“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Folk (118) Pop (88) Rock (81) Rock alternatif (78) Americana (72) indie rock (69) Folk-Rock (65) Blues (51) Country (42) Psychédélique (39) Soul (39) Rythm and blues (32) Alt-Folk (31) Expérimental (30) orchestral (29) Garage Rock (26) Synth-pop (25) Noise Rock (23) Rock progressif (20) Funk (19) Métal (17) Psych-Rock (16) Jazz (15) Atmosphérique (14) Auteur (14) post-punk (14) Dream Folk (13) Electro (13) Punk (13) World music (13) acid folk (13) shoegaze (13) Lo-Fi (12) reggae (12) Post-rock (11) Dance-rock (10) Stoner Rock (10) Indie folk (9) folk rural (9) hip-hop (9) rock n' roll (9) Folk urbain (8) Grunge (8) Rock New-Yorkais (8) avant-pop (8) Bluegrass (7) Surréalisme (7) instrumental (7) Post-core (6) Dub (5) krautrock (3) spoken word (2)

Trip Tips - Fanzine musical !

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jeudi 10 août 2017

REAL ESTATE - In Mind (2017)






OO
élégant, apaisé, hypnotique

indie rock

Les membres de ce groupe ont sans doute dans leur vie autant d’événements que la moyenne des gens traversant l'existence dans la banlieue d'une grande ville. Il y a les occasions culturelles et sociales, les naissances, les raisons de se sentir progresser ou au contraire régresser. Même reprendre la vie au stade antérieur est envisagé, comme tout le reste, avec un flegme brillant par Real Estate. « I woke up sunday morning, back where i belong. » chante Matrin Courtney sur Serve the Song avec une léthargie trop familière, tandis que les guitares ondoient dans un gaze puis s'affolent, nous rappelant la promesse du groupe que cet album devait sonner 'différent'. Être père, la belle affaire. Aucun changement, pas même le départ de leur principal guitariste, ne les pousse dans leurs retranchements. Ils gardent leur poste d'observation, au coin de la rue, plus intéressés par les détails anodins et la poésie des silhouettes peuplant coûte que coûte le quotidien. Leur musique irradie d'une forme de chaleur que, parfois, il aimeraient peut-être transformer en menace planant, provoquer une catastrophe et libérer de leur monotonie les formes qui se meuvent mais ne s’arrêtent pas. 

Stained Glass leur fait retrouver leur meilleur vivacité, la mélodie comme habituellement découpée, la batterie ultra précise et bien sentie, que le tempo soit enlevé, comme ici, ou plus lent, d'ailleurs. Le producteur de Beck et Julia Holter a très bien su clarifier à l'extrême le son d'un groupe qui refuse de jouer comme les autres, mais cultive toujours une différence devenant fondamentale vers la cinquième écoute de l'album. On se rend à l'évidence de l'agencement des instruments, qui leur donne ampleur et légèreté. Les paroles sont toujours contemplatives et un peu amères, comme dans l'appréhension de ce que pourrait provoquer un vrai événement. After the Moon est une sorte d'exploit sans effort audible, montrant ce rare groupe capable de sublimer la résignation sans élever la voix. « Daydream the whole night through /Trust me, the moon will abandon you ». In Mind est le fruit d'un labeur évident pour parfaire la cohésion d'ensemble. 

C'est le son d'un groupe ayant compris l'inutilité de lutter contre la conformité des choses, trouvant son salut dans celle-ci. Chaque chanson contient une lumière pour embraser cette monotonie. Peut-être, finalement, le changement climatique viendra à point nommé, quand le problème aura dépassé les faux débats et les discutions de voisinage en rapport avec la météo, et que les choses commenceront à détériorer sérieusement la qualité des relations qu'entretiennent les gens avec leur quotidien estampillé sans histoire, alors Real Estate aura assez subtilement changé pour continuer de rayonner exactement de la même façon. Ils seront demeurés actifs, comme en atteste la qualité hypnotique de leurs chansons. Ils auront se soucier de la nature humaine sans chercher à la départager du sol ou des objets anodins qui l'entourent ; sans chercher à la différencier vainement du terreau de son fléau. Produire des chansons assez vigilantes pour ne pas se laisser surprendre par le monde extérieur, et continuer éternellement. N'est ce pas le l'idéal de tout groupe ? Real Estate s'est installé depuis trois albums et on attend de vérifier à nouveau vers 2019 ou 2020.



jeudi 27 avril 2017

THE SPIRIT OF THE BEEHIVE - Pleasure Sucks (2017)




O
extravagant, envoûtant
indie rock

Plutôt qu'un groupe conventionnel, il s'agit d'un collectif : au moins deux groupes expérimentés qui décident de lancer ensemble un nouveau projet dont la trame s'entend comme une évolution incessante, d'une écoute à l'autre. Ce que permettent des sonorités jamais définies, mais filant une perspective vertigineuse, n'en finissant pas de s'évanouir, progressant sans origine ni fin au point de paraître immobiles, dans la distance, dans le chaos, quitte à donner la nausée.

Pleasure Sucks commence avec un (dé)collage de field recording, de clavier analogique et de guitare inconstante. Des nappes étrangement mélodiques évoquent du shoegaze, et la batterie mène avec sûreté vers une première apothéose.  L'album (nommé d'après une sorte de thèse défendue par l'album, comme quoi les plaisirs éphémères videraient la vie de sa substance) est déjà très ouvert au départ, et capable de s'ouvrir encore plus, polarisant et agrégeant tout à la fois, défiant les lois de la physique. Ils font frissonner sur Time to Scratch Them All, un moment où se répondent la mélancolie révoltée de My Bloody Valentine et la malice de Pavement. C'est pure espièglerie, ou affectations réelles, mais jamais sabotage gratuit.

Les moments accrocheurs se succèdent, promettant un bon album indie-rock dans le sillage de Deerhunter ou Animal Collective, les tonalités dévoyées encore un cran au-delà. Piano, Heavys Instrument ou Snow on The Moon bâtissent sur cette esthétique d'une déchéance magnifique, ou d'un travestissement acidulé. Les claviers infâmes et totalement assumés apparus dès Pleasure Sucks I reviennent sur Future Looks Bright (It's Blinding).

