ai rencontré énormément de groupes et généralement des personnes gentilles et talentueuses. Les trous du cul qui démarrent à peine ont souvent toute l’attitude sans le fond qui va avec. En fait, j’ai joué avec un groupe comme ça la semaine dernière. Ils traînaient backstage, se sont bourrés et ont parlé d’eux-mêmes sans arrêt. Ils étaient d’un ennui mortel.
Crois-tu que faire des chansons tristes soit une forme de rébellion ou est-ce seulement un trait tenace de ta personnalité ? Est-ce ta façon de vivre dangereusement ?
Je ne trouve pas la tristesse dangereuse car c’est une émotion naturelle. C’est en chacun d’entre nous. Le problème c’est juste d’être assez brave pour la révéler
Contre quoi te bas-tu avec ta musique ? Menace diffuse ou concrète ?
Je me suis toujours vue comme marginale quand il s’agit de musique. Le marginal doit se battre pour être entendu. S’il y a une chose contre laquelle je me bats dans ma musique, c’est l’injustice. Enfant je me battais avec quiconque se montrait cruel ou injuste avec les autres. Ce genre de disgrâce m’enrage.
Les paroles décrivent t-elles quelque chose que tu as vécu ou bien une angoisse plus générale que chacun peut partager ? Essaies-tu de convaincre les gens ou de les confondre ? Considères-tu que susciter l’empathie de l’auditeur soit une façon de la mettre à contribution ?
Je n’ai pas d’histoire que je pourrais dire mienne. Je ne suis pas le narrateur de mes chansons. La meilleure récompense, c’est lorsque quelqu’un s’approprie l’une de mes chansons. Je ne ressens pas le besoin d’expliquer chaque phrase ou le sens de mes chansons parce que ça en retire le mystère. Ca me ramène à une interview d’un songwriter que j’aimais beaucoup. Il racontait l’histoire de l’une de ses chansons et la signification en était complètement différente de ce que je pensais que c’était. Je me suis sentie volée et après ça je n’ai plus jamais écouté la chanson de la même façon. Certaines personnes aiment savoir de quoi parle une chanson, mais pas moi.
As-tu jamais envisagé d’enregistrer un disque de pop-rock pour séduire plus de public ?
Non. 


"Certaines personnes aiment savoir de 

quoi parle une chanson, mais pas moi."

Pourquoi ce titre, Secret Blood ?
C’est juste une chose à laquelle j’ai songé un jour. Ma pensé qu’à la fin de la vie, le sang qui nous a traversé durant notre existence contient beaucoup d’histoires qui n’ont jamais été révélées.
Qu’est-ce que raconte précisément le disque ?
Je préfère que l’auditeur fasse du disque sa propre histoire.
Tu as créé un label exprès pour Honeybee Girls et Secret Blood après la disparition de ton ancien label Touch and Go. Qu’est ce que ça  a changé pour toi ?
La fermeture de Touch and Go a été dévastatrice pour tous les groupes qui y ont travaillé. J’étais sur ce label depuis 11 ans Et nous étions tous très proches et le sommes toujours. C’était le meilleur label aux Etats Unis et il n’y en aura jamais un autre comme celui-là. Après qu’il soit fermé, j’ai commencé à sortir mes disques par moi-même car passer par un autre label me semblait impossible.
Y-a-t-il des musiciens sans qui ta carrière ne serait pas ce qu’elle est et que tu souhaites remercier tout particulièrement ?
La plupart des groupes sur Touch and Go. Ceux qui m’ont le plus encouragée et inspiré sont Shipping News, Rachel’s et Shellac. Ils sont incroyablement encourageants et attentionnés envers moi. Ils m’ont donné une amitié dévouée et la confiance pour continuer à écrire et jouer quand j’ai commencé à parler d’arrêter.
Je remercie Shannon Wright, Guillaume et toute l’équipe de Vicous Circle.
Bertrand Redon
Les disques de Shannon Wright son distribués en France par Vicious Circle.

