“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

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Trip Tips - Fanzine musical !

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jeudi 29 octobre 2015

TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS - Method to my Madness (2015)




OO
groovy, efficace, intemporel
blues rock, rock n' roll

Tommy Castro est d'abord un interprète puissant. Il arrive en plus à enchâsser dans ses albums des chansons aux saveurs roots variées, jamais trop éloignées d'une bonne vibration soul. Il semble mettre l'accent davantage sur son chant modulé et puissant cette fois, et un peu moins sur sa guitare, par rapport à l'entêtant The Devil You Know, sorti 18 mois auparavant (et #9 dans le classement Trip Tips des meilleurs albums 2014). Les chansons sont plus ouvertes, peu-être débarrassées de l'aura un peu machiavélique que dégageait le précédent. La facilité avec laquelle ces chansons ont été enregistrées est audible, et souligne sa qualité principale :  son côté contagieux et communicatif. C'est une invitation à danser, à sauter à pieds joints, le blues rock Shine a Light donnant dans le blues du Mississippi (et ce solo de guitar hero !), tandis que Got a Lot fait dans le rock n' roll infectieux, la basse roulant des mécaniques. Un fondu déchaîné à écouter fort. 

Tommy Castro et son groupe The Painkillers - Randy McDonald (basse), Michael Emerson (claviers) et Bowen Brown (batterie) - restent parmi les meilleurs musiciens actuels, avec Robben Ford, pour ce qui est de donner au blues rock sa place assumée, celle d'une musique qui met sans façon les pieds dans le plat, quitte à laisser la subtilité à d'autres formes de blues. Son album est selon moi un peu meilleur que Into the Sun de Ford, paru la même année. La chanson titre joue sur ce refrain accrocheur : 'i might be crazy but i'm not insane'. On est rassuré. 

lundi 12 octobre 2015

OZARK SHEIKS - Run Devil Run (2015)



OO
communicatif, hypnotique, entraînant
Country, rock n' roll, blues

Les Ozark Sheiks, du nom de ce plateau montagneux qui constitue un bout de l’authentique culture américaine, entre les états centraux des Etats Unis que sont le Missouri, l’Arkansas, du Kansas et de l’Oklahoma – les Ozark Mountains. Pour nous comme pour les New Yorkais, des terres pleines de gens à qui il a fallu interdire le bourbon pas cher et les jeux d’argent pour qu’ils se rabattent, au mieux, vers une musique grossière. On n’y joue pas du banjo à la façon des Punch Brothers, mais plutôt comme d’un outil de chantier.
Le fait d’avoir lu Corto Maltese en écoutant les Ozark Sheiks a surement contribué au fait qu’ils sont désormais pour moi un groupe avec une capacité pour l’aventure, l’ironie, le détachement… D’un peu répétitifs, leur mélange survolté de country, de rock n’ roll et de blues joué en bande a revêtu, de plus en plus, un pouvoir libérateur. Leur attitude est excellente, c’est elle qui fait passer l’écoute de ce disque pour un pur bonheur à partager. On les voit danser tous ensemble, faire la fête. Leurs danses peuvent devenir transes quand ils empruntent au hill country blues du Mississippi (Martin Creek Blues).Ou rêves dodelinants dans d'insistantes et harmonieuses ballades (Ozark Crank). 

Ecoutez votre chanteur de folk texan préféré (Townes Van Zandt ou Bill Callahan), puis une fois touché du doigt le dénuement sensuel et quasi tantrique qu’ils dégagent, plongez-vous d’un seul coup dans cette longue chevauchée d’album (une heure quand même).Run Devil Run est généreux, choral et partageur comme si les Arcade Fire n’avaient jamais joué de l’accordéon mais de l’harmonica (accordéon pourtant présent sur une chanson au nom Arcadefirien, Wake up Sinners). C’est traditionnel en diable.


http://ozarksheiks.com/

lundi 27 avril 2015

JIMBO MATHUS & THE TRI STATE COALITION - White Buffalo (2013)






Chronique extraite d'un futur article sur Jimbo Mathus. (Trip Tips 26)