C'est le sons d'un collectif aux impressions mouvantes, capable d'exprimer l'anxiété ou l'inconstance de leurs appuis, mais qui sait irradier la confiance et l'expérience. Le refrain est pris dans la manne des guitares triturées, audible mais sauvage. Becomes the Truth est comme la poigne d'un maniaque ne voulant pas lâcher les derniers effets semblant le retenir à la réalité. Toutes les choses concrètes reconnues ailleurs comme repères sont inefficientes pour empêcher The Spirit of the Beehive de dériver dans un délire musical, parfaitement maîtrisé, sur Big Brain. On pense au vertige de Zappa, mais alors, qui dirige cet ensemble ? Mono Light Crash, à son tour, laisse se dégager un misch-masch de bruits sur une rythmique locomotive, avec une réverb' copieuse, telle qu'on se croirait chez Kurt Vile. Un véritable amour des guitares se révèle d'ailleurs pour sublimer un peu cette débâcle de sons surprenants. Très présentes, d'abord comme nappes assourdissantes (Twenty First Road Trip), elles carillonnent avec Cops Come Looking.

C'est un maelström où l'on repère une volonté d'agréger des sensations plus profondes reliées à des lieux, à des temps, et de tout recracher dans l'instant. L'intérêt d'un tel album, hormis sa vulnérabilité bien gardée, et la brillance paradoxale de sa production, c'est de pouvoir observer les pièces trouver leur cohésion par-delà le sens commun, comme l’œuvre unique qu'il devient, en perpétuel transit. Comme des formations expérimentales exigeantes des années 90 (Stereolab...), il gagne lentement en épaisseur.

dimanche 26 mars 2017

SORORITY NOISE - You're Not As... As You Think (2017)



OO
intense, sensible
pop, indie rock, hardcore

Un album concis, prenant le parti d'aller directement vers ce qui provoquera chez leurs jeunes auditeurs le réconfort au milieu de leur désarroi. Sorority Noise abandonne toutes les poses indie rock, les prétentions par lesquelles beaucoup d'autres tentent d'être pris au sérieux. Ce qu'ils ont à faire est tourné vers l'intérieur, nous parle de résolution et de résilience. Et pour bien se situer, entre ses pensées les plus sombres et l'auditeur, le chanteur Cameron Boucher semble émerger à contrecoeur d'un sommeil difficilement gagné. « The last week/ I've slept eight hours total. » commence t-il sur No Halo. Il embrasse la mélodie mieux que jamais, chose remarquable étant donné le ton qu'il prend, celui d'une conversation morne. Ce décalage caractérise la plus belle qualité de l'album, le peu d'efforts qu'il met à atteindre des sommets. Sorority Noise humanise les sentiments que d'autres se contentent d'interpréter. La production atmosphérique, presque douce par moments, fait briller les moindres revirements et donne un relief vertigineux à des chansons pourtant réduites au plus strict nécessaire. Ils excellent avec les tempos lents et suscitent une sérénité sourde avec First Letter From St Sean ou Leave the Fan On

Cameron Boucher a vécu avec une impuissance encore plus grande, question de génération, ce que Neil Young avait exprimé avec Tonight's the Night : les dommages létaux de la drogue sur son entourage. Plus un suicide, certains diront que ça revient au même, mais pas ici. Chaque cas dépeint dans ces chansons de pop hurlée est éprouvé avec une distinction et une délicatesse que l'on imagine aisément entrer en résonance avec le public 'trash' sensible américain. Cameron Boucher sait pourtant si bien nous engager, à chaque hurlement. Avec l'art d'être frontal tout en nous donnant l'impression d'une apaisante maîtrise, cet album est un tour de force.

samedi 4 février 2017

CANCER - Totem (2017)





OO
apaisé, naturel, fait main
Indie rock, soul, pop

Une certaine relation avec James Vincent McMorrow, Anohny, King Krule, Real Estate et Lou Bond. Le passé et le futur réunis. Des fragments de nature, d'impressions de voyages, de tentatives pour échapper aux souvenirs. Enregistré sur un île danoise avec beaucoup d'imagination et d'intuition, de variété dans son instrumentation, et mention spéciale pour la batterie parcourant les morceaux avec mollesse et fluidité. Un mélange serein de folk électrique modeste, de collages sonores invisibles, de mélodies onctueuses. La fabrication, le jeu des phrases répétées, là pour construire, toute trace d’affirmation ploie superbement par la grâce de la contenance, de la détente qui se dégage de cette musique. Ploie mais donne à l'album sa force.

Manifestation d'une bouleversante pureté soul dans cette pop secrète, comme celle du piano à queue dans la pièce centrale, les presque 7 minutes de Mr Exorcist. A partir de là, Totem affecte encore plus, tandis que les titres s'allongent, plus intenses dans leur volonté d'échapper aux appréhensions. Le duo de Nikolaj Manuel Vonsild et Kristian Finne Kristensen et chante à l’unisson. « La nature autour de nous semblait elle aussi vouloir exorciser ses démons » commente Vonsild de leur enregistrement. A écouter Totem en entier, les pièces se confortent les unes les autres, ne laisser rien filtrer de la tempête hivernale qui rugissait à l'extérieur. Ce n'est pas anecdotique – un moulin à vent sur le toit leur fournissait l'énergie nécessaire à la captation de ces expressions. Non seulement les chansons les unes par rapport aux autres se fortifient, mais chaque élément trouve peu à peu, dans notre oreille, sa juste valeur, ce qui semble l'attrait des choses simples et lentement essentielles. 

A propos de Tak for Nu, Vonsild s'exprimait ainsi pour le site The Line of Best Fit : 
« People stowed away. Put in boxes - stored. Constant signals sent from heaven to a world of receptors and appliances. Each individual must play their part, not only in relation to others but also in relation to the man-made machine hungry for power. Here – trees are replaced by power lines- and streetlights. Satellite communities consisting of fifteen stories of grey with no natural shade to seek cover in. A melody travels from section to section - "Your love is a wheel. Your love probes". »

mardi 17 janvier 2017

IRMA VEP - No Handshake Blues (2017)





O
hypnotique, intense, inquiétant

Rock lo-fi, indie rock

Un solitaire qui sait s'entourer, un illusionniste de la guitare qui semble préférer le défi des espaces confinés, le gallois Edwin Stevens a trouvé dans Irma Vep, son projet en solo, une façon de renvoyer au rock le plus expérimental, tout en faisant de chaque morceau une performance en soi, un moment unique. A Woman Work is Never Done provoque, dès l'émergence de la guitare, à travers un rideau de pluie, une tension qui ira crescendo durant 11 minutes.

