“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Folk (118) Pop (88) Rock (81) Rock alternatif (78) Americana (72) indie rock (69) Folk-Rock (65) Blues (51) Country (42) Psychédélique (39) Soul (39) Rythm and blues (32) Alt-Folk (31) Expérimental (30) orchestral (29) Garage Rock (26) Synth-pop (25) Noise Rock (23) Rock progressif (20) Funk (19) Métal (17) Psych-Rock (16) Jazz (15) Atmosphérique (14) Auteur (14) post-punk (14) Dream Folk (13) Electro (13) Punk (13) World music (13) acid folk (13) shoegaze (13) Lo-Fi (12) reggae (12) Post-rock (11) Dance-rock (10) Stoner Rock (10) Indie folk (9) folk rural (9) hip-hop (9) rock n' roll (9) Folk urbain (8) Grunge (8) Rock New-Yorkais (8) avant-pop (8) Bluegrass (7) Surréalisme (7) instrumental (7) Post-core (6) Dub (5) krautrock (3) spoken word (2)

Trip Tips - Fanzine musical !

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dimanche 22 mars 2015

NITE FIELDS - Depersonalisation (2015)


O
hypnotique, inquiétant, nocturne
indie rock, post punk

Pour notre bonheur, ils zombiefient l'indie rock déjà de plus en plus en perfusion du liquide froid du post punk, Un air de manchester'79, gris et mécanique, plane. Prescription, jusque dans le nom évoque Joy Division et invite 'to dance, dance, dance' dans une effervescence mélodique et mélancolique. On pense un peu au nocturne de A A Bondy sur Believers, dans l'intimité de Pay For Strangers par exemple ; ou encore à une B.O. de série B des années 70. On sent que le chanteur Danny Venzin va où il veut - il a son propre label - , et si Depersonalisation est le premier album de Nite Fields, ils est un objet abouti, et encore plus aliénant pour cette raison. Animées par des effluves froids et métalliques, ces méditations illustrent une déconnexion de plus en plus grande, avec des chansons qui se terminent en se dissipant et naissent dans l'angoisse de la suggestion. You I Never Knew est cette étape nécessaire où l'esprit abandonne le corps, dans des boucles pleines de réverb fiévreuse, qui ne cherche pas qu'à nous remplir de vide mais à nous secouer aussi, un peu. 

jeudi 29 janvier 2015

A PLACE TO BURY STRANGERS - Transfixation (2015)








O
intense
noise rock, shoegaze, post-punk

Dead Oceans, comme les maisons sœurs Jagjaguwar et Secretly Canadian, sont installés à Bloomington, dans l'indiana, état dans un milieu tellement neutre que le tracé en est rectangulaire. Et au moins deux de leurs groupes viennent de Brooklyn, le quartier de New York qui sert de vivier à un nombre incalculable de groupes. A Place to Bury Strangers a cette image d'être 'le groupe qui joue le plus fort de New york. » N'est-ce pas les inciter à pousser encore plus loin ses expérimentations cyniques ? C'est un groupe sophistiqué qui se joue du colossal, du chaotique, de l'imprévisible, amené par Oliver Ackermann. Les pédales d'effets qu'il crée pour d'autres artistes, parmi lesquels Lou Reed, My Bloody Valentine, The Flaming Lips et Nine Inch Nails, donne l'image d'un homme sophistiqué à la tête d'un groupe qui l'est tout autant. C'est une musique porteuses d'espoirs techniques, génératrice de questions, à la recherche d'une transformation, d'un autre monde. C'est surtout du « fucking hard » rock. 


Achermann pense l'homme comme être augmenté, éprouvant des sensations capables de repousser les limites communément mises en place autour d'un groupe. Les murs du studio sont remplacés dans l'optimisme technique et futuriste par un 'espace de création DIY' qui s'appelle Death By Audio, 'tué par le son'. A Place to Bury Strangers est sa propre machine, auto-suffisante et capable de se relancer toute seule lorsqu'une panne se fait sentir. C'est ce qui est arrivé au moment d'enregistrer Transfixation. Selon le label Dead Oceans, Achermann 's'est heurté à un mur' au bout d'un mois pourtant fructueux de sessions auto produites. « C'est devenu trop, comme si j'entrais en fusion en quelque sorte. J'ai senti qu'il fallait que j'arrête, et je n'étais même pas sûr que l'album puisse être fini, ni si nous allions redevenir amis. » Il était peut-être temps pour lui d'endosser sa casquette 'très technique' et d'aider d'autres musiciens à réaliser leurs nirvanas sonores grâce à ses pédales d'effet. Une carrière passionnante l'attend dans cette voie. Mais finalement, la section rythmique constituée de Dion Lunadon (basse) et Robi Gonzalez (batterie) s'est mise en route, et le réminiscences habituelles se sont intégrées les unes aux autres dans un album qui est, comme les trois précédents, à écouter d'un trait. La pop est en retrait, le groupe est jeté dans l'arène, plus abrasif et live qu'avant (I'm so Clean). La froideur electro-punk du groupe séminal Suicide (sur Lower Zone par exemple), reprend du galon, les guitares sont comme des scies et le shoegaze se fait plus aliénant et caverneux (What We Don't See), grâce à la participation d'un autre spécialiste du genre, Emil Nikolaisen, de Serena Manesh, rejoint en Norvège pour l'occasion. A Place to Bury Strangers produisent un chaos physique qui en devient presque spirituel, sans doute un peu innovants, si ce n'est autant que les pédales d'effet.

jeudi 10 juillet 2014

LOWER - Seek Warmer Climes (2014)






O
intense, rugueux
post punk

A la première écoute, c'est martial. Puis la musique de ces danois devient puissante ; à la fois introvertie et rebelle, angulaire, rampante et intense, parfois même claustrophobe (sur les 7 minutes de Expanding Horizons, que Michael Gira des Swans ne renierait pas) pleine de dynamiques contraires, entre punk et no wave. Le disque ne nous repose jamais, plein de rebondissements malgré la voix monotone et scandée du chanteur. Après Expanding Horizons redémarre la seconde moitié de l'album, sur les roulements de tomes très post-punk de Bastard Tactics.  On y reviendra pour une certaine grandiloquence, des riffs (Arrows...) qui définissent à chaque passage plus clairement les chansons, qui font vite oublier les influences, un trait noir punk entre les années 70 et 90. A noter que chez Matador, ils partagent le label de Fucked Up et de beaucoup d'autres bons groupes. 