OO
intense, varié
country, blues rock, rock n' roll

En choisissant les dix chansons qui constituent White Buffalo (2013), Mathus se comporte exactement comme le jeune homme qu'il fut, sur le point de se rendre pour la première fois au festival folk de Mountain View, dans le nord de l'Arkansas, un lieu réputé pour préserver l'héritage musical des Ozark Mountains. Pour info, le comté de Stone County est un 'dry county' – toute vente de boisson alcoolisée est interdite. Drôle d'endroit pour un festival, et les subtilités des lois locales devaient ajouter à l'ambiance si particulière du lieu. Une matriarche se souvient d'un 'petit garçon maigrelet qui s'est hissé sur une souche et a joué Fox on the Run (une chanson composée par le groupe anglais Manfred Mann en 1968 et reprise par le chanteur country Tom T Hall). L'année suivante, il revint avec beaucoup d'autres chansons.
De l’aveu de Jimbo Mathus, White Buffalo marquait un nouveau départ dans sa carrière déjà riche en sauts d'écureuil et grimpées le long des branches. C'est l'album qui a révélé Mathus à un plus large public à l'approche de la cinquantaine, et qui marque le début de sa collaboration avec Eric "Roscoe" Ambel, dont le rôle auprès des fougueux musiciens du Tri State Coalition ressemble à celui d'un rider en peine épreuve de rodéo. En proposant Eric Carlton aux claviers, il a nuancé un son jusque là dominé par la guitare télécaster.

Parfois, comme sur la chanson titre, c'est l'occasion de tout lâcher, en apparence ; mais on se rend compte que l'ensemble de l'album est ciselé et ne dure d'ailleurs pas plus longtemps qu'un disque des Stones ou des Beatles sorti en 1963. Tout l'art de Mathus est de quand même ménager des moments d'émotion et, presque, de recueillement puisqu'il tenait à ce qu'il y ait de nombreuses harmonies sur cet album. Tous les sentiments attrapés là, observations culturelles et mythologies inabouties, sont dépeintes avec la nervosité de phrases simples et de métaphores simplistes, comme cette assertions que cette femme 'aurait du être un diamant' sur Poor Lost Souls (à ne pas confondre avec la chanson du fabuleux James McMurtry). Cette métaphore reviendra dans Shine Like a Diamond, une merveilleuse chanson pop, l'année suivante. Mais c'est celle du jardin d'Eden sur In the Garden qui laisse plus dubitatif et qui force, dès le départ, à entrer dans le jeu de la facilité lyrique soulignée de bienveillance propre à Mathus. Il faut reconnaître que la légèreté et la candeur sont partout parfaitement dosées. 

samedi 5 avril 2014

JAMES COTTON - High Compression (1984)






OOOO
communicatif, intemporel
blues, rock and roll




Le rock déballe ce sentiment de ne pas être à la hauteur de ce que l'autre attend de nous.

 Généralement l'être aimé, voire, dans les cas les plus tragiques, sa famille la plus proche. Le

 regret, le remords, que le blues transmet avec le plus d'humilité et de générosité. 

L'humour, la vivacité entre les mains d'un harmoniciste aussi extraordinaire que James Cotton, 

font oublier les sujets graves. On danse, au son de sa voix rauque, qui date de quand il en 

avait  une. Elle est même la principale attraction de certaines de ces chansons.  

Aujourd'hui, il  n'en a plus, et il a peut-être produit en 2013 son testament, où on 

l'entend vaguement croasser quelques mots, parfois, entre les attaques  toujours fracassantes 

de ses harmonicas

A travers cet album, on devine que le blues est une musique moderne, sans couleur 

particulière, révélatrice en ligne directe du sentiment qui l'habite. En 1984, ce disque 

authentique était inespéré : les musiciens sont choisis pour faire le pont entre traditionnel et 

contemporain, avec Pinetop Perkins au piano, et la production est épargnée des effets de 

style qui on rattrapé le funk ou le rock à l'époque.

Un disque découvert grâce à la médiathèque de Nanterre. 

jeudi 27 juin 2013

JAMES COTTON - Cotton Mouth Man (2013)

