“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

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dimanche 12 avril 2015

VILLAGERS - Darling Arithmetic (2015)


OO
folk alternatif
intimiste, lucide

Au temps du dernier album, alors qu'il s'amusait avec un humour littéraire à brouiller les pistes, on imaginait pas que Conor O'Brien battrait en retraite vers le divan de sa thérapie, affrontant le seul capable de juger ce qu'il a fait : lui-même, plus jeune. Il a donc du se fabriquer un autre 'moi' plus âgé. Il devait inévitablement ressembler à une version plus irlandaise de lui-même, entendez se faire pousser la barbe. Et enregistrer seul, sans fioritures. La plus belle façon de poser les bases de l'exercice plus épineux qu'il n'y paraît, était de déclarer, depuis une position assise, nouvelle pour l'auditeur : "Cela m'a pris un peu de temps pour être honnête, cela m'a pris un peu de temps pour devenir moi-même." 
Dans la chanson d'amour nocturne Dawning on me, il prend la position couchée et retranscrit le mieux ce sentiment de calme qui vient en regarder l’insondable chaleur de la nuit, tout en établissant des forces nouvelles, venant du fond de son coeur. "Ainsi je marche le long du littoral... commence t-il sur Soul Serene, une belle méditation qui profite de toute la science du - lent- tempo chère à villagers depuis leur débuts, cette lenteur qui leur a valu l'étiquette folk sans doute un peu mou malgré tous les moments enlevés que pourront compter leurs albums. Avec un brin d'ironie, il recherche sa place sur Hot Scary Summer ("Nouxs devenions bons pour prétendre/et la prétention nous a bien eus") Le mellotron nous fait flotter jusqu'aux phrases finales "On voyage droit au cœur de cet été moite et effrayant'. Une chanson bouleversante quand elle sera chantée face aux spectateurs. Little Bigot c'est un peu comme si un John Lennon Irlandais s'en prenait à une jeunesse dont il sait qu'elle est la dernière ressource face à la déliquescence du monde. Comme Lennon, il nous dit que l'amour est 'tout', qu'il peut résoudre les conflits et rendre le monde meilleur. 
Plus loin, So Naïve termine l'album de façon étrange, sur une note suggestive qui attend sa résolution. Il n'y a pas de résolution quand on est dans l'honnêteté, et c'est bien dans le ton d'un disque plus direct, auquel suffisent la guitare, le piano, la voix qui parfois transcende tout et quelques ambiances lunaires. 

Paroles/Lyrics 

dimanche 1 février 2015

PHOSPHORESCENT - Muchacho (2013)







O
soigné, communicatif
country rock, folk urbain

Un album qui pourrait être la somme de beaucoup d'autres. C'est une musique préparée par le chanteur/songwriter Matthew Houck seul, mais qui regarde dans toutes les directions ; pleine d'innocence mais riche en allégories (« j'ai mis du temps à comprendre que la rivière était trop grande pour moi ») et réinventions, très construite mais fragile, si on s'en tient à la voix un peu cassée de Houck sur Muchacho's Tune, la chanson la plus directe de l'album ; soignée mais respirant la fraîcheur country, dès l'utilisation de l'instrument phare de cette musique, une steel guitar, sur Song For Zula. On pourrait tout mélanger, mesurer l'humanisme et le pouvoir de rédemption de cette musique à l'aune des tous les instruments qu'on y joue, de la performance d'y avoir intégré des trompettes mariachi mexicaines – car l'album raconte quand même une expérience au mexique. Le son est d'une profondeur glorieuse de bout en bout. Y mettre autant de lui-même donne à chacun de ses albums une force qui les fait durer longtemps : le rustique Pride (2007), l'hommage à Willie Nelson, To Willie (2009), le brise-coeur Here is To Taking It Easy (2010). Ce n'est pas étonnant que le producteur soit John Agnello, qui a travaillé avec Kurt Vile : on retrouve certaines sonorités. Cela quand il ne part pas sur la piste d'harmonies à plusieurs voix, ajoutant toujours de nouvelles dimensions plus festives ou grandioses à ses tonalités nocturnes, évoquant une chaleureuse isolation. Ainsi le final épique de The Quotidian Beasts (jusque là, l'album s'est écoulé tout seul) est suivi par une ballade réparatrice qui, sur un dernier solo de trompette, achève, ou presque, la parade si vivante de cet album sensitif. Ensuite, Sun's Arising, c'est une conclusion, un signe de la main, pour un album qui aurait bien pu être comme la longue fin sonore de l'histoire racontée, à l'instant où j'écris ces lignes, du label Dead Oceans jusque là.

samedi 29 septembre 2012

Beth Orton - Sugaring Season (2012)





Parutionoctobre  2012
LabelAnti-
GenreFolk
A écouterMagpie, Somethng More Beautiful, Candles
OO
Qualités

Chronique à suivre. Je vais essayer de l'interviewer, pour le seul plaisir de rencontrer cette fabuleuse artiste folk.

