“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

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Trip Tips - Fanzine musical !

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jeudi 12 octobre 2017

SCOTT MILLER - Ladies Auxilliary (2017)



O
vintage, apaisé, romantique
Folk-rock, country



Ladies Auxiliary s'ouvre avec Epic Love, une ballade folk-rock romantique où la voix de Scott Miller, plaintive et éloquente, évoque celle de Chuck Prophet. C'est un homme entre le sérieux et l’auto dérision. Il s'inscrit là dans la trace d'un songwriter comme Sam Houston, avec qui il partage la vallée de Shenandoah, dans l'ouest de la Virginie. Dans cette contrée, on est toujours un peu sauvages, clame Miller dans ce disque apaisé et encore jeune, celui d'un homme qui, après avoir connu le music business avec l'aide de Steve Earle, a refait sa vie comme éleveur de bétail, désormais lové entre ses collines et toujours partant pour un hommage à la rivière.

Le charme opère rapidement, et on s'attache à ce type d'album révélant ses différentes facettes, entre sonorités traditionnelles de Appalaches (banjo, violon...) arrangements jazzy vintage (la présence de contrebasse), et carrément rockabilly (Mother in Law). Jackie With an Eye swingue élégamment.

Son énergie rappelle le texan James Mc Murtry, surtout lorsqu’on arrive sur Middle Man et Lo Siento, Spanishburg, West Virginia. Dans la première, il raconte sans ambages son enfance, celle d'un fils de la campagne, un patelin où la vie sociale tournait autour de la chasse, finalement attiré par la littérature, puis la peinture et qui enfin appris trois accords à la guitare. La suite et connue, elle implique de la camaraderie, de la passion et quelques des vérités profondes.

Avec tendresse, il évoque sur la seconde Spanishburg, une ville vidée de ses habitants qui se repeuple lorsque ceux-ci atteignent la retraite, comme un troupeau rentré à l'étable. On sent qu'il recherche les mots justes, jamais très loin de raconter frontalement un drame, comme en s’adressant à une suicidée sur Someday / Sometime. Son sens de la métaphore laisse soupçonner des complexités cachées sous la simplicité de ses mots. C'est en toute humilité qu'il espère une reconnaissance méritée.

Miller est accompagné d'un groupe entièrement féminin, d'où la pochette humoristique qui voit leurs efforts comme une bravade féministe.

mercredi 30 août 2017

{archive} THELMA HOUSTON - Sunshower (1969)




OO
orchestral, élégant, romantique
soul, funk, blues


La musique extraordinaire produite par Jimmy Webb semblait déjà, au moment et de sa parution, apparentée aux disques orchestrés, que le rock devait balayer. Si c’est là l’un des travaux les plus éclatants de Jimmy Webb, l’un des plus talentueux et prolifiques auteurs compositeurs des années 60, il n’en reste rien dans les biographies hâtives du net. Pourtant, c’est quand Houston reprend Jumpin Jack Flash qu’on mesure avec quelle complexe élégance l’album supplante le rock de l’époque. La façon dont l’orchestre des cuivres transforme la musique, à chaque apparition, fait de Sunshower un cas unique. On croirait les chansons empruntes d’une grâce sans limites, avec leur émotion explosive. Les premiers albums de Scott Walker paraissent lacustres en comparaison. Thelma Houston combine à l’extraordinaire personnalité des arrangements une voix étourdissante. Revêtue d’une sorte d’une toge aux motifs imprimés, elle apparaît mi-fée mi déesse, assumant parfaitement une apparence entre la fée bouddhiste, et la déesse énergique.

Houston et Webb sont à peine adultes quand paraît cet album. Elle n’est dans le business que depuis 2 ans, et déjà signe avec Capitol. Il écrit toutes les chansons sur Sunshower, une unique source qui valorise leur collaboration. Il faut reconnaître que les textes sont facilement oubliés dans les premières écoutes, tant l’orchestration renverse la perception qu’on se fait habituellement d’une chanson. En d’autre termes, ces chansons paraissent de si petites fictions face au pouvoir total de l’orchestration. Les relations de couple, comment on se perçoit, en sommes-nous au même point dans la vie, désirons nous les mêmes choses, pourrons nous vivre toujours dans les respect l’un de l’autre ? «This is your life/Not just something to do/This is your life/And it’s my life, too » chante t-elle sur This is Your Life.

Cette musique abolit aussitôt les querelles (à tenter chez soi). Si vos querelles dérivent que vos ayez fait une remarque, un comportement misanthrope, passez Sunshower et vous serez pardonné instantanément. C’est sa texture tout en souplesse et si sensorielle, mais aussi le penchant réconciliant de Houston, qui manie la soul, le jazz (Didn’t We), le blues (Cheap Lovin), le rock et le funk en laissant entrevoir combien elle est permissive. Elle sait résister à la tentation de paraître trop affectée, spirituelle, privilégiant faire preuve d’une présence à l chanson qui la plonge au cœur de la musique plutôt que de l’en distinguer.

This is Where i Came démarre à l’orgue, en grande mélancolie, et se termine sur un riff de rock, prouvant que la guitare peut être utilisée de manière aussi excitante dans le rêve idéal de Jimmy Webb que par les Rolling Stones. Et quand il décide de se relier au moment présent, c’est un feu d’artifice de funk et de guitare électrique, tandis que l’orchestre se fait enlevé. Pourtant, l’urgence mimée dans cette chanson n’est qu’une quantité négligeable à l’intérieur de l’album, et Jimmy Webb, incrédule, lui aussi, du résultat, nous rappelle que la musique dont il incarne le pouvoir visionnaire avait un autre objectif sacré : l’urgence de la musique est celle d’être écoutée par le public. « Je vous presse de découvrir Thelma... le plus prodigieux talent que j’aie jamais rencontré » s’extasie t-il dans les notes de pochette. Glen Campbell n’avait pas tout à fait la même énergie, il faut croire.

vendredi 19 mai 2017

DOMINIC WAXING LYRICAL - Rural Tonic (2017)



OO
extravagant, lyrique, romantique
Folk alternatif


Un album progressant avec une liberté de ton vivifiante ! La salve de violon de King ouvre sur des chansons explosives et mouvantes, entre vieille tradition et folk psychédélique. Le canevas musical repose hardiment sur un foisonnement de violons et violoncelles, puisque Dominic Waxing Lyrical est une gageure collective de musiciens de la scène d’Édimbourg avec le Scotish Chamber Orchestra. L'accent du chanteur/songwriter Dominic Harris fait dans l'éloquente gouaille écossaise. La pochette décalée et le titre décrivent un objet à la fois familier et appartenant à un univers subtilement différent du notre. Ce contraste de familiarité et de dépaysement est le premier sentiment à frapper. Puis vient Laïka, une ballade au romantisme étrange et un peu magique. Le clavecin nous rappelle les audaces possibles à Abbey Road en 1968, mais que dire du lyrisme de la scie musicale ? La précision des mélodies, leur sens du mécanisme et leur dynamique maintiennent l'attention et nous gagne la sensation d'une traversée multi-dimensionelle. River Styx met en avant l'urgence et le romantisme complètement incarné par un Dominic Harris comme possédé par une vision.

