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mercredi 13 janvier 2010

Elisa Ambrogio et Ben Chasny - Joutes primitives, etc.

Deux énigmatiques personnages qui font, ensemble ou séparément, une musique vibrante et viscérale. C’est l’histoire d’un mariage évident entre deux talents parfaitement accordés – leur musique,tout sauf anecdotique aujourd’hui, n’a pas toujours cette chance.


Guitariste et chanteuse, Elisa Ambrogio est à l’origine du projet des Magik Markers, groupe démarré en 2001 dans un sous-sol à Hartford, dans le Connecticut. Elle est accompagnée dans ce projet de Pete Nolan à la batterie, et de Leah Quimby à la basse (celle-ci a depuis quitté le groupe). Après l’ouverture pour Sonic Youth - les parrains d’une scène alternative bruitiste - lors de leur tournée américaine en 2004, le groupe a lentement gagné en notoriété. Le désormais duo Magik Markers s’est fait un nom sur ses prestations scéniques débraillées. L’alchimie du jeu de Elisa Ambrogio et de Pete Nolan, et, mieux, leur interactivité dégénérée les rend fascinants, et chaotiques à souhait. Ambrogio prétend chercher à « brouiller la ligne d’autorité entre public et musiciens », transformant leurs concerts en joutes entre les deux camps.

Sur disque, c’est autre chose. Comme nombre de groupes de la scène bruitiste, ils peinent à leurs débuts à reproduire l’excitation scénique. Le tournant vient en 2007 avec Boss, leur album le plus abouti jusque là ; il combine violence, demi-teintes, fun et structures plus conventionelles puisqu’on y trouve même de vraies chansons. Les forces s’entrechoquent – la voix nerveuse et les textes d’Ambrogio, sa guitare mal dressée et le jeu de batterie quasi primitif de Nolan.

De son côté, le guitariste californien Ben Chasny fait ses débuts avec l’album éponyme de Six Organs of Admittance (1998), un recueil de méditations essentiellement instrumentales qui est enregistré directement et non travaillé en studio. Dès ce premier disque, on pense au jeu complexe de John Fahey, un autoproclamé « primitiviste » américain. L’instinct est très présent, mais c’est l’exigence de Ben Chasny qui est remarquable ; son jeu confine à l’obsession.

C’est le début d’un travail sans concession pour le mucisien, qui va mélanger des guitares orientales et complexes, et des drones empruntés aux styles musicaux prometteurs que sont le post-core et le drone métal – genres lourds et répétifs qui usent du pouvoir catalysateur de longues notes de guitare saturée, sur lesquelles viennent éventuellement se greffer d’autres instruments, et dont l’objectif est de créer une sorte de transe. L’utilisation de percussions de chœurs et de refrains repris à plusieurs voix accentue l’idée d’une musique transcendentale. Le résultat à parfois été comparé à la bande-son d’un film de Werner Herzog.

Cependant, Ben Chasny est aussi un songwriter talentueux, qui accorde une importence croissante à la structure de ses pièces. Sur Shelter From The Ash (2007), il trouve le compromis entre l’évocation d’un univers de fumées psychédéliques et un album de chansons.

Si les performances des Magik Markers s’apparentent à une joute, celles de Six Organs of Admittance tiennent lieu de rituel.

Les deux musiciens trouvent une certaine complémentarité. Ben Chasny a participé au disque Balf Quarry (2009), des Magik Markers, et notamment sur Shells, la pièce la plus significative du groupe à ce jour. Il y apporte les atmosphères mystiques qui sont inhérentes à son propre projet. Quand à Elisa, elle apporte sa touche distinctive et instinctive à de nombreux enregistrements de Chasny. Quand aux concerts, Ben Chasny avoue apprécier Elisa Ambrogio plus qu’aucun autre soliste. Il trouve dans les embardées de la belle des reminiscences de ces influences…


Bertrand Redon, 13 janvier 2010 - article à paraître dans Trip Tips n° 3

dimanche 10 janvier 2010

Magik Markers - Boss (2007)



Parution : 25 septembre 2007
Label : Ecstatic Peace
Genre : Noise rock
A écouter : Taste, Bad Dream/Hartfords's Beat

°
Qualités : spontané
Comme beaucoup de groupes bruitistes, le désormais duo Magik Markers (la bassiste Leah Qimby a quitté la formation avant l’enregistrement de ce nouveau disque, mais si l’on considère que Lightning Bolt, No Age et les White Stripes sont des duos, il n’y a pas à s’inquiéter) s’est fait un nom sur ses performances live. L’alchimie du jeu de Elisa Ambrogio et de Pete Nolan, et, mieux, leur interactivité dégénérée les rend fascinants, dit t-on, et probablement chaotiques à souhait. Ambrogio prétend chercher à « brouiller la ligne d’autorité entre public et musiciens".

