“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

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dimanche 26 novembre 2017

DO MAKE SAY THINK - Persistent Stubborn Illusions (2017)




OO
heureux, onirique, puissant
Post rock, instrumental


Après avoir provoqué plutôt notre intellect, un certain thème traverse Stubborn Persistent Illusions, pour revenir à la fin de Return, Return Again et nous émouvoir. C'est à ce moment qu'on sait qu'il s'agit d'un vrai album instrumental, un de ceux qui savent nous égarer un peu pour mieux nous éblouir au bout du compte. Dans ces dernières secondes, on suspecte un orchestre, c'est à dire quelques effectifs supplémentaires par rapport à la formation habituelle de huit musiciens. Do Make Say Think est un collectif instrumental formé en 1995, et c'est seulement leur quatrième album. Voilà un premier indice qui indique à quel renouvellement, à quelle évolution ils se vouent entre chacun de leurs disques, et combien il reste dans Stubborn Persistent Illusions les seuls mouvements nécessaires, tandis que tout prolongation superflue a été gommée. Il en ressort que cet album d'une heure est articulé, et centré sur ses dynamiques chatoyantes comme un reflet dans l'eau pure. La production est d'une netteté étincelante.

Ce n'est pas ce qu'on remarque en premier, mais c'est la qualité de l'album qui perdure le mieux : son optimisme. Dans une ère où même Björk fait du post-Björk, de l'enchantement et de la connexion-entre-les-âmes en veux-tu en voilà, Stubborn Persistent Illusions vous invite à son tour à fermer les yeux pour ressentir l'utopie sereine. Il expose de mieux en mieux sa luminosité.

La détermination avec laquelle il avance peut être source d’appréhension au départ. Mais en quelques minutes, on saisit les immenses dynamiques se mouvant sous le jeu frénétique des musiciens. Et bientôt on ressent la portée que couvre le groupe, en termes de structures et d’amplitude sonore. Le son de votre artiste favori est souvent compressé à l'extrême pour être écouté sur votre portable. Ici, la comparaison avec le jazz, mais aussi la musique classique, est pertinente, vu que tout l'album est construit en quatre dimensions, où chaque composition en relaie une autre, en est l'expansion, à l'image du lien unissant les explosives Bound et And Boundless. Cette dimension supplémentaire signifie aussi que le groupe semble définir la musique pendant qu'il la joue. Et ainsi, quand des motifs émergent, des figures mélodiques se répètent, c'est merveilleusement gratifiant, parce qu'on croit en faire la découverte au fond de soi, à l'insu des musiciens eux-mêmes.

Il n'y a pas de main-mise, mais une forme de balance, d'équilibre fascinant pour l'oreille. C'est une musique qui en appelle à notre intelligence émotionnelle, prononce un remerciement absolu, exalte une joie nous étant aussi adressée, nous qui avons le mérite d'être présents, sensibles ou non. À la fin, c'est nous qui décidons ce que nous faisons de l'album.

C'est la légèreté d'un ensemble pourtant complexe, que l'on pourrait qualifier, à l'entendre, de meilleur que l'air. Un avis de tempête se déclare avec War on Torpor. Au cœur des plaines glacées, une histoire mêlant l'homme et la nature va nous être contée. Il y a dans le cœur des Canadiens la présence de la nature, et cela résulte d'un travail plus raffiné, plus sophistiqué, comme c'est le cas dans la précision des instruments conviés dans ce premier morceau en forme de grand réveil. Trois guitares carillonnent, formant des motifs qui s'entremêlent tandis que es autres instruments sont là pour introduire une sensation de liberté qui va s'étayer avec la suite. C'est une musique véloce, qui nous échappe tandis que l'on veut la définir. Elle est partout autour de nous, enlève le silence et l'immobilité mais sans écraser, sans ravager. Elle est soutenue, les cordes et les vents, et même la basse, se déployant vers le haut, dans un ciel ouaté.