mercredi 11 juin 2014

OUGHT - More Than Any Other Day (2014)


OO
habité, entraînant
indie rock, post-punk

A la fois effrénée et touchante, la musique de Ought tire des petites victoires du quotidien des plans d'avenir. “Today more than other day/ I am prepared/ To make the decision/ Between 2 per cent and whole milk”. Si on peut réussir à faire un choix au petit déjeuner, la journée s'annonce pleine de surprises. La voix sardonique de Tim Beeler se transforme parfois en euphorie, en tout cas c'est un punk toujours existentiel (parce qu'on aimerait savoir ou c'est, chez soi)  et toujours fun (parce que c'est maintenant, plus qu'aucun autre jour), comme seuls quatre exilés qui devaient se rencontrer peuvent produire. On pense très fort à Sonic Youth sur Around Again, et parfois au Velvet Underground, à Television ou encore Talking Heads. 'Non specific city' chante Beeler sur Habit, nous disant que le sentiment d'habitude peut naître de n'importe quelle ville. J'ai toujours pensé que les villes ouvertes marchaient mieux. Ils ont du mal à ne pas nous donner l'impression de ne pas traverser un pont ésotérique de New York.  Mais  cette façon habitée de célébrer le moment est la leur, et rien ne pourrait leur retirer. Un des groupes les plus vitaux du printemps! 

vendredi 4 avril 2014

PROTOMARTYR - Under Color of Official Right (2014)




OO
intense, sombre 
post-punk, rock alternatif


Enregistré dans un froid glacial à Detroit, cet album est déjà une référence post-punk, avant

 même qu'on puisse se le procurer. Son austérité de guitares tournoyante est traversée d'une 

basse enlevée qui donne une rondeur inattendue aux morceaux.  Les sentiments s'insinuent en 

nous par à coups contradictoires, le groupe parvient même à faire oublier un peu qu'existent 

The Fall ou No Age, par exemple. Ils nous encouragent à chaque minute à trouver non pas la 

sortie, mais la clef qui nous fera comprendre cette oeuvre, la ville à laquelle elle se rattache, et 

accepter tous les défauts d'hospitalité et les solitudes. Ils nous montrent des humeurs comme 

des rues, entrelacées, interconnectées telles des sections rythmiques. Scum, Rise !, Come 

and See et I'll Will TAke That Applause donnent à l'album une dernière moitié digne, l'une des 

meilleures que l'on puisse imaginer pour un groupe qui souhaiterait faire une grande oeuvre

 tout de suite, mais veut aussi aller réchauffer sa vie ailleurs.  

lundi 23 janvier 2012

Jah Wobble & Julie Campbell - Psychic Life (2011)


Parution : novembre 2011
Label : Cherry Red

Genre : Dance rock, Disco, Post-punk

A écouter : Psychic Life, Phantasms Rise, Slavetown (Part I)

°
Qualités : feminin, intense, envoûtant

Les britanniques Jah Wobble et Julie Campbell ont un vingtaine d’années d’écart d’âge. Jah Wobble (ou John Wardle), poursuivit une carrière solo de très bonne tenue, s’attirant les collaborations percutantes, de John Lydon (Johnny Rotten des Sex Pistols) à Sinnead O’Connor, de membres du groupe krautrock allemand Can à The Edge (U2). Vers la fin des années 80, il commence à écouter de la musique d’Afrique du Nord, d’Europe de l’Est ou d’Asie de Sud-Est, et fonde Invaders of the Heart, un projet expérimental. L’exploration incessante de confins sonores devient alors la raison d’être de l’artiste. Il fonde son propre label dans les années 1990 et travaille dans le même esprit que le plus jeune Damon Albarn (Blur). Il finit par s’attaquer au jazz en 2011, en enregistrant avec son Modern Jazz Ensemble un disque hommage à ses héros.

Campbell était à peine née lorsque le groupe post-punk Public Image LTD fit paraître le percussif et violent Metal Box (1979), disque sophistiqué et parfait exemple de la façon dont la musique punk se transformait grâce à l’exploration de nouvelles possibilités créatives. De cette musique, Campbell appréciait sans doute l’ambition de transformer une musique brute en expérience sollicitant tous les sens de l’auditeur. Le plus important de ces sens : le besoin de qu’a cet auditeur de vivre la musique en la dansant. C’est ce qui fait qu’un jour dans le passé, et encore dans l’avenir, le post-punk et le disco formeront des chansons de la trempe de celles que contient Psychic Life. Sur Metal Box, les lignes de basse terribles étaient l’œuvre de Wobble.

Le début de sa carrière, en 2004, avec sa seule guitare et un enregistreur 4-pistes, vit la genèse d’un son cru et pourtant atmosphérique. Six ans plus tard, la jeune auteure, chanteuse et guitariste de Manchester élargit le public de ses premiers singles avec l’album Nerve Up (2010) qui reflétait la sensibilité de groupes post-punk locaux tels que les Buzzcocks. Lonelady y faisait preuve de détachement, plongée dans une méditation musicale donnant voix à des inspirations telles que Public Image. L’angularité, la tension de sa musique rappelait la musique produite par les labels Factory ou 4AD dans leurs âges d’or. Mais c’était une musique sans cesse sur la brèche, en questionnement. Intense, Julie Campbell traçait avec pouvoir hypnotique et autorité une ligne entre guitares et pop électronique dépouillée. Réunis par Steve Beckett, le parton de Warp, le label Londonien sur lequel Nerve Up est paru, les deux musiciens se sont trouvés une vision commune, et des humeurs à partager. Avant la naissance de Psychic Life, Wobble en était au stade où, après 15 ans d’avant-garde, il souhaitait renouer avec certains des éléments rock qu’il avait abandonnés. Pour cela il fallait passer par le guitariste de Public Image LTD (et pour un temps des Clash), Keith Levene, et sa pédale d’effets FX.

Son apparition sur deux morceaux du disque est là pour parfaire un album très soigné, pensé en osmose, et résultat d’une inspiration étonnante. Son efficacité concise, la qualité de ses mélodies, la profondeur de ses arrangements ainsi que l’utilisation d’éléments faits pour séduire le corps autant que l’esprit, tels le rythme hip-hop solide du morceau-titre, devraient assoir la popularité des musiciens co-crédités, sans barrière générationnelle. Pour ceux qui connaissent Wobble depuis longtemps, ils apprécieront la façon dont il fait l’acrobate autour de structures contemporaines inspirées du krautrock, de la disco, du dub voire de la house music pour Tightrope, le premier extrait de l’album.

