“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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jeudi 28 mai 2015

OTHER LIVES - Rituals (2015)





OO
élégant, soigné, 
Indie folk, orchestral

L’attente accumulée pendant les quatre années qui ont suivi Tamer Animals semble avoir déboussolé les amateurs du groupe, qui s’attendaient peut-être à ce que la tension cinématique de cet album suscite un grand mouvement passant les codes et les mythologies de l’Amérique rurale au filtre d’une élégance éperdue. S’il y a une confirmation, c’est qu’Other Lives persistent dans l'élégance éperdue' et endossent l‘autre facette de l’homme , animal 'le mieux dressé' qui est de se laisser entraîner, dériver, divaguer. Ce n’est presque pas une surprise, si, prêtant une oreille distraite à ce disque, il est si déroutant, sans début ni fin.

En comparaison, Tamer Animals (et son single hanté par l’ambition d’un personnage de cinéma, For 12), était limpide dans son Americana, évoquant un western existentialiste. L’album marquait la nécessité de choisir son camp, du point de vue musical et émotionnel. L’indie folk ne contient chez Other Lives qu’un fil ténu de séduction et d’humour, remplacés par une pleine mélancolie et une résignation passant par toutes les teintes de l’ocre jaune du désert aux sépia de la poussière. Cet album-là, dû à un quintet, décrivait leur vie dans l’Oklahoma. Le groupe a déménagé, emporté leur talents multi-instrumentistes et leurs passions pour des musiques non ‘populaires’ – leur charme autant que leur malédiction - avec eux. Pour ce désormais trio, l’essentiel était de rester centrés sur leur identité naturelle, définie par le mouvement, l’ailleurs, l’homme en lui-même et confronté au grand dehors.

« I could never decide » chante Jesse Tabish sur Beat Primal, une de ces mélopées explorant les multiples facettes de l’Homme, comme dans une tentative de figer l’indicible condition en une sculpture sonore de trois minutes et demie. Trois minutes et demie dans un album de près d’une heure, et cette question : combien de temps, cette fois, le groupe a-t-il pris pour choisir quelle musique enregistrer, et comment superposer les strates si nombreuses qui sont leur façon de faire – chaque chanson contenant par exemple entre 20 et 30 trames de percussions différentes ? Le groupe tient son talent de la volonté d’utiliser les sons comme des couleurs. C’est une contrainte qui peut donner des résultats illimités. Décrivant ce nouvel album, Jesse Tabish l’a qualifié  de vaste, étrange et multicolore – juste à l’image de la pochette, tout semble propulsé à partir de couleurs primaires se mélangeant en de longues traînées irisées. Dans une prouesse sous-estimée, ils plient une narration grandiose en une transe d’ethnologie lyrique.


Il ne faut pas trop se laisser happer par les profondeurs vertigineuses auxquelles nous convient le groupe et les douze musiciens invités à apporter des arrangements gracieux à l’album. Chaque chanson pourrait être définie par ce qu’elle tente de produire chez l’auditeur, et ce qu’elle provoque vraiment. Fair Weather et Pattern ne semblent qu’un avant-goût, puis vient la déclaration d’intention, Reconfiguration, qui dans sa vidéo sublime le thème du duel - ou de la dualité. New Fog et 2 Pyramids, au cœur de l’album, sont à chaque écoute une source d’émerveillement ; English Summer et ses arpèges précieux rayonnent, puis For the Last et ces notes évoquant celles de l’homme à l’harmonica dans Il était une Fois dans l’Ouest donne une dimension presque grandiloquente à cette beauté. S’il fallait ne retenir qu’une seul repère, on peut se saisir de l’affirmation de Tabish que nous sommes des ‘créatures de rituel’ sur la chanson-titre à la fin, une réflexion complémentaire à l’observation que nous ne sommes que les ‘animaux les mieux dressés’ sur le précédent album.  Quelques repères de plus seront nécessaires pour pleinement profiter de cette œuvre foisonnante, montrant un groupe à l’encontre des tendances, qui se laisse porter par sa propre maestria.  

jeudi 15 décembre 2011

Other Lives - Groupe de l'année 2011




Il y a un groupe sur lequel les membres de Radiohead sont tous d’accord, cette année, et selon Colin Greenwood, le bassiste du quintet anglais, le consensus est une chose sur laquelle il ne faut pas trop compter en temps normal chez eux. Ce groupe qui remporte tous les suffrages, c’est un autre quintet, de l’Oklahoma celui-là. « Il y a une beauté, une gravité, un pouvoir expansif et une mélancolie qui fait penser à Morricone», suggère l’aîné des Greenwood.