Les légendes locales de Manchester DBH apportent entre autres un violon qui branche tout de suite Irma Vep sur des vibrations Velvet Underground, et cela ne fait que se confirmer tandis que les strates bruitistes se superposent. La voix, captée dans un appareillage étriqué, prendre des intonations évoquant Smog, le projet de Bill Callahan, dans la première moitié des années 1990. A Woman Work is Never Done dégage, dans une spirale de guitares ululant comme cent succubes, puis hurlant telles mille banshees, dans la répétition de la phrase qui lui donne son titre, une claustrophobie familière. La batterie, jouée également par Stevens, émet des sons métalliques, pour canaliser le timbre effrayant des grands pionniers du rock punitif.

Les chansons sont plutôt des tentatives, à l'image de la chanson titre, sorte d'ébauche n’existant que pour le plaisir d'un certain son, à la fois spectral, volatile et si intime, qui colle à la peau. La plus courte, Hey You, n'étant pas la moins fascinante, de par sa mélodie. Elle redimensionne ce qu'est une performance live : un grand moment de solitude dans un espace restreint. Le blues dont il est question renvoie à l'austérité de Scout Niblett, par exemple, dans les moments les plus directs, par exemple Armadillo Man. La guitare comme instrument de sidérurgie. Still Sorry est exploratoire dans les sons, glutineux dans sa production, avec juste assez de candeur pour rester suspendu, à la façon d'une chanson de Deerhunter. C'est un rock lo-fi intérieur, confiné.

https://irmavepirmavep.bandcamp.com/album/no-handshake-blues
 

lundi 14 novembre 2016

BRIAN S. CASSIDY - Alpine Seas (2016)






OO
pénétrant, contemplatif, soigné
Indie rock

Encore une personne contribuant, sans rien demander à personne, à rendre le monde meilleur. Alpine Seas est un album profond et vaste comme un panorama, chaque chanson agrandissant par un bord ou l'autre la fresque heureuse d'une intimité particulière. On pense à Owen Pallett quand on lit la mention que l'album a été produit, enregistré, mixé et masterisé par le même Brian S. Cassidy, qui décide ainsi de produire sa propre symphonie, proportions gardées, à toutes les échelles respectueuses du genre humain - celles qui séparent la grandeur des territoires de l’émotion trop à l'étroit et incontinente produite par les glandes humaines.

Cette émotion marque chaque chanson de cet enregistrement rare, soulignée dans sa franchise par une belle production. C'est la mandoline sur (The South), la pedal steel (Uncompahgre), les atmosphères ouvrant Clare's Bridge ou les cuivres sur Make Believin'. Il y a aussi cette fraîcheur sur Rich Man, un moment de pure sensation auquel on a envie de revenir, comme pour comprendre mieux ce que révèle tant de simplicité. On se souvient de Bon Iver sur For Emma, Forever Ago, entre autres sources de frissons incapables de se tarir. La lassitude ne vient pas ; au contraire, c'est une jouvence, au fil des écoutes.

Cette émotion, Cassidy la traite comme en musique classique, avec un sentiment que l'ensemble est supérieur à la somme des parties. Ce qui inspire Cassidy, c'est le sentiment de plénitude et d'incertitude, face à un ensemble de ciel, de terre, tandis qu'il se demande ce qu'il peut en faire. C'est l'album d'un homme à qui la possibilité d'appeler la paix était offerte, puisqu'il est un auteur compositeur, un artiste. Il a réussi à rassembler les impressions sans frontières, à suggérer la félicité, pour l'explorateur, qu'il y a à reproduire en un seul endroit intérieur la somme des impressions successives de son voyage.

Il peut s'appuyer sur son expérience avec Okkervil River et Shearwater, dont il retrouve le côté plus poignant de The Golden Archipelago – et des chansons comme Castaways. Une voix dégageant un sentiment intrépide, une ouverture à tous les liens et cultures. La hiérarchie à l'oeuvre est celle des choses nobles qui élèvent ceux vivant sans exclure de possibilités, de rencontres, de liens. Il jouit, aussi, de son indépendance. Il privilégie la clarté dès l'origine de l'album, qui s'ouvre avec quelles notes de piano électrique et une mélodie épurée, annonçant à peine les subtilités à venir.

Être terrien, avec le pied sûr dans le nuage et l'océan, qui n'en a pas rêvé ? Cela semble simple, avec un tel disque, d'ouvrir les horizons.




https://microcultures.bandcamp.com/album/alpine-seas

jeudi 6 octobre 2016

RADIOHEAD - A Moon Shaped Pool (2016)







Attention, ceci n'est pas la chanson tirée de l'album, mais une version 8 fois plus lente.

O
poignant, orchestral, onirique
indie rock, soul jazz ?

Le succès de Radiohead tient à leur attitude ingénue, qui se traduit par un talent à aborder la musique posément, à être à l'aise quelle que soit leur conformation. Ils sont captivants en duo – Jonny Greenwood et Thom Yorke – comme avec deux batteurs – avec Clive Deamer, de Portishead, en concert -, toujours prompts à expérimenter, à s'amuser, à explorer. Yorke et Greenwood, en particulier, seront surpris dans un magasin de synthés vintage d'Austin avant leur concert en tête d'affiche le 30 septembre 2016 au festival Austin City Limits. Ils échangeront pendant un heure avec un fan sidéré, accosté par Yorke et passionné comme lui par les subtilités du matériel électronique.

Ils ont transformé d' étranges situations de rencontres fortuites et gardé la tête froide par leur pratique, en maintenant une fraîcheur harmonique plus détachée, comme la voix de leur chanteur, puis en utilisant des astuces concrètes pour garder les pieds sur terre, en provenance du jazz, de musiciens à priori plus créatifs qu'eux, et en y combinant leurs formes personnelles d'improvisation. C'est par exemple ce qu'on redécouvre sur Present Tense. Très peu de choses sont nécessaires pour la faire fonctionner, et pourtant un groupe entier perdure, dévoué plutôt à parfaire l'écrin sur lequel viendra se poser la voix de Thom Yorke – l'élément qui porte le groupe, depuis 20 ans, au delà de ceux à qui ils doivent leurs idées musicales et de leur contenance.