On est surpris de la fluidité de l'ensemble, et de la façon dont les références multiples sont intégrées, Tim Hardin ou Tom Rush parmi eux. Les morceaux s'enchaînent dans l'ardeur des meilleurs disques du Summer of love. Harris retravaille la palette du rock anglais populaire des années 70 en ajoutant cet ingrédient spécial, cette mélancolie, cette incertitude, forçant la netteté des images pour mieux nous dérouter et nous subjuguer. Les références sont encore plus visibles tandis que l'album avance, nous imprégnant d'une apparente complaisance. Susan Sontag se fredonne facilement, mais on poursuit ensuite dans une ambiance toujours plus onirique et imagée. Kill Everyone est complètement baroque, librement inspirée de l'époque de Sgt Pepper. Et on termine par une seconde ballade au clavecin, parfaitement dans l'esprit d'artistes folk aventureux, devenus très rares. Rural Tonic côtoie à plusieurs reprises les trublions de l'acid-folk de Tom Rapp ou de Ed Askew. Octopus Man mêle ainsi exubérance poétique et textures sublimes, avec des arrangements qui entre d’autres mains auraient pu sembler pompeux.  Cet album devrait logiquement avoir un grand succès dans la contrée qui l'a vu naître, et pour nous c'est le merveilleux témoin certains refusent le conformisme pop.

dimanche 14 mai 2017

{archive} MARGO GURYAN - Take a Picture (1968)





OO
romantique, orchestral, efficace
Rock, Pop

Les premières secondes de Sunday Morning, où le piano rhodes, la guitare électrique et la batterie se mettent en branle, nous propulsent dans ces productions authentiques qui ont si bien réussi à porter les chansons des divas du rock de la fin des années 60. Même si Margo Guryan a travaillé un temps avec John Simon, avant qu'il ne parte produire Janis Joplin, elle n'a rien à voir avec ce rock là. Les chansons suivantes, Sun et Love Songs, font deviner les raisons très différentes pour lesquelles Take a Picture, le seul disque de son auteure, est révéré depuis sa parution et sa disparition rapide, par une frange d'auditeurs transis dans le monde entier. Voix éthérée mais pleine de séduction, propulsée par des mélodies concises et tendues comme des pièges à qui viendrait y chercher une aventure. La curiosité sensuelle laisse rapidement place à un plaisir plus profond : les paroles épicuriennes sont en osmose parfaite avec la musique. Sans ampleur apparente mais avec un sens du détail captivant. Take a Picture suscite, en surface, l'amusement ; mais on y revient pour son exquise exigence. 


On pense immanquablement aux Byrds pour les guitares. Un multitude de tons et d'instruments s'entremêlent sur Sun pour créer une ambiance dans laquelle Guryan, pianiste élevée dans la musique classique, révèle les influences rythmiques et harmoniques les plus désirables, la bossa nova en tête. Love Songs, fantaisie pour la tête et pour le corps, résonne avec la même fraîcheur aujourd’hui, peut-être volée chez Goldfrapp sur Seventh Tree. Il y a, comme sur chaque chanson, un élément musical pour rendre sublime une chanson déjà agréable : ici, la harpe. Quelques accords éternels (Bach, surtout) donnent à Think of Rain et Someone i Know une élégance et du crédit à leur sensibilité. Sur Don't Go Away, le style vocal est parfaitement assumé : une autre qu'elle aurait dramatisé, elle se maintient dans l'intimité de son seul regard, n'attend que sa propre décision.

Guryan flotte dans une progression harmonique qui supplante le reste. La juxtaposition de chaque mesure, dans un tempo égal, est ce qui la démarque, lui permettant finalement de nous envelopper. Le choix des instruments, balancés entre les sons de rock daté sixties et les textures d'orchestre universelles, se poursuit jusqu'au bord de l'extase. On se demande comment ces chansons se seraient encore transfigurées si elles avaient duré cinq minutes au lieu de deux et demie. Pour ne rien gâcher, la légèreté se mue doucement en charme quand elle flirte avec la badinage : « Can you look into my face/and see the changes that has takin place/Can you tell i love you from the look in my eyes/Don't you know how badly i want to tell you about it/Loving you the way i do makes me feel good inside/Even if we never touch/If you knew it means such to me... » Ouvertement romantique, et cependant capable de travailler son ouverture à l'infini, dans un frémissement amoureux qui n'a jamais de résolution.

samedi 25 février 2017

CHUCK PROPHET - Bobby Fuller Died For Your Sins (2017)



OO
Romantique, vintage, engagé
Rock


Ian Hunter et Alejandro Escovedo ont tous deux sorti un bon album en 2016. Chuck Prophet s'y met à son tour, et il partage avec eux le mérite de jouer comme si les trente dernières années n'avaient pas eu lieu, ou presque. Sa voix, cependant a cette urgence contemporaine, et une référence à la mort de Bowie permet de mettre en évidence à la fois l'époque et l'ambiance, riche en hommages, de cet album.

Pourtant, Chuck Prophet ne cherche rien de mieux qu'à contourner la célébrité. Il médite en apparence simplement sur le destin de quelques stars, à travers la propre fascination de Bobby Fuller pour Elvis Presley dans les années 50. En surface, il moque la célébrité, tout en montrant souvent une admiration sincère, peut être candide (If i was Connie Britton) avec une élégance possible seulement parce qu'il s'ébat dans l'originalité de ses propres chansons.

Chuck Prophet est la figure du rocker intègre, qui ne se vend pas pour un clip à la télévision et reste tapi dans l'ombre des médias. Il y restera, la pochette n'est qu'un canular. Au moins jusqu'à ce qu'on découvre pourquoi le titre claque. Il fait bien de s'y représenter ; cet album vit principalement à travers sa personnalité piquante, qui se range princièrement du côté du vrai rock n' roll. Dans l'immédiat, Prophet semble se délivrer de l’impératif d'un commentaire de l'actualité.

Depuis combien de temps n'avez vous pas ouvert le cellophane d'un disque, pas lu des notes de pochette et des paroles ? Ce n'est pas la seule chose que Prophet fait compulsivement, mais il s'y emploie et c'est pourquoi, enregistrer des albums cohérents pour les gens qui en achètent a de l'importance pour lui. Même si vous n'êtes pas dans son prochain concert, ce que je vous conseille, il jouera comme si la moitié du pays s'y trouvait.