Shannon Wright


Il y a onze ans, l’américaine Shannon Wright, installée dans le dénuement dans la campagne de Caroline du Nord, sortait son premier album solo, Flight Safety (1999). S’éloignant du rock roots de son premier groupe, Crowsdell, elle posait les bases d’un son et d’une attitude qu’elle n’a fait que développer, et conforter en une dizaine d’albums. Elle y jouait la plupart des instruments et diversifiait significativement sa palette de sonorités.

Jeune mère aujourd’hui, elle reste cette artiste passionnée, nourrie de l’esthétique du « faites-le vous-même », do it yourself – elle citera dans l’interview que j’ai réalisée les Minutemen, Pylon et les Flat Duo Jets comme influences. Il y a aussi la scène hardcore de la côte ouest américaine – et  les Smiths, dont elle reprend en concert une chanson, Asleep, depuis 2001. Longtemps signée sur le label alternatif Touch and Go, qui abritait jusqu’à sa disparition les inamovibles Shellac (le groupe du producteur incontournable Steve Albini), elle remercie aujourd’hui ceux qui l’ont encouragée à continuer d’enregistrer des albums aux airs de floraison ténébreuse, au sérieux assumé, dans un contexte de difficultés financières. Ses méthodes n’ont pas tellement évolué, mais son rythme de production est devenu plus réfléchi. « Au début je sortais des disques de façon moins espacée, un par an environ, et je tournais énormément, ça devenait dur d'écrire de nouveaux morceaux, j'étais sans cesse fatiguée. J'ai donc commencé à me laisser du temps pour être chez moi, pour réfléchir sur la vie, et c'est devenu plus facile d'écrire. Au final, un album tous les deux ans me convient bien. »

Il n’était cependant pas question pour Shannon Wright d’arrêter la musique, jamais ; elle l’aurait plutôt faite pour elle-même, continué d’y croire dans un endroit connu d’elle seule. C’est un enchantement qu’un tel revers n’ait pas eu lieu, et, après un premier album autoproduit, Honeybee Girls, en 2009, Secret  Blood est le nom un peu énigmatique d’une nouvelle étape par laquelle Wright acquiert un peu plus la maîtrise de ce qu’elle est et de ce qu’elle veut dégager. “A la fin de la vie, le sang qui nous a traversé durant notre existence contient beaucoup d’histoires qui n’ont jamais vu la lumière du jour”. C’est cette pensée, fugitive, qui a suscité le titre du disque. Pétrie d’honnêteté et pleine d’intelligence, Shannon Wright évolue lentement et surprend toujours par ses sursauts de hargne plutôt masculine (Fractured, Commoner Saint). « S’il y a une chose contre laquelle je me bats dans ma musique, c’est l’injustice. Enfant je me battais avec quiconque se montrait cruel ou injuste avec les autres». Attaquant les maux les plus visibles, elle fait pleuvoir les coups. Mais dans le fond, elle semble suspendue à une humeur toujours égale, qui la fait balancer entre espoir et désillusion.

Chez elle, une pente remontée avec élan – ses éléments les plus incisifs et énergiques -  n’est que l’occasion de replonger, le temps d’un long travelling hanté. Wright a la lucidité menaçante et la torpeur grisante, sensuelle. Sur Secret Blood, In the Needle et Under the Luminaries opèrent une descente langoureuse et marquante qui constitue le cœur du disque. Il n’y a pourtant pas de schéma préétabli qui concoure à la réussite de l’album : « C'est tellement naturel, je ne conceptualise jamais mes albums ou pense des choses du genre ‘Oh celle-ci sera une chanson à la guitare’. Je m'assieds, je joue et quelque chose sort, je ne sais pas pourquoi, ça arrive c'est tout. C'est resté pareil, ça fait partie de moi, c'est un peu comme un besoin, j'ai ce besoin de m'exprimer ... »