Le temps d’arriver sur la plus abstraite Phantasms Rise, et le style change, la trame est lancinante et pleine d’aspérités méticuleuses. Après Feel, une autre chanson à l’interprétation détachée et à l’ambiance glaciale, Slavetown (séquencée en deux parties) apporte une belle sensualité, non sans rappeler le funk asexué de Prince. Campbell y questionne la sensation d’enfermement que lui procure Manchester. La ‘vie psychique’ évoquée pourrait être cette bataille, tout à la fois mentale et physique, contre l’envie de s’échapper de son carcan de vie. En fracture avec son environnement, elle fait un album sur le sentiment, ou son manque. Pour Wobble, Psychic Life n’est qu’un nouveau produit de ses talents visionnaires et son besoin de renouvellement constant ; alors qu’il avait simplement trouvé dans la voix de Campbell l’élément qui lui permettrait d’atteindre une nouvelle plénitude musicale, celle-ci a une inspiration assez puissante pour faire de cet album une œuvre psychique à la hauteur de son titre.









dimanche 27 novembre 2011

Magazine - No Thyself (2011)


Parution : octobre 2011
Label : Wire Sound
Genre : Post-punk, Rock alternatif
A écouter : Do The Meaning, Hello Mister Curtis, Happening in English

°
Qualités : sombre, fun, ludique

Ecouter No Thyself est une expérience étrange mais plutôt agréable. Etrange parce qu’on peut avoir l’impression que ce disque soit exhumé d’une autre époque. Magazine, fondé en 1977 après que Howard Devoto ait quitté les Buzzcocks, nous fait retrouver une époque curieuse, que l’on croyait achevée en 1980 avec le troisième album de Magazine, The Correct Use of Soap. Une ère où le papier peint punk décrépit se tentait d’une philosophie existentialiste. Certains des meilleurs groupes, parmi lesquels The Fall et Magazine, se plaçaient, usant d’une imagination sous-estimée, dans des boudoirs imaginaires un peu salaces. Conservant l’énergie nerveuse du punk, Magazine la fit dévier de son axe. Les idoles de la formation d’alors étaient David Bowie, Iggy Pop ou Roxy Music. Mais au lieu de tenter d’imiter Hang on to Yourself ou Seach and Destroy, ils s’inspirèrent des albums plus aventureux Low (1976), The Idiot (1976) ou For Your Pleasure (1973). Ils embarquèrent les fameux synthétiseurs ARP Odyssey et des prétentions théâtrales qui faisaient de leur concerts une coquetterie singulière. Au sein de cette perversion de fond et de forme, dans l’expression la plus directe et la plus crue, Howard Devoto lâchait des mots d’esprit, entre commentaire social et fragments de poésie décalée et psychanalyse tranchante. Magazine était donc un groupe à l’esthétique assez pointue, une mutation aussi avisée qu’azimutée comme seule le carrefour du début des années 80 fut capable d’en produire. En 2011, cela faisait exactement trente ans que le groupe n’avait rien enregistré en studio, et c’est une véritable surprise de constater qu’ils n’ont pas perdu de leur mordant. La musique du quintet reformé, comme les textes, sont excellents.

Manchester, ville d’origine du groupe, a eu une partition distincte à jouer à l’époque ; si le nom de Joy Division, pour ne citer qu’eux, ne vous dit encore rien, il faut vous procurer les deux albums de ce groupe particulièrement important, Unknown Pleasures (1979) et Closer (1980), de toute urgence, et leurs singles ensuite. Avec le même alliage de stupeur et de saillance qui fit de Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, une icône, ces albums sont une pierre angulaire. Il est justement question de Curtis, en termes aussi révérencieux qui caustiques, sur Hello Mister Curtis (With Apologies). Devoto y joue de cette dynamique particulière qui constitue à railler un objet d’influence et à le promouvoir simultanément. « Tu es tellement plus brave que moi/Tu devrais le refaire » moque t-il, se lamentant de façon subliminale à l’idée que Curtis ne puisse pas ‘le refaire’. C’est la vieille guerre Joy DivisionBuzzcocks qui ressurgit avec empathie.

No Thyself est dévoué à l’exercice de l’’encore’, recherche une fraîcheur, et semble s’écrire comme la dernière partie d’un concert déjanté. « One last time/with too much meaning », chante Devoto. C’est pour lui un exercice de style difficile ; recomposer, sans sombrer dans la redite, autour des thèmes sinistres et avec l’humour distancé qui a fait sa réputation. « L’histoire ne se répète jamais vraiment/Mais elle rime bien souvent » chante t-il sur Holy Dotage. Et force est de constater, même s’il est entouré d’un groupe légèrement recomposé, que chacun met tout en œuvre pour s’inscrire scrupuleusement dans la continuité de ce qui s’est passé 30 ans auparavant. Les textures sont presque les mêmes, les musiciens émulent, à la fois propres et bizarrement sur la brèche, prennent parfois de nouvelles directions timides - comme sur Physics, où un orgue Hammond accompagne un Devoto plutôt grave : « Religion, it was not meant for everyone. » Une phrase comme celle-ci donne par ailleurs l’impression que Magazine s’inscrit à la fin d’un cycle, à la fin de l’ère religieuse par exemple, suspendu à un artifice malicieux. En se plaçant après tout les reste, il empêchent quiconque de les inscrire dans une histoire révolue et de les prendre pour une simple reformation.