Bobby Fuller Died for Your Sins semble effacer non seulement les années 2000, mais les albums de Prophet parus dans l'intervalle. Parce que la modernité de The Hurting Business (2000) et The Age of Miracles (2004) était une chose, mais elle laisse de marbre le hard rock de Alex Nieto, une chanson où l'on comprend subitement le penchant un peu noir que l'album cache en sous main. Il y évoque l'assassinat en 2014 du bouddhiste d'origine mexicaine Alex Nieto, et le décrit de façon insistante comme un pacifiste. C'est un peu comme s'il faisait un gros doigt d'honneur à une bonne partie des flics de San Francisco. Un mise à mort hasardeuse et on réalise que Bobby Fuller a sans doute, lui aussi, été supprimé en 1966. Prophet exhume un polar inespéré : l'affaire n'a jamais été résolue.

C'est la dernière chanson, mais désormais, on croit être parvenu en un clin d’œil à cet état de fait. C'est désormais l'album d'un type qui sait qu'il doit continuer d'échapper à l'égarement existentiel, sport régional de la côte ouest quand il ne s'agit pas tout bonnement de violence explosive. C'est en composant avec qu'il trouve sa façon toujours pressante de délivrer quelque que soit le type de rock qu'il emploie. Sa capacité à basculer de la pop au hard rock, du punk au rockabilly laisse Prophet à la marge d'une culture qui a bien besoin de musiciens comme lui. Une chanson romantique comme Open Up Your Heart est sans doute la meilleure chose possible à la radio quand on assiste à des violences policières et à l’idolâtrie de stars fabriquées. « Some people carry grudges you know / For something you never did” Le sentiment de culpabilité nous projette beaucoup trop vite vers notre destin.

On e retrouve en full retro mode sur Jesus Was a Social Drinker, l'une des chansons les plus attachantes du lot, moquerie parfaite avec son final grandiloquent au synthétiseur. In The Mausoleum (For Alan Vega) est peut être plus excitante encore, pleine d’opiniâtreté. Même quand il ne nous incite pas à ralentir, Prophet semble nous indiquer le bon sens, l'exaltation exaltée.
Les facéties et les accolades personnelles qui constituent l'album sont comme une lumière dans un monde qui privilégie le faux sur le vrai. Avec toujours cet espoir, comme il s'agit de musique, de transformer l'humeur plombée de ceux qui l'entendent en un instant. Les figures de cet album brandissent les avertissements pour autant de revirements possibles. S'arrêter, repartir de plus belle en sens inverse. Renoncer à commettre des idioties. Un infléchissement illustré dans le changement de tempo sur Coming Out In Code, par exemple. Pour ces fonctions, il se rapproche des deux dernière livraisons du songwriter, Temple Beautiful (2012) et Night Surfer (2014). La même capacité à faire fi des difficultés, souvent des choses que l'on s'impose par manque de réflexion. S'il faut aller à la bataille, autant écouter un bon disque avant de se décider si c'est une guerre utile. La fonction du rock reste celle là, reconsidérer ses actes, que ce soit à l'échelle d'un club, d'un quartier, d'un état, d'un pays. 

samedi 4 février 2017

RICH HOPKINS & THE LUMINARIOS - My Way Or The Highway (2017)



O
intemporel, romantique, attachant
Rock, americana

L'americana s'affichant aussi ostensiblement depuis son titre passe pour une brave déclaration d'autonomie au pays de la liberté d'entreprendre, mais les choses deviennent bien plus riches quand on découvre finalement un musicien comme Rich Hopkins. Comme peut l'être Alejandro Escovedo avec un certain son texan, il est considéré comme l'inventeur de son propre rock du désert. Un 'pionnier', avec son groupe les Sidewinders, dans les années 80. Un véritable ouvreur de territoires qui n'opère pas seul : aujourd’hui avec  les Luminarios, avec qui il a déjà produit un quinzaine d'albums, dont l'écriture forme une chronique étourdissante de cette partie de la carte.

Il s'y trouve, notamment, la chanteuse et songwriter Lisa Nowak, qui est aussi sa femme. A leurs côtés, des musiciens chevronnés d'Austin, Texas et de Tucson, Arizona. Le dicton tout trouvé de cette ville du grand nulle part : Quand on vit là, il y a forcément une raison. Et si c'était, d'écrire sa propre histoire de la création du monde ? Leur écriture méticuleuse, l'amplitude des paysages et des traversées qu'ils décrivent, cette détermination, dès le premier instant, de continuer à révéler les merveilles du territoire, ne peuvent pas être seulement là pour sublimer les américains qui les habitent et leur sacro-sainte authenticité. Presque inévitable est le message de paix et de fraternité. Peut-être la part de création la plus féconde naît de l'attitude toujours juvénile, de ce son incroyablement ouvert. Pas innocent dans une contrée où il faut plus que jamais décider comment affirmer son identité : en s'ouvrant aux autres ou en restant entre soi. Du moins si le fric n'était pas le seul enjeu. 

Si les ballades sur My Way or the Highway profitent particulièrement de la guitare désinvolte et grandiose et des accords simples de Hopkins, le rock texan attaque avec Gaslighter. La voix est plus éraillée, la leçon du temps passé répartit de façon cinglante. A la manière du Crazy Horse, Rich Hopkins trouve sa meilleure jouvence dans le fait d'approcher la guitare avec une candeur adolescente. Quand Nowak chante sur Want You Around, on croirait entendre Slowdive revisiter la chanson qu'ils ont écriture quand ils avaient 20 ans, alors qu'ils tombaient amoureux l'un de l'autre en même que de la musique. L'impression d'un son quasi shoegaze est soulignée par la production soignée, bien plus lisse, que leurs impressionnants concerts, les effets sinusoïdaux appliqués dans If You Want to, 8 minutes de fraîcheur ou authenticité rime avec pureté de la passion. L'ardeur est bien celle de l'émergence d'un nouveau rock dans les années 90, mais le son s'est arrondi, presque compatible avec la country pop des radios locales. L'instrumental de folk latino Lost Highway semble une méditation sur le sort incertain des routes de frontière. 

Partout l'amour triomphe, à mille années lumière de l'insolence télévisée. Plus loin, I Don't Want To Love You Anymore est animée de la même éternelle jouvence. Elle culmine dans cette démonstration d'un son profondément personnifié sous son apparence assez générique. Hopkins véhicule cette idée que la musique peut tout, il s'amuse à prouver encore une fois à quel point elle est indispensable à sa vie. A découvrir si on aime déjà Chuck Prophet.



mercredi 4 janvier 2017

{archive} MICHAEL FRANKS - Tiger In The Rain (1979)