En concert le jeudi 15 novembre à la Gaieté Lyrique. (Paris)

mardi 31 janvier 2012

Sharon Van Etten - Tramp (2012)


Parution : février 2012
Label : Jagjaguwar
Genre : folk urbain
A écouter : Give Out, Serpents, I'm Wrong

OO
Qualités : lyrique, romantique

A la sortie de son premier album, Because i Was in Love (2009), Sharon Van Etten a été, comme de tradition, comparée un peu paresseusement à d’autres chanteuses de sa génération. « Des artistes telles qu’Alela Diane, Marissa Nadler, Jana Hunter et Mariee Sioux, ont produit de la musique de qualité avec une belle constance, et ont placé un standard assez haut  pour ce soit difficile de s’aligner lorsqu’on débute. Pourtant, sur son premier album, la chanteuse de Brooklyn Sharon Van Etten prouve qu’elle a l’expressivité et les qualités d’écriture pour soutenir le pas de ses compagnes. » Comme Marissa Nadler, c’est vrai, Sharon Van Etten adresse des sujets biographiques avec une part égale d’assurance et d’étrangeté. Sa voix est aussi extraordinaire que celle de Nadler ; léthargique, large de spectre, avec quelque chose d’ancien, de gothique. Comme tant de jeunes auteures de chansons, Van Etten a commencé par évoquer ses prises avec le sentiment amoureux – il y a trois ans encore, elle semblait si peu consciente du choix de ses mots. Aujourd’hui, il suffit d’écouter Serpents, interprétation qui guide Van Etten vers une nouvelle intensité,  pour comprendre que cette époque est révolue : « Tu aimes t’accrocher à tes rêves », assène t-elle.

Van Etten décrivait sur Because i Was in Love la plénitude comme une chose naïve : « mon orteil touche heurte légèrement  le tien/Ton pied frôle ma cheville en retour/je n’ai pas besoin de beaucoup plus que ça. ». Sous ses airs de songe doux-amer, Tramp est trempé de nouvelles réalités, profite d’une conscience accrue du point de vue de l’écriture et dessine un environnement en expansion émotionnelle constante. Van Etten a vécu pendant 14 mois sans réel domicile (d’où le nom, ‘clochard’ du disque), déménageant ses possessions au rythme des sessions d’enregistrement, et ne se retrouvant nulle part avec plus de régularité que dans le garage de Aaron Dessner, des New-Yorkais The National, qui a produit le disque. Son précédent Epic (2009) n’était pas encore paru qu’elle écrivait déjà celui-ci. Longuement maturé avec la crème de Brooklyn, de Julianna Barwick à Matt Barrock (batteur de The Walkmen) et Zach Condon (Beirut) ou Jenn Wasner (Wye Oak) l’album est entre folk urbain et classicisme envoûtant. Van Etten semble se débattre avec sa propre dévotion, sa révérence, ses doutes, et prendre le dessus. "It's bad to believe in any song you sing,” chante t-elle sur I’m Wrong, d’une façon trop expansive pour qu’il s’agisse d’une simple confession. Le morceau s’élève avec une pureté transcendantale. Les mélodies vocales superbes, languissantes (Give Out, Leonard, All I Can) et les refrains saisissants «We got to loose sometimes » sur We Are Fine - annoncent un triomphe intime, émancipent la chanteuse d’une domesticité dont les tenants et aboutissants se dessinent peu à peu, dans la confidence.

mercredi 5 janvier 2011

Avi Buffalo - S/T (2010)



 Voir aussi la chronique sur le blog de Fabrice Zambau

Parution : avril 2010
Label : Sub Pop
Genre : Folk
A écouter : What's in it For, Jessica

Note : 6.75/10
Qualités : attachant, ambigu

La musique de Avi Bufalo est belle et simple, et leur histoire balbutiante véhicule cette fraîcheur que l’on attend d’un groupe avec lequel on souhaite débuter l’année. Le disque éponyme est sorti en 2010, mais peut être n’avait t-il pas sa place aux côtés de sensations indie comme Arcade Fire ou Deerhunter. Maintenant, les humeurs remises en terrain neutre, prêts à recommencer une existence comme c’est un peu le cas tous les ans, on ne peut qu’apprécier le premier effort lumineux d’un groupe folk dont les membres sont à peine sortis de l’école.