Horripilation, c'est 10 minutes d'osmose et d'abandon. Sigur Rós nous avaient aussi bien subjugués avec seulement de la musique et leur acuité visuelle, nous intimant à inventer une dramaturgie sans personnages, nous imposant une force vitale globale indissociable de notre besoin de respirer. Le clavier en glockenspiel évoque une valse de petites fées, une musique russe, sur laquelle les violons et la saxophone baryton viennent ajouter leurs austères dynamiques, pour évoquer une épopée scandinave à la Peer Gynt. Les instruments vont et viennent à volonté, la batterie prenant soudain les devants pour donner une tournure plus rock au morceau. Des chants de baleine retranscrits à la six cordes se noient dans un nouveau tournoiement, avec une inventivité qui empêche de crier à la poésie surannée. Au fil du morceau, les instruments à vent se révèlent de plus en plus comme l'un des atouts majeurs du groupe. Ce vent, ils l'utilisent comme propos de leur musique, force expressive. Ils sont capables d'une décontraction introspective sur Her Eyes On The Horizon, indiquant le lieu le plus éloigné où le groupe s'est aventuré jusqu'à présent, sans perdre leur force d'évocation tétanisante.

Ils défissent une réalité en dehors des rapports humains, qui, mise en concurrence avec celle du music business, lui survivra, si les utopies devaient se concrétiser. En attendant, les décisions d'école empêchent beaucoup d'artistes d’atteindre une telle libération d'esprit.

mercredi 28 septembre 2016

KOKOMO - Monochrome Love Noise (2016)





O
sombre, contemplatif, puissant
post rock

Voilà un album qui mérite d'être apprécié, même s'il est devenu difficile, depuis quelques années, d'impressionner dans le genre post rock, qui a rencontré des sommets avec Sigur Ros, pour ma part. C'est un disque bien conçu, avec des morceaux dynamiques, autour de sept minutes pour les mieux développés. C'est quintet allemand enregistrant son quatrième album, sans chant mais pas sans quelques voix qui participe de l'ambiance contemplative. Ainsi, ils n'ont pas peur d'affronter ce genre post rock pour lui insuffler un peu de vie, ou de non-vie, puisqu'il est quasiment question de zombies (I am Bill Murray n'est-il pas une référence à Zombieland?). La peur est un thèmes universel qui permet au groupe de considérer leur musique avec honneur, comme s'ils faisaient face à leur destin. Ils voient là l'occasion de produire une œuvre énigmatique et pleine d'une appréhension sourde, avec en fil conducteur une affaire de survie globale. L'être humain et son environnement progressent dans une harmonie fragile, en recul constant, que représentent ces quelques fleurs. Judith Hess est invitée à chanter "Wake up, hold up" sur le premier morceau, Pills & Pillows, tandis que l'avant dernier, hurlé, trahit l'érosion de l'optimisme, le passage de la lumière à l'ombre :" I push you down, I watch you die »... Kokomo sonne comme un groupe se composant et se découvrant à chaque étape de nouvelles ressources dans les deux extrémités du spectre de la vie.

On parle souvent de musique cinématique pour le post-rock, mais cependant les ambiances ne sont pas totalement visuelles : il reste à la fin de l'album des choses qui n'ont pas été montrées et donc irrésolues, tandis que l’auditeur s'est laissé gagner par la puissante enveloppante des guitares, de la basse ronflante, de cuivres parcimonieux (trompette trombone...) et d'une batterie qui maintient effectivement cette expérience dans le domaine de la musique - intense, changeante à défaut d'être vraiment surprenante, et qui parfois - notamment sur I'm Not Dead – dépasse nos espoirs. C'est dans les contrastes que ce disque s'affirme, lentement, quand sa simplicité apparente, à nos oreilles habituées, devient de la franchise, et la progression de chaque morceau se fait plus définitive. Ainsi, c'est une autre définition du rock instrumental que Kokomo apporte sans litanies ni fioritures.

https://kokomoband.bandcamp.com/album/monochrome-noise-love

mercredi 18 juin 2014

SWANS - To Be Kind (2014)