OO
élégant, romantique, sensuel
rock laid back, jazz


Si écouter la musique de Michael Franks peut être comme respirer un peu d'air frais, découvrir son histoire l'est aussi. Pour commencer, il a composé plusieurs morceaux et joué guitare et banjo sur l'album Sonny & Brownie (1973), de Sonny Terry et Bobby McGhee, un sacré moment de fraîcheur lui-même, un disque country blues parfaitement produit avec son piano et son harmonica d'anthologie. Tiger in The Rain est produit par John Simon (Leonard Cohen, Janis Joplin, The Band...) Déjà, avant même de l'entendre, on peut commencer à se détendre. Si c'est l'hiver dans vos contrées, de préférence en compagnie d'une Piña Colada ou autre cocktail latino stéréotypé. Franks le mérite bien : ce qui démarque cet album, c'est sa conviction latine, dorée dans un hédonisme quasi licencieux. Underneath the Apple Tree, Jardin Botanico
... De quoi rendre attractif un chanteur dont la voix est si douce qu'elle lui vaut d'être relégué avec le jazz un peu honteux. A mon sens, il s'agit d'un rock, extrêmement laid-back, avec du swing mais pas réellement du jazz, ni surtout dans la veine molle. Le tempo latin et les percussions les plus sensuelles, telles le vibraphone, n'empêchent pas le saxophone de marquer une chanson Hideaway par exemple, où l'on est en territoire jazz pour le coup. Cependant même après avoir entendu la chanson titre, tellement feutrée, on rechigne encore à le comparer à des combos jazz propres sur eux ! C'est comme qualifier les Walker Brothers de simple groupe de pop sixties... C'est peut être encore son introspection folk (Living on the Inside) qui séduit.
Tiger in The Rain dissimule. Il s'offre à qui s'attarde. Car Franks est le preux détenteur d'un doctorat en Littérature Américaine. Ce qui lui permet de jouer, en demi teinte, l'homme compassé : « All these books upon your shelves/Did they teach you how to kill yourself/Not even Sigmung Freud/Can save you from the love you destroyed. » (When it's Over) Il n'est pas en reste du point de vue musical, puisqu'il a collaboré avec Ron Carter, Flora Purim, Carla Bley, Michael Brecker, Dean Parks, Steve Gadd, Kenny Barron, Larry Carlton, Ernie Watts, Bucky Pizzarelli, et beaucoup d'autres musiciens à découvrir. Tiger in the Rain crée un monde parallèle pour une Amérique vivant parfois dans un paysage gris de montagnes (l'Utah?), sans parler de villes laides (Los Angeles?), sans loisirs, c'est le parfait moment de détente après une dure journée de travail, surtout au vu de la nature du travail en question. Il apporte une élégance, un sens esthétique entre les critères duquel ont peut tous trouver une bonne raison d'écouter. La voix de Franks, si inoffensive et si peu menaçante, pourrait bien en détourner certains de son objectif : vous leurrer ou vous inciter à examiner de plus près son oeuvre.
Ainsi, ' le pays de Sampaku', contrée imaginaire dont il est question au début apparaît au premier abord un lieu voluptueux. Un endroit sauvage d'où le narrateur est avisé d'échapper, une 'femme aux yeux bruns' le prévenant que 'cette vie empoisonnée sera ta perte'. C'est la fin d'un voyage de jeune homme, pour devenir la percée, par petites touches, d'un gandin plus mûr à sa façon. A la façon de M Craft dans son album Blood Moon, on l'imagine nous mettre en garde, à nous rendre plus attentifs à la nature environnante, même lorsqu'elle semble invisible.
Chez Franks, les secrets ne sont pas seulement cachés dans le paysage, mais dans la langage aussi. 'Sanpaku' est un terme du chinois ancien, que l'on peut traduire par 'trois blancs'. Il se réfère à l’œil et la pupille humaine, et comment, selon le dicton, si le blanc des yeux est visible sou la pupille il s'agit d'un 'œil de sanpaku' qui est souvent le propre des drogués. Justement, le narrateur de la chanson a l'air sur le point, non seulement de se trouver, mais de mettre fin à ses jours après avoir mâché une plante hallucinogène... Depuis la pochette du tableau iconique du douanier Rousseau, le compositeur nous incite à chercher quelque chose d'imprécis mais de réel, et c'est peut être ce qui fait que les fans sont unanimes : Michael Franks relaxe aussi bien le corps que l'âme.

01. Sanpaku.
02. When it’s over.
03. Living on the inside.
04. Hideaway.
05. Jardin botanico.
06. Underneath the apple tree.
07. Tiger in the rain.
08. Satisfaction guaranteed.
09. Lifeline.


A écouter aussi : The Art of Tea (1975)

dimanche 6 novembre 2016

HOPE SANDOVAL & THE WARM INVENTIONS - Until The Hunter (2016)




OO
romantique, onirique
Country soul, atmosphérique, dream pop

Hope Sandoval, 50 ans, nous procure encore une expérience sensorielle unique et nécessaire avec Until the Hunter, qui parle de ce que le temps nous prend, de ce qu'il offre en échange, dans une approche contemplative et une candeur plutôt tragique. C'est une œuvre où la présence sauvage est palpable, l'ensemble des affections de Sandoval sonnant encore positivement comme au sein d'une nature capable de nous subjuguer. D'ailleurs, je conseille d'écouter ce disque en déambulant dans la campagne, ou en bord de mer...

Le côté mutique, liturgique, et homogène de Bavarian Fruit Bread (2001) s'est atténué, le rythme lancinant auquel vont les chansons n'a pas changé. Sandoval a la bonne idée de se faire seconder par Marie Sioux sur plusieurs d'entre elles.

Until the Hunter s'installe avec une chanson vraiment différente de ce à quoi nous sommes habitués, Into the Trees, qui démarre comme Shine on You Crazy Diamond de Pink Floyd et se révèle une plongée atmosphérique de 9 minutes dans un puits de tendresse un peu effrayant, nous emportant vers un inconnu enivrant. C'est une pièce progressive, cousine de Lose Me On the Way, à la fin de Bavarian Fruit Bread. La même batterie étouffée, jouée avec des maillets.

Par la suite, les influences country ou blues ou folk sont d'une subtilité renversante, les échos utilisés à bon escient. Sandoval a t-elle chanté une chanson country soul plus renversante que The Peasant par le passé ? A Wonderful Seed est le réceptacle d'un lyrisme singulier. L'album est méticuleusement construit, fascinant dans ses méandres qui conduisent à un dénouement exalté. On recherche des traces de l'affirmation de Sandoval comme une femme aux histoires vécues, plutôt qu'aux illusion perdues. Mais c'est sans compter sur une personnalité qui s'est toujours distinguée par un regard mélancolique et une attitude fuyante.

Même les chansons dépouillées gardent leurs effets de style leurs délicieuses distinctions avec le glokenspiel comme fil conducteur. I Took A Slip est sans doute la plus fascinante et représentative d'un album qui déploie à bon escient une énergie qui nous interdit de les qualifier d'endive molle. Elle utilise cette force d'évocation pour suggérer de nous guider dans des temps, dans des lieux de rêves, c'est à dire plus accessibles et familiers que nous ne l'aurions pensé, d'abord, pour nous en détacher. Le spectre de lumière froide que Sandoval projette sur ses chansons leur donne pourtant une fraîcheur inattendue.

The Salt of the Sea et Liquid Lady opèrent dans un genre de pop seventies plus ouvertement séductrice qui les rapproche de Widowspeak, un groupe largement inspiré par eux.

