“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

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dimanche 27 août 2017

SAVANAH - The Healer (2017)




O
puissant, hypnotique
Stoner rock, doom

Un album où narration et teneur musicale forment une osmose réparatrice, une libération graduelle. Parmi les signes distinctifs de ce jeune groupe, dont c'est le deuxième album : ils sont autrichiens. Ils jouent du rock stoner, ou ce type de metal aride, psychédélique, répétitif, traversé d'explorations le pied sur la pédale fuzz, dont le titre renvoie à une qualité de la musique autant que de la trame narrative, indissociables. The Healer est très patiemment conçu, tout en restant facile à cerner. Après Mind et la chanson titre, qui reprennent une recette dense de metal issu des années 90, l'instrumental Pillars of Creation marque un nouveau départ au cœur de l'album, avec un son plus minimaliste et progressif. Lorsqu'on finit par admettre que cette construction est aussi valable que les deux précédentes, déboule Black Widow, où des intonations doom viennent ajouter une profondeur plus ésotérique à The Healer. De nombreuses transformations dans les guitares, dans les vibrations dégagées par la chanson montre un groupe dévoyant les apparences et surpassant les attentes dans un genre assez stéréotypé. Panoramic View of Stormy Weather propose enfin le vrai moment d'affranchissement au jeu, une évasion pour laisser un goût de revenez-y.


The Healer laisse cette impression d'un groupe capable de manœuvrer ses influences pour produire une expérience comme une tempête au cœur d'un sommeil paradoxal. On en ressort peut être guéri, c'est à dire avec des idées fraîches, avec cette envie d'assujettir la réalité pour la rendre plus conforme à la vision étique puisée au fond de la musique de l'album. The Healer est une inspiration à vivre encore un peu plus lucidement, plus attentif à ce qui de notre nature peut émouvoir et nous plonger au cœur de nous mêmes.

mardi 8 août 2017

DEMON HEAD - Thunder On The Fields (2017)



O
lourd, vintage, sombre 
Heavy metal, rock, doom

Des chansons à la précision métronomique du post punk, dont les danois sont fréquemment épris, une imagerie et des riffs heavy metal, des arrangements de rock gothique, une voix et des échappées doom metal, Demon Head porte son romantisme dense et resserré. Claustrophobe à certains endroits, on ressent l’œuvre d'un groupe enregistrant live dans un espace confiné. Ils se démarquent aussi par leur habileté à reprendre des canons du hard rock vintage mais sans paraître vraiment nostalgiques d'une époque, comme insaisissables.

De la pochette à la rigueur des compositions, Thunder on The Fields se veut comme la quintessence d'un groupe signant chaque intro de cordes lugubres, mêlant les sonorités mornes et un sens de la mélodie évocateur. Le chant et les guitares œuvrent comme d'une seule main, produisant une langueur, un condensé de torpeur. Peu à peu, tandis que vient la face B, succédant à une face A millimétrée, se dessine la seule justification possible à la musique du groupe. Il s'agit de produire des faits, de mimer l'angoisse dans un pays où il ne se passe jamais rien. « Nothing happens by itself » chante sur Hic SVNT Dracones. Les doutes existentiels sont sincères, et renvoient à un sentiment de sa propre inutilité dans un monde qui n'a pas besoin de nous pour ne rien produire d'utile ni de marquant. Thunder on the Fields évacue ces sentiments à demi raisonnés parce qu'en groupe, finalement, on peut toujours donner ce sens limite à l'existence. Le plaisir d'être ensemble et de bien jouer triomphe de tout.

https://demonhead.bandcamp.com/album/thunder-on-the-fields

dimanche 22 janvier 2017

NEED - Hegaiamas - A Song For Freedom (2017)



OO
lourd, soigné, puissant
metal progressif, doom
Le fait qu'il s'agit d'un groupe grec n'entre pas tout de suite en ligne de mire à l'écoute d'Hegaiamas : a song for Freedom. Le titre lui-même ressemble plus à un néologisme typique du métal progressif, genre prompt à encapsuler dans de tels mots de fabuleux concepts, comme ici la liberté. Leur précédent album, Orvam: A Song for Home, les avait amenés à tourner en Europe et aux États-Unis, avec Symphony X et Candlemass. En comparaison, le nouveau venu est bien plus optimiste, même s'il part d'un constat anxiogène.

Ce qu'on apprécie d'entrée de jeu, c'est l'extraordinaire travail abattu non du point de vue musical – cela viendra juste après – mais pour que les chansons soient extrêmement claires, articulées avec une précision redoutable par Jon V., qui a d'ailleurs une voix parfaite pour occuper le créneau à priori peu envié entre In Flames et Dream Theater. Hegaiamas est l'exemple de comment le message d'un groupe et la façon de le délivrer différencie un disque sans grand intérêt d'un album remarquable. Il ne suffit pas d'être intense, de susciter de l'émotion ou de savoir jouer à la perfection : il faut aussi que les chansons entrent en résonance avec l'époque.

La clarté du chant et du message n'empêche pas une certaine complexité d'entrer en compte. On comprend qu'il s'agit de décrier l'être humain capable de laisser des centaines de migrants à leur perte, ce n'est jamais très explicite mais plutôt exprimé comme une situation étant le produit de paradoxes. « We've been trying to live in peace/all beyond this loom horizon » chante Jon V. avec exaltation sur Rememory. La présence d'une chanteuse sur plusieurs morceaux est bien valorisée.