Sur disque, c’est autre chose. Boss n’est pas vraiment poli et encore moins raffiné, mais la production laisse entendre une volonté d’écrire de vraies chansons. Même les enregistrements précédents – EPS principalement - n’avaient pas la nouvelle clarté qui semble éclairer le groupe désormais produit par Lee Ranaldo de Sonic Youth – légende de l’alternatif américain. Ils peinaient pourtant à reproduire l’exubérance de leurs concerts. Boss parvient à restaurer les forces qui s’entrechoquent – la voix et les textes d’Ambrogio, sa guitare mal dressée et le jeu de batterie quasi primitif de Nolan tout en proposant des morceaux plus construits. La structure couplet-refrain n’est donc plus tellement étrangère aux vanités charnelles d’Ambrogio.

Quand ils restaient auparavant bloqués entre des tranches de son saturé, ils parviennent grâce à un processus quasi inédit pour eux – la recherche au studio – à diversifier leur offre. On trouve même sur le disque une « ballade » au piano, même si le terme est quelque peu malmené selon les standards du genre – c’est toujours avec la même impudeur, la même provocation que connaissent bien Patti Smith et PJ Harvey qu’avance le duo. On imagine Ambrogio surir dans un sac plastique, la tête en sang et les doigts noir et poisseux de la main qui serre le micro. Mais c’est encore trop convenu pour définir ce qu’elle-même veut nous laisser imaginer.

Sans les traduire, je peux vous proposer ces quelques lignes qui évoquent les sujets de prédilection des Magik Markers : « Twigs and rocks, locks and vices; black men and movie star blonds; pin-fed camel's heads, hypocrites and ghosts, judgment day and secular Pentecost; paradise and hell and rot and decay; teeth, bones, eyes, mouths and tongues; depravity, disease and shake seize…” Soit un panorama focalisé sur l’underground américain et sa touche d’exotisme maison.

La qualité que je préfère chez ce groupe, c’est qu’il parvient à la fois à avoir ce côté sale mais intelligent qui est probablement né du Velvet Underground (donc pas d’hier) et à y mêler une rêverie atmosphérique, qui en fait un moyen inattendu pour s’endormir. Il contient des éléments de torpeur, de repli comme Sonic Youth dès Bad Moon Rising (1988). Quels que soient les revendications d’Ambrogio, cette torpeur l’emporte toujours sur toute la violence d’une oppression qui reste imaginaire – et donne parfois à voir des images humoristiques (Last of the Lemach Line), même si ce n’est pas l’effet voulu. Des morceaux aussi divers et que Taste ou Empty Bottle ont cette marque, qui est plus forte que l’appréciation que l’on peut faire de leur véritable qualité.

Si l’on retourne à la base de l’appréciation, justement, Taste, est sans doute le morceau le plus efficace, le plus rock – mais c’est pour s’éloigner d’une certaine vision de ce qu’est la musique rock, ou pour l’élargir, que l’on écoute des bricoleurs aussi improbables que les Magik Markers – ils peuvent être parrainés par la plus importante formation indé américaine de ces vingt dernières années, et même avoir signé récemment, pour Balf Quarry (2009) avec Drag City, label magnifique qui abrite Bonnie « prince » Billy, Bill Callahan ou Silver Jews – ils n’en restent pas moins des seconds couteaux. Au moins jusqu'à ce que l’on comprenne leur nouvelle viscéralité, éclatante sur Shells (Balf Quarry).

Leur vraie sensibilité artistique s’exprime avec plus d’évidence à travers les pochettes très réussies de ces deux derniers disques – et l’incroyable poster qui est également vendu aux couleurs de Balf Quarry. Ces têtes ouvertes à la circulation, c’est l’alchimie du rock revisitée. Une alchimie moins approximative en dessin qu’en vrai.


dimanche 30 août 2009

Magik Markers


Magik Markers est un groupe de noise rock de Hartford, Connecticut. Composé à l'origine de Elisa Ambrogio, Pete Nolan et Leah Quimby, le groupe a démarré dans un sous-sol en 2001. Après l'ouverture pour Sonic Youth lors de leur tournée américaine en 2004, le groupe a gagné en notoriété. Leur premier album, I Trust My Guitar, Etc. (sorti en vinyle uniquement), est publié en 2005 sur le label de Thurston Moore, Ecstatic Peace.