« Parmi les thèmes, les gens doivent s’attendre à du sacrilège, de la pornographie », annonçait Devoto dans Mojo quelques mois avant la sortie de l’album. Other Thematic Material est de ce genre, mais le reste du contenu est plus comme une mise en abime moins confrontationnelle. A bientôt 60 ans, entre flegme et impératif, le chanteur adresse sa propre mortalité. La plupart des chansons contiennent des lignes aussi caustiques que limpides sur le sujet. The Worst of Progress…, Holy Dotage, Of Course Howard (1979) ou Final Analysis Waltz sont auto-dépréciatives et moqueuses, éveillant dans leur évocation du déclin physique, leur dualité sentimentale, une vraie force. L’amusement que met Devoto à travailler son cliché rencontre sur Hello Mister Curtis une chute hâtive, inspirée d’une ligne de The Who : “I hope I die before I get really old”.

vendredi 18 novembre 2011

The Fall - Ersatz G.B. (2011)




Parution : Novembre 2011
Label : Cherry Red
Genre : Post-punk
A écouter : Taking Off, Nate Will Not Return, Mask Search

°
Qualités : groovy, intense, rugueux, ludique

C’est peut-être le 29 ème album de The Fall, mais les raisons de les apprécier sont toujours bien présentes, et chaque fois légèrement différentes. Le groupe est réputé depuis longtemps pour la raideur salutaire de son leader, Mark E. Smith. Le plus rude des anglais, et l’un des plus généreux si l’on considère le nombre de formations qu’il a inspirées de sa seule personne. The Fall est encore inamovible dans sa cinquième décennie d’activité. Imperial Wax Solvent (2008) a ouvert une nouvelle ère pour une nouvelle incarnation du groupe. Alors que Smith était réputé pour ne pas garder ses musiciens plus d’un album, la mouture 2011 est peut-être le mieux représentée par la présence de Elena Poulou, la femme de Smith depuis 10 ans. Claviériste et chanteuse, elle tient un rôle important sur Ersatz GB, où, comme sur l’album précédent les claviers gras ont pour les grooves cycliques, chargés en entêtants la même importante que les guitares. Elle est aussi au micro sur Happi Song, une pièce surprenante au milieu du paysage d’Angleterre désintégrée que constitue le reste : The Fall incompris. « if i can see and you can see/why cant they see » Mais l’habitude du groupe à tirer à demi-mots sur tout ce que Smith trouve ringard surnage même là, lorsque Poulou évoque la nouvelle génération folk anglaise type Mumford & Sons. Pas de quoi faire oublier combien l’album est jouissif par ailleurs.

Ersatz GB est intense, martial parfois. La voix de Smith y est le plus souvent étranglée, autant pour de cigarettes que d’expérimentations personnelles sur son énonciation. Sa voix est l’élément central chez The Fall. Et si les paroles sont la moelle épineuse de chacun de leurs disques, et qu’elles sont décryptées par les admirateurs anglo-saxons du groupe (on les voit sur des forums échanger quant à ce que Smith a réellement dit dans telle ou telle chanson) elle sont portant problématiques.

Autant dire d’entrée que l’admiration que l’on peut porter au travail de Smith sur ses textes est une relation à sens unique. Premièrement car l’utilisation de forums ne suscitait récemment que le dédain de Smith, qui s’attaquait aux réseaux sociaux en stigmatisant l’obsession du ‘tout partage’ comme la nouvelle perversion de la classe moyenne (Certains se demanderont s’il s’agit d’une attitude archaïque, ou tellement démodée qu’elle en devient de l’avant-garde). Smith laisse le dénigrement, des relations personnelles sordides et l’auto-promotion (Smith évoque Hot Cake, un morceau de leur précédent album, sur Nate Will Not Return) à la disposition de son public, comme des lambeaux de chair sur des os pour le chien. Le plus gros de ces textes n’est qu’incohérences qui rappellent à quel point Beefheart était poète. Mais si l’on avance avec pressentiment – une démarche naturelle lorsqu’on est confronté à un phénomène tel que The Fall – on comprend que le groupe dresse à dessin un rempart d’incohérence, tournant l’incompréhension de l’auditeur (particulièrement attentif à l’égard de ce groupe, malgré ou grâce à l’effort que met Smith pour rendre sa prononciation ambivalente) en un autre de ces artifices, qui font qu’on mange dans leur main.

La voix de Smith y est le plus souvent étranglée, autant pour de cigarettes que d’expérimentations personnelles sur son énonciation.

Mark E. Smith et le groupe durcissent le ton peu à peu, grinçant des mécaniques et dénonçant le déclin de leur nation. Le son est infectieux, un groove gangrené amenant son propre combat et n’en ressortant que plus triomphant. On passera vite sur les soupçons d’auto-complaisance évoqués plus haut en appréciant combien Smith sait s’adresser à une nation tout entière, comme il le fait depuis toujours, avec ce biais ravageur, cette colère, cette angulosité qu’il est difficile de prendre à revers sans se retourner sur soi-même. Il fait souvent le punk soutenu par la dynamique d’un groove poussé jusqu’à sa limite, et c’est pour cela que les formats métronomiques du krautrock (particulièrement Monocard), la sévérité allemande et l’aspect progressif de la musique du groupe lui conviennent aussi merveilleusement. Qui dit groove dit basse, et elle est excellente sur Taking Off ou Mask Search. Quelque pièces, plus concises enlevées, ressemblent à un rockabilly bourbeux – Cosmos 7, Mask Search et sa ligne déjà fameuse : « I’m so sick of Snow Patrol / and where to find Esso lubricant and mobile number.” Greenway est presque heavy metal, comme une version amateur de Metallica avec un Lou Reed affamé au chant. Comme souvent, Smith changera de registre au cours du morceau, récitant à sa manière puissante et beuglant en vieil agitateur, tour à tour. Ersatz GB ne stoppe jamais pour un regard en arrière, mais construit et démonte successivement à grands coups de théâtre. Smith est plus divertissant, voire comique par moments, qu’il ne voudra jamais se l’avouer. C’est tout le malheur et le génie d’être un gentleman anglais de sa trempe à faire ce qu'il fait.





samedi 8 octobre 2011

The Umbilical Chords - S/T (2011)


http://www.myspace.com/the.umbilical.chords

Genre : post-punk, psychédélique
Qualités : sombre, onirique, original
°
Dès les premières secondes, The Umbilical Chords nous projettent par le biais de fields recordings dans un monde de nuit étrange, une mise en scène aux formes à peine devinées dans le noir, et où les sons sont étouffés. Il faut voir les tableaux de Scott Batty, moitié de ce duo étrange et pénétrant évoluant entre Manchester et Paris. Dans ces peintures-collages, des silhouettes spectrales y évoluent dans une noirceur épaisse, des formes étirées et démembrées gagnent au change de leurs bras et jambes une nouvelle poésie des corps auprès de Nietzche, de Giacometti. Il participe notamment à une exposition, Autoportaits, qui compte aussi Robert Crumb.