La colère et le désespoir sont limpides. A un message par ailleurs assez complexe est associée une musique parfaitement produite, où chaque tournant de chaque chanson, et ils sont nombreux quand la durée habituelle dépasse les six minutes, est parfaitement intégré et lisible après deux ou trois écoutes. C'est alors que l'on peu vraiment se fier à l'émotion que dégagent les phrases et les mots utilisés par Jon V. comme des détonateurs sous-marins. Puis, à un certain point, cette colère rentrée devient un chant transcendant de toute puissance et de paix qui n'est pas sans rappeler les meilleurs moments de Devin Townsend, par exemple au moment de Terria (2003). C'est une influence pourvoyeuse du metal progressif le plus contemporain, que Need a su réutiliser pour parvenir à leurs fins : produire une œuvre qui les accompagne vers un état de conscience supérieur, et combattre avec des sentiments positifs la culpabilité face à une situation dont ils ne sont que des rouages : forcés de regarder des enfant, des femmes et des hommes se noyer en mer.

En définitive, la volonté de Need de trouver leur propre voie en marge d'une société qui les piège en les obligeant à devenir complices de ses crimes, cette propension à partir à l'aventure à l'intérieur de leur propres sentiments comme s'ils exploraient la carte de l'univers, à s'insurger en laissant leur imagination jouer une partition sauvage, est très représentative du genre de metal progressif. Ils recherchent une échappatoire, ils se prennent à rêver de réalités parallèles, à portée de leur volonté artistique. S'ils ne peuvent effectivement se détacher de leur réalité quotidienne, ils y ont cru et cela se ressent sur cet album. Le concept de liberté est aussi sérieux que fragile, mais grâce à sa technicité, Need fait rapidement oublier l'ampleur de la tâche qu'il s'est fixée et nous en donne plus qu'on aurait pu l'espérer.

Alltribe augmente encore la technicité de Rememory, tandis que Terianthrope et Riverthane parviennent encore à dégager des mélodies gracieuses de leur lourdeur asphyxiante. Des chants de baleines ouvrent Tilikum qui incorpore une touche de doom metal et pousse la prise de conscience à son niveau ultime avant la section finale. La nature humaine est questionnée, notre dépendance les uns aux autres, et comment retourner à son avantage les forces qui nous oppressent. Le solo de guitare et le chant féminin renvoient à Devin Townsend et à sa complicité avec Anneke Van Giersbergen. A quarante minutes du début, ils délivrent alors leur pièce la plus massive, et à ce point de l'album, c'est comme si nous étions en pleine inception ; se rendant confusément aux impressions des chansons passées, comme à autant de strates de rêves, avant d’attaquer le plus révélateur et périlleux d'entre eux

https://needband.bandcamp.com/

dimanche 20 novembre 2016

EFTERKLANG & KARSTEN TUNDAL - Leaves - The Color of Falling (2016)







OO
inquiétant, soigné, lyrique
Opera, rock alternatif, expérimental


Considérant la musique left field qui passe 24/24 à la radio mise en ligne par d'Efterklang, on peu se réjouir que la leur soit aussi écoutable. C'est le cinquième album d'un groupe qui a annoncé son hiatus après Piramida (2012). Mais il occupe une place à part. Leur rapprochement avec l’orchestre national du Danemark n'est pas nouveau, mais les voilà qui combinent des éléments de leurs propre musique – les trames, les instruments à maillets, les mélodies lancinantes, la mélancolie qui renvoie à des chansons marquantes comme Sedna ou Monument sur Piramida – avec les cordes vocales de chanteurs d'opéra. Qui participent à la création d'un opéra, en fait.

Force est de constater que la voix humaine, qu'elle se mue en sons surgis de votre propre environnement – essayez d'écouter cet album dans la rue -, se perde dans des profondeurs en rapport avec la poésie biblique de ce qu'elle chante, ou stoppe brutalement, laissant la nette impression d'un silence pesant. C'est un souffle palpable, très physique, pour lequel, sur cet album, on écrit en priorité, avant de composer et d'arranger pour d'autres instruments. Peu importe qu'il s'agisse de la voix du chanteur d'Efterklang, Casper Clausen, ou de celles de chanteurs et de chanteuses énigmatiques à nos oreilles. Ils prolongent, d'une certaine façon, le travail de détachement engagé par Clausen, avec sa voix trop rare. Puis il y a la théâtralité. Imaginez simplement Stillborn chantée par Scott Walker. La chanteuse un peu dérangeante des premières chansons est devenue une source de fascination. Un peu comme la première fois que vous écoutez Peer Gynt, et que vous vous demandez à quoi bon avoir fait chanter sur une musique déjà parfaite. Lorsque vous comprenez, votre oreille musicale a franchi un pas.

Les pièces montées en vidéo pour le site internet et les réseaux sociaux nous font penser à la folie telle qu'elle a été représentée au cinéma, orientée sur une froideur clinique, où la folie, s'illustre dans les particularités des sujets filmés, comme si on avait tenté d'en capter les derniers résidus d'âme intacte. En fait, cet album lugubre me rappelle une historie imaginée il y a quelques années, das laquelle deux parents élèvent leur fille dans une forêt. Le père se fait assassiner, et la mère est obligée de fuir avec sa fille. Elle va croiser un femme isolée, elle aussi, qui la menacera d'une hache sans raison apparente, etc... Un conte où l'ennemi n'est pas celui qu'on imagine. Et une trame qui suit leur fuite, ou la progression narrative devait se ressentir comme dans un conte, ou dans un rêve. On ressent la progression de Leaves plus qu'on ne la perçoit : et j'ignore si voir l'opéra en vrai apportera quelque chose de mieux – de différent, c'est sûr – à cette oeuvre déjà très sensorielle. Ce n'est quand même pas Siegfried, même si Wagner n'est parfois pas loin.