OO
hypnotique, extravagant, lourd
Metal, Post rock

Un album plein de radiations, qui brille comme un soleil maudit sur toute la production musicale de l'année 2014. A la fois régressif et férocement tourné vers les choses qui doivent se produire. L'épine dorsale de cet album c'est Michael Gira, un grand personnage du rock américain. Il a une morgue truculente, une façon bien à lui d'être sérieux, d'éclairer sa musique d'une ambiguïté   iridescente, séduisante autant que repoussante. Dix chansons où il joue son va-tout, parfois seul interprète à bord, malgré le son d'un groupe monté par la force de l'illusion. Les dix minutes de Kirsten Supine exhalent ce désespoir. Mais dans un album d'une telle envergure, chaque sentiment se retrouve inversé dans la course d'une folie artistique qui se veut totale. Et quand il part en guerre avec un batteur qui s'appelle Thor Harris et qui rappelle Attila, cela donne la coulée sonore de Bring The Sun/Toussaint Louverture, avec une section centrale hallucinante où le bruit d'une scie marque la limite d'une chanson et le début d'une autre, et où des chevaux renâclent, enregistrés dans le studio, avec que Gira ne se mette à invoquer TOUSSAINT ! LOUVERTURE ! LIBERTE ! EGALITE ! FRATERNITE ! La révolution n'est pas loin. La profondeur du son donne aux paroles élémentaires et épurées un autre sens.


mercredi 30 mars 2011

Low - C'mon (2011)




Parution : avril 2011
Label : Sub Pop
Genre : Slow core, Folk, post-rock
A écouter : Especially Me, Witches, Try to Sleep

7.50/10
Qualités : doux-amer, envoûtant, poignant 
C’mon est un disque à la beauté totale. Apaisé en apparence, parfois triste aux entournures, de cette tristesse lointaine et mystérieuse capable de maintenir en éveil, sur nos gardes, alors que la cadence à laquelle vont les morceaux aurait plutôt tendance à nous bercer. L’album d’un son longuement maturé, consciencieux, muri à Duluth, dans le Minnoseta, là où il est né dans un effort pour contrer la vague grunge, en 1993. On devine son cœur plutôt penché vers les années 70, toutes les turpitudes douces-amères du folk d’un Neil Young circa On the Beach (1974) rejaillissant, sur Witches la production enveloppante, enivrante, en plus. L’occasion pour l’ami Dave Carroll de jouer du banjo. 
Ceux qui sont le mieux au fait de la longue carrière de Low voient en C’mon des touches de toutes leurs différentes périodes ; Matthieu Gandin, sur son blog Random Songs, le défendait en le comparant à leurs premiers disques, I Could Live in Hope et Long Division, mais en plus lumineux. La musique de Low s’est rarement élevée au dessus d’un murmure, laissant au vide vertigineux le soin de faire naître une tension dramatique au creux de leur musique. Au cœur du groupe, à son origine, le couple constitué de Alan Sparhawk, admirable chanteur et guitariste, et de Mimi Parker, à la batterie et au chant également. Trio à leurs débits, ils étaient accompagnés de John Nicols à la basse. La percussion de Parker se limitait à une caisse claire et un charleston ; cela au moins n’a pas changé ; le son du groupe s’en en revanche étoffé, pour faire cohabiter dans une atmosphère suspendue, la lourdeur maussade qui nous parle parfois de résignation, et une légèreté aérienne.
En 2007, Low sortait Drums and Guns, un disque meurtri, sanglant à leur manière, en réaction à la guerre en Irak ; le chapitre le plus surprenant de leur carrière. C’mon semble en revanche déconnecté de tout rapport avec le temps présent, se complaisant avec un plaisir coupable dans ses brumes, concerné par rien d’autre que sa propre aura. C’est l’équivalent d’une caresse, qui se passe de refrains ostentatoires mais pas de mélodies chatoyantes. C’est comme si Low, au sommet de sa maîtrise, avait enfin pu rendre ce qu’ils leur devaient au forces spirituelles qui lui ont permis de progresser depuis leurs débuts. Sparhawk a dans le temps participé à des projets parallèles (Retribution Gospel Choir…) qui lui ont appris à développer encore son pouvoir d’expression, touchant maintenant à une forme de confrontation encore plus enfouie, sans doute incapable de voir le jour ouvertement. Un combat souterrain entre ombres et lumières, une danse tournoyante qui, si l’on pouvait s’y inviter, nous donnerait le vertige. On se contente amplement du délice de survoler la scène. Galvanisé, les couple a avancé tous les éléments musicaux isolés qui les ont émerveillés au fil du temps, pour les lier sur C’mon
Ce sont chants à l’unisson, si complémentaires, des deux vocalistes tout au long du disque, qui sont la qualité ma plus marquante de leur interprétation ; mais c’est aussi harmonies désarmantes, arrangements d’une rare intelligence, lenteur poignante et envoûtante (Majesty Magic), capacité à transformer la répétition en félicité épique (Nothing but Heart), langueur infinie avec pedal-steel sur Done, résonance quasi-spirituelle (Nightinsale), hymne de bord de lit (Try to Sleep), sensibilité métaphysique (Especially Me), folk désespéré sur Something is Turning Over. Sparhawk met son œuvre en perspective:  « I don’t think we’ll never see the end », mais ce n’est pas le dernier mystère.  Il avertit juste avant les dernières notes : « Get up while you’re young ». « Abandonnez tant que vous êtes jeunes ».  

