“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

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jeudi 13 juin 2013

MARNIE STERN - The Chronicles of Marnia (2013)

 
 
 
O
ludique, audacieux, efficace
noise rock

Une cascade de superlatifs irisés inonde Marnie Stern depuis ses débuts en 2007 avec In Advance of the Broken Arm. Depuis 'l'album rock n' roll le plus excitant de l'année', une joute d'enthousiasme s'est engagée entre Stern et les organes médiatiques, même prestigieux, comme une fête privée qui concentre ce que le rock indépendant a de plus mondain. Marnie Stern telle qu'on l'imagine : la ville (New York) jusqu'au bout des doigts, ce qui permet, avec un peut de savoir-faire, d'avoir des fans dans le monde entier ; en témoigne le clip d'Immortal, toujours sur le point d'être incroyablement ennuyeuse, antipathique ; cherchant apparemment dans ses chansons a prouver combien elle a travaillé dur (''I’m working, I’m working so damn hard' sur la chanson titre) ,pour les enregistrer, les produire, son jeu de guitare étonnant menacé de devenir la seule marque de son originalité désormais impuissante. Presque chaque détail de sa vie aux 400 jobs définit un personnage à des années lumière de l'authentique rockeur de Memphis. Mais Marnie Stern ne s'arrête jamais : elle écoute Led Zeppelin, et sur Nothin is Easy et Still Moving, elle laisse penser qu'elle va travailler encore plus dur dans le futur

Mais les faiblesses de Marnie Stern sont aussi ses forces ; sa façon de délayer inlassablement l'implosion de sa formule acrobatique mêlant guitare en tapping, overdrive hard-rock et voix enfantine n'est aussi bonne que parce qu'elle joue contre le temps, reflétant une vie bondissante, et révélant finalement plus de doute que prévu, la peur de ne pas tout vivre, de ne pas exprimer les bonnes émotions, la crainte de ne pas exprimer d'émotion du tout, le désespoir de n'avoir personne pour répondre aux questions implicites. Elle ne joue pas sur les regrets mais pose concrètement le présent comme tremplin toujours renouvelé vers l'avenir, écrivant ses confessions ('I'm running out of energy' sur la chanson Proof of Life) dans un temps déjà révolu, le déluge de notes de sa guitare permettant de résoudre en trois minutes presque tous les obstacles sur sa route, laissant quelques énigmes pour les multiples écoutes que mérite l'album. Sa musique, désormais cadencée par le batteur Kid Millions d'Oneida, est tout aussi franche qu'avec Zack Hill mais moins violente, plus interactive et moins le fruit de forces en opposition. Stern a beau dire qu'elle est obligée d'employer une méthode pour écrire et que cela ne vient pas naturellement, The Chronicles of Marnia provoque un faisceau d'émotions et de pensées spontanées chez l'auditeur, de phrases accrocheuses en refrains, en choeurs, de surprise en surprise.


vendredi 4 novembre 2011

Marnie Stern - Marnie Stern (2010)



Parution : octobre 2010
Label : Kill Rock Stars
Genre : Expérimental, Pop
A écouter : For Ash, Risky Biz, Cinco de Mayo

°
Qualités : feminin, groovy, audacieux

Pendant longtemps, la New-Yorkaise Marnie Stern ne faisait que s’entraîner à la guitare, cinq, dix heures par jour, perfectionnant son propre style expérimental en autodidacte. « C’est pour cette raison que mon jeu et mon son sont si étranges », remarque t-elle, interrogée par Emilie Denis pour New Noise Magazine. Elle reconnaît moins pratiquer aujourd’hui, se concentrant sur la composition de chansons. On pourrait dire qu’elle se repose sur ses acquis s’il s’agissait d’une autre personne ; mais entendre les arpèges incandescents qui naissent les deux mains sur le manche de sa Gibson, et réaliser soudain la richesse émotionnelle de ses chansons.

Stern fut journaliste, fit 400 petits boulots avant qu’elle ne décide de prendre la musique au sérieux. C’est à la force du poignet, après cinq démos envoyées tous les ans entre 26 et 30 ans, qu’elle intégra le label Kill Rock Stars (Deerhoof, Decemberists, The Gossip…) avant d’enregistrer son premier disque ; une affaire abrasive mais pleine de refrains mélodiques. Vocalement ce sera quelque part entre Debbie Harry, Karen O des Yeahs Yeahs Yeahs ou Joan Jett. In Advance of the Broken Arm (2006), sera remarqué par le New-York Times comme « l’album rock n’ roll le plus excitant de l’année ». C’est un titre de trente mots qui introduisit le deuxième, paru en 2007. This is it… confirmait la formule, ambitieuse, pleine d’humour et de changements de temps, de Stern. Puis elle fit semblant de recommencer ; présenter sous son propre nom, et rien de plus, son meilleur album à ce jour, incroyablement dense et mieux écrit encore. « Je pense que j’ai beaucoup progressé en termes de composition, je suis bien meilleure pour structurer mes chansons maintenant. »

Ses chansons sont des exercices cathartiques qui lui permettent de retrouver toujours avec la même passion le plaisir de jouer vite des mélodies percutantes et transformation incessante. C’est un mélange jouissif à la fois complexe et séducteur, tourmenté mais euphorisant - un tour de force difficile amené presque entièrement d’une seule main. « Ces contrastes sont en moi, c’est comme si j’avais deux personnes qui se battent pour prendre le dessus, l’une joyeuse et l’autre complètement déprimée, une confiante, l’autre mal à l’aise, une qui veut aller vite, l’autre qui veut ralentir, une qui veut du détail, l’autre du dépouillé. C’est une lutte constante. » Pour toute la frénésie mélodique et technique dont fait preuve l’album, c’est l’émotion qu’il contient qui rend Stern la plus fière, le fait que son disque reflète des aspects de sa personnalité. Certaines lignes en affichent la substance profonde : "...I got something in my soul/pushing me to hold on to the pain...." sur Risky Biz, For Ash qui évoque le suicide d’un ex. Si l’album est en effet sophistiqué, c’est par l’aspect de ses textes qu’il est le plus habile ; difficile d’afficher une vulnérabilité avec autant de succès alors même que Stern exulte presque à chaque instant de ces 34 minutes. Mais une chanson aussi puissante, compacte et intuitive que For Ash semble capable de transcender toutes les émotions.

Stern assume ne pas aimer revenir en arrière. Son album est projeté dans un univers des plus contemporains, et c’est comme si elle avait intégré cette équipe aux côtés de Hella, Lightning Bolt ou Deerhoof, certaines des formations les plus innovantes – et rythmiques - de ces dernières années. Au cœur de cette école, la formule semble éprouvée maintenant que Marnie Stern a fait paraître cet album. La prochaine étape ? Un vrai travail de groupe avec son batteur préféré, le sur-actif Zach Hill. C’est l’une des figures musicales importantes de la scène américaine actuelle, non seulement parce qu’il sait comment réinventer la pratique de son instrument, mais pour ses qualités de compositeur, et ses des idées sur la façon dont peut sonner un album en 2010, par opposition à la manière dont il doit sonner. C’est étonnant d’entendre à quel point la façon de composition de Stern – saccadée, changeante, intense – se retrouve dans les propres travaux de Hill, que ce soit avec Hella (The Devil Isn’t Red) ou plus encore en solo avec Face Tat (2010). « Je compose en amont, seule, mais je connais son jeu et je l’intègre dès les premiers stades, je sais anticiper et je sais comment son style s’imbriquera ensuite. De toute façon mon travail est très rythmique, tout repose sur les cassures, les changements. »
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