On a toujours préféré les chansons des Warm Inventions avec un groove, l'entendant jouer une sorte de soul lancinante. C'était le cas dès Around my Smile, sur Bavarian Fruit Bread. L'artiste s'y révèle dans une assise spectaculaire, intemporelle, crée un monde dans lequel on veut dès lors rester. Il est encore question de groove sur Until the Hunter. «C'était un honneur total de chanter sur ce beau groove de soul hypnotique avec des pointures comme Hope, Colm 'O Ciosog, batteur) et les autres musiciens impeccables. Répondre à l'appel de Hope dans la chanson, qui réclame de la 'laisser y parvenir' donnait un sentiment de vérité qui me donnait des frissons tandis que je chantais, même si je savais qu'ils y sont déjà arrivés, là, bien avant que je n'y mette les pieds » raconte Kurt Vile de l'enregistrement de la chanson qui a en premier exposé l'album au public, Let Me Get There.

Les contemplation prend ici la forme d'un duo qui paraît bien ses sept minutes 30 secondes, mais réserve des raisons de sourire. Kurt Vile sait se rendre amusant, par exemple en répondant d'un petit 'oh !' de plaisir quand Sandoval remarque : Everybody here knows you're the fine one ou en prenant ostensiblement cette chanson traînante pour ce qu'elle est, en chantonnant la mélodie d'un ton goguenard et bluffeur avant la fin du morceau. Il y a tant de petites joies en prendre en compte dans cet album (le violoncelle sur The Hiking Song...), dont la tristesse est atténuée par une distance mystique, quasi médiévale par moments.

lundi 11 avril 2016

ABERDEENERS - Rewind to The End (2016)






O
Communicatif, romantique, orchestral
Indie rock cuivré, harmonies vocales, folk


Reprenant la formule communautaire qui a donné en 2016 des fulgurances chez Scott Nolan, par exemple, les français (de Clermont Ferrand) d'Aberdeeners travaillent leur jumelage (avec l'Écosse) en collectif. Dans le cas de ce groupe qui a déjà fédéré un large public, preuve qu'il est possible en France de jouer et de produire de la musique dans la tradition d'une bonne formation anglo/canadienne. 


Ils visent le pop rock choral, que de riches arrangements de cuivres, les portent à un niveau exaltant. On apprécie comment les voix de Damien Boutterige, Yvan Cusumano et Victor Lafarge concordent, produisant une ferveur qui évoque Dry the River, l'archétype du groupe de rock anglais puisant son agilité mélancolique dans le folk. October est une chanson importante de cet album, profonde et émouvante, dans la recherche d'un mouvement plus intérieur. 80 Windows, une reprise de Nada Surf, complète ce revirement, dans un lyrisme rappelant Shearwater. Après ça, l'album ne sera plus comme avant : Happy Accident est une délicieuse cavalcade romantique qui tire le meilleur pari des arrangements concoctés et interprétés par Aurélien Gendre et Geoffroy Proye. La même vibration romantisme séducteur traverse le disque jusqu'à Little Lady, et ses harmonies très Beatles. « We could make love just one more time » Let it go, chantent t-il à la fin, comme un écho à Let it be... Morning Haze conclut (momentanément) ce tour de force par une belle orchestration. Le charme de cette croisière enflammée opère encore, dans les minutes qui suivent...



A rapprocher aussi de Stanley Brinks. 

dimanche 27 septembre 2015

RICHARD HAWLEY - Hollow Meadows (2015)







OO
vintage, romantique, lucide
Country anglaise, crooner



On a presque peur, avec Hawley, que la formule change. Au moment de sortir son huitième album, pourtant, il semble retourner, au contraire, aux vibrations les plus dépouillées et nourricières. On craint toujours qu'il veuille expérimenter et s'éloigner des sons si rétrospectifs qui habitent sa musique. Depuis l'utilisation d'un armonica de verre (sans 'h') sur As The Dawn Breaks, on recherche dans sa musique le pouvoir révélateur de cet oxyde de silicium, éclaté et éclairé de mille teintes comme ici. Hawley comme la libellule noire d'un livre qui sublime les couleurs de l'étang.


On veut le retrouver sans franchement être surpris, admirer sa collection de guitares (il en utilise une vingtaine sur cet album). Truelove's Gutter (2009) était son meilleur album. Sur Hollow Meadows, on croirait entendre parfois un Willie Nelson anglais, tant le crooner emprunte à une country posée à plat (la guitare slide de Martin Simpson sur Long Time Down...), tranquillisante et pourtant sombre.


Outre un beau cycle de ballades romantiques et nocturnes, le clou de l'album ce sont les arrangements, forts en torpeur omnisciente. ils illustrent exactement l'idée d'une traversée du territoire de Hollow Meadows - ou Auley Meadows, une terre aux environs de Sheffield à laquelle la famille Hawley est liée corps et âme, et a peut-être donné le nom - par ce parangon du crépuscule. Nothing Like a Friend et Welcome the Sun nous emportent loin. L'ampleur de la première est dosée par la basse Rhem Kee de Jarvis Cocker. L'mour pour les instruments de musique est parfaitement audible, encore une fois, et c'est pour cette raison que l'album fait bien de rester simple. Heart of Oak, la chanson la plus entêtante (et la mieux chantée ? ) placée en avant dernière position, permet de rester avec cet air protecteur dans la tête. "Can't be bough or sold this heart of oak"...

jeudi 24 septembre 2015

DESTROYER - Poison Season (2015)






O
romantique, élégant
rock alternatif, pop

Le chanteur de Destroyer est sans doute plus heureux à chaque fois qu’on le compare à Bowie, même si ce n’est pas son intention au moment d’enregistrer ses albums en forme de cycles de chansons pop – rock – (pour la base) jazzy (désormais). Ses intentions sont du domaine de l’indicible, pourtant il reste par l’élégance, par la poésie pas guindée mais passionnée, dans le giron d’un classicisme sans vanité.
Bejar reste incapable d’éprouver, à la sortie d’un nouvel album, aussi triomphant soit t-il, autre chose qu’une sourde insatisfaction. Poison Season a été enregistré à toute vitesse, car le groupe avait été rodé avec le charmeur Kaputt (considéré ici comme le premier grand album de la décennie 2010). Il a été départi de ‘ses deux plus grands tubes’, selon une interview récente. Mais servir le cycle des chansons ?! La référence au Song Cycle (1972) de Van Dyke Parks est dans le son, aussi. 

Pour ravir de nouvelles mentions de Bowie ici ou là, Dan Bejar sait y faire : il donne toujours une grave insouciance à ses ballades. Ce qui donne peut être un peu l’impression qu’il ne prend pas les choses au sérieux, détourne l’attention de sa prose cryptique et pourtant généralement exquise… Bangkok échappe à ce soupçon de légèreté pour toucher au romantisme juste. Juste beau. Girl in a Swing, coincée entre la chanson la plus maitrisée de l’album, The River, et Times Square, le lieu qui sert de métaphore à toutes les amours impossibles (un lieu décrit par Bejar comme le comble de l’atrocité), mérite une attention particulière. The River… Times Square… On pourrait être chez Lou Reed, comme s’il s’agissait de miettes de personnages laissés par le Maître. De nombreux détails édifiants restent à découvrir pour ceux qui aiment leur pop riche et passionnée. (‘Oh Shit ! Here Comes the sun’ sur un saxophone criard sur l’assourdissant Dream Lover…).