Le disque n’aurait peut-être jamais vu le jour si un jeune homme californien de 19 ans appelé Avigdor Zahner-Isenberg (Avi pour faire court) avait fini par avoir la console de jeux qu’il ne cessait de réclamer à ses parents. Avi Buffalo, il en avait rêvé au fond de la classe, et il n’y a eu qu’un pas de là à apprendre la guitare et rassembler trois amis – un garçon et deux filles – pour concrétiser sa vision. Un pas que beaucoup d’autres rêveurs ne font jamais, ou alors plus tard ; mais pourquoi attendre ? La maturité étonnante dont Avi fait preuve à l’écriture des chansons de ce premier disque est saisissante. Les paroles, qui évoquent des amours qui n’ont jamais vraiment existé et des étés à moitié ressuscités, n’auraient été que peu retouchées par un songwriter de deux fois son âge.

Dans la vie de chacun, des moments finissent conjurés lorsqu’on écoute certaines chansons ; qu’on les ait entendues auparavant ou qu’elles vous en évoquent d’autres, d’autres lieux et époques, quelques secondes seulement suffisent à vous ramener dans un endroit où vous n’aviez pas mis les pieds depuis longtemps. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Avi semble avoir saisi la façon qui pouvait le guider sur ce terrain tellement couru qu’est la chanson folk ; susciter la nostalgie de manière caressante, afin d’acquérir sans effort la maturité la plus naturelle qui soit. Phrases de relations vécues ou désirs affectifs profonds et vaguement Œdipiens, le disque est toujours un ballet gracieux et précoce de mains baladeuses. Avi prend la vie à bras-le corps – « too much time to die », chante t-il comme méditation – tout en gardant une insouciance plus honnête que la nonchalance de bien d’autres. Il parvient même à ménager, à travers les tournures parfois surprenantes que prennent ses chansons – « It’s not the age I feel when by your side » un mystère, un flottement que sa façon de chanter rend réparateur. Avi Buffalo ont l’ambition de chasser l’enfance sans heurt, parviennent à partager leur émoi avec la force de l’expérience.
  
Quelques idées lumineuses viennent souligner leur talent.  Rebecca Coleman chante de concert avec lui, et ensemble ils ont l’air de deux petits chats taquinant quelque pelote qu’ils n’ont pas encore complètement démêlée, étant aux portes de l’âge adulte. C’est parfois difficile de distinguer qui chante. Ce n’est pas The Moldy Peaches, mais par moments – sur What’s in it For, par exemple - on se dit que Avi Buffalo n’a pas besoin de faire carrière derrière ce disque éponyme, qu’ils ont avec quelques voix entremêlées fait la somme de tout ce qui était possible pour eux de donner. Dans ce contexte, les chœurs semblent presque superflus, ne faisant que se réclamer de l’évidence ; Avi Buffalo, c’est quatre amis musiciens, ni plus ni moins. Qu’ils s’inspirent de groupes branchés ou hors du temps, ne fait aucune différence. Ce n’est pas leur penchant pour l’innovation qui a frappé ; mais les convergences qui se produisent parfois, comme s’ils avaient trop regardé le soleil, et qu’éblouis, ils se dirigeaient vers son cœur – pour découvrir qu’ils n’allaient jamais y parvenir. Le rock c’est l’illusion d’arriver quelque part, et Avi revient sur de nombreuses illusions qu’il a déjà combattues, l’air de ne rien faire. Elles rendent possible une chanson comme Jessica.

Le ton ne monte jamais beaucoup, malgré une guitare, toujours délicate, qui fera quelques excursions sauvages et affectives – le meilleur bout en est Remember Last Time. Musicalement, le groupe est toujours capable de rappeler pourquoi le label Sub Pop (qui a déjà signé les Shins dans la veine soft) a pu leur faire confiance. Ils font désormais partie de la bande à Mark Arm (Mudhoney) et autres Iron and Wine. Comme à un grand frère, il a pu demander à ceux-là des conseils aux difficultés sentimentales qu’il raconte : “Jessica, I’ll try my best not to make this hard/I know I took this way too far/And I can’t tell when something’s real/Nobody tells me how they feel/It’s always right beneath my nose/And if that’s just the way it goes/Then I just won’t ignore your calls”.


mercredi 2 juin 2010

June Madrona - Lions of Cascadia


Parution : 2010
Label : Bicycle Records
Genre : Folk
Pochette : Sean Carson, Amy Thomas
A écouter : Our Friends, Tinnitus, Roll on Columbia (part2)

Qualités : sensible, lucide, poignant

"Cascadia is a dream. Before America, before the explorers came and renamed all of the mountains and the rivers. Borders were formed by communities, and histories were written in the heart."