C’est avec le même magnétisme, la même fascination pour les corps et la confrontation physique que le duo parvient à provoquer quelque chose qui ressemble à une puissante inspiration, se dérivant des sources post-punk que patronne le groupe américain Swans et de psychédélisme sombre, ou des schémas en apparence mornes et répétitifs gagnent une profondeur inattendue. Accompagné par Le Hibou (Basse, effets sonores, arrangements), capable d’ambiances parfois menaçantes et toujours oniriques, Scott Batty brille par le choix de ses mots. Avec une pointe d’humour, qui sera imprescriptible, voire indécelable pour certains, sa poésie obsédante semble se baser sur la répétition d’images mentales, créant un mantra qui à force de travail sur les textures, les intonations. « Sex friend never disappoint/Always good for a giggle », entonne t-il sur Sex Friend d’un voix qui, par des moyens inavouables, insinue la bonne humeur. Comme s’il avait choisi de disséquer les instants même qui provoquent nos sentiments, de les remettre en évidence, dans leur ambivalence, en les travestissant.

Le chroniqueur culturel Pacôme Thiellement, les a déjà repérés et a passé sur France Culture Sex Friend aux côtés de titres par Primus et Secret Chiefs 3. Dans un long article qu’il a consacré au travail de Batty, il dira : « Scott Batty est un poète. Tous ceux qui ont le plaisir de partager certains moments de vie avec lui, ceux qui ont la joie d’être ses amis, le voient sans cesse à l’affût, cherchant instinctivement les rapports entre des images, des mots, des sons, des personnes, décollant et recollant le monde : retrouvant des rapports, réinventant, sans cesse, l’instant, avec une faim gigantesque.»

Ou encore : « Dans ses textes, moins nombreux que ses images mais cependant capitaux, Scott ne cesse de rechercher la signification de ce qu’il voit en image. Pourquoi voit-il ça ? Qu’est-ce qu’un artiste ? Que doit-il faire ? Que doit-il vivre ? Que doit-il montrer ? L’éthique de Scott Batty est contenue partiellement dans un texte poétique proche du manifeste et qui s’appelle The Art of Skinlessness (qui est aussi le nom d’un autre des ses projets musicaux). Ici, il explique son art, l’art d’être sans peau, "à vif", entièrement perméable aux émotions qui traversent le réel, sacrifié au réel, comme un "fantôme affamé" de théâtre kabuki. L’artiste est une sorte de shaman urbain, un modulateur d’énergie. C’est un guerrier : il traque les émotions, nourrit toutes celles qui dévient, toutes celles qui tombent. »

http://laguerretotale.blogspot.com/2010/05/les-anges-de-scott-batty.html

vendredi 10 décembre 2010

The Ex - Catch my Shoe et concert


Le groupe de punk néerlandais The Ex, après trente ans d’existence et environ 1300 concerts en Europe, continue d’appliquer la même formule, une bonne idée puisque leur nouvelle tournée a rencontré un succès sans précédent. Des pièces structurées et organisées que l’on pourrait bien avoir quelque difficulté à assimiler à la culture anarchiste des squats d’Amsterdam, nés pour la rébellion contre les dictateurs et la droite. 

Leur histoire, racontée dans un documentaire, Beautiful Frenzy, montre que l’acharnement et la passion sont choses payantes – et aussi que s’autoproduire en marge de l’industrie musicale peut s’avérer lucratif. C’est aussi l’histoire d’un groupe qui construit des ponts, mine de rien, entre différents continents et cultures. A l’entrée de la Dynamo, à Toulouse, des personnes qui n’avaient pas leurs billets pour le concert, le soir du vingt novembre, sont redirigées vers le Petit London, un bar à concerts quelques rues plus loin, pour cause de concert complet.  

A peine montés sur scène, ils partagent, grâce à une énergie presque inespérées et forcément communicative, leur longue et complexe expérience. C’est un nouveau chanteur et guitariste, Arnold de Bauer, ami de longue date du groupe, qui assure aujourd’hui à la proue au sein d’une formation resserrée autour de quatre membres, dont trois guitares. Sa conviction ne fait aucun doute. Pendant le concert, son buste dominera à peine le public dansant en remous devant lui. Le visage pâle les traits tirés, couvert de sueur, on croirait qu’il essaie de garder la tête hors de la cohue comme un nageur happé par les grands fonds. 

Mais le plus marquant  est la vision du fond de scène – Katherina Bornefeld, ou Kat, bat ses futs avec une régularité de métronome, une puissance énorme, et en 13/8 s’il vous plaît – tout en intercalant à l’envi quelques sons « tribaux ». The Ex n’a d’ailleurs que peu de comptes à rendre au rock en 4/4. Sa dynamique est dans un mélange de musiques africaines – ils ont des connections avec la scène Ethiopienne, Malienne…-, de dubstep, de post punk, de blues, de free jazz. Dans le public on prend ces différents rythmes comme ils viennent – la fosse se mettra à faire des bonds dès le premier morceau et jusqu’à la fin du deuxième rappel. 
 
La part belle est faite au nouveau disque. Maybe I was the Pilot et Eoleyo, avec Katrin au chant, on tune originalité fervente. Mais c’est 24 Problems, avec sa répétition de « Watch my shoe, watch my shoe, catch my shoe, catch my shoe…” qui se détache le mieux du tumulte.  Longs,  les morceaux vont toujours de l’avant, se construisant souvent en crescendo – quelques notes éparses de guitare acérée peuvent en constituer l’introduction, avant que de renâcler sur la rythmique immuable ne les transforme en grooves hypnotiques. Le son est compact et aussi direct que les textes. Pour le public, s’accaparer des rythmes aussi peu communs est un vrai plaisir, d’autant plus que la musique parle toujours davantage au corps qu’à la tête. 

Sur disque, c’est un peu différent. The Ex semble s’être aperçu qu’il était inutile d’essayer de restituer l’énergie du live, préférant enrichir le son d’éléments annexes. Sur Maybe i Was the Pilot, ce sont les cuivres, les scratchs... La musique, produite par Steve Albini, a aussi ce cachet particulier qui signale l’absence de basse ; un son sec, sur le cordeau, qui ne souligne pas toujours la qualité du groove produit par l’interaction des musiciens.  L’esprit revanchard du groupe, vaguement amusé d’être encore aussi habile à manipuler les pensées radicales, est bien vif. La répétition des riffs de guitare et le martèlement de la batterie nous font entrer dans état de rébellion joyeuse. L’anarchie d’un soir pourrait bien se prolonger, un de ces jours, s’il nous venait à l’idée de nous plonger plus avant dans ce que ce genre de formation cruciale.  