La fin de l'album, et des pièces telles que Abyss et No Longer Me, marque les esprits au-delà de ce qu'un album conventionnellement chroniqué sur ce genre de blog est capable. A une voix gutturale, au fracas de chaînes et de fers, répondent les imprécations de choristes spectrales, décrivant des choses qu'aucun œil humain n'a vu, mais que son esprit est parvenu, miraculeusement, à imaginer.Le miracle, c'est cela, pas les choses saintes et les guérisons inespérées ; la blessure qui est inventée, la chute provoquée, et la résolution douloureuse qui y est apporter, et qui nous inquiétant, nous inspire un changement. Éteindre les couleurs pour en créer de nouvelles, diaphanes ; des ocres, des marrons, des verts de gris inimaginables.

mercredi 28 septembre 2016

KOKOMO - Monochrome Love Noise (2016)





O
sombre, contemplatif, puissant
post rock

Voilà un album qui mérite d'être apprécié, même s'il est devenu difficile, depuis quelques années, d'impressionner dans le genre post rock, qui a rencontré des sommets avec Sigur Ros, pour ma part. C'est un disque bien conçu, avec des morceaux dynamiques, autour de sept minutes pour les mieux développés. C'est quintet allemand enregistrant son quatrième album, sans chant mais pas sans quelques voix qui participe de l'ambiance contemplative. Ainsi, ils n'ont pas peur d'affronter ce genre post rock pour lui insuffler un peu de vie, ou de non-vie, puisqu'il est quasiment question de zombies (I am Bill Murray n'est-il pas une référence à Zombieland?). La peur est un thèmes universel qui permet au groupe de considérer leur musique avec honneur, comme s'ils faisaient face à leur destin. Ils voient là l'occasion de produire une œuvre énigmatique et pleine d'une appréhension sourde, avec en fil conducteur une affaire de survie globale. L'être humain et son environnement progressent dans une harmonie fragile, en recul constant, que représentent ces quelques fleurs. Judith Hess est invitée à chanter "Wake up, hold up" sur le premier morceau, Pills & Pillows, tandis que l'avant dernier, hurlé, trahit l'érosion de l'optimisme, le passage de la lumière à l'ombre :" I push you down, I watch you die »... Kokomo sonne comme un groupe se composant et se découvrant à chaque étape de nouvelles ressources dans les deux extrémités du spectre de la vie.

On parle souvent de musique cinématique pour le post-rock, mais cependant les ambiances ne sont pas totalement visuelles : il reste à la fin de l'album des choses qui n'ont pas été montrées et donc irrésolues, tandis que l’auditeur s'est laissé gagner par la puissante enveloppante des guitares, de la basse ronflante, de cuivres parcimonieux (trompette trombone...) et d'une batterie qui maintient effectivement cette expérience dans le domaine de la musique - intense, changeante à défaut d'être vraiment surprenante, et qui parfois - notamment sur I'm Not Dead – dépasse nos espoirs. C'est dans les contrastes que ce disque s'affirme, lentement, quand sa simplicité apparente, à nos oreilles habituées, devient de la franchise, et la progression de chaque morceau se fait plus définitive. Ainsi, c'est une autre définition du rock instrumental que Kokomo apporte sans litanies ni fioritures.

https://kokomoband.bandcamp.com/album/monochrome-noise-love

dimanche 24 avril 2016

ULRIKA SPACEK - The Album Paranoïa (2016)







OO
pénétrant, hypnotique, frais
indie rock, noise rock

Comment crée t-on un album addictif ? Ulrika Spacek semble avoir la réponse. Sublimant leurs influences de Sonic Youth, Me Bloody Valentine et Deerhunter, ils créent un son très ouvert, et qui nous laisse, malgré l'intensité, en soif. Le groupe s'est formé en une nuit à Berlin, entre Rhys Edwards et Rhys Williams. C'est la même nuit qu'il ont définit le concept et le nom de leur album, The Album Paranoïa.

Ce disque finalement capté à Londres, en compagnie de trois autres musiciens, s'écoute comme une expérience sonore incroyablement homogène. The Album Paranoïa puise avec un contrôle hors du commun dans l'attitude vaporeuse et les nappes chères à Deerhunter et Atlas Sound, tandis que même le chant ressemble parfois à s'y méprendre à celui de Bradford Cox. La répétition et les guitares traitées en fluctuation tonale donnent à une chanson comme Porcelain l'air d'un classique indie-rock, dans la veine de ce qu'on a entendu chez les américains sur Halcyon Digest (2011). La maîtrise de l'aspect répétitif joue un rôle révélateur dès la première écoute, surtout dans le cœur de l'album, Beta Male et NK. Ainsi, les chansons mettent à l'épreuve notre soif de variété plutôt que notre patience. Mais l'homogénéité bat du même coup des records.