vendredi 25 mars 2011

Earth - Angels of Darkness, Demons of Light 1 (2011)



On aborde un disque de Earth tranquillement, sans cesser ce qu’on était en train de faire. L’expérience que propose ce groupe crée, aussi naturellement qu’une respiration, une seconde réalité à côté de celle que l’on menait en premier lieu. Un léger frisson accompagne le plaisir de retrouver le phrasé de guitare unique de Dylan Carlson et de sa Fender Telecaster, et toute la suite n’est que question de se laisser commander dans un calme abandon. C’est un voyage, dans lequel on peut voir des nuances toujours changeantes d’espace et de temps, de longues méditations macrocosmiques sur la pratique musicale, mais surtout la simplicité la plus humaine possible. On sent encore sur Angels of Darkness, Demons of Light 1 combien Earth est un groupe important, du haut de son art de captiver l’auditeur avec si peu de chose.

En 1991, Earth, alors duo de l’état de Washington, réinventa le heavy-metal avec Extra-Capsular Extraction ; un disque lent, oppressif et solitaire. La musique devenait enfin le personnage principal plutôt qu’une simple trame de fond pour la voix ; et comme la musique savait mieux que les mots susciter les questions, brouiller les pistes et provoquer des mystères, Earth devint une sensation captivante. A beaucoup, peu habitués aux lents développements de la musique classique, Earth a sans doute appris la patience, et créé dans son sillage de nouveaux genres musicaux basés sur la lenteur instrumentale. Mais plus importante est la progression du groupe jusqu’à aujourd’hui, son évolution constante rythmée par des changements fréquents de personnel. En 2005, ils se sont à peu près réinventés avec Hex : or Printing in the Infernal Method ; un son considérablement allégé, et davantage de place pour les évocations de la guitare flambant neuve du maître de cérémonie Carlson, jouant au gré de ses pensées et pensant au gré de son jeu. La musique prenait mieux en compte l’espace entre les notes, les échos et flous réverbérés alternaient avec les accords des mélodies, à égale importance avec elles. L’influence de genres musicaux particuliers ou de groupes précis a sans doute eu un rôle au moment ou ce changement a été décidé, mais dès lors, il n’était plus question que de capturer l’abstraction et l’essence de ce qui liait ces genres musicaux entre eux, comme de capturer avec ce nouveau son les silences entre les notes. « J’ai commencé à voir la musique comme un continuum – en particulier les formes Américaines comme le blues, la country et le jazz – et je me retrouve tout au long de ce continuum plutôt que dans une de ses composantes. »

Earth fait une musique mouvante, largement tributaire de la performance de Dylan Carlson. Seulement là où ses arabesques hypnotiques étaient sur le précédent album, The Bees Made Honey in the Lion’s Skull, soulignées, rendues plus puissantes par l’effet de l’orgue Hammond, elles deviennent sur Angels of Darkness, Demons of Light 1 plus réfléchies par l’action du violoncelle de Lori Goldston. Cette nouvelle recrue a développé depuis son apparition aux côtés de Nirvana pour son MTV Unplugged (1993) une prédisposition au répertoire rock plutôt que classique et à l’utilisation d’amplis et de pédales d’effets. L’interaction de la guitare et du violoncelle, parfois guttural, beaucoup plus versatile que l’orgue qu’il remplace, fait qu’apparaissent, derrière la simplicité, la lenteur, la répétition, la restriction, les bases d’un nouveau langage. Pour des musiciens qui n’avaient jamais joué ensemble, et dans la mesure où le disque a été enregistré dans une relative précipitation, la force de communication, la dynamique de ce duo incite au respect. Les formats les libèrent largement ; seul le premier titre, Old Black, a bénéficié d’une trame mélodique concrète ; les autres sont nés à partir de riffs ou encore, dans le cas du morceau titre de vingt minutes qui clôture l’album, presque inventé sur le vif, enregistré en une seule prise et sans overdubs. L’admiration de Dylan Carlson pour les pratiques des jazzmen, en principe particulièrement à l’aise avec l’improvisation, est manifeste, et elle est ici adaptée à une forme d’expression qu’il a mis vingt ans à développer de lui-même. Il a appris, entre autres, que les premières prises sont toujours les meilleures.