 
OOO
rugueux, groovy, intemporel
blues, rock n'roll, funk
 
Un album merveilleusement simple et direct : il s’agit de ce vieux blues de Chicago qui est comme propulsé comme par la traction d’une locomotive neuve. Les attaques d’harmonica de James Cotton, 77 ans, sont aiguisées comme jamais. Les notes rugueuses sont parfois prolongées de longues secondes, sur Wrapped Around my Heart par exemple, une ballade poignante interprétée par Ruthie Foster. Cotton ne peut presque plus chanter, et laisse la génération suivante – dont Warren Haynes, dont j’avais remarqué l’album Man in Motion – donner leur plus honnête performances sans que l’intensité ne baisse jamais. Le piano funky donne presque à l’album un esprit de fête.  Vocalement, même si le maître ne se contente que d’introduire une chanson, d’intervenir lorsqu’il est trop question de lui – sur He Was There – et murmurer sur Bonnie Blues, il laisse une impression profonde. Son harmonica est l’artefact ultime de la musique blues ; il jouit autant qu’il travaille, surpasse n’importe quel autre instrument que vous entendrez dans un disque en 2013. Toutes les chansons, même si elles sont basées sur des idées mélodiques bien connues, sont originales, et écrites dans un esprit d’hommage aussi bien à l’homme qu’à la scène qu’il est  l’un des derniers à incarner. Une scène qu’il partageait autrefois avec Muddy Waters et Howlin’ Wolf.

mardi 22 janvier 2013

EILEN JEWEL - Queen of the Minor Key (2011)

 





OO
varié/vintage/nocturne
blues/country/rockabilly

« Je suis curieuse de savoir ce que les gens vont penser de la chanson Santa Fe. J’aime l’image qui y est dépeinte, de l’un de mes endroits préférés au monde. » Pas étonnant qu’il s’agisse d’un de ses endroits préférés : injectez-y un peu de nostalgie et la jeune Eilen Jewel y est comme chez elle. Ce sont les souvenirs de sa scolarité qui refont surface, les expériences à ses débuts de guitariste et de chanteuse, alors qu’elle jouait dans les marchés pour se faire un peu d’argent de poche. Puis elle commence à déménager, quittant le Nouveau-Mexique pour la Californie. Enfin, à 24 ans, elle gagne la Nouvelle-Angleterre afin d’établir à Boston sa carrière. « Santa Fe est une chanson à la fois obscure et lumineuse, c’est une chose que j’ai tendance à rechercher dans mon écriture. » 

Queen of The Minor Key est un album parfois bravache, qui se défend de ses blessures et de sa rudesse par son côté ludique, enjoué, et sa dérision. Il s’agit de chansons de minuit, à la violence cotonneuse, faites pour les longues marches nocturnes et les gueules de bois au whisky. 

La formule s’est lentement maturée au fil des années. Son groupe tient autant du rockabilly (contrebasse incluse), du blues, voire du rock n’ roll, que de la country, et Eilen Jewel n’est parfois pas loin d’avoir un bagout d’enfer – sur la chanson titre -  mais ailleurs elle nuance son style vocal tandis que le groupe, lui aussi, se glisse à pas de velours (noir) dans la veine de la ballade mélancolique. Et les guitares restent excitantes. Si les chansons vont et viennent avec abandon et simplicité, comme autant de bouffées d’énergie électrique étoffées par, entre autres, l’orgue de Tom West, I Remember You, Over Again ou Only One recueillent l’huile des briquets et laissent éprouver de la tendresse. 

Jewel allume une flamme pour Loretta Lynn, très grande dame de la country qui est plus souvent évoquée pour le tempérament de sa country que pour la qualité de ses chansons ; hors Jewel nous dit tout leur mérite. C’est à elle qu’elle se fie pour mêler d’excellentes histoires à l’écriture exigeante, sans cesse renouvelée, et une musique aussi charnelle, parfois rutilante. « Les chansons de Loretta ont une profondeur aussi bien qu’un grand sens du fun. » Eilen Jewel s’inspire de cette discipline qui fait que ses chansons dégagent sans effort apparent une magie trépidante. « Chaque chanson a son propre caractère, sa propre volonté individuelle. Je ne peux pas forcer la chanson à prendre une direction, pas plus qu’une mère ne peut forcer son enfant à prendre une certaine personnalité »
 


mercredi 18 janvier 2012

La semaine du Groove #3 : Rival Sons - Pressure and Time (2011)


Parution : juin2011
Label : Earache
Genre : Rock n'roll
A écouter : Pressure and Time, Gypsy Heart, Face of Light