Le son fuzz semble parfois aplanir toutes les aspérités, et contribue à produire ce son fluide dans lequel les paroles des chansons semblent si bien intercalées. C'est vrai en particulier sur la profession de foi, I Don't Know, en ouverture. Tout, drones sonores, harmonies et paroles doucement balancées, semble en parfaite osmose. Les émotions se battent un peu pour échapper à ces gangue hypnagogique. Ultra Vivid puis le single She's a Cult débrident l'album de son self-control, le signe d'une emprise rare pour un groupe aussi juvénile. Les deux dernières chansons évoquent quand à elle différentes époques de Radiohead comme résultant de l'enregistrement à Londres. 


https://ulrikaspacek.bandcamp.com/album/the-album-paranoia

dimanche 7 février 2016

ATLANTER - Jewels of Crime (2016)





O
soigné, groovy
Rock alternatif, rock progressif

Un groupe suédois dont c'est le deuxième album. Ils évoquent par l'éclatement de Jewels of Crime, la construction peaufinée et complexe de leurs chansons, les danois de Efterklang, mais aussi les circonvolutions classiques de Genesis ! Ils en gardent l'idée d'une boite à musique dont peuvent surgir des surprises, les inspirations surprenantes d'un voyage trans-continental. 

Enregistré et joué avec une intelligence presque excessive, Atlanter sait pourtant se rendre à la joie et à l'entêtement, nous faisant danser sur le morceau titre, où la rythmique particulièrement réussie rappelle l’exubérance du morceau Reflektor d'Arcade Fire. L'album est galvanisé par des moments extatiques et qui retiennent l'attention, Lights, le single Jareeze ou le petit hymne Let it Fade, où Jens Carelius, charismatique, envoie son meilleur David Byrne et Talking Heads. L'ambiance y est chorale, voire tribale, avec des voix qui se mêlent à l'arrière plan du morceau. 

Human vs Human laisse intervenir des ambiances plus progressives et échappées, la batterie étant, mieux que chez les Besnard Lakes, par exemple, à la hauteur de leurs ambitions de transformation incessante. Leur metronomie leur permet de repousser leurs frontières jusqu'au krautrock de Wear the Rag – là, on pense à la modernité de Gitead. Les voix, les guitares, les claviers d'une autre époque sont traités comme des field recordings, captés, importés et intégrés puis prêtés au dynamisme très contemporain du groupe. Mais si les parties instrumentales subjuguent, on sent que les paroles ont été tout aussi méticuleusement taillées.

vendredi 28 août 2015

La semaine psychédélique (3) - PRIDJEVI - S./T. (2015)






O
original, envoûtant
psychédélique, dream pop, 
world music

C’est étrange la façon qu’a ce groupe de retenir l’attention. D’abord parce qu’il s’agit de rock psychédélique croate, une collaboration faite d’un échange de mails aussi fulgurant que lorsque Sato Matsusaki et Greg Saulnier s’envoyaient des bribes musicales entre le Japon et les Etats Unis pour Deerhoof, et qu’en tant que tel ce trio a une fraîcheur rare. Mais vient ensuite une raison plus profonde encore. Pridjevi a des penchants pour le jazz, avec des entrecroisements de vocalises, de claviers et clavecins absolument baroques, et quelque chose de diablement est-européen dans sa façon décomplexée d’utiliser les grooves est-européens (pensez à Tom Waits sur Swordfishtrombones (1980)) que le bain de réverb n’amoindrit en rien. Les ambiances les plus mystiques démarrent comme un instrumental rêvé de Radiohead période Amnesiac (2001), sur Svijet Na Dlanu, avant de rejoindre, avec les voix omniprésentes le chorus de cette œuvre si cohérente et scindée qu’elle en est obsédante. Le swing du piano rhodes sur Lucifer Ja rend les voix tout de suite moins angéliques, comme dans une danse au balancement erratique et brûlant. Pas besoin de whiskey et de vodka pour se sentir gagné du motif d’une fuite incessante, d’une excitation indolente que rien n’interrompt que le début d’une nouvelle rêverie.

https://pridjevi.bandcamp.com/

mardi 14 juillet 2015

JENNY HVAL - Apocalypse Girl (2015)








OO
audacieux, onirique
Expérimental, pop

Capable de jouer le global, quasiment l'universel avec quelques sonorités bien étranges, des structures de chansons éclatées, une voix d'une autre planète, et une envie de rébellion prise à bras le corps, exposant le combat entre la chair et l'esprit. La norvégienne Hval intrigue, intéresse au point que de longues interviews sont publiées sur internet, exposant ses visions de la féminité et de l’hypocrisie, comme des choses solaires et forcément paradoxales. Hval fait du post-pornographisme musical, elle se voit amère, ressusciter les batailles de Lydia Lovelace, repassant les réalités poisseuses de la perversité, la révélation existentielle par la monétisation des corps, ajoutant des mantra oniriques là où il n'y avait qu'un souterrain glauque et puant les humeurs. Et il y ce cocon de constante invention musicale, cette gangue d'audace qui à elle seule suffit pour mettre de côté le message et écouter cette voix dans le tunnel, encore plus fascinantes depuis Meshes of Voice (2014). La chanson Heaven est le grand triomphe de cet album, qui se dresse face à la société comme The Eraser (Thom Yorke) en son temps, mais avec des armes certes différentes et autrement plus castratrices. Est-ce de la harpe, ici ? L'homme est un Dieu pour l'homme, là haut dans les cieux, et c'est pour cela qu'il est urgent de s'occuper de toutes ses contradictions les plus animales. Jenny Hval a beaucoup de choses à dire avec cet album. Quelques suggestions de sensations, de parties de corps ou de doutes vertigineux semblent comme les portes d'un psychédélisme sans cesse rénové. La Fille de l'Apocalypse, c'est celle qui apporte les révélations en soulignant les contradictions de l'être humain.

samedi 16 mai 2015

EFTERKLANG - Piramida (2012)




chronique écrite dans le cadre d'un article à paraître dans Trip Tips 26.