Il sait aussi donner une couleur à sa musique, qu’inspire même la littérature. Inspiré entre autres de Fairy-Faith in Celtic Countries, un livre de Walter Evans, de Susannah Clarke ou de British Goblins qui explorent le folklore gaëlique, Angels of Darkness, Demons of Light 1 a une origine celte, quand les précédents albums du groupe exploraient l’imaginaire des grands espaces américains ou de l’Inde. Il convient de saluer particulièrement la batteuse Adrienne Davies, dont le travail à la trame des morceaux, et l’utilisation des cymbales, construit le disque avec un calme pénétrant. Cette précision, cette légèreté rare est particulièrement mise en valeur sur les douze minutes de Father Midnight.

Parution : mars 2011
Label : Southern lord
Genre : Experimental, Instrumental, Post-rock
A écouter : Father Midnight, Hell’s Winter 
 
7.25/10
Qualités : pénétrant, contemplatif, lourd
 
 

dimanche 18 octobre 2009

Red Sparowes - Every Red Heart Shines Towards the Red Sun

Le second chef d’œuvre des Red Sparowes, paru en 2006, cristallise les éléments les plus identitaires du groupe, et prouve surtout qu’il n’était pas incapable de reproduire un travail aussi fort que At the Soudless Dawn (2004). Après la Sixième Extinction (celle qui est supposée causer le crépuscule de l’homme) – le thème du précédent disque – c’est ici, sur fond de symbolisme rouge sang, au problème de la famine globale et de la rupture de la chaîne alimentaire que s’identifie le grand groupe de post rock américain.

L’histoire racontée par les Red Sparowes, c’est celle de la Chine entre 1959 et 1961, frappée d’une peste qui était transmise au bétail par des animaux sauvages, dont des oiseaux comme les moineaux (Sparowes en anglais). Cette famine fit alors 30 millions de morts. Le gouvernement lança une grande campagne, "The Great Sparrow Campaign" pour l’élimination des animaux infectés. Cela amena une invasion de sauterelles épargnées par la disparition des moineaux, qui créèrent la famine ; fable d’un fragile équilibre qui fut réalité.

Ce n’est peut-être pas une façon très saine de commencer à présenter ce disque si balancé que d’évoquer ses penchants apocalyptiques. Mais Every Red Heart Shines Toward the Red Sun. Mais il s’agit au contraire d’une musique muette, précise, retenue, jouée avec une minutie et un talent immense. Le résultat n’a pas la lourdeur que l’on peut craindre d’une formation produite par Neurot Recordings (Neurosis, Isis). Il en devient même surprenant et finalement révélateur de voir comment est gérée cette sorte de longue mais douce litanie.

Le groupe est très ambitieux. S’il s’agit de morceaux totalement instrumentaux, ils sont intitulés de longues phrases appelées à jouer le rôle de chapitres. Le titre  du disque en entier comporte plus d’une centaine de mots. Les thèmes puissants et documentés et cette propension à divulguer autant par les titres que par la musique est une façon de revendiquer l’instrumental comme genre musical à part entière. Par un artwork puissant, ils donnent à la musique une imagerie forte et propre. C’est ce que des groupes comme Sigur Ros ont exploité ; dans leur cas précis, étant donné que leur langue est peu parlée et comprise. L’image ajoute à la musique une autre dimension.

La musique des Red Sparowes est constituée de pièces assez importantes mais surtout impressionnantes pour leur rigueur. La batterie métronomique évoque Can. La guitare en pedal-steel apporte une fluidité à la construction articulée, de manière à ce que l’on ait l’impression d’une infaillible horlogerie. Le temps est géré comme une dimension à part entière, les morceaux s’épanouissant avec circonspection. Parfois, cela donne l’impression d’une musique recroquevillée, presque bridée, plutôt que totalement libérée, bien l’œuvre dans son ensemble soit effectivement libre.