La spontanéité et la réutilisation de leur patrimoine harmonique commun, mais surtout un grand soin, au sens de délicatesse, constituent cet album. Plutôt que le plaisir de jouer, c'est leur prévenance qui fait détonner cette œuvre géosynclinale. Leur manière singulière de chanter les chœurs, de jouer les instruments, est devenue progressivement un artisanat. Sur l'album ou en concert, c'est un groupe que l'on imagine dans un atelier. Ce qui les rends excitants, l'instant d'un morceau ou d'une soirée, c'est qu'ils nous donnent l'impression d'entrer directement dans les coulisses de leur création, et à travers leurs chansons, semblent nous donner à voir leurs méthodes et leur inspiration.

Que ce soit la limpidité folk de Desert Island Disk ou la dérive électronique de Ful Stop, on pénètre un univers musical en formation, en structuration, comme la fabrication de prototypes plutôt que d'archétypes. Des éléments épars se rassemblent avec un abandon presque erratique sur Identikit. La batterie, celle des shuffles jazz, est là pour garder le morceau dans le jalon. Les accords utilisés démontrent qu'on est en jazz, plutôt qu'en innovation totale : riches et en mode mineur. Les cordes ondoient se font souveraines et nous rappellent toujours au pouvoir ensorcelant de vrais instruments. C'est particulièrement vrai de Glass Eyes.

Le groupe est le mieux employé quand il explore les friches au dehors de ses instruments originels ; pas de batterie, pas de guitare, pas de basse. Pour parvenir à cet instant gracieux et paradoxal, il faut croire en la magie, en la curiosité que peut susciter la musique. Même s'il n'y a plus une chanson qui vaille There There, on sort sidéré d'avoir aussi agréablement attendu.

The Numbers est une apogée tardive et ésotérique de l'album, quand Daydreaming était son sommet formel. True Love Waits est une sorte de compendium ; le façon dont a été enregistrée cette chanson ancienne est révélatrice du reste, et fait écho surtout à l'intensité mutique de Daydreaming. Méticuleusement harmonisées, elles signent un temps où les tonalités arrivent comme en décalage, jouant de notre vanité à vouloir saisir le disque. Le pouvoir des chansons de Thom Yorke est au-delà des mots, dans les sensations.

D'abord tu te dis que si tu ne l'apprécies pas à sa juste valeur c'est que l'album est sorti trop vite, avant de réaliser ce que signifie son épitaphe : « Le véritable amour sait patienter. » Tu ne le rattraperas jamais vraiment. A Moon Shaped Pool est un album que tu pourras écouter longtemps, de loin en loin, avec le même émerveillement, parce que tu ne l'as pas encore compris, ni complètement appris à l'aimer. Tu mourras candide, et Daydreaming sera la musique de ta cérémonie. Les gens hocheront lentement la tête, se souvenant, rêveurs, de cette chanson d'un groupe qui s’appelait Radiohead. Ils auront l'illusion que, s'il l'avaient écoutée davantage, ils auraient été préparés à ce qui les rend inconsolables dans de telles situations ; leur côté inattendu. Cette chanson te fait tout accepter avec plus de franchise, au delà de n'être plus rien qu'un courant d'air.  

lundi 3 octobre 2016

CASS MC COMBS - Mangy Love (2016)





OOO
Doux-amer, engagé, spontané
Indie rock

Dans le clip audacieux pour Medusa's Outhouse, Cass McCombs médite sur l'envie de célébrité, même si pour cela il faut être temporairement acteur de porno. Mais ce genre de personnes ne sont finalement, n'ont pas une situation plus extérieure que celle du musicien enregistrant son album pour une minorité de gens. Le studio d'enregistrement serait ce lieu clos où on est aux petits soins, pour qu'e l'artiste se croie important. Mangy Love, paraît-il, est un album drôle, mais il fat toujours se méfier de ce genre de réflexion. Mc Combs sait qu'on rira probablement de ses blagues dans un endroit isolés des autres, et ménager de tels moments de cynisme et d'engagement, c'est vraiment la démarche de celui qui utilise les portes des toilettes comme moyen d'expression planétaire.

Tout cela, la l'humour et la politique, est sauvé par un fait ; Cass McCombs, 38 ans, est un snob littéral. Non, il ne laissera jamais les paroles de ses chansons de destinées à un support aussi idiot que la porte des toilettes ou les réseaux sociaux. En 8 albums, il a posé des bases, et si elles ne sont faites que pour une minorité de gens, ça ne les empêche pas de répondre à des critères d'un goût affirmé sans arriver jusqu’à l’écœurement. Cet album vous ouvre des portes non sur l'extérieur, mais vers l'intérieur, emploie ses envies de dérision, de 'fun' musical, voire de psychédélisme en énergies internes. On sera séduit par les sonorités surprenantes rencontrées en route, notamment les boites à rythmes sur In A Chinese Alley ou It, cordes très Laurel Canyon seventies sur la superbe Low Flying Bird, qui ne nuisent pas aux réussites de ses chansons auxquelles Cass McCombs parvient à insuffler sa spiritualité si particulière. It par exemple, profite de chœurs singulièrement mixés.

Ainsi, cet album est parsemé de sentiments étranges, inattendus. L'une de ces surprises est trouver des chansons – Opposite House ou Switch – qui sonnent comme Air, sur la B.O. de The Virgin Suicides ou Moon Safari. Le minimalisme propre au style de McCombs reste dans le fond, mais la forme, la production donne parfois envie de prendre les choses avec plus de légèreté,d e se laisser dérouter. Avec au fond de la tête, une envie de s'épanouir dans cette musique. Peu importe le goût amer, car Bum Bum Bum nous décrit un monde raciste et sauvage. C'est un album sanglant qui n'en a pas l'air. Il peu arriver qu'un frisson d'appréhension nous traverse. « Pour moi, il s'agit de créer une attitude révolutionnaire, créer un langage rythmique qui est cool. Et ce que je veux dire par cool, c'est plein de sang froid, détaché, glacé au bout des doigts. » Vous vous retrouvez seul avec le cocktail pas assez 'cool' que vous aviez prévu de partager avec votre nouvel(le) ami(e) ; un conseil, évitez les soirées arrosées et partez plutôt marcher au grand air, même si McCombs vous persuadera que la nature est aussi futile que la vie d'une anguille.