°
Qualités : intense, spontané, groovy


Rival Sons font pour le rock n’roll ce qu’Other Lives ont fait pour le folk mélancolique. Ils ne créent pas à proprement parler de nouveaux standards, mais se hissent au niveau de ceux qui existent avec une élégance précieuse. Ils terminent le travail là où d’autres se contentent d’ébaucher quelque chose et d’essayer d’en tirer le plus d’ovations possibles. Ils prouvent en outre que l’élégance n’empêche pas une certaine absurdité maligne. Pour qui les voit comme des récupérateurs de clichés, on leur conseillera de passer outre l’efficace All Over the Road et ses chœurs finaux en forme de Deep Purple pour s’enfoncer plus au cœur du disque. Tous les éléments présents sur ce titre, et les chœurs non des moindres, sont réutilisés avec sincérité et maitrise ailleurs. Rival Sons use peut-être de clichés mais en les assemblant à la force d’un riff sincère à des formules hallucinantes, souvent psychédéliques. Selon le chanteur Jay Buchanan, c’est beaucoup plus simple ; tout vient du blues, de la charge émotionnelle, et de la nature de ce qu’on chante. « Qu’est ce qu’est le rock ? Est-ce la même chose que le rock n’roll ? Les Sex Pistols ? Ils ne sont pas rock n’roll, c’est comme une installation. Le rock n’roll doit être basé sur le blues – c’est de là que vient son esprit. Il doit donner des maux de cœur, de la satisfaction et tout ça. » Pas de cliché éculé lorsqu’on parle de véritable rock n’ roll. Et d’après lui, les gens le reconnaissent tout de suite. C’est le moment d’essayer.

Les Rival Sons célèbrent un temps où la musique incitait à se mettre une miurge, à entrer sans payer dans les festivals, à faire l’amour devant tout le monde et à se faire arrêter par la police, et le mélangent avec l’humeur d’une ère nouvelle, dans laquelle un nuage de publicitaires qui vous tombent dessus comme une invasion de sauterelles pour tenter d’utiliser des bouts de votre art dans des spots vantant de la bière, des voitures ou pire encore.

Formés en 2008, les Rival Sons ont pour leur deuxième signé avec Earache, un label habitué aux groupes de death metal. Pressure and Time, dominé par une chanson-titre qui a bien dû donner du fil à retordre à Judas Priest ou Alice Cooper pour qui ils ont assuré les premières parties. Ils seront aussi conviés à la grand messe par AC/DC, ce qui inclura Jay Buchanan ouvrant seul à la guitare acoustique devant 12 000 personnes. Comme disait un journaliste, Rival Sons c’est les Black Crowes avec plus de couilles. « Nous étions sur la route depuis six semaines. Quand nous sommes arrivés à New York, nous avons rencontré Al Dawson et les gars de Earache. Toute l’équipe était là à demander : « Vous avez des chansons à enregistrer ? » Nous avions prévu de commencer l’enregistrement le lendemain de la fin de la tournée. Nous étions obligés de répondre que non. Nous avons ensuite atteint Los Angeles un dimanche soir et avons commencé à enregistrer le lundi matin. Nous n’avions rien. Nous avons pris nos instruments, et commencé à écrire au moins une chanson par jour. Nous enregistrions la chanson juste après l’avoir écrite. » Le résultat, c’est l’impression que le groupe s’exécute devant vous. Le nom de l’album est ainsi parfaitement en adéquation avec son contenu. Enregistré avec la pression d’un staff accoutumé à en venir aux mains avec des gros barbus tatoués et hurlants. Ils enchaînent vite, et exhument presque systématiquement les meilleurs riffs que personne n’a encore trouvé, quand ce n’est pas pour accomplir des (power) ballades parfaitement calibrées. Cette approche très basée sur la guitare de Scott Holiday – de type Jimmy Page –, Buchanan la rend crédible en poussant à leur paroxysme le blues et l’émotion, ses chevaux de bataille, de sa voix perçante.

Les Rival Sons célèbrent un temps où la musique incitait à se mettre une miurge, à entrer sans payer dans les festivals, à faire l’amour devant tout le monde et à se faire arrêter par la police, et le mélangent avec l’humeur générale d’une ère nouvelle, dans laquelle plutôt que des hordes de hippies incontrôlables ce sont un nuage de publicitaires qui vous tombent dessus comme une invasion de sauterelles pour tenter d’utiliser des bouts de votre art dans des spots vantant de la bière, des voitures ou pire encore. Et ils tirent parti des deux courants, se situant parfaitement entre les Who, les White Stripes et les Black Keys. Leur capacité à rebondir sans arrêt sur de nouvelles idées, un peu comme s’ils tentaient de compiler en une demi-heure et dix titres les trois premiers albums de Led Zeppelin, donne l’impression d’un groupe astucieux autant que passionné. Il y a dans leur approche quelque chose de malicieux qui leur donne une légitimité supplémentaire. S’ils étaient prétentieux, comme la pochette le laisse penser, il auraient encore raison. « 95 % de ce que vous entendez au quotidien n’est pas authentique», affirme Buchanan. Autant sauter sur l’occasion.