OO
soigné, lyrique, onirique
Pop, Indie folk, orchestral


Ceux qui cherchent dans les manifestations de mélancolie de grand mouvements, et des tournures originales, devraient écouter Efterklang, qui le font d'une façon assez détachée pour rappeler des parangons de la musique électronique comme Matthew Dear, jamais Sigur Ros et rarement Bon Iver. Il m'es arrivé de songer, comme modèle du chanteur Casper Clausen, à Mark Hollis, du groupe pop Talk Talk, à sa manière un peu détachée et froide. Une chose qui frape en voyant Caser Clausen en concert, c'est son allure de grand échalas, résolument penché au-dessus de ce qu'il chante. A ce point de la progression du groupe, critiquer la façon de chanter de Clausen – particulièrement peu démonstrative – revient à tenter inutilement de causer une mutinerie sur un navire en critiquant son capitaine. Plusieurs membres d'Efterklang ont d'ailleurs déjà quitté le navire, pour que le groupe se retrouve désormais sous a forme d'un trio - souvent bien entouré (Nils Frahm au piano, Peter Broderick au violon...). Il ont raté les retrouvailles de Clausen avec la mélodie vocale, ici, sur Between the Walls surtout.
La richesse de cet album se mesure en termes conceptuels et musicaux. Musicalement, c'est une profondeur sans exubérance, basée sur la qualité de sons (sur la finale Monuments par exemple). Et que penser de la façon dont le concept - isolement dans une ville fantôme - se transforme en méditations lyriques affectées ? Leur nouvelle marque de fabrique, en comparaison avec Parades (2007) et même Magic Chairs (2010), est une force minimaliste basée sur une rigueur un peu triste.
Told to Be Fine démarre dans le feu de cette ferraille frappée, transformée en percussions hétéroclites comme celles des premières nations, figurant un travail à l'unisson, les musiciens faisait désormais office de mineurs à la place de ceux qui ont quitté Piramida, la ville polaire slave, depuis longtemps. Ces marimbas improvisés produisent des sons réticents à se mélanger, enfermés chacun dans leur propre résonance – ils produisent une forme de vide et de beauté dont on ne prend la mesure qu'au fil des écoutes. Told to be Fine se termine par des chœurs, non pas ceux d'une chorale de 70 femmes, cette fois, mais du trio, qui répètent « Told you it's ok/keep me away » « Je t'ai dit que ça irait/de me laisser à l'écart. » Au final, la chanson ne laisse pas une impression très physique, mais plutôt celle d'émotions lointaines renfermées, de lieux sacrés que la lumière de cette musique pop moderne dénature. Les méditations de Clausen, ses refrains répétés discrètement, sont autant de moments emblématiques du disque dans ce qu'il contient de détachement. C'est dans l'écart entre ce qu'on entend et ce qu'on verra, une fois le groupe sur scène, que réside aussi l'intérêt d'Efterklang, un groupe capable de se réchauffer au fur et à mesure que des musiciens de talent se mettent à jouer, au fur et à mesure que le public joue à se perdre dans leur mélancolie sophistiquée.

samedi 24 janvier 2015

CUB & WOLF - S./T. (2015)





O
attachant, spontané, frais
folk-rock

Un album d'un groupe très loup solitaire, quasi invisible sur le net ailleurs qu'au nord de l'Allemagne (A l'exception notoire de l'excellent webzine Nothing but Hope and Passion). Leur pays d'origine : la suède. Il sera évidemment confondu avec les australiens de Wolf & Cub (!!!) Autant dire que ces deux là ont le même nom, et qu'il vaut mieux que les derniers venus en changent. Le producteur Mattias Larsson et Linus Lindvall ont composé la réussie A Place to Mourn pendant un temps récréatif en studio. Les autres chansons, issues de sessions pour d'autres groupes mais qui n'avaient pas trouvé leur place sur les albums des amis, sont toute revenues en une journée et ont été arrangées pour constituer cet album de rock mélancolique. Leur sincérité et leur spontanéité les rend attachants. Etant donné la démarche, la profondeur d'une production pourtant dépouillée d'une chanson comme Standing Tall while Failling Down est confondante.  Des constructions de morceaux propres à l'épanchement, à la communion, comme on pouvait en trouver dans la pop de Ages and Ages l'an dernier. Une instrumentation en banjo et glockenspiel (l'un de mes instruments préférés) apporte de la luminosité à des compositions à la monotonie positive. What we Lost in The Fire termine l'album sur une touche résolument déchirante, en témoigne son violoncelle.

http://cubandwolf.com/
https://www.facebook.com/cubandwolfmusic?fref=ts

lundi 8 septembre 2014

JENNY HVAL & SUSANNA - Meshes of Voice (2014)