En bonus :















mardi 1 septembre 2015

BUBBLES BROWN - Mt Gilead (2015)




oo
romantique, fait main, intemporel
blues électrique 

Elles n'est pas belle, cette pochette ? Du blues rural avec guitare slide électrique et percussions diverses, dont la fameuse washboard, par un duo de l'Indiana, La plupart des chansons de ce premier album généreux onbeaucoup de charme (Mary's Anne's in Love...), celles qui restent sonabrasives et énivrantes (Bought  & Sold, Touch Me Don't Love Me, Sugar Bowl Blues). Leur forumle rappelle bien sûr Left Lane Cruiser et The Black Keys. Le prénommé Bubbles Brown, quand il quitte sa rude voix de fermier, a une voix haut perchée qui soudain peut rappeler celle d'un Father John Misty. Par contraste, Bloodshot Moon est  comme un serpnt à sonnette agonisant sous une botte en cuir de vache. Une musique de durs jouée par des cœurs sensibles.

http://bubblesbrown.bandcamp.com/album/mt-gilead

dimanche 23 août 2015

THE WHITE BIRCH - The Weight of Spring (2015)





OO
Lyrique, intimiste, romantique
slowcore, folk

Un an d’écoute de disques, c’est solitaire. Certaines chansons éclairent cette solitude, pas pour nous faire sentir moins seuls, mais pour nous plonger plus loin au cœur de l’engagement qu’on a pris de continuer. Pas seulement par plaisir, se dit t-on, mais parce ue, comment s’évaderait t-on autrement ? Les barrières sont de tous les côtés, alors quand il s’agit d’en sauter une pour accéder directement à l’émotion, on ne se fait pas prier. C’est le cas avec le groupe de slowcore norvégien The White Birch, et leur chanson – la mélopée Solid Dirt - est l’un de ces moments où, arrivé à une étape de l’année, en plein isolement, on se sent éclairé de l’intérieur par un certain romantisme. 

La lenteur ne semble pas, au premier abord, la façon idéale de se donner du cœur à l’ouvrage. Mais la matière musicale la plus profonde fait fi du minimalisme ou de la lenteur. De surcroît, The White Birch sonne comme un projet/groupe vieux. Au sens de vénérable. Débuté en 1995, ils n’y avait pas eu d’album depuis 2005. C’est que Ola Flottum compose, sans surprise, des musiques de film. 

The Weight of Spring est cinématique dans le sens où il amène une intrigue, comme Supper, le disque de Bill Callahan . Ici, pas une mais trois chanteuses, dont l’apparition inoubliable, à la mi-temps d’une chanson titre de 6 minutes, de Ingrid Olava. Cela vient après Winter Bride, le moment le plus soporifique de cette œuvre. Dès lors, pour, pour ne pas lasser, l’album enchaîne les duos et les moments d’une grâce inespérée (The Hours, Lantern…). Au-delà du piano, le violoncelle est l’instrument de prédilection de Ola Flottum, qui sait ainsi laisser dériver son œuvre à la mélancolie autonome plutôt qu’écrasante.

samedi 9 mai 2015

LORD HURON - Lonesome Dreams (2013)





O
vintage, romantique
Indie folk, americana

Chronique écrite dans le cadre d'un article pour Trip Tips 26

Sur cet album, Time to Run profite d'une coda où le rythme d'un train répond à des choeurs lointains. Lord Huron est un groupe ancré dans le passé, dans un monde la communication passait par le télégraphe et les relations amoureuses revenaient à scander son amour impossible face à la vallée. Heureusement, Lord Huron fait en sorte de rendre chaque couplet entraînant, chantant dans un tempo soutenu. On pense parfois à la pop d'un autre monde telle que l'a imaginée Animal Collective. La simplicité initiale de Lord Huron les apparentent sur Lonesome Dreams à des répliques moins fabuleuses des Fleet Foxes, comme eux perdus dans le temps. C'est dû au fait que le parolier Ben Schneider, comme Robin Pecknold, est du type à poursuivre des obsessions naturalistes. Si aucune autre inspiration équivalente à cette contemplation maniaque et tétanisante ne vient la recouper, la vapeur que le groupe dégage à couvrir ces distances finira par faire détraquer la locomotive, et le groupe s’essoufflera. Mais comparer le groupe aux Fleet Foxes dont ils se rapprochent beaucoup – harmonies, structures des chansons – ne doit pas servir des critique, les Fleet Foxes étant d'ailleurs suspendus depuis l'existence de Lord Huron dans un lieu incertain, et leur musique n'était désormais plus qu'un lointain souvenir de ce qui a pu fonctionner. Pourtant, la légèreté d'une chanson comme The Man Who Lives Forever avec des percussions et tonalités exotiques, fait renouer le groupe avec un style de pop plus affirmé. Tout en faisant inexorablement progresser la thématique temporelle de l'album. On pense aux sonorités fantaisistes de Memory Tapes. Lullaby continue dans un ambiance plus insulaire encore apportant avec son marimba la preuve que la frontière mexicaine a été largement traversée, jusqu'en Amérique du sud. C'est le cas de toute la deuxième parie de l'album, séquencé comme un voyage, si bien que les textes finissent par apparaître ce qu'ils sont sans doute : un prétexte à embarquer.  

vendredi 30 janvier 2015

GREYLAG - S./T. (2014)



O
romantique
Folk rock

En anglais, on dit souvent qu'un label est une 'maison'. Et c'est vrai. Peu importe la distance qui sépare les groupes de leur label, il finissent par s'y retrouver. Franchir une telle distance est le processus naturel pour un groupe souhaitant conjurer d'autres atmosphères que le rock. S'échapper des formats donne la liberté de ne pas se faire témoin d'expériences vécues à l'excès, comme le rock n' roll. Greylag s'imprègne, englobe et atteint au-delà de l'intimité dans laquelle il crée. Ce trio parle des hasards de la vie sans doute, comme celui qui a réuni trois jolis poulains élevés dans des endroits très différents, Andrew Stonestreet (Chant, guitare acoustique), Daniel Dixon (divers instruments à corde, claviers) et Brady Swan (batterie). On imagine les blagues croisées sur le Texas et la Californie. Greylag combine les évocations de Led Zeppelin période III (et ces groupes capables de mêler le feu rock n'roll avec la méditation de hautes sphères 12 cordes), et celles d'influences plus déroutantes comme les islandais Sigur Ros. Greylag est le nom anglais de l'oie sauvage, ce qui ne fait pas passer toute la majesté rock que vise le groupe, même si une métaphore pour 'voir le monde d'en haut' a ses avantages. Difficile, pour un label, de retenir au sol un tel groupe ? Tant mieux, les chansons développent une atmosphère plus vibrante, voire romantique (Yours to Shake), que sur le premier EP The Only Way to Kill You. Et le producteur des Fleet Foxes, de Band of Horses ou des Shins donne une ampleur 'naturaliste' et un sérieux auquel le groupe échappe dans les moments les plus mordants. Dead Oceans a permis à Greylag d'atteindre d'autres horizons, les a inspirés et poussés à embrasser complètement leurs rêves. Ces labels de taille moyenne ne jouent pas nécessairement le rôle de découvreurs de talents, mais donnent à de petits groupes la capacité de se développer et d'honorer leur nouvelle maison. « Le son exploratoire, plein d'émerveillement de Greylag est la pointure parfaite pour Dead Oceans. »

lundi 27 janvier 2014

THE NEW MENDICANTS - Australia 2013 EP (2014)