lundi 7 février 2011

{archive} Lloyd Price - The Exciting Lloyd Price (1952)



Lloyd Price – The Exciting Lloyd Price
Lloyd Price grandit à Kenner une banlieue de la Nouvelle-Orléans. Le juke-box dans le petit fish-fry que tenait sa mère lui permit de découvrir ses premiers morceaux de musique et il devint rapidement chanteur dans un groupe monté avec son frère. Repéré par Dave Bartholomew, il signa pour Speciality Records alors qu’il n’était qu’un adolescent. Il eut son premier succès en 1952, à l’âge de 19 ans, avec Lawdy Miss Clawdy, un blues qui faisait la part belle à sa voix puissante et aux arrangements enrichis d’instruments à vent qui allaient tant marquer ses enregistrements. Il n’eut alors de cesse de reproduire la formule, en l’améliorant, et c’est ce que raconte The Exciting Lloyd Price. Des sections de cuivres dansants, des chœurs doo-wop irrésistibles et des chansons d’amour classieuses constituent quelques uns des aspects qui permirent à Price de rencontrer un succès retentissant. Cette collection compte parmi les meilleurs morceaux de rock n’ roll des années 50, l’itinéraire d’une folle nuit de fête. En 1956, Lloyd Price décida de démarrer sa propre maison de disques, après avoir enregistré plusieurs titres pour Speciality. Il en résulta Just Because qui eut un certain succès, mais ce fut Stagger Lee (1959), publié après une nouvelle signature avec ABC-Paramount, qui le fit retrouver la première place des charts, tant convoitée. C’était une reprise d’un blues vieux de plusieurs décennies déjà, racontant l’histoire vraie d’un homme qui assassina l’un de ses amis. The Exciting… commence par cette sombre histoire, inspirant à Nick Cave sa propre version du morceau sur Murder Ballads (1995). D’après Greil Marcus (journaliste et critique musical) : « Le Stagger Lee de Price était du hard rock, avec son saxophone hurlant, et en rétrospective son enthousiasme maniaque semble être ce qui manquait à la plupart des versions précédentes. » Cette compilation montre aussi  la fascination de Price pour les orchestres, et la qualité de la stéréo permet de profiter au mieux du gonflement des cuivres.  En 1963, Price cessa de chanter pour devenir producteur et promoteur et fonder un nouveau label, Double L. Il se mit à expérimenter, mélangeant arrangements de jazz traditionnels et large orchestre. Longtemps laissé de côté, il mérite sa place parmi les fondateurs de rock n’ roll et de la pop. 


  • Parution : 1959
  • Label : ABC Paramount
  • Genre : Rock n' roll, Blues, pop
  • A écouter : Stagger Lee, Mailman Blues

  • Note : 8/10
  • Qualités : intemporel, ludique

jeudi 20 janvier 2011

John Lennon - Live Peace in Toronto (1969)


Voir aussi : Double Fantasy (1980)