En mai 2010, le groupe June Madrona, basé à Olympia dans l’état de Washington, étaient de passage à Toulouse. Invités par leur maison de disques Waterhouse records en association avec What a Mess records, ils ont fait quelques dates en France dans le cadre d’une tournée européenne. Ils devaient jouer à la médiathèque associative des Musicophages avant de partir pour une semaine de dates en Espagne. June Madrona est constitué de Sean Carson (banjo, ukele bariton, xylophone, chant), Danielle Chiero (Flute, chant, melodica, ukelele tenor), Ross Cowman (guitare, chant, tambourin), Molly McDermott (violoncelle, chant).

Cowman est à l’origine, sur Olympia, d’un petit label, Bicycle records, qui semble agir comme une grande famille. Et quand cette bande de copains partent sur la route pour présenter leur nouveau disque, Lions of Cascadia, c’est aussi à une famille qu’ils ressemblent.

Capables d’évoquer les plus fins détails d’existences ordinaires, faites de drames et de tabous à travers lesquels peuvent filtrer une joie fugitive. « All my friends keep moving away[…]” Et le refrain : “ Moving around to some other damn town » sur The Western Flight. La mélodie est caresse, et, tandis qu’une flûte ouvre le morceau et le disque, le banjo, qui semble être l’élément le plus distinctif du son de June Madrona, fait rapidement son apparition. The Western Flight questionne le fait de quitter sa terre d’adoption, et nous laisse aussitôt pantois devant tant d’immensité – pour nous autres français, il est bien difficile d’imaginer ce que c’est que de vivre dans un pays grand comme l’Europe. Il y a d’un côté Olympia, Seattle et l’état de Washington, berceau du grunge à la frontière du Canada. Depuis les villes bien reconnues par les quatre musiciens, les forêts et les paysages qui leur appartiennent, tout est un voyage, tout devient histoires de pertes et de retrouvailles. Les gens que l’on quitte se transforment, tandis que l’on tente tant bien que mal de préserver le noyau dur de notre affection. On empêcherait presque de partir ceux qui seront à jamais transformés, voire ne reviendront pas du tout. « one flew back home to L.A. /I just heard she died on the freeway. » “If you don’t listen to your heart, you will disappear.” Ainsi, les liens que l’on a avec ses origines doivent êtres brisés ; quand il n’y a pas de raison de rentrer chez soi, et que cela peut être un retour en arrière, voire une disparition. Il y a à la fois une nostalgie aux paroles de Cowman, et l’exortation à aller de l’avant, à laisser tomber les chez-soi si nous n’avons rien à y chercher.

« My uncle was a chain gun loader/teenage kid fighting over in Korea"…. L’écriture est très riche, pleine d’images vécues, d’observations vraies. Cela oblige parfois Cowman à parler, à édicter, et sa voix forte et claire se prête très bien à donner vie à son écriture. Les couplets sont denses et les refrains plutôt constitués d’une phrase, comme le manifeste d’un sentiment unique et amplifié.

Le jeu de Sean Carson, au banjo, permet de ponctuer les histoires, de leur donner cet aspect « out there » très attrayant. Ils nous que les musiciens sont là, tous prêts alors que nous écoutons Lions of Cascadia, comme le soir du concert. Tinitus a une joie immédiate, provoquée par le banjo, qui fait écho à la sentence « all these dark and smoke-filled nights we gave up to feel alive » ... Sur Roll on Columbia (part 2), le violoncelle nous emporte encore un peu plus loin. « They built the coolie dam in ’33, 81 men died for all that concrete ». June Madrona embrasse les histoires sans se limiter à celles d’aujourd’hui, mais en trouvant au contraire, quelque plaisir à revisiter les déboires d’autres générations que la sienne. Cela leur donne, à l’heure où les groupes se banalisent à garder une seule dimension dans le présent, plusieurs épaisseurs. A l’instar de la pochette (signée Sean Carson) énigmatique, ils veulent plutôt retrouver un signe, un schéma , et se donner vie en regardant à travers. Pouvoir, d’un seul mouvement, se donner foi et trouver un endroit bien à eux, tandis que leur jeu précis – ce banjo sur Our Friends ! - les transportent d’évocations sincères en drames volés, toujours sincères. C’est le pouvoir de tout vivre à travers la musique, les chansons.