“Vivre entouré de ces paysages ouverts vers l’infini a influencé notre songwriting, explique Jesse Tabish, le chanteur, multi-instrumentiste et parolier du groupe. On voulait visualiser ces grands espaces et écrire la bande-son des plaines de l’Oklahoma.” Le résultat, des chansons bouleversantes aux harmonies complexes, est aussi bon car les musiciens de Other Lives ont la bonne attitude ; entièrement voués à produire la musique la meilleure possible, juste assez effacés derrière elle, tout en hésitant pas à la promouvoir à 100 % en proposant des vidéos somptueuses, dont la symbolique dépasse le contenu des chansons. Celle pour For 12 représente le voyage spatial du Jesse Tabish, et laisser deviner un groupe voulant donner l’impression d’être bien établis, ancrés dans l’inconscient de leur pays comme influences bienveillantes.

Formé en 2004 sous le nom de Kunek et enraciné dans une sorte de sévérité classique, c’est désormais un groupe d’americana, même s’il reste différent de tous les autres. Tamer Animals étoffe la pallette de son très bon prédécesseur éponyme, paru en 2009. L’album révèle au fil des écoutes force d’éléments suggérés – trains à vapeur, ambiances lumineuses ou crépusculaires, clins d’œil cinématiques. Il y a aussi le mystère de la relation de Jesse Tabish à ce qu’il chante : « I was waiting in the dark age/Searching for the ones in my life/I'm so far away » sur For 12, tandis que les cordes d’un quatuor s’élèvent et s’effacent comme dans la chanson de… Radiohead, How to Disapear Completely.


Avez-vous une inclinaison particulière pour la musique classique ?

Jesse Tabish : « Au cœur de notre pratique, nous sommes des passionnés de musique classique. C’est le plus gros de ce que j’écoute, aussi c’est un objectif que d’essayer de se rapprocher de ce monde, tout en restant capables de sonner comme un groupe contemporain. J’ai suivi des leçons de piano quand j’étais gosse mais Jenny [Hsu] est la seule qui ait une formation classique. J’enseigne la musique à Stillwater, je suis un professeur de guitare, ainsi, nous avons tous d’assez bonnes bases théoriques, mais pas aussi bonnes que nous le devrions. J’essaie d’intéresser mes étudiants à la théorie mais ils n’en font qu’à leur tête, ils veulent seulement jouer. »
La musique de Other Lives s’apparente en effet parfois à de la musique de chambre, telle qu’elle aurait été interprétée par les gens de la terre. Dans chaque chanson, le groupe ouvrage la relation entre une certaine qualité de textes et une façon d’installer des ambiances dramatiques réussies. Le fait que Tabish enseigne la musique donne au groupe une autre forme de maturité, déjà très présente dans le premier album.


Les chansons sont construites avec un art qui dépasse celui de la seule chanson folk. Il y a dans leur balancement une précision d’horloge, dans leur polyphonie le déclenchement d’une série de mécanismes aux effets persistants.


Jusqu’à quel point Tamer Animals est-t il un travail de groupe ?

« La plus grosse partie de la musique qui est écrite, c’est moi qui l’écris. Les paroles sont de Jon [Jonathan Mooney]et moi. Avec les autres, c’est un travail seul à seul. Par exemple, je vais montrer à Josh [Onstott] une mélodie encore grossière et il va lui donner une direction. Je tiens généralement compte de leur avis. Mais le plus gros de la musique, et des arrangements, je les écris moi-même. »

Other Lives est un groupe organisé autour de Jesse Tabish, qui a une prédominance sur le processus créatif. Dans le velours des arrangements, sa guitare et sa voix claire et lasse nous guident tout au long d’un improbable voyage, entre lieux fantasmés (Desert, Landforms), objets et créatures plus vrais que nature. « Un thème commun est la relation entre la nature et les gens », explique Tabish. Sommes-nous trop apprivoisés, comme il le suggère sur la chanson Tamer Animals ? Incapables de nous ouvrir à l’extérieur, de nous laisser béatifier par les immensités qui nous entourent ? C’est la même volonté de remise en cause existentielle qui a conduit le groupe à emprunter le nom du film allemand La Vie des Autres. Tamer Animals est une quête qui entraîne chacun à s’émanciper en fonction de ses sentiments intérieurs.

Comment votre expérience et l’album ont t-il été affectés par la possibilité de jouer dans votre propre studio ?

« Nous étions capables de façonner la musique à notre convenance, et si quelque chose n’était pas juste, nous passions le temps nécessaire dessus jusqu’à ce que ça devienne correct. Nous avions ce luxe d’enregistrer les chansons en deux ou trois versions différentes parfois, pout être sûrs qu’elles étaient telles que nous les voulions. C’était avoir les bonnes harmonies, aussi bien que le bon tempo. C’était une expérience libératrice et très agréable. »

Le disque a nécessité 18 mois maturation, une chose extraordinaire pour ce genre de musique, rendue possible car le groupe a décidé entre son premier album et celui-ci, d’aménager un studio où le temps ne leur serait pas compté. Leur confort a donné naissance à ce disque moelleux, élégant et organique, enveloppant. A réécouter Tamer Animals, ce qui frappe le plus musicalement parlant, c’est la complexité des rythmes, longuement maturés. Les chansons sont construites avec un art qui dépasse celui de la seule chanson folk. Il y a dans leur balancement une précision d’horloge, dans leur polyphonie le déclenchement d’une série de mécanismes aux effets persistants.