Les Beatles, paraît t-il, n’avaient rien d’exceptionnel en live. Ce qui rend ce Live Peace in Toronto d’autant plus intéressant. De nombreuses choses en font déjà un document exceptionnel. Le concert en question, le Toronto Rock Revival, est rentré dans l’histoire : les plus gros groupes du moment y ont participé, comme le Doors ou Alice Cooper, aux côtés de héros locaux ; 20 000 personnes y ont assisté. Mais surtout, l’idée du festival était de faire renaître les icônes du rock n’ roll des années 50, telles Little Richard, Chuck Berry, Bo Diddley et Jerry Lee Lewis, qui étaient alors largement ringardisées par l’arrivée de nouveau dieux come Jimi Hendrix, Led Zeppelin ou Frank Zappa. Ces parrains et saints patrons partageaient la scène avec les nouveaux trublions de la décadence psychédélique. Un geste fort que l’on pourrait imaginer se reproduire, à l’heure de la dispersion, de la dilution musicale. C’est imaginer PJ Harvey en plein Bercy, les Pixies dans un stade de foot. Mais bien sûr, le rock n’ roll des années 50 est loin d’être désuet aujourd’hui – Chuck Berry et Jerry Lee Lewis sont encore là pour l’incarner. Parution : 1969
Et Lennon dans tout ça ? Avec barbe fournie et costume blanc, il engageait son premier concert en trois ans, sa première apparition scénique après les Beatles – dont ce concert allait, pour beaucoup, signifier la fin. Let it Be n’était pas sorti, mais Lennon avait déjà sa nouvelle vie sur les rails, et il suffisait d’une pichenette pour lui donner l’envie nécessaire à s’intéresser exclusivement à lui, à Yoko Ono et à leur projet de paix mondiale. Le concert est taillé sur mesure pour lui, lui qui a toujours crié son amour pour Elvis Presley et le rock n’ roll. Ici accompagné par la première mouture d’un groupe constitué d’Eric Clapton – toujours d’attaque – à la guitare, du bassiste Klauss Voorman (Manfreed Man) et du batteur Alan White (qui allait rejoindre Yes), et harcelé par la danse d’une Yoko Ono survoltée habillée d’un sac blanc – le film du concert existe aussi – LennonDizzy Miss Lizzy,  Money (That’s What I Want) et Blue Suede Shoes) – et reprend l’une de ses compositions les plus intenses pour les Beatles, Yer Blues (sur le White Album, 1968). Cold Turkey, jouée à l’emporte-pièce attend encore de sortir en single.
Le groupe n’a répété que dans l’avion qui les conduisait au concert, et ça s’entend. John Lennon explique qu’ils vont reprendre des morceaux “faciles” étant donné le manque de travail en commun : “we’re just gonna do numbers that we know, because we’ve never played together before.” Rien n’est vraiment en place, mais le cœur y est, à entendre la voix puissante d’un Lennon qui s’égosille – sa prestation donne l’occasion de prendre plaisir à écouter ce qui s’apparente vraiment à un enregistrement des années 50. Il s’agit bien pour lui de chasser la pop de la liste des choses qui peuvent se passer ce soir. Si, de manière générale, Lennon a tenté de se débarrasser du maximum, voire de perdre certaines de ses précieuses qualités de compositeur en s’éloignant du groupe mythique qu’il a incarné avec Paul Mc Cartney, ce sentiment d’abandon à double tranchant commence maintenant. Le chanteur est dans une situation incongrue, en sandwich dans un concert surprise comme a pu l’être Jerry Lee Lewis le même soir, quelle que soit l’impétuosité dont celui-ci avait fait preuve ce soir-là (mais il est probable qu’il n’a pas pu s’empêcher de se prendre encore pour le meilleur).
C’est une habitude que de critiquer la prestation de Yoko Ono – hululements, chuintements, gémissements et simulations diverses – sur la deuxième moitié de ce disque, mais, en détournant ainsi l’attention de manière aussi inattendue, elle prend plutôt habilement le contrepied de Lennon en donnant un air d’avant-garde à sa récréation. Ecouter l’hallucinant Dizzy Miss Lizzy, dans lequel la béatitude d’un Lennon en perdition est transformée en moment d’hystérie surréaliste grâce à l’organe de Yoko Ono qui occupe l’arrière plan. Et ce n’est que le début du rôle de transfiguration de celle-ci, culminant sur les douze minutes de John, John (Let’s Hope for Peace) où elle entre en pâmoison. La nouvelle compagne de Lennon est aussi à l’origine du Plastic Ono Band, qui devait accompagner les vrais musiciens d’une installation constituée d’un faux groupe de boîtes en plastique. L’idée, sans doute un peu trop iconoclaste pour aller avec un Lennon épris de viscéralité, lui permet de toute façon d’enregistrer son premier album solo, l’acclamé Plastic Ono Band (1970). Lennon trouve aux côtés de sa compagne une nouvelle raison d’être. C’est le sens que l’on peut donner à son assertion que « this is what we came here for » au début de Give Peace a Chance, une chanson dont le thème préfigure Imagine et ses actions controversées pour la paix.

Label : Apple
Producteur : John Lennon, Yoko Ono
Genre : Rock n’ roll, avant-garde
A écouter : Dizzy Miss Lizzy, Yer Blues

6.50/10
Qualité : spontané, groovy, engagé
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