O
audacieux, pénétrant, soigné
avant pop, expérimental

(suite de la chronique de Laura Jean) « Notre Laura a aussi découvert Jenny Hval, une chanteuse et compositrice norvégienne à la voix incroyable. Laura essaie d'imaginer ce que ferait Polly Jean Harvey si elle sortait un disque aujourd'hui. Cela pourrait ressembler à cet album, sauf la pochette, aussi laide et obscure que les interprètes sont lumineuses, dans toute leur blondeur scandinave. J'ai emprunté l'album à Laura, qui en tire une étrange force ces derniers jours. Elle a compris que Berben ne s'en prendrait plus à elle avait des albums tels que celui-ci. C'est sans doute plus efficace, et plus agréable que si elle se mettait à s'habiller comme les romantiques ténébreux. En réalité, je ne l'imagine pas du tout ainsi, elle est trop spontanée. C'est la recherche d'un album castrateur à la Polly Harvey qui lui a fait trouver celui-ci. Un album à deux voix, avec piano et électronique, cela pourrait sentir le concept, mais on se retrouve avec une simplicité et une luminosité inspirées de Kate Bush. Les voix des deux chanteuses ne font qu'une, même dans leur singularité – celle de Hval est capable des note les plus hautes mais aussi de gronder – elles se complètent, viennent du même endroit, se succèdent et se rejoignent comme au fond d'un tunnel désert, où l'on entend 'air s'engouffrer. I Have a Darkness touche à cette évidente noirceur que l'on attendait logiquement, à laquelle l'album à la fois sombre et aérien, nous avait préparés sans nous inquiéter. Après ça, A Sudden Swing est l'un de ces moments de réconfort et de séduction qui jalonnent cette œuvre riche de quinze morceaux.
C'est une musique réfléchie, mais pas en retrait. Elle contient l'absence de compromis, le féminisme, une étrange forme de dignité, et une éclatante preuve de talent. La voix plus égale de Susanna, autre chanteuse norvégienne, apporte implicitement un équilibre à cet album : elle n'est pas effrayée de rejoindre Jenny Hval dans ces explorations plus à vif, comme si le piano triomphant de Wild Dog, son album de 2012, trouvait un moyen d'aller jusqu'au bout de son lyrisme lancinant, plus personnage qu'instrument. La dévotion de Susanna à la musique la plus organique et ouverte, voire mystérieuse, fait merveille ici. La meilleure collaboration de l'année ?  

dimanche 10 août 2014

I WAS A KING - Isle of Yours (2014)





OO
entraînant, soigné, naturel
indie pop

L'album des New Mendicants, le duo qui réunit Joe Pernice et Norman Blake (Teenage Fanclub) ne m'a qu'à moitié transporté. Les harmonies auraient du le traverser sans efforts, la production aurait pu être subtile comme sur cet Isle of Yours, par un groupe qui doit beaucoup à Norman Blake. Il aurait fallu au moins les effets, et le souffle de l'orgue électrique. Le précédent album de ces norvégiens sympathiques, le superbe You Love it Here (toujours en écoute et en vente sur Bandcamp), souffrait d'un seul défaut : trop ressembler à Teenage Fanclub (un rock dense et enlevé, des ballades power-pop hyper faciles à écouter, trois compositeurs au coude à coude, capables de rendre crédible le rock mélodique dans une décennie impitoyable). Ici, Anne Lise Frokedal devient le centre l'attention, quand c'était plutôt l'osmose entre Frode Stromstad et les invités Robyn Hitchcock et Norman Blake qui était à l'honneur précédemment, répétant inlassablement la même formule rodée soutenu par des refrains ravageurs. Sur deux des meilleures chansons, Pet Cemetary et One of Us, Frokedal trouve le bon équilibre entre légèreté et austérité, et la justesse de ses performances illumine tous les arrangements, qui prennent le pli de plus d'orchestration ou de rêverie  électrique. Quelques expérimentations, telle la fin de Pet Cemetary et ses violons, donnent l'impression que le groupe est à la recherche d'un son plus vaste, capable de satisfaire même ceux qui avaient laissé tomber REM dès la fin de leurs années de collège. On écoutera moins Accelerate (2008) maintenant qu'on a des chansons comme Bygdoy 30. Même quand les mélodies paraissent déjà entendues, quelque chose dans le développement du morceau ne peut nous empêcher de penser que le trio a longtemps réfléchi à sa singularité et sa pertinence.

mardi 11 mars 2014

THE SOCKS - S./T. (2014)



OO
lourd, intense
hard rock, psychédélique

)

march, the 18th 
Album is out

The best new french hard rock / psychedelic band.

Resist ! 

jeudi 27 février 2014

PINKUNOIZU - The Drop (2013)




OOO
hypnotique, vintage
psychédélique, indie rock


Le jeune quatuor Danois Pinkunoizu a accompli une prouesse avec cet album. 


Il est très agréable à écouter parce qu'il commence dans un chaos relatif et se

 termine dans la douceur, parce qu'il entremêle une voix masculine et une 

autre féminine sur des chansons à la destination incertaine. Il multiplie les 

tendances mélodiques modernes dans son écrin de musique roborative 

échappée du début des seventies - Can et Kraftwerk sont des références. La 

clarté du piano fait écho aux tournures psychédéliques novatrices. Ils ont 

joué en première partie d'Owen Pallett en décembre 2012, c'est un souvenir 

musical qui s'était imprégné dans ma mémoire aussi clairement que ce disque 

novateur et analogique va le faire.  