Le long échafaudage construit peu à peu une ambiance de laquelle émane une intelligence tout à fait particulière. C’est presque une provocation ; par la célébration d’une musique extrêmement pensée, le groupe pourrait être prétentieux ; mais cependant, le résultat est très agréable à écouter. C’est un genre de pop, ou presque. C’est ce que ce que Kraftwerk a donné à la musique électronique, cette fois appliqué dans un domaine qui embrasse les déflagrations et accalmies de Neurosis, à laquelle les Red Sparowes apportent leur propre sens de la clarté et de l’aménagement sonore.

Chaque morceau apporte une progression intéressante, depuis la basse en forme de grande poussée en avant sur The Great Leap Forward..., jusqu’à la rythmique de pendule de Like the Howling Glory… et au doux intermède de piano intitulé And by Your Own Hand... Les qualités mélodiques déjà remarquables sur le précédent opus sont encore bien présentes, notamment sur la deuxième moitié du disque, atteignant peut être un point hors de toute comparaison sur Millions Starved and as we Became Skinnier and Skinnier…, pièce de plus de neuf minutes qui enfonce le couteau dans la plaie.

Il est ainsi intéressant de voir comment la formation joue de son équilibre précaire, fournissant pour l’essentiel une introspection qui peut être prise à la légère, avant de décider, lorsque le moment est venu, d’ouvrir les abysses qui leur font retrouver leurs origines plus caverneuses sur As That Blazing Sun Shone... et de retourner à nouveau, l’espace d’un instant, à une lubie plus pastorale.

  • Parution : 19 septembre 2006

  • Label : Neurot Recordings

  • Producteur : Red Sparowes, Tim Green
  • A écouter : "Like the Howling Glory of the Darkest Winds, This Voice Was Thunderous and the Words Holy, Tangling Their Way Around Our Hearts and Clutching Our Innocent Awe", "Millions Starved and Became Skinnier and Skinnier, While Our Leaders Became Fatter and Fatte"

mardi 13 octobre 2009

Efterklang - Parades (2007)

Parades est un disque profondément européen. Cette étiquette n’a que peu à voir avec une comparaison facile, bien que Polygyne commence doux comme un morceau de Sigur Ros, avant que des chœurs entrechoqués évoquent les travaux les plus inspirés de Bjork. Cependant, pour l’essentiel, ses orchestrations abstraites embrassent plutôt des touches ethniques, et canonisent les vestiges d’une civilisation jamais complètement reconstruite. Mirador a quelque chose de la vieille Russie. Il y a des nombreux éléments de fanfares – cuivres, et l’on dira roulements de « tambours » plus que batterie ; il y a de la musique de chambre, beaucoup de chant choral, de « aaaaaaas » et autres unissons débarrassées de mots. Il y a le freak folk de la côte ouest, et même des lignes de post-rock suffisamment mémorables ; Mirador, Horseback Tenors. Cette musique voit apparaître toutes sortes d’aberrations, diables verts, serpents jaunes, c’est une volonté d’embrasser plus que des genres, des traditions, des modes de vie. Le folklore islandais y rejoint l’indé américain farouche, le folkie entraînant est en proie à des visions gothiques du fond de la Scandinavie.

Avant cette grande œuvre, le mini-album Under Giant Trees avait débuté en haut des charts au Danemark, pays d’origine de cette troupe atypique. Parades, en 2007, a parachevé de statuer le collectif comme l’un des groupes phares de la scène européenne la plus identifiée. Que le groupe soit signé par le label nordique Leaf (Wildbirds and Peacedrums) est une autre manifestation de son identité.

Parades développe un instrumentation qui n’a que peu à voir avec le rock ; il n’y a quasiment pas de guitares, tout étant recentré sur le chœurs – un très lointain cousin des Beach Boys ? – et sur les orchestrations ostentatoires. Evoquant souvent la procession de quelques marcheurs slaves, cette musique lorgne aussi du côté d’un certain genre de pop baroque popularisée par Arcade Fire. Comme eux, c’est un couple qui chante les titres ; Thomas Sjöberg et Linda Drejer Bonde, bien que par ailleurs on assiste à la présence très prononcée de chorus féminins. Leurs chants incantatoires sont à mi chemin entre le décorum vocal à l’allemande et l’ensorcellement typiquement nordique. Un peu d’électronique, très discrète, agit comme un relique du temps de leur première œuvre – Tripper, en 2004.