«Tout le monde fait ce qu'il sait faire. Au final, il s'agit juste pour les gens d'être eux mêmes. » Cette remarque concernant les vingt musiciens invités sur l'album pourrait vous retourner dans la figure, si pour une question de manque d'attention vous décidiez que cet album n'est pas assez prégnant. Le problème viendra de vous ; vous n'avez pas su y insuffler assez de vie.

Il s'agit de trouver, à chaque fois, une base solide sur laquelle ses textes vont s'épanouir – à ce compte là, Run Sister Run est canon, tandis que Rancid Girl joue à merveille sur plusieurs forces du songwriter – le côté macho qu'il sait si bien imiter, combiné à une réflexion plus sincère sur la société américaine (la chose qui l’intéresse vraiment) et un bon groove où les guitares prennent un intérêt capable de maintenir les choses 'fun'. Rancid Girl est menée dans une transe particulière, qui s'horrifie des effets de la méthamphétamine. I'm a Shoe, en fin d'album, renoue avec une foi dans la guitare comme instrument à la fois féérique et inquiétant, sourd d'une langueur qui ouvre le disque sur des territoires plus vastes où le désenchantement est enfin le sentiment capable de déteindre sur les choses alentour si vous êtes vidé à l'intérieur. En écoutant I'm a Shoe, au moins, nul besoin d'avoir une vie interne très active pour se laisser évoquer des histoires. Elles sont tragiques et redoutables à entendre, nous font trouver le lieu où flottent ceux s'étant laisser tenter par un peu trop de 'fun' sonore.     

mercredi 28 septembre 2016

HAMILTON LEITHAUSER & ROSTAM - I Had a Dream That You Were Mine (2016)




~
indie rock


Quand j'ai commencé à parler d'albums, je ne me souciais pas de savoir si je les écouterais encore un an plus tard. C'est moins le cas aujourd'hui, crois-je en écoutant ce disque. Un plaisir fugace, et comme la musique provoque toujours des émotions sans support, des émotions quasiment vaines hors de leur rôle de nous faire mieux vivre l'instant, l'existence de tels disques se justifie. Mais pas dans la durée, où I Had a Dream That You Were Mine s'avère décevant.

Le single A 1000 Times résume bien l'album : d'ailleurs le titre de celui-ci reprend assez péniblement l'une des phrases du refrain de cette chanson. Elle repose sur de petites astuces de production qui la font sonner incroyablement jeune et dynamique pour une chanson des années 50, ou presque. Déballant dès la première seconde les deux choses qui nous font légèrement craquer pour cet album – une mélodie entêtante et la voix d'Hamilton Leithauser – elle multiplie les pistes (vocales...) tout en restant la même rengaine insistante. « J'ai fait ce rêve mille fois », chante astucieusement Leithauser, et si l'on est convaincu par l'énergie de la chanson, elle sonne effectivement comme une redite. Le contenu lyrique de chaque chanson n'est pas à craindre ; Leithauser et Rostam Batmanglij y ont bien travaillé. Et l'album sait profiter de la capacité de son chanteur à endosser plusieurs personnalités, crooner ou rocker à la voix éraillée. Un bon moyen de réaliser la vanité de la démarche est d'écouter Rough Going (I Won't Let Up). La chanson n'a rien de 'rude' comme le titre pouvait le laisser penser, mais surtout la voix superposée en chorale de Leithauser sonne creux.

Bien sûr, il a pu parfaire son charme New-Yorkais et le son de ses guitares avec les Walkmen pendant des années, se détachant de l'ombre tutélaire de Bob Dylan avec une voix progressivement moins nasillarde, et apparaît aujourd’hui comme un artiste n'ayant plus beaucoup à prouver. Son charme est une paresse bien goupillée, capable de surgir à chaque fois qu'on s'y attend, ou presque. I Had a Dream That You Were Mine peut paraître malin en combinant ancien et moderne, mais ce n'est pas suffisant pour faire une musique qui reste crédible.

samedi 17 septembre 2016

MOTHERS - When You Walk A Long Distance, You Are Tired (2016)


O
poignant, envoûtant, sensible
indie rock 

Un album qui restera rare, dans la mesure où seul un pressage vinyle a pour l'instant été fait – et épuisé. La voix de Kristine Leschper se rapproche de celle d'Angel Olsen ou de Sharon Van Etten, mais cette comparaison ne remet pas en cause son identité et la force de sa volonté. Elle a monté cet incroyable groupe à Athens (Georgie), dont le son capable d'une beauté formelle éloignée de l'indie rock plus débraillé est pourtant capable de revenir dans le giron de ce que leur producteur Drew Vandenberg a l'habitude de monter, avec Deerhunter notamment (Copper Mines). 

Il y a une forme de jusqu'au-boutisme dans cet album. S'il ne contient que huit chansons, la maîtrise du groupe lui permet de les agencer comme un parcours sensoriel sans issue, depuis l'introspection la plus revancharde, comme sur le très rock Lockjaw, jusqu’à la félicité d'une légèreté soudaine dans le vibraphone de Burden of Proof

 C'est un cycle où on ne croit jamais les douleurs apaisées pour de bon. On se retrouve avec le plaisir coupable d'entendre des choses comme « You Love me mostly when i'm leaving » ou d'autres phrases dépréciatives tout en sachant que Leschper n'a sans pas encore débouché sur ses idées les plus noires. Mais l'intensité de son timbre, parfois bordé de choeurs spectraux (sur le glaçant Blood Letting) justifie cette plongée vers une poésie si peu réparatrice et fait de Mothers l'une de plus fraîches découvertes du genre cette année. 