Un disque découvert grâce à la médiathèque de Nanterre. 

vendredi 21 février 2014

PALMANANA - Green (2014)

 



OO
intense, lourd, ludique
stoner rock, garage rock, rock progressif

Green est un album long (1 heure 12) avec un son organique, qui ondule en de longs solos (Sunflora, 12 minutes), qui fuzze beaucoup, et qui, selon le groupe (italien), 'peut rappeler la musique stoner des nineties'. Le plus impressionnant est la façon dont l'album progresse, depuis les énormes riffs et les structures léchées de la première partie jusqu'aux 'erreurs de jeunesse' maîtrisées de la fin d'album, avec une voix de môme de quinze ans pour que l'illusion tombe : Universal Instant Trip ou Ken's Revenge, qui au fil des écoutes semblent pourtant aussi déterminées que Cameltoe ou Goatpussy, sans doute enregistrées ultérieurement. Il y a bien une raison pour laquelle toutes ces chansons cohabitent : faire une forte impression, de celle que laissent les grandes œuvres musicales. Un album aventureux et parfois sauvage. Aussi prometteur, dans un autre genre, que Sun Structures, des Temples.

mercredi 22 janvier 2014

JAMES VINCENT MCMORROW - Post Tropical (2014)




)



 OO
sensible, apaisé, fait main
pop


L'irlandais McMorrow semble pouvoir rester suspendu entre les genres musicaux et les états naturels avec si peu de choses - un falsetto impressionnant qui dépasse ceux chez Wild Beasts et Bon Iver, quelques cordes, des chœurs, des boîtes à rythmes.
C'est ce qui se produit lorsqu'un artiste veut rendre un hommage à la musique qu'il aime (le hip hop), et échoue magnifiquement en créant quelque chose de différent. Gold par exemple, c'est l'alliance d'une simplicité futuriste et d'une envie de célébration qui s'autorise juste ce qu'il faut de cuivres. Un disque où l'instinct prédomine.
Et la pochette est superbe ! Elle rappelle la naïveté de celles de Michael Hurley.

lundi 6 janvier 2014

STEPHEN MALKMUS & THE JICKS - Wig Out At Jagbags (2014)




 O
entraînant, attachant
indie rock

Dans les trois premiers morceaux de leur nouveau disque, Stephen Malkmus déploie les trois pattes de son équilibre : non-sens global, gravité embusquée, et déconne, avec une musique articulée pour donner de petites révélations en toute évidence. Le sens mélodique inépuisable de Malmkus a encore produit le genre d'album soigné dont il est coutumier, battant la nostalgie tout en utilisant les mêmes recettes que les aïeux et fourmillant de plein de petits détails qui demandent d'y revenir encore et encore. Comme Brighten the Corners, on dirait bien que les membres du groupe ont pris leur place définitive, bien que Malkmus reste le vrai maître à bord – comme dans Pavement, tout compte fait. (Ca ne veut pas dire que les autres, Bob Nastanovich en tête, n'étaient pas utiles au son du groupe.) 

Mais alors que Brighten the Corners, le premier album de Pavement dont la conception plus démocratique n'a pas été dominée par Malkmus, avait été méticuleusement préparé, Wig Out at Jagbags a été présenté comme un disque facile à enregistrer, découlant naturellement de sessions fun qui ont eu lieu en Belgique. Le mythe du cool ouest-américain est mis à mal depuis que le chanteur-parolier a déménagé en Allemagne. Il se raccroche a son passé sans avoir vraiment l'air de vieillir : « I was so messed up/ You were drunk and high/ We grew up listening to the music from the best decade ever », susurre t-il sur Lariat. Malkmus a réussi en interview a rendre hommage aux « hipsters » qui constituaient à l'époque le public clairsemé de Pavement : avec une fraîcheur toujours démente et des paroles à la cohérence fluctuante, il va ravir ceux là. Tous ceux qui auraient aimé être ados dans les années 90. (Quelque part, il y aussi la sensation que les années 90 sont en train de perdre leur goût réellement novateur pour devenir de l'histoire...) La force mélodique ramassée autour d'une authentique guitare 90's, les cuivres de Chartjunk et les clips décalés et les noms des chansons - Cinnamon and Lesbians fait figure de double traitement, avec 'vidéo de groupe' pris au sens littéral - vont en séduire beaucoup d'autres. De quoi donner envie de remonter toute l'aventure de Malkmus depuis 25 ans et s'intéresser pour de bon à sa carrière 'solo'.

lundi 25 novembre 2013

LANTERNS ON THE LAKE - Until The Colours Run (2013)


 

 
 