  • Parution : octobre 2010
  • Producteur : Steve Albini
  • Genre : Punk, Dub, Musique du monde
  • A écouter : 24 Problems



  • Note : 6.25/10
  • Qualités : engagé, groovy

jeudi 2 décembre 2010

Deine Lakaien - Indicator (2010)



Parution : 2010
Label : Chrome Records
Genre : Dark wave, électro, post-punk
A écouter : Gone

Note : 6.75/10
Qualités : romantique, soigné, attachant


Deine Lakaien est un duo de d’électro allemand largement établi après vingt-cinq ans d’existence – en fait, ils sont bien installés en Allemagne, mais restent un sujet de curiosité ailleurs, à l’exception de quelques fans fidèles – auxquels ils dévouent sur le nouveau Indicator (2010) une chanson, On Your Stage Again.

Quand on entend le premier morceau du disque, One Night, démarrer sur un vague de cordes à la fois analogiques et réelles, avant de laisser la place à une mélodie épurée de guitare néo-médiévale et  à la voix de baryton du vocaliste Alexander Veljanov, presque obséquieux, on se dit immédiatement qu’il y a bien quelque chose de teuton dans cette musique. Deine Lakaien dégage dès les premières secondes, dans une bouffée éhontée de romantisme noir et rétro, un sens de perfection mélodique, où le plus gros travail est d’orchestrer différentes séquences, et de rendre un morceau aussi simple qu’on puisse l’imaginer – couplet, refrain – agréable à écouter plusieurs fois. Il y a là quelque chose d’une prouesse purement technique qui envoûte l’auditeur.

Le duo s’est formé en 1985 sous l’impulsion de Ernst Horn, qui, fort d’une formation classique, décide de se lancer dans la musique… électronique. Mais si l’Allemagne comporte une bonne quantité de groupes expérimentaux de nouvelle génération, Deine Lakaien semble perpétuer sans changement profond leur propre culture depuis toutes ces années, quasi-insensibles à la multiplication de projets bien plus opportunistes et séducteurs qu’eux. Veljanov, dans une vision un peu datée, compare leur démarche à celle d’un peintre figuratif : « Vous pouvez regarder le paysage que Deine Lakaien a peint depuis plus de vingt ans. Faites une pause, regardez, écoutez… » (dans D-side, interview de Guillaume Michel). C’est cette sorte d’état des lieux que décrirait le titre, Indicator. Quand à l’aspect vintage de certaine sonorités, c’est évidemment fait exprès : « On a retravaillé avec nos synthétiseurs analogiques de l’époque qui sont très à la mode ces dernières années ».

Mais si l’Allemagne comporte une bonne quantité de groupes de nouvelle génération, Deine Lakaien semble perpétuer leur propre culture, quasi-insensibles à la multiplication de projets bien plus opportunistes et séducteurs qu’eux.

Les découvrir avec ce nouveau disque, c’est comme si les années 2000 n’avaient pas existé, ou presque.  Il y a tout de même cette grâce orchestrale bien dans l’air du temps, héritée d’une tournée de Deine Lakaien pour leur vingt ans d’existence, une réinterprétation triomphante de leurs classiques habilement réarrangés sans être dénaturés, qui  a donné lieu à un DVD en 2007. C’est aussi l’influence de leurs projets solo respectifs qui laisse entrevoir quelque progression vers un résultat moins prévisible. « Après vingt ans, on ne veut plus faire rimer « day » avec « way » et « night » avec « light », explique Veljanov. « Vous devez essayer de nouveaux thèmes et de nouvelles voies musicales ». « Et ça fait automatiquement apparaître de nouvelles solution musicales. Bien sûr, nous n’avons plus à faire face à une tempête de clichés non plus. Cette image qui a fait de nous l’ennemi dans l’esprit de certaines personnes n’existe plus. »

Cet élément de désaccord, était-ce leur fascination pour la musique de chambre ? Leur noirceur  un peu facile ou leur simplicité lyrique assumée ? Deine Lakaien a une échappatoire discrète sur Indicator ; les éléments subliminaux qui parcourent les morceaux. Ce n’est presque rien, vraiment, mais cela suffit un donner à Go Away, Bad Dreams, par exemple, un cachet indéniable. Partant de ce fond de trame, on finit par oublier qu’au premier plan la bataille entre académisme et feu créateur fait rage. Sous la structure classique des chansons, les trouvailles rythmiques et le soin apporté aux structures, sont tout simplement surprenants. Immigrant, par exemple, navigue entre verve romantique « I just want to live like everyone » et climat oppressé, quasi-industriel, inquiétant et motorique. L’utilisation d’éléments contrastés permet de créer des plages antithétiques – avant de revenir aux bases rassurantes sans que l’exploration aille malheureusement bien loin – ou simplement de faire progresser le morceau. Le meilleur exemple de cette seconde méthode, c’est Gone, le premier single extrait du disque, dont chacune des trois parties rend la précédente plus intéressante à écouter, avant que ne se mette en place un break… qui est une joute de cordes tristes.  Difficile d’entendre ça ailleurs. On remarque aussi que les morceaux dotés de refrains accrocheurs sont concentrés dans la première moitié du disque tandis que la suite propose des titres plus lents et étranges.

Deine Lakaien ont leur propre façon d’être revendicatifs. Leurs tempos sont souvent terriblement lents, ont ne peut pas dire que ce soit l’énergie du désespoir qui participe à leur message. Ils ont plutôt tendance, sans jamais élever la voix, à nous mettre face à nos responsabilités de manière un peu démagogique – sur Who’ll Save your World ou Europe, un titre chanté en français et en anglais pour un résultat assez ridicule – malgré la mélodie de bonne qualité. Les chansons engagées alternent avec des tentatives de ballades amoureuses, Blue Heart ou One Night, dont le contenu constitue le cœur du débat en ce qui concerne Deine Lakaien ; intéressant si l’on aime un charme désuet. Difficile de croire que leur formule puisse rencontrer autant de succès aujourd’hui qu’il y a vingt ans, mais il y croient. Sur Along Your Road :  "Older, wiser, but still we are these fighters". 





jeudi 18 février 2010

Fucked Up - "Couple Tracks" (2010)



Parution : 26 January 2010
Label: Matador
Genre : Hardcore, Punk, rock
A écouter : Triumph of Life, Fixed Race, Dangerous Fumes
 

Note : 7.75/10
Qualités : puissant, fun, soigné


No Pasaran, le premier single de Fucked Up  en 2002, est une course punk hardcore primitive qui suggérait que la volonté du groupe à faire preuve de musicalité n’était encore qu’un fantôme de leurs aspirations. Lorsqu’on écoutait Chemistry of Common Life (2008), on ne pouvait que saluer le chemin parcouru en l’espace de six ans. Ils avaient gagné pour ce disque le Polaris Prize et été adulés par la presse. Et ce parce que, sous leurs faux airs – encore affichés en abandon sur le pochette de Couple Tracks - , les membres du groupe sont de gros travailleurs, qui ne cessent depuis leurs débuts de faire paraître sur différents labels des preuves viscérales et nécessaires de leur évolution. Parmi cette impressionnante discographie, on retient notamment deux « vrais » albums qui ont indéniablement marqué leur temps, Chemistry... et avant cela Hidden World (2006).
 