 
 


O
romantique, apaisé
folk-rock, indie rock

Je n'ai pas l'habitude d'acheter des EPS, mais celui ci joue le rôle de souvenir pour un concert des New Mendicants à Saint Ouen le 26 janvier (hier), où tout le public s'est rendu à leur indie rock 'gentil'. Une musique sentimentale, avec harmonies vocales dans l'esprit Californien et glokenspiel à l'appui. Des chansons à la simplicité touchante et qui plongent dans un état de bien être profond. Sans prétention de la part d'un ex-Teenage Fanclub, Norman Blake, pour qui le seul plaisir de jouer et de chanter des mélodies 'pop' est le moteur de la collaboration. Les chansons au cœur de cet EP, Follow You Down, High on the Skyline, étaient parmi les plus beaux moments du concert. I Don't Want Control Of You, écrite par Blake, a été présentée comme 'l'une des plus belles chansons pop de notre génération' par son acolyte Joe Pernice.

Le groupe partageait sa loge avec Cass Mc Combs, et pouvoir échanger trois mots et se faire dédicacer les albums par l'un et les autres était un point fort de la soirée !

mercredi 1 janvier 2014

DAUGHTER - If You Leave (2013)



OO

sombre, romantique, soigné
indie rock

Ce qu’il y a de plus magique avec le premier album du trio Daughter, c’est qu’il vous faudra bien quelques minutes pour passer l’euphorie du premier contact pour réaliser à quel point les chansons sont désespérées. If You Leave est l’un de ces albums aussitôt confortables, ceux pour lesquels on sait, avant même de les comprendre, qu’on les écoutera en entier. Il n’y en a pas beaucoup, et c’est un attribut de la musique du groupe que de se distinguer par sa franche excellence – la précision avec laquelle le guitariste Igor Haefeli et le percussionniste Remi Aguilella sont parvenus à produire une orchestration, des thèmes musicaux pour accompagner, voire précéder la voix d’Elena Tonra. Le son est vaste, profond et riche au point qu’il serait vain de le rattacher à un style. Les sons trouvent peut-être une référence quelque part, mais Haefeli les joue avec un état d’esprit tellement transi qu’il fait percer l’émotion avant de donner la sensation de d’être affilié à une école musicale. Quelques notes de guitare tempérées transforment Winter, la chanson d’ouverture, en lui insufflant une sorte d’aspect dramatique. C’est comme si des sons glacés se réchauffaient à travers lui et le groupe pour trouver leur beauté originale, leur indépendance. Les anglais de The XX n’en sont que les ombres projetées et mornes. 

Elena Tonra n’avait pas l’intention de faire un grand disque. Elle voulait une musique confortable, dans laquelle elle se sentit en voix et en confiance, dont elle fit l’expérience aussi bien que des sentiments qu’elle décrit. Dès Winter, les ambiances sont autant faites pour saisir les sentiments que pour les émanciper. La chanson s’arrête, le temps de libérer plus d’espace, de se polir, de trouver son chemin avec une hésitation que la pop ne pourrait pas se permettre. C’est cette osmose entre la chanteuse et son environnement sonore qui définit le mieux Daughter, et qui peut parfois rappeler Portishead. 

A cause de ce qu’elle chante, certains ont vu dans If You Leave presque une menace : comme ces fantôme japonais qui émergent d’un puits et se dirigent sur vous pendant que vous demeurez médusé. C’est qu’avec « Ne te projette pas à demain car je sais déjà que je vais te perdre », sur Tomorrow, par exemple, elle est incapacitante, nous laissant entre deux saisons, inaptes à décider ce que nous ferons, sur le plan sentimental, pendant les prochaines semaines. L’amertume et le sentiment d’une rupture non seulement amoureuse, mais avec l’âme de chaque homme en particulier, semble totale lorsque Tonra écrit et chante. If You Leave décrit dans une gaze enivrante l’effet que peuvent produire les anti-dépresseurs et la nécessité de reproduire et de changer une émotion en art seulement pour se persuader que l’on en ressent encore. C’est pour cette raison que la musique est si caressante : parce que Tonra en recherche les effets réconfortants bien davantage que nous.

jeudi 17 octobre 2013

{archive} TOWNES VAN ZANDT - S/T. (1970)



OOOO
doux amer, pénétrant, romantique
folk
Cet album de Townes Van Zandt fait par instinct écho à certaines des propres réalités de l’auditeur, qu’il soit anglo-saxon, français ou de n’importe quelle partie du monde, pour peu qu’il écoute vraiment. Bien plus que ses excursions country rock, le folk de Van Zandt est confiant et pénétrant, trois chansons de cet album en particulier – For the Sake of the Song, Waitin’ Around To Die et I'll Be Here In The Morning - étant des versions retravaillées, plus frappantes que dans leur version d'origine. La mélancolie (les Tindersticks ne s’y sont pas trompés), l’honnêteté et la clarté prouve qu’entre les mains d’un grand compositeur et parolier la chanson folk est le meilleur moyen musical possible à l’échelle d’un seul homme : des chansons qui, paradoxalement, ne vous laissent jamais seul, mais plein d’histoires, et ne laissent jamais votre humeur au repos : Van Zandt, disparu en 1997, avait la capacité de vous abattre pour vous relever au détour d’une palabre romantique et humoristique.

L’accompagnement est relativement minimaliste sur cet album. Guitare en picking parfaitement enregistrée, percussion traditionnelle (tambourin…), harmonica désertique, violon ou flûte, rarement plus d’un instrument supplémentaire par chanson. Lorsqu’il ne reste que la guitare et la voix, comme sur Colorado Girl, le résultat a enthousiasmé Steve Earle au point qu’il qualifie Van Zandt de plus grand songwriter de tous les temps – il était prêt à sauter à pieds joints sur la table de cuisine de Dylan pour le dire, avant de se rendre compte que Dylan était déjà presque convaincu – , avant de reprendre la chanson sur un album entièrement consacré au Texan disparu. Encore inspiré par le mordant de Van Zandt, qui lui-même avait admiré Hank Williams, Earle appellera son album suivant ‘I’ll will never get out of this world alive ». Townes Van Zandt accoudé à sa propre table de cuisine, semble avoir consigné dans le tiroir un héritage qui sera toujours à redécouvrir dans trois cent ans.

jeudi 3 octobre 2013

BILL CALLAHAN - Dream River (2013) (1)

 
listen while you read !