En 2006, ils sortent A Panegyric to The Things I Don't Understand sous Gulcher Records, leur premier vrai disque. Toujours en 2006, le groupe enregistre une session pour Southern Records, qui a été publiée sous le titre The Voldoror Dance. Leah Quimby quitte le groupe en mai 2006. Diverses personnes l’on remplacé avant que Magic Markers ne devienne finalement un duo composé des membres originaux Pete et Elisa. En Septembre 2007, le groupe sort Boss, qui a été produit par Lee Ranaldo. Ca a été l'enregistrement le plus structuré des Magic Markers ont publié à ce jour. Suivi dans la foulée de For Sada Jane et de Road Pussy, le groupe tente de capter le sons de pratiques studio, en opposition aux performances chaotiques de leurs apparitions live.

Magik Markers ont depuis fait des tournées aux États-Unis et en Europe. Depuis leur création, Peter Nolan n’a cessé de produire des disques en édition limitée et documents instantanés, tous avec artworks faits à la main, destinés à un public restreint.

Elisa Ambrogio a rejoint récemment Six Organs of Admittance sur une tournée Américaine et deux Européennes. Peter Nolan et son groupe Spectre Folk ont joué leur première tournée au Royaume-Uni, avec Julie Tomlinson et John Truscinski. Elisa Ambrogio a également enregistré un disque et joué avec les Dirty Stealer (avec les membres de Comets on Fire) et a contribué à l'écriture de divers projets.

Discographie sélective

  • 2004 : Blues for Randy Sutherland

  • 2006 : A Panegyric to the Things I Do Not Understand

  • 2007 : Boss

mardi 4 août 2009

Magik Markers - Balf Quarry (2009)





Parution : 5 mai 2009
Label : Drag City
Genre : Noise rock
A écouter : Don't Talk In Your Sleep, Shells

°
Qualités : rugueux,

Les Magic Markers est un trio formé en 2001 dans un sous-sol de HartFord, dans le Connecticut et composé de Elisa Ambrogio au chant et aux guitares, et de Pete Nolan à la batterie. Il ne s'est rien passé pour eux jusqu'en 2004, date à laquelle ils ont ouvert pour Sonic Youth. Cette expérience leur a sans doute permise de gagner en assurance et de sortir leur premier disque de rock bruitiste, I Trust My Guitar, Etc. en 2005 sur le label de Thurston Moore, guitare de SY, Ecstatic Peace. Devenus depuis un duo, ils ont en 2007 enregistré Boss, produit par Lee Ranaldo (de Sonic Youth lui aussi) album important pour leur carrière car plus structuré que par le passé, sans pour autant renier leur étiquette underground (lourde à porter). Ils ont fait en 2008 une tournée qui les a amenés en Europe pour la première fois, avant d'être invités à se produire aux mythiques Abbey Road Studios dans le cadre du ShowStudio Project de Nick Kent (producteur, journaliste, etc.). Très actifs, les deux membres du groupe ont participé à de différents projets qui concernent Six Organ Of Admittance ou Comets Of Fire.
La musique des Magik Markers est instinctive avant tout, mais sur ce nouvel album elle entre sans doute dans une nouvelle sphère plus accessible, avec la signature du groupe auprès de Drag City (Joanna Newsom, Bill Callahan). Les morceaux n’en sont pas moins spontanés, complexes et chargés de sonorités étranges et résonnantes qui vont jusqu'à la hantise comme State Number ou Shells. C’est avec de tels morceaux que le duo parvient à s’éloigner de la formule popularisée par leurs ainés, même si la voix d'Elisa est souvent proche de celle de Kim Gordon. Balf Quarry est somme toute un disque somme toute cohérent dans sa variété, rempli de morceaux découpés au cordeau en tableaux toujours habités et souvent rageurs, (The Ricercar Of Dr. Clara Habe) qui évoluent toujours assez loin de la sphère musicale publique. C’est le fruit d’un long travail et d’une recherche ininterrompue, heureusement encouragés par les personnes de grand talent et de goût qui les ont accompagnés, et si les Magik Markers compte quelques vingt-cinq albums et EPS à leur discographie depuis 2003, avec cette nouvelle signature ils ont une vraie chance d’être plus écoutés.

The Lighter Side Of …Hippies est une réexploration du chaos post 80’s, Jerks est punk, Psychosomatic psychédélique, Ohio R. une pop song déconnectée distordue, et 7/23 enfantine et candide, un peu à la manière de PJ Harvey. Les percussions sont savamment utilisées, à chaque étape du trip, et dénotent de l’exigence de musiciens qui, quel que soit l’aspect de leur musique, ne peuvent s’en tenir aux schémas traditionnels. Quand à Don't Talk in Your Sleep, c’est un très bon morceau de Sonic Youth (sic). C’est là un étrange voyage en milieu clos, parfois grinçant, à des lieues des dernières productions du label comme Bill Callahan. Le charisme, la persévérance et le talent de Elisa laissent aux Magik Markers un avenir prometteur, au pays de groupes pour lesquels chaque nouvel album est un pari et une réussite artistique.


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