Sans compter sur les sublimes guitares, comme en témoigne le mieux la dernière minute de Hold You Own Hand : nommée ainsi comme pour signifier que l'apaisement restera solitaire et désolé, et qui fait culminer dans une dernière lamentation de plus de sept minutes ce disque à couper le souffle d'intensité.  


http://mothersathens.bandcamp.com/

vendredi 17 juin 2016

NAP EYES - Thought Rock Fish Scale (2016)








O
lucide, apaisé, élégant
Indie rock

Thought Rock Fish Scale est un disque discret, humble, qui passerait inaperçu sans un tour sur le site de Paradise of Bachelors. C'est une nouvelle perle du catalogue de ce label, à qui on doit les rénovations de la musique traditionnelle américaine par Hiss Golden Messenger (cette voix!) et Steve Gunn. La musique du canadien Nigel Chapman, le songwriter de Nap Eyes, et de ses trois acolytes, est sèche et accrocheuse, à l'image du dernier morceau, qui termine le disque ainsi « trust, trust, trust, trust me ». La voix est assurée et posée, le chant parlé comme chez Lou Reed (une influence évidente sur cet album). Sa façon de chanter, de laisser traîner les syllabes, est effective, elle nous affecte et nous attache. 

S'il chante l'isolation, les erreurs passées, c'est en étant capable de tout remettre à plat pour l'avenir. «And i know something is wrong here / but you don't know what it is / Could it be me ? » La question est posée avec un flegme que ne renierait pas Stephen Malkmus (Pavement). En comparaison avec son premier album, Whine of the Mystic, était plus chaotique ; désormais, comme dans les derniers Bill Callahan, la batterie se résume à quelques hit-hat, à une expression minimaliste, pour mieux mettre en avant le détail et la lucidité touchante d'une homme avançant toutes proportions gardées. Il y a la volonté d'une poésie de restitution d'autres temps, d'autres lieux de liberté, mais comme en réduction. Cette modeste échelle donne aux mélodies leur limpidité, ceinte de guitare suave sur les refrains, comme si Chapman s'adressait directement à nous, en conversation.





lundi 13 juin 2016

OLD MOUNTAIN STATION - Shapes (2016)





O
Envoûtant, sensible
Indie rock, pop

Old Mountain Station connaît ses priorités. C'est d'être un groupe doux, et il changent en douceur, trois ans après un premier album réussi et remarqué. De subtiles touches électroniques émaillent la chanson-titre. Sa priorité, c'est aussi de faire de la pop, intense et bigarrée. Tout est lumineux, concis, arrêté sur quelques phrases. Hold On est un tout petit tube de deux minutes et demie, ce qui ne l'empêche pas d'avoir du caractère. C'est même le sujet de la chanson : faire du remue-ménage, attiser les polarités et les complémentarités entre les êtres, dans ce qui n'est pas réellement une chanson d'amour, moins que Crooked Miles, en tout cas.« There are so many ways to fuck up/si many ways to end up on your own ». L'amour : la lucidité et la lumière espiègle en plus.

Shapes plane au-dessus des gens, bienveillant, et jamais inutilement déterminé ; ses refrains indolents, hagards, peuvent pourtant bien nous servir de boussole. La voie ténue de Thomas Richet est faite pour l'exaltation intérieure. Il s'agit de graviter, de trouver l'équilibre, de sublimer l'élan vital, d'élargir les cercles autour de vies autrement trop circonscrites, ou si peu remarquables. Circles, c'est le non d'une chanson si caressante, si légère, comme une aile qui, en vous frôlant l'épaule, semble vous délester de vos soucis.

dimanche 24 avril 2016

ULRIKA SPACEK - The Album Paranoïa (2016)







OO
pénétrant, hypnotique, frais
indie rock, noise rock

Comment crée t-on un album addictif ? Ulrika Spacek semble avoir la réponse. Sublimant leurs influences de Sonic Youth, Me Bloody Valentine et Deerhunter, ils créent un son très ouvert, et qui nous laisse, malgré l'intensité, en soif. Le groupe s'est formé en une nuit à Berlin, entre Rhys Edwards et Rhys Williams. C'est la même nuit qu'il ont définit le concept et le nom de leur album, The Album Paranoïa.

Ce disque finalement capté à Londres, en compagnie de trois autres musiciens, s'écoute comme une expérience sonore incroyablement homogène. The Album Paranoïa puise avec un contrôle hors du commun dans l'attitude vaporeuse et les nappes chères à Deerhunter et Atlas Sound, tandis que même le chant ressemble parfois à s'y méprendre à celui de Bradford Cox. La répétition et les guitares traitées en fluctuation tonale donnent à une chanson comme Porcelain l'air d'un classique indie-rock, dans la veine de ce qu'on a entendu chez les américains sur Halcyon Digest (2011). La maîtrise de l'aspect répétitif joue un rôle révélateur dès la première écoute, surtout dans le cœur de l'album, Beta Male et NK. Ainsi, les chansons mettent à l'épreuve notre soif de variété plutôt que notre patience. Mais l'homogénéité bat du même coup des records.


Le son fuzz semble parfois aplanir toutes les aspérités, et contribue à produire ce son fluide dans lequel les paroles des chansons semblent si bien intercalées. C'est vrai en particulier sur la profession de foi, I Don't Know, en ouverture. Tout, drones sonores, harmonies et paroles doucement balancées, semble en parfaite osmose. Les émotions se battent un peu pour échapper à ces gangue hypnagogique. Ultra Vivid puis le single She's a Cult débrident l'album de son self-control, le signe d'une emprise rare pour un groupe aussi juvénile. Les deux dernières chansons évoquent quand à elle différentes époques de Radiohead comme résultant de l'enregistrement à Londres. 


https://ulrikaspacek.bandcamp.com/album/the-album-paranoia

mercredi 20 avril 2016

WOODS - City Sun Eater in the River of Light (2016)



O
ludique, funky
indie rock, psychédélique


Pour le groupe de Brooklyn Woods, dès l'ouverture de City Sun Eater in the River of Light, les cuivres apparaissent comme un artifice qui démarque ce neuvième album, ou au moins Sun City Creeps, du précédent With Light and With Love. Avec sa pulsation afro-beat et son piano rhodes, le groupe a la bonne idée d'insuffler une vibration de reggae psychotique les faisant ressembler, de la façon la plus engageante, au groupe de reggae les Congos, qu'ils imitent grâce à la voix falsetto de Jeremy Earl et l'égarement dans un présent irrésolu et jouissif. « Sun City creeps/oh, let it go/we fall in to love/Take as we go. » Attention, la constance de ce falsetto un peu vibrant peut énerver. 