La solitude, sublimée, et l’amour sont toujours au centre de paroles hermétiques, parfois seulement murmurées.  « Je ne me considère pas du tout comme une chanteuse, je me concentre plutôt sur les paroles, la guitare et le piano ». De fait c’est l’atmosphère générale qu’elle crée avec ces instruments qui guident, dans un second temps, son écriture dense et ambigüe. Difficile de déchiffrer ses textes, qui pourtant s’imposent de toute évidence une fois qu’ils s’insèrent au morceau. « Certaines personnes aiment savoir de quoi parle une chanson, mais pas moi. » Conseillée par son producteur occasionnel et ami Andy Baker, elle fera une entorse à la règle sur Honeybee Girls, se laissant convaincre de laisser sa voix couvrir la musique et non l’inverse. Honeybee Girls montrait aussi  l’intérêt de Wright pour l’expérimentation, la recherche de nouvelles idées et son plaisir à travailler en studio.

La musique de Shannon Wright provoque ce tour de force : faire de la tristesse un sentiment réconfortant. « Je n'ai jamais vu mes chansons comme contenant de la colère même si je sais que beaucoup de gens les voient comme ça.[…] C'est plus de la frustration sur la vie et des questionnements sur les gens ... mais je cherche toujours ce qui peut être bon, c'est presque un espoir que les choses s'améliorent. Donc pour moi ce n'est ni de la colère, ni négatif, c'est plus une tristesse ... et c'est toujours une recherche. » Sur On the Riverside ou Merciful Secret of a Noble Man, elle excelle à caresser cette grande sensibilité. « Je ne trouve pas la tristesse dangereuse car c’est une émotion naturelle. C’est en chacun d’entre nous. Le problème c’est juste d’être assez brave pour la révéler. »
Sur Honeybee Girls, Wright pointait la pensée dominante qui conduit à la domination masculine. « Ca me rend triste que les femmes n'arrivent pas à sortir de cette façon de penser, si elles pouvaient arrêter ça, elles auraient leur propre voix, elles pourraient trouver cette voix en elles-mêmes et ne tomberaient pas dans le piège d'essayer d'être quelque chose pour les hommes plutôt que pour elles-mêmes. » L’écueil du machisme serait en partie résolu si les hommes acceptaient leur part de féminité plutôt que de vouloir à tout prix faire la démonstration de leur virilité ; et si les femmes laissaient leur part masculine impressionner plutôt que d’accepter la soumission – dans certains cas, par confort. Voir Shannon Wright en concert, et apprécier le ton rêche de ces disques, laisse penser qu’elle œuvre incessamment dans ce sens.
Ses prestations en concert, elle les envisage  comme une communion totale avec son public. « C’est très gratifiant car je ne suis pas une artiste qui joue son set séparée du public, alors quand il est avec moi, il me porte, me donne envie de me livrer plus. Si on attend juste de moi de faire mon ‘show’, alors je n’en tire aucun plaisir. J’ai besoin de me perdre avec le public, et là nous partageons ensemble ce moment qui restera ensuite un bon souvenir. Ce sont des moments très importants pour nous tous. » Si son ancienne timidité ne l’empêche pas de redevenir elle-même pleinement lorsque elle  monte sur scène, elle n’a pas vocation à se donner en spectacle, mais plutôt à être l’origine d’un mouvement, d’une prise de conscience communs. C’est la que la force de sa vision joue un rôle prépondérant, par opposition au travail en studio qui est plutôt vécu comme une sorte de jeu.
C’est exactement le même sentiment d’injustice, sociale, morale qui donne sa sève à Secret Blood, tout en amenant l’auditeur dans des sphères peut-être encore plus adultes et crépusculaires.  Même lorsqu’elle paraît agressive, Wright continue de ne faire que défendre sa sensibilité, tout en essayant de donner le maximum de clefs à ceux qui apprécieront son travail pour y mettre dos à dos leurs propres sentiments.
Extraits d’interview : Stars are Underground (site internet) + l’interview que j’ai réalisée.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...