Les interviews sont traduites depuis le site internet Indie Rock Reviews. © Britt Witt















vendredi 26 août 2011

Other Lives - Tamer Animals (2011)



Parution : mai 2011
Label : Tbd Records
Genre : Américana, Folk alternatif
A écouter : As i Lay my Head Down, For 12, Dust Bowl III

7.25/10
Qualités : orchestral, contemplatif, soigné,


La vidéo pour For 12, qui représente le voyage spatial du chanteur et multi-instrumentiste Jesse Tabish, montre un groupe voulant donner l’impression d’être bien établis, ancrés dans un inconscient intangible, comme influences bienveillante et insaisissables sur leur territoire, L’Oklahoma. Formé en 2004 sous le nom de Kunek, c’est un groupe d’Americana différent de tous les autres. Celui dont des écoutes répétées révèlent force d’éléments dissimulés – trains à vapeur, chansons western avec guitares à l’avenant, clins d’œil cinématiques, avec moins de la patine bucolique qui sied tant aux Fleet Foxes mais autant de mystère occulte que ce qu’on trouvait sur Helplessness Blues (2011). Le mystère de la relation de Jesse Tabish à ce qu’il chante : « I was waiting in the dark age/Searching for the ones in my life/I'm so far away » sur For 12, tandis que les cordes d’un quatuor s’élèvent et s’effacent comme dans la chanson de Radiohead How to Disapear Completely.

C’est dans la ville natale de Tabish, Stillwater, que l’album a peu a peu pris forme. « Ce n’est pas un disque qui a été écrit en le jouant tous ensemble. C’était une chose à la fois. Je ne sais pas combien 16 mois dans un studio nous coûteraient sur la côte ouest, mais c’est sans doute plus que nous sommes capables de payer. Nous avons beaucoup de place et de confort dans le studio ici et la ville est très hospitalière à la créativité. » Le confort a donné naissance à ce disque moelleux, élégant et organique, enveloppant, d’abord fascinant pour ses grandeurs et ses cordes. Le groupe laisse le violons inspirer et expirer, s’élever et s’évanouir avec une lenteur presque hypnotique. La musique de Other Lives s’apparente parfois à de la musique de chambre telle qu’elle aurait été interprétée par les gens de la terre ; et accompagnées de images les mieux choisies de leur conscience collective. Dans chaque chanson, le groupe ouvrage la relation entre une certaine qualité de textes – fuyants et contemplatifs – et une façon d’installer des ambiances dramatiques réussies.

Dust Bowl III est ainsi particulièrement poignante, évoquant ces tempêtes de poussières qui sévirent, au centre des Etats Unis, durant les années 30. Il devient difficile de replacer le groupe dans un lieu particulier ; comme si le prix de leur plus grande lucidité leur était acquis par une douce aliénation. « Dans ce disque, nous avons approché chaque chanson en nous rendant compte que, seulement parce que nous jouions d’un certain instrument, cela ne signifiait pas qu’il appartiennent à cette chanson. Nous avons exploré plusieurs nouvelles possibilités, parfois jusqu’au point où nous nous écrivions presque hors de la chanson. » Comme si le prix à payer pour attendre au sublime était, pour les musiciens eux-mêmes, de disparaître derrière la musique et sa profusion de tons. C’est basson, clarinette, violon, cuivres et violoncelle, travaillant à donner au groupe une voix différente.

La guitare de Tabish et sa voix lasse nous guide pourtant tout au long d’un improbable voyage, entre lieux fantasmés (Desert, Landforms), objets et créatures plus vrais que nature. « Un thème commun est la relation entre la nature et les gens ». Sommes-nous trop apprivoisés ? Incapables de nous ouvrir à l’extérieur, de nous laisser béatifier par les immensités qui nous entourent ? « We’re just tamer animals » gémit Tabish dans la chanson titre, d’une façon qui évoque Thom Yorke. Tout en recherchant par ailleurs une harmonie pour s’émanciper de son environnement, pour lui envoyer en retour de sa bienveillance une gratitude. « Et tu le fuis maintenant, tu ne peux plus t’échapper, car c’est tout ce que tu vois. » Nous ne pouvons échapper à la nature environnante, sans parvenir pour autant à cohabiter pleinement avec elle. Others Lives cherche les arrangements possibles, les pactes oubliés qui pourraient être conclus pour atteindre une meilleure sérénité. Tabish évite souvent de se montrer prophétique. Weather est peut-être une exception, et l’une des chansons les plus sombres sur Tamer Animals, avec ses cœurs évoquant le Because des Beatles – les influences pop anglaises sont présentes comme nulle part ailleurs dans le genre – pour un disque souvent mélancolique. Mais pourtant, comme The Golden Archipelago (Shearwater), par exemple, tourné vers l’avenir et l’harmonie future.






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