Le prochain morceau de bravoure s'appelle Can't See at All, dans cet album où les chansons se démarquent surtout par une pulsation funky, une répétition entêtante de certaines phrases, une instrumentation excentrique. Tout ce tropicalisme démarque un peu mieux le groupe des autres combos de pop rock psychédélique américain. L'apothéose caribéenne arrive avec The Take, bien amenée par son chorus de trompettes, et jusqu'à la surprise de son attaque de guitares électriques. Mais cela reste en stase. Politics of Free joue le rôle du single ensoleillé et (un peu plus) propulsif dans un album hagard. The Other Side encapsule encore un peu plus le sentiment doucement aliéné de l'album, retournant la réalité pour la rendre plus enveloppante. « There will always be a place for you/Meet me on the other side/What would say to tomorrow's sky/I wich the sunset almost every night... »

lundi 11 avril 2016

ABERDEENERS - Rewind to The End (2016)






O
Communicatif, romantique, orchestral
Indie rock cuivré, harmonies vocales, folk


Reprenant la formule communautaire qui a donné en 2016 des fulgurances chez Scott Nolan, par exemple, les français (de Clermont Ferrand) d'Aberdeeners travaillent leur jumelage (avec l'Écosse) en collectif. Dans le cas de ce groupe qui a déjà fédéré un large public, preuve qu'il est possible en France de jouer et de produire de la musique dans la tradition d'une bonne formation anglo/canadienne. 


Ils visent le pop rock choral, que de riches arrangements de cuivres, les portent à un niveau exaltant. On apprécie comment les voix de Damien Boutterige, Yvan Cusumano et Victor Lafarge concordent, produisant une ferveur qui évoque Dry the River, l'archétype du groupe de rock anglais puisant son agilité mélancolique dans le folk. October est une chanson importante de cet album, profonde et émouvante, dans la recherche d'un mouvement plus intérieur. 80 Windows, une reprise de Nada Surf, complète ce revirement, dans un lyrisme rappelant Shearwater. Après ça, l'album ne sera plus comme avant : Happy Accident est une délicieuse cavalcade romantique qui tire le meilleur pari des arrangements concoctés et interprétés par Aurélien Gendre et Geoffroy Proye. La même vibration romantisme séducteur traverse le disque jusqu'à Little Lady, et ses harmonies très Beatles. « We could make love just one more time » Let it go, chantent t-il à la fin, comme un écho à Let it be... Morning Haze conclut (momentanément) ce tour de force par une belle orchestration. Le charme de cette croisière enflammée opère encore, dans les minutes qui suivent...



A rapprocher aussi de Stanley Brinks. 

samedi 19 mars 2016

WINTERSLEEP - The Great Detachment (2016)





O
Efficace, entraînant, 
Indie rock, rock 



Wintersleep est, en raison de leur identité immédiatement reconnaissable, d'un charisme toujours sous évalué, de leur nervosité vitale et d'un chanteur attachant, l'un des groupes indie-rock dont Trip Tips a le plus de plaisir à avoir des nouvelles. C'est comme de retrouver de vieux amis, qui depuis 2007 et Welcome the The Night Sky, n'en finissent pas de s'émanciper. Après deux bons albums, l'ample New Inheritors (2010) et le plus électro Hello Hum (2012), produit par Dave Fridmann (MGMT, Flaming Lips, Mercury Rev), ils reviennent avec un album fait pour séduire. 

Amerika, la première chanson qui propulse leur nouvel comme un Coldplay plus rock, atteint semble t-il un niveau de succès sans précédent. Ce n'est que satisfaction de l'entendre démarrer par une rafale de caisse claire si typique du groupe, non sans rappeler aussi les premières secondes du Loveless de My Bloody Valentine. Le shoegaze est une esthétique musicale à laquelle ce groupe répond, comme à la simple envie de rendre leurs chansons le indie rock le plus galvanisantes possible.

On peut ne pas en apprécier toutes les méthodes pour arriver à cet objectif, mais cela n'empêche pas les chansons d'être racées et intéressantes. Par exemple, le vocoder sur Santa Fe, qui rappelle la BO de Drive. La bonne foi de Paul Murphy n'est pas mise en doute, mais c'est la tendance de leur producteur à rapprocher leur son de l'idée que le grand public se fait d'un 'album rock' qui constitue leur aspect un peu navrant. Cependant, ils ont de belles chansons, capables d'envoûter : More Than, Shadowless, Love Lies... D'autres impressionnent par la conviction palpable que Paul Murphy, en particulier, met à en faire des déclarations d'intention (Territory). Ils nous enjoint à ne pas être « le territoire de quiconque », ne pas nous rendre manipulables. 

Le groupe est efficace sans s'exalter, le batteur se démarquant quelles que soient les circonstances. Que serait Love Lies sans ses rafales de caisse claire, à nouveau ? More Than brille même sans l'explosion tellurique sur le pont, par l'impression d'un groupe focalisé, réuni autour d'un hymne l'amour : « I love you more,more than i said, more than i felt before ». Des mélodies musclées soutiennent l'album sans temps mort. La longévité du groupe tient à un équilibre que l'on ressent sur The Great Detachment. 

BLACK MOUNTAIN - IV (2016)








OO
onirique, hypnotique, épique
Indie rock, psych - rock  

Si 'indie' rock rime avec quelque chose d'avenant mais de profond, avec un regard vers la contre-culture, la science fiction quotidienne, les replis de l'existence rendus incommensurables, Black Mountain est l'un des groupes indie-rock les plus significatifs.  Leur musique nous parle d'héritage : le Led Zeppelin progressif de Houses of the Holy et Physical Graffiti, en particulier l'influence d'un morceau à énigme comme No Quarter, ou de la ballade Ten Years Gone, donne à leur musique son incarnation. On peut aussi estimer que Florian Saucer Attack est leur Immigrant Song. A l'exception de Mother of the Sun cependant, il y a peu de riffs sur l'album. C'est un glissement, une dérive vers l’abîme, à l'aide de synthétiseurs ou de de cordes toujours plus évocateurs et appuyés. 

La présence d'Amber Webber a toujours été l'un de ses points forts, et son entrée en matière sur Mothers of the Sun, précédant celle, remarquable également, de Stephen McBean, contribue pour beaucoup a l'impression d'un retour de Black Mountain, six ans (!) après Wilderness Heart (2010). C'est qu'Amber Webber, comme Stephen McBean, ont d'autres projets.