A l’heure de Couple Tracks, compilation de singles, B-sides, démos et autres reprises, aujourd’hui, Fucked Up est au sommet de la courbe qui les propulse de plus en plus vite vers les sommets ; et cette même compilation témoigne de leur triomphante trajectoire, puisqu’on démarre sur des coupures rêches pour rapidement gagner de nouvelles sphères au travers de titre comme Triumph of Life, ou les guitares sont dédoublées dans un effort de production qui les éloigne toujours plus de Black Flag.
 
Ce progrès évident vers plus de puissance, d’ampleur et de clarté de son n’empêche pas Fucked Up de protéger, et même de faire croitre leur âme ; ils deviennent maintenant reconnaissables entre mille, par la voix de plus en plus forte et dramatique de leur chanteur, par leur propension à toujours repartir de la même base à la dynamique inébranlable ; trois accords le plus souvent, sur lesquels interviennent différents retournements seulement conduits par une énergie brute et une aspiration à la justesse. En concert, ils sont une force de la nature.
 
Vingt-cinq titres, deux disques, sous-titrés The Hard One et The Fun One, le second étant plus aride que le premier. The Hard One est tellement impressionnant qu’il laisse penser que Fucked Up est a été ces dernières années le meilleur groupe de punk hardcore du monde, combinant habileté, énergie brute et sens de la mélodie avec un brio inégalé et une netteté qui les rends agréables à écouter. Ils ouvrent éventuellement de nouveaux ponts vers le rock alternatif, deviennent au fil du temps plus démocratiques ; leur force de subversion, plutôt que d’être dans la provocation et dans le défi comme de nombreux groupes de ce genre souvent extrême, semble se situer dans un certain humour qu’ils véhiculent et partagent volontiers sans cynisme.
 
Leur générosité, simplement évidente si l’on considère ce seul et massif Couple Tracks de 75 minutes – quand la durée d’un disque punk est d’environ 30 minutes – est aussi une valeur appliquée à la nature même de leur art, qui se fait partageur, échangeur, emprunteur. Le second disque est plus affectif et moins ambitieux que le premier. Il ne témoigne pas de la même progression, mais propose tout autant de numéros de bravoure.  On y trouve quelques reprises, Anorak City (des Another Sunny Day) I Don't Wanna Be Friends with You et Looking Back (The Shop Assistants), Dream Come True et He's So Frisky (Dolly Mixture).
 
Fucked Up savent donc instaurer une relation forte avec l’auditeur, une relation de confiance ; et même s’il démarrent en surprenant quelque peu ceux qui les ont découverts avec les déjà très formés Hidden World et The Chemistry of Common Life, ils savent tour à tour susciter l’intérêt puis véritablement nous passionner par des rudesses de choix qui construisent une escalade progressive vers l’extase. Presque tout est jubilatoire et direct, avec mention spéciale à Fixed Race ou Dangerous Fumes.
 
Une précédente compilation, Epics in Minutes (2004), n’avait suscité que peu d’intérêt ; et jusque là, Fucked Up est demeuré trop confidentiel. Pourtant, à l’heure où l’on encense la moindre tentative de « nouveauté », leur rôle est important ; nous permettre de continuer à croire que le rock est une affaire d’efficacité de souffle, de force épique, de foi dans le bruit, susciter la joie. Fucked Up est l’un des groupes les plus communicatifs de son temps, il faut en profiter !

vendredi 15 janvier 2010

Githead - Landing


Githead, ce sont des musiciens expérimentés (dont Colin Newman, un ancien de Wire, groupe de post punk quasi culte) qui dispensent une musique encore fraîche, après cinq ans de carrière. Devenu aujourd’hui une entité à part entière, débarrassée de son background de supergroupe, ils dispensent une musique qui, à défaut d’être originale, a des accents de gravité et d’élégance qui rappellent l’étonnante et énigmatique maturité de formations comme My Bloody Valentine. Sur Landing ou From my Perspective, le rapprochement est inévitable. Newman, Max Franken, Malka Spigel et Robin Rimbaud apparaissent comme des musiciens middle-age impressionnés par les découvertes tardives du rock – Stereolab, Bolshoi, MBV - mais pas totalement étrangers aux grooves en forme de piste de décollage de Can ou Hawkwind puis de New Order.

Ils ont notamment un pied dans les années 1980, bien que ces influences soient complètement relues sur Landing. Ainsi, Faster évoque une ouverture de Cure, – tel un Plain Song dénué de tout romantisme – cette structure allongée et muette. Vient aussi à l’esprit l’effet tunnel des rythmiques Krautrock, avec basse rebondissante. L’adresse de Githead vient du fait que si de telles structures accouchent ces derniers temps de formations incapables de susciter la moindre dynamique, eux parviennent à lifter et mélanger leurs savoirs-faire sans perdre d’efficacité. Before Tomorrow rappelle quant à elle un vieux Depeche Mode – la référence les ferait sans doute sourire -, surtout au niveau du refrain. Toujours ces battements métronomiques, que couvre une boucle de guitare, un riff juste tiède. Landing a des relents de shoegazing (guitare vrombissante et voix claire – le meilleur genre de rock des années 1990 ?) et Displacement and Time groove comme Kraftwerk (car Kraftwerk ont du groove), vocodeur compris. « Maximize » répète la voix, pour celui qui cherche à optimiser une performance. C’est réussi.