contemplatif, doux-amer
Indie-rock, orchestral, pop
OO
 
“Quand on a commencé, je vivais comme un animal”, chante Hazel Wilde dans le deuxième album de ce groupe apparu en 2011. C’est dire leur pouvoir évocateur, leur exigence dans leur façon de connecter les ressentis de la vie réelle et l’art de concevoir des chansons.
« Pendant que nous enregistrions le disque, plusieurs de nos amis ont perdu leur emploi » commente Wilde pour expliquer l’adversité qui s’exprime dans les plages de rock orchestral voluptueuses de Until the Colors Run. Vu la situation financière et morale des membres du groupe au moment de l’enregistrement de ce disque, leur façon de combattre la morosité ambiante est au moins sincère, voire triomphante.
C’est comme si en signant avec le l’excellent label Bella Union, ils avaient fait le pacte de s’investir sans possibilité de retour à leurs carrières respectives, et en décidant d’enregistrer mieux : de faire vivre pour la postérité cette rencontre entre le piano, ou le violon, et la batterie, sur fond de guitare électrique, visiblement non plus jouée avec les doigts mais à l’archet, comme chez Sigur Ros. Alternant avec les moments de pure tendresse tells Green and Gold, il y a une urgence, montrant un groupe qui a trop à exprimer pour vouloir encore passer aperçu. Cette envie d’atteindre leur cible suscite une émotion vive et donne envie de prêter l’oreille, de plus en plus, au contenu des chansons écrites par Wilde. Ils semblent élargir leurs thèmes à la vie toute entière, tirant d’un monde où l’inspiration est en récession des explosions, des brûlures et surtout de la beauté.
Le groupe résiste, cherchant à englober le monde concret dans des hymnes aussi bruts qu’irréels, aussi lumineux que mélancoliques, euphoriques que statiques. Comme s’il ne fallait rien abandonner, Lanterns on the Lake parvient à recréer l’optimisme. La voix de Wilde ne laisse personne sombrer dans la mélancolie avant d’avoir éprouvé un plaisir intense.  On pense à Marissa Nadler.  
Comment s’est passé l’enregistrement ?
Nous nous sommes retrouvé dans un vieux hall d’école à Durham et nous nous sommes installés dans une petite auberge à côté, nous y sommes restés pour un mois, et nous avons enregistré les chansons tous ensemble, aussi « live » que possible. Nous voulions que ce disque soit plus naturel que le précédent (Gracious Tide, Take Me Home). Ce dernier album avait été enregistré chez nous, et nous l’avons conçu de façon assez fragmentée, en enregistrant nos quatre contributions séparément – seulement parce que, logistiquement, c’était impossible de nous aménager un espace pour le groupe au complet chez nous – et nous tentions aussi d’adapter le rythme de l’enregistrement à notre travail en dehors du groupe, faisant ce que nous pouvions quand nous le pouvions. Changer de méthode s’est avéré très bénéfique à la création, nous quatre jouant ensemble et enregistrant de cette manière. Nous avons ajouté quelques overdubs une fois rentrés, et Paul l’a mixé et l’a produit dans son appartement.
Interview traduite de http://www.leedsmusicscene.net/article/17964/

mardi 11 juin 2013

OLD MOUNTAIN STATION - S/T (2013)





Comment l’album d’un quatuor rock français peut il avoir ce charme juvénile palpable ? La production (par Kid Loco) nous projette adroitement dans la bonne lumière, celles des jours qui s’allongent à l’insu des gens peu attentifs, et dont les autres profitent pour s’ouvrir l’esprit.  On se rend à l’évidence de l’émotion, de cette façon de s’adresser, à travers la bienveillance des mélodies et la tendresse du chant, à l’enfant que nous voudrions voir danser. Un enfant dont les émotions grandissent sans cesse, déjà dans la prairie du campus universitaire, un jeune homme debout dans l’herbe et qui ré-imagine ses amis de l’école, voit se profiler les prémices d’une carrière de journaliste, de notaire, réalisateur à la télé ou de consultant en marketing, s’entrevoit en train d’élever sa première fille, l’initiant aux joies de la vie quotidienne, celle du tourne-disque et des chansons toujours fraîches, comme celles d’Old Mountain Station. Laissant grandir les oreilles de ceux qui écoutent, les regardant dodeliner de la tête en écoutant des mots « Je n’avais jamais remarqué comme tu pouvais être rude »,  prononcés avec plus de générosité que de sévérité.
Le groupe a cette particularité de mêler folk et longs accords overdrive du rock alternatif. Le  son frais, détaillé, ces mélodies évidentes – Auction Block en tête -, ces voix comme  adolescentes lui donnent la fraîcheur qui les rapprocheent d’Avi Buffalo, l’un des jeunes groupes américains les plus prometteurs de ces dernières années. La simplicité et la franchise de cet album lui permettent d’aller sur le terrain d’un épanouissement précoce et dans tous les espaces où la camaraderie triomphe.
Le titre du premier EP du groupe, “Songs for Woody”, enregistré en 2008, fait t-il référence à Woody Guthrie ?
Thomas Richet (Guitare, chant, claviers, harmonica) : Le titre du premier EP fait référence au tout premier batteur du groupe, dont c’est le surnom. C’est lui qui a eu l’idée de monter un groupe folk “lo-fi” (à l’époque, je faisais de la power pop avec Alex [Alexandre Cassigneul], le guitariste du groupe) et c’est donc beaucoup grâce à lui si le groupe existe. Il a depuis abandonné la musique, mais son esprit est toujours un peu avec nous. Cela dit, le fait qu’on puisse penser à Woody Guthrie en lisant le titre n’est bien sûr pas un hasard.
Comment s’est passée la collaboration avec Gilles Deles et We are Unique records ?
Thomas : Le travail avec Gilles s’est fait par correspondance, nous ne l’avons malheureusement rencontré qu’une fois en chair et en os, et avant même qu’il fut question de collaborer musicalement. Mais on peut dire qu’il s’est fait en toute simplicité, assez intuitivement. Le mastering peut ressembler à du maraboutage pour les non-avertis, c’était donc bien de pouvoir compter sur quelqu’un qui comprenait notre musique et où on voulait en venir. Sinon, We Are Unique, c’est une famille, tout simplement.
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