Dès les premières secondes, on sent déjà la fois un renouveau et la marque de leur personnalité intransigeante. Trois morceaux dépassent les huit minutes dans ce disque vaste, et qui fait ressentir son poids. Mothers of the Sun est destiné à distiller tout ce qui fait l'originalité du groupe : ses contrastes, allant du riff à la Black Sabbath aux transes hypnagogiques de Pink Floyd, sa répétition, sa capacité à nous égarer en nous propulsant dans de multiples genres.

Over and Over) The Chain est le trou noir de l'album. Sous ses airs de grosse BO du monde demain, il ancre les autres morceaux dans un monde tentaculaire et personnel, et nous attire un peu plus au centre des intentions du groupe, à chaque fois qu'on réécoute l'album. L'inertie qui en ressort en premier abord cache une vraie intensité. Révélatrice de leur méthode est la manière dont un riff grondant apparu au bout de quatre minutes de sons spaciaux, se transforme en syncope plus rituelle, avec maracas, avant de revenir à la charge dans un climax psychédélique à couper le souffle ou perce l'insistance d'un synthétiseur analogique rappelant le krautrock et Kraftwerk. La plong dans l'abyme est saisissante, surtout que Over and Over fait suite à des morceaux plus légers, comme Cemetery Breeding, promis à un beau statut de single. Il montre la splendide conviction du groupe, comme son absence de candeur.
La fin de l'album devient plus hallucinée encore, les neuf minutes de Space to Bakerfield nos incitant à complètement abaisser nos défenses. Amber Webber nous envoûte définitivement. IV est une expérience d'écoute variée, qui désoriente parfois, mais parfaitement cohérente au regard du reste de la discographie de Black Mountain, et marquant en particulier un pont avec le marquant Into the Future, paru en 2008 dans un contexte de regain pour le rock psychédélique de leurs influences, Led Zeppelin terminant 2007 avec un dernier concert triomphant.

vendredi 8 janvier 2016

DAUGHTER - Not To Disappear (2016)






OO
sensible, pénétrant
indie-rock

La nature nous entourant est lumineuse, bien plus que nous. Il suffit d'imaginer que nos morts sont réincarnés dans n'importe quel détail, végétal ou animal, de cet écrin à l'imagination infinie, pour ne plus éprouver de chagrin. C'est en écoutant le trio britannique indie rock Daughter qu'on peut avoir une telle sensation. Elena Tonra sait comment insuffler mille grâces à ses chansons, façonner des cycles qui imitent la nature, dépeindre la disparition comme décadence des esprits, des corps, des sentiments. La vidéo pour Doing the Right Thing nous présente ainsi Harry et Bella, un couple âgé confronté à l'oubli. Mais dans les dernières secondes, on réalise que la chanson, plutôt que d'évoquer une situation qui existerait, recrée, de façon magistrale, ce qui provoque notre empathie, notre compréhension des personnages, et les happe dans son propre système. Tonra a toujours une longueur d'avance sur n'importe qui d'autre en termes d'acuité mordante rendue à l'état de musique, elle sait impliquer l'auditeur, le guider et surprendre. C'est un peu le cinéma de Michael Haneke à l'état de chanson.

jeudi 29 octobre 2015

KONTIKI SUITE - The Greatest Show on Earth (2015)



O
lyrique, hypnotique
indie rock, psychédélique

Cette musique venue de Carlisle, dans l’Angleterre les méandres de l'Eden river, conjure toute la substance des Byrds, de Buffalo Springfield et de ces groupes des années 70, bien sûr, mais sérieusement revue à travers le pop-rock plus nette d'un groupe plus récent, le Teenage Fanclub. Derrière leurs qualités d'impeccables multi-instrumentistes, ces six garçons savent rester mystérieux aux entournures - une pochette pleine de fantaisie onirique et un titre, 'le plus grand spectacle du monde', qui laisse dans l'expectative. Pas vraient de surprise, au fond ; ils continuent dans la lignée du très séduisant On Sunset Lake

Ils se placent entre la libération charnelle des premières années psychédéliques et le romantisme anglais des Smiths. La voix du chanteur, quant à elle, évoque sérieusement celle de Jeremy Earl, de Woods, groupe qui officie dans la même chapelle de psychédélisme doux mais lancinant et chargé d'amour. On aime les guitares s'élevant dans la brume diaphane quand elles sont matinées d'harmonica, de mellotron (Years Roll On), et les pedal steel qui renvoie à la country anglaise de Richard Hawley. Evidemment, avec la petite voix de Benjamin Singh, ils privilégient la substance sur le style, courent la distance avec ce qu'ils ont et nous y font revenir à chaque fois plus désirants.

http://kontikisuite.bandcamp.com/album/the-greatest-show-on-earth

samedi 22 août 2015

La semaine psychédélique (1) - CHILDREN - Great River (2015)





O
vintage, attachant
Indie rock, Psychédélique

Et encore un groupe psyché de derrière les fagots. Personne ne les a vus venir non plus, ceux là, mais c'est un peu l'idée avec les groupes psychédéliques. C'est leur deuxième album. Ils ont été élus groupe du mois par un zine local, là bas, à Los Angeles.  
Ils laissent une tache mauve dans un coin de votre tête, mais encore faut t-il y consacrer un brin d'attention et de temps. C'est à dire faire ce que vous avez à faire pendant que le disque tourne, en entier, sur sa platine (c'est toujours la méthode conseillée pour avoir un meilleur son... Non ! Attentez ! Leur label Californien, Future Force, sort encore des cassettes !). A mettre bien fort pour s'imprégner de la tache en question. Ensuite, le principe, c'est que vous vous fassiez votre propre impression. Je vois des paysages défiler, des arbres, des marécages (car enregistré au Mississippi), beaucoup de soleil, de l'indolence et la nostalgie d'un Hotel de synthèse qui a beaucoup inspiré les Eagles. Parfois, ils nous rappellent juste l'élégance cosmique vintage de The Walkmen, ou de Real Estate. Les harmonies et les sons (analogiques ?) sont splendides partout, par exemple sur Incantation, à écouter en priorité. Le travail candide d'un groupe détendu et ouvert à l'inconnu. 

Allez, rdv là http://childrentheband.bandcamp.com/album/great-river pour écouter Doowaddado. 
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