 

lundi 18 janvier 2010

Laura Veirs - July Flame (2010)




Parution : janvier 2010
Label : Bella Union
Genre : Folk, Americana
A écouter : Sleeper in the Valley, Summer is the Champion, Sun is King

°
Qualités : lyrique, vibrant


Si Jason Molina est fasciné par la mélancolie d’une musique folk-rock popularisée par Neil Young, Laura Veirs semble vouloir en extraire la lumière, la joie. July Flame est un disque enregistré l’été – ce à quoi, en paraissant en hiver, il ne fait pas honneur. A moins que justement, il nous permette de sauver notre humeur de ces deux derniers mois de grand froid qui s’annonçent avant le prinptemps.

Je n’avais jamais entendu parler de Laura Veirs, née dans le Colorado en 1973, qui sort pourtant son septième disque (après Saltbreakers en 2007, enregistré en groupe), et a l’habitude de publier des pépites pareillement acclamées par la critique et le public. C’est que son songwriting paraît avoir une qualité qu’elle use ici au naturel ; une légèreté qui donne à ses morceaux l’air d’une caresse, d’un effleurement. Plus remarquable encore lorsqu’on sait le passé musical de Veirs, qui appartenait un jour à un groupe punk (ce qui fait immanquablement penser à Björk) – et vient de déménager, au moment d’enregistrer July Flame, depuis Seattle, la ville du grunge, pour Portland. Cette image un peu rude lui colle encore, puisque lorsqu’il s’agit de composer, on la dit étendue dans sa grange, jouant ses idées sur sa mauvaise guitare sèche.

Sa vie en groupe est loin et Veirs s’est pleinement épanouie en temps qu’artiste solo. Elle révèle que ces nouvelles chansons ont été difficiles à écrire. « J’ai déjà dit tellement », remarque t-elle en évoquant ses disques passés. Et pour celui-ci : « Je pense que j’ai écrit 80 chansons, et peut être 15 d’entre elles sont restées, avant que je termine avec 13 chansons ». Si ce n’est pas un gage de qualité, c’en est un de l’exigence de Veirs. C’est se dire que même dans un champ qui peut apparaître classique – « je laisse paraître mes émotions à travers cette imagerie pastorale » - certains tirent mieux leur épingle du jeu que d’autres. Une riche inspiration est évidemment un atout de taille, et c’est immédiatement percevable sur July Flame.

Pour les musiciens comme Laura Veirs, l’habileté est de s’approprier des éléments visuels : paysages – prairies, montagnes, lacs, glaciers,canyons…, des objets – animaux : oiseaux, papillons, et les fruits (July Flame est une variété de pêche…), et les arbres, temples de la méditation. En réalité, le rôle de tels artistes de l’amérique moderne est de se prendre pour des messagers de Dieu, quand Dieu est un l’esprit tout puissant derrière la nature est les émotions, dont ils embrassent une partie des vues avec bonheur.

Les morceaux sont variés, dans leurs atmosphères comme dans leurs instrumentations ; sans jamais s’échapper de leur cocon folk, ils sont souvent pastoraux – Silo Song, I can See Your Tracks… - sensuels – July Flame – tout simplement magnifiques quand Laura Veirs est au piano, comme PJ Harvey sur White ChalkLittle Deschutes. D’autres instruments sont utilisés triomphalement, la trompette, la clarinette, la harpe, le violoncelle, la mandoline, et parfois une section de cordes – Laura Veirs se donne les moyens du véritable bonheur, comme sur Sleeper in the Valley, qui dispense un mysticisme à la Van Morrisson. On pense aussi à Nick Drake, et parfois aussi aux Fleet Foxes, lorsque des harmonies pointent leur nez – sur I Can See Your Tracks notamment. La voix exultante de Veirs est aussi un atout de taille et un véritable instrument. On la croirait souvent prête à rire.

Plutôt que de travailler avec un groupe, cette fois – et l’absence de basse et de batterie se fait ressentir – Veirs a engagé des jeunes musiciens de Portland à la rejoindre, et ils se révèlent de grands chanteurs, fournissant les harmonies mais aussi de nombreuses backing vocals comme sur Sun is King ou Life is Good Blues. La volonté de Veirs était « sur scène, de chanter tous les cinq, de chanter nos cœurs ». Une autre manière de communiquer un peu de la joie dont brille ce disque, un grand accomplissement pour la chanteuse, et, espérons le, le gage de sa reconnaissance par musiciens et amateurs de musique visuelle.

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