Les meilleurs titres sur Landing sont sans doute les plus atmosphériques et doux ; Landing chanté par Malka Spigel - la parité est assurée tout le long au niveau du chant. On est en terrain familier, mais c’est toujours plaisant, même confortable de retrouver ces nappes enivrantes et pleines de faux semblants : on se demande ce que Githead nous cache en jouant la carte pop. Pour le reste, c’est guindé, élégant et légèrement excentrique. Assurément moderne, peut être un peu lisse. "You don’t know me, so back off", avertit Malka sur Ride. Au niveau musical, dans les meilleurs moments, c’est à la fois métronomique, épique, groovy.

Même dans l’isoloir que nous concocte Githead pour restituer la sensation du cockpit, les vieilles rengaines reprennent le dessus. Des personnes qu’on ne voulait pas forcément croiser ni entendre, ces punks, vont apparaître. Over the Limit continue comme douce bizarrerie, Newman ressuscitant Wire dans une chassé croisé post punk qui dans cet environnement volontairement aseptisé, devient de façon inattendue une fantaisie.

C’est une musique qui reste avec vous pour quelques temps. Cependant, quelques longueurs, et une expérience qui, sur l’écoute intégrale de l’album, peut être frustrante. Si les morceaux à leur état individuel déploient d’indéniables performances, mais semblent toujours construits comme des openers, comme pour annoncer ce qui va suivre… et qui semble ici n’arriver jamais. Ce n’est qu’a l’arrivée de Tranmission Tower que les choses changent. L’album capitalise enfin l’émotion auparavant contenue et éloigne les menaces de stérilité. Cette faiblesse n’est par ailleurs pas automatiquement un défaut ; si vous cherchez un disque qui ne vous mène nulle part en particulier, Landing fera l’affaire.

Githead parvient à rester mystérieux malgré tout l’explicite qu’il met dans sa formule – phrases courtes et répétées, structures indestructibles éprouvées cent fois ; alors, d’abord, l’accélération ; le décollage, l’atterrissage, mais sans destination. Comme une grande boucle, une trajectoire en point d’interrogation. Les perspectives du mouvement, admirablement traduites en musique ici, seront peut être plus tard utilisées pour voyager de manière plus progressive – sans vouloir attribuer à Githead les qualités tripesques de formations qui en font leur ressort.


  • Parution : 9 novembre 2009
  • Label : Swim
  • Producteur : Robin Rimbaud
  • A écouter : Take Off, Lightswimmer, From my Perspective
 
  • Appréciation : Méritant
  • Note : 6.25/10
  • Qualités : rétro, groovy, shoegaze

lundi 12 octobre 2009

The XX - XX (2009)




Parutionseptembre 2009
LabelYoung Turks
GenreElectro, indie rock
A écouterBasic Space, Crystallised
°
Qualitésnocturne, intimiste, fait main


Quatuor londonien essentiellement constitué de la guitariste Romy Madley Croft et de son compagnon bassiste Oliver Sim. Ils ont produit avec XX une œuvre furtive, douce et nuancée, une électro par touches légères, nocturne et charnelle, autour de paroles qui sont majoritairement ne méditation adolescente sur le sexe ; semble t-il l’angoisse du besoin, de l’envie, du manque. Un disque qui suscite plus de questions que de réponses.

Le duo Madley Croft/Sim chante sans effort et sans articuler – le quatuor construit des pièces simples, presque minimalistes, polies, parfois abstraites, une vraie fraîcheur sonore qu’il est bon d’écouter fort – comptines ouatées enregistrées dans tout le confort moderne, avec le luxe de toute cette expérience des nuances laissée par d’autres, et que le duo a parfaitement intégrée.

L’essentiel de l’instrumentation est constituée d’un clavier cheap – acheté soit-disant 2 euros sur Ebay-, puis d’une guitare et d’une basse qui ne font guère plus de quelques notes, se lançant parfois dans des lignes droites évoquant Joy Division, une influence évidente de ce duo lunaire anglais – mais pour l’essentiel, ce sont des mélodies somnambules, comme mal assurées. Une façon de renouer avec l’esprit de formations comme le Moldy Peaches : quelques lignes brutes qui laissent à l’heureux auditeur, seul juge de l’honnêteté du projet, le soin de donner un verdict. Sans avoir omis d’y apporter ses propres détails. Malgré ce qui pourrait sembler constituer sa froideur, c’est un disque humain, habité et plus convivial qu’il n’y paraît.
Ce n’est pas une œuvre qui fourmille de détails, mais  elle offre pourtant des replis de musique urbaine et des arrangements discrets et étouffés. Disque dépouillé donc ; dans Basic Space, par exemple, il n’y a quasiment rien, rien d’autre que ces voix traînantes sans prestance, qui articulent à peine, et une ritournelle soft pop. Pourtant, pour rendre l’ensemble de l’écoute à ce point énigmatique, lui donner ce côté ça-se-passe-derrière-la-porte, il a fallu se mouiller. Jeter toutes les possibilités que l’on connaît pour ne garder que les envies, les intentions complètement dépouillées de prétention musicale.

Les paroles apportent toute l’ambigüité nécessaire ; les musiciens chantent comme dans un besoin naturel de s’exprimer, peut être de discuter l’un avec l’autre. C’est alors un échange, succinct et particulièrement absorbant, sexy parce qu’il dévoile une intimité, certes artificielle mais reconstituée sans effort. Chaque élément qui constitue l’identité du groupe est couché, isolé, exposé dans une nudité qui provoque la quasi-fascination de l’auditeur. L’attache créée ne tient presque à rien, mais la légèreté de ce qui est effectivement donné à écouter nous incite à y ajouter un ensemble de références et d’images, auxquelles Ian Curtis n’est pas étranger – c’est ce en quoi c’est un grand disque électro, un genre musical qui s’immisce dans l’imaginaire de l’auditeur et le manipule, tout en lui laissant par ailleurs le soin d’apporter ses propres images mentales à ce qui est dépeint.

C’est essentiellement le travail d’une seule dimension, mais les Stooges ne possédaient eux aussi qu’une seule dimension à leur musique. Sur certains titres, de petites surprises lyriques donnent une seconde dimension à XX. Disque qui reste pour l’essentiel resserré autour des musiciens et de leurs aspirations, qui ne manquent pas de sel.

Que penser de la croix blanche sur fond noir qui orne la pochette ? Nous interdit t-on le passage ? Est-ce une sorte de serrure ? A moins que les quatre branches se rapportent aux quatre membres du groupe ? Tel symbole occulte nous annonce en tout cas le retour du post-punk, qui, après les sucreries New Order, est encore transformé.


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