 
OO
lucide, romantique, élégant
folk, folk-rock
 
Sur Dream River, Bill Callahan continue à étudier la condition de l'homme occidental, qui sans intervention divine en vue (depuis que dieu a été 'mis de côté' sur la chanson Faith/Void) doit continuer à mener son existence. Mais comme il existe toujours une évolution quasi-naturelle dans l'existentialisme du grand songwriter américain, il s'attache avec ce nouvel album à décrire les vies des hommes en général, du point de vue romantique, même si cela doit le mener à un peu de naîveté.
Apocalypse donnait en perpective un portrait de l'artiste lui même, face à la quantité de ses chansons, ses perceptions déjà détaillées et enregistrées au cours d'un riche passé musical – il a désormais plus de 20 ans de carrière. Plus que jamais, chacune des sept chansons de l'album était faite pour marquer un temps, une saison, ou un jour de la semaine. Le lundi, avec Drover, il partait se confronter, avec une intensité que le peintre Paul Ryan avait bien imaginée pour son tableau Apocalypse at Mule Eears Peak, la 'montagne aux oreilles de mule', aux réalités du Dehors, remarquant que cela le faisait redevenir complètement lucide et pertinent. “J'ai remis ma montre à l'heure du clocher/il était grand temps !” C'est comme si c'était la première fois que Callahan trouvait autant de sens dans des mots simples et des comportements de plus en plus instinctifs. Il préparait le terrain pour son album le plus cohérent. Le jeudi, sur Universal Applicant, il démontrait enfin une bonne fois pour toutes qu'il ne souhaitait être que lui-même, fusionner tout les personnages qu'il avait été auparavant. Kidnappé, soumis au jugement des animaux sauvages, il tient tête et donne encore une leçon d'affirmation de soi. Le samedi, Riding For the Feeling faisait intelligemment miroiter l'effet de sa propre oeuvre passée, aussi disparate soi-t-elle, lui donnant sa limpidité à travers un sacre de printemps qui en faisait son 'apocalypse.' Une façon de l'assimiler, en même temps que lui, à la nature envirronnante.

Les thèmes d'Apocalypse auraient pu faire l'objet de toute l'oeuvre d'un artiste, mais Callahan a trouvé le moyen d'aller plus loin. Et comme il s'agit de musique, il a d'abord humé l'avenir et cet album, Dream River, de ce point de vue. Il le voyait comme un retour à plus d'étoffe sonore après avoir qualifié Apocalypse d'album 'squelette'. Ce qui dans le jargon de Callahan signifie des chansons telles que la belle dérive au piano One Fine Morning, et qui pour le folk en général est un adjectif de très bon augure. Les squelettes sont toujours faits pour servir de treilles à de nouveaux fruits. Mais de toute façon, Dream River ne s'étoffe pas de façon conventionnelle. Plus que jamais maintenant que le groupe – le guitariste Matt Kinsey en tête - sait exactement comment expérimenter, Callahan y peint les sons.
Sometimes i Wish we Were an Eagle profitait de beaux arrangements de cordes, qui, avec un jeu de guitare sous-estimé pleinement mis en valeur et la voix triomphant plus que jamais dans sa gravité et dans sa nuance, aurait du élargir le public de Bill Callahan. Dans un monde ou les thèmes de communion avec la nature, les mots simples évoquant la sensualité ou le vol d'un oiseau et l'humour batifolant auraient eu plus de poids que les grandes productions filmiques érigeant les catastrophes planétaires comme seule issue possible, cet album aurait du être le produit culturel de l'année. Dans la société, Bill Callahan sait se maintenir à l'écart de ce qui semble artificiel et qui n'est pas essentiel, comme il le fait des termes trop difficiles. Il a le bon goût de remplacer la trivialité populaire par l'humour, par la candeur forcée et par des mots qui réduisent l'action à une seule scène. Dans Summer Painter, sans doute la chanson la plus en phase avec la fougue électrique de Kinsey, un peintre (la peinture est, encore plus que le cinéma, l'art qui inspire Callahan à ce point de sa carrière) passe l'été à former les lettres des noms de bateaux, tandis que 'les castors construisent des barrages autour de moi'. D'une façon absurde, quand l'automne vient et que le peintre doit s'arrêter, il réalise qu'il ne peut vraiment faire autre chose, comme les castors et leurs barrages ; et la superstition locale voudra qu'on le soupçonne d'être à l'origine de l'ouragan qui se déclenche dès le moment où il lâche son pinceau, car l'ordre des choses était qu'il continue à rester en osmose avec l'eau qui l'environne. Callahan compare les habitudes des hommes à des données naturelles, et la société ne fonctionne qu'en symbiose avec son environnement. Il a été comparé pour cela à l'écrivain Raymond Carver.

à suivre

mercredi 13 février 2013

HAYES CARLL - KMAG YOYO (And other American stories) (Lost HIghway, 2011)

 
OO
Doux-amer, romantique, ludique
country, rock, americana

Hayes Carll semble faire partie de ces quelques êtres sensibles et agaçants, de ceux qui se comportent comme des orphelins élevés par une tante détestable qui aurait essayé de s’en débarrasser en les envoyant à l’armée (l’adage Kiss My Ass Guy You’re On Your Own qui donne son nom à l’album est un code de soldat). De ceux qui en fuient le conflit en un temps record parce qu’ils ont de prétendus mal de dos, et qui décident ensuite de multiplier les petites mesquineries à l’égard des femmes qu’ils fréquentent, afin de se venger de l’éducation qu’ils ont reçue, avant de leur écrire en secret des lettres d’amour déchirantes, à demi-sincères seulement, sans les envoyer. L’avantage avec Hayes Carll, c’est que l’imaginer ainsi, au vu de ses chansons, le rend encore plus crédible. Le natif d’Austin, Texas, est parti pour rester un songwriter doué mais d’apparence erratique, qui cultive les vengeances dans un coin de la pièce, réussissant à tourner par poésie interposée les vraies injustices en absurdités avec un talent fourbe, tout en se fendant régulièrement de chansons romantiques presque nobles, telles Chances Are ou Bye Bye Baby sur le nouvel album : « Now the drunks have turned to strangers and the stars are out of tune, as I think about the one who might have saved me. I know you’re out there somewhere between the highway and the moon. Oh, bye-bye, bye-bye, baby. » On a qualifié Carll de « Charles Bukowski de l’ère des anti-dépresseurs ». A l’appui de la thèse, dans l’excellente Hard Out There, la dérision du musicien dans la bouche d’un de ses personnages : « You ain’t a poet, just a drunk with a pen."

Ma chronique en entier sur le blog Faust Sceptik

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