Il y a la volonté de projeter une sorte de grandeur, un charme insaisissable qui n’était pas absent du travail de Peter Broderick, Home – celui-ci, qui vit en partie au Danemark, les a accompagnés en tournée. Les musiciens se sont tournés volontairement vers une musique que l’on peut appeler folklorique – changeante au gré des humeurs de ses gens, ouvrant tiroirs sur tiroirs de teintes pastel, parfois austères. Sur Frida Found a Friend, on trouve un élément morbide, renouant avec une tradition construisant sur les ruines de châteaux aux évocations de vampires.

Après un Caravan en forme de longue attente, le maléfice culmine sur Illuminant, qui conjure folk méditatif, touché par une vision toute puissante, et quelque angoisse inconnue. Il semble que Parades suive un itinéraire sans cesse changeant ; et jusqu’au bout, on se demande si le groupe va trouver une issue à sa tragédie ; finalement, Cutting ice to Snow, non content de ne pas reprendre où Illumant nous avait laissés, ne nous donne pas davantage de clefs lorsqu’il se termine abruptement.
Parades, dispensant un envoûtant et riche voyage, est à la croisée de traditions plutôt que de genres – une stratégie qui donne à Efterklang une identité particulièrement forte. C’est un disque de référence dans le paysage musical actuel, entre les expérimentations post-rock d’islandais déjà reconnus et l’envol, encore à venir – outre Kusturica -, d’une identité rock en Europe de l’Est.
Parution : 15 octobre 2007Label : Leaf
Genre Pop baroqueA écouter : Mirador, Horseback Tenors, Frida Found a Friend

7/10
Qualités : communicatif, orchestral

    jeudi 24 septembre 2009

    Red Sparowes - At the Soundless Dawn

    Les Red Sparowes (moineaux rouges, en référence à T.S. Eliott), groupe de post-rock (Mogwai ; Sigur Ros ; Godspeed you ! Black Emperor ; Grails ; Mono ; Explosions in the Sky, etc.) musclé sont une formation expérimentée, même à l’aune de leur premier disque (deux musiciens d’Isis), qui travaille textures et sons dans un style virtuose de composition moderne, donnant à la musique sans voix une expression personnelle et foisonnante. Le groupe Californien affilié à Neurosis, Isis ou encore A Storm of Light, et signé comme eux sur le label Neurot Recordings, fait montre en 2005 avec At The Soundless Dawn de talents de composition tout à fait remarquables.

    Ce genre musical aura tôt fait de détourner l’intérêt des critiques et du public ; et pourtant, c’est dans un souci constant de clarté, de beauté et d’ouverture au monde que le groupe progresse. Red Sparowes a un message et un filament poétique qu’il souhaite partager, une ligne de cohérence – signe de tout album post-rock qui se respecte - et pour cela, il fait briller le mieux possible tous les aspects du son qui, d’une pièce à l’autre, le caractérise de plus en plus. Un album de ce genre – d’une durée approchant ou dépassant les soixante minutes - sans motif peut s’avérer faible ; l’exercice est d’y apporter un constant renouvellement de forme. Sur le fond, le dessein est clair et ambitieux et les différentes étapes permettent d’illustrer ce message, de dérouler ce filament et, de surcroit, de multiplier dans la tête de l’auditeur les images les plus belles et parfois les plus opposées.

    Ce qui fait l’intérêt de l’instrumental, c’est aussi la fulgurance et l’expressivité de certains instruments. La guitare en pedal steel (à plat) permet un grand apport d’expressivité à la musique. Utilisée entre autres par les groupes de rock progressif comme Pink Floyd ou Yes, elle participe à la construction des morceaux en leur donnant une touche plus construite ; comme l’orgue Hammond (Deep Purple) ou les Ondes Martenot (Radiohead), c’est un outil occasionnel et inoubliable dans la composition populaire moderne. Par l’utilisation d’instruments mélodiques comme l’orgue et le piano, les Red Sparowes empruntent une voie originale, produisant une musique puissante, contemporaine, très agréable. Les guitares conventionnelles sont également capables de grands riffs. Les ambiances sont variées, le groupe joue sur les contrastes avec une grande intelligence, ne laissant à aucun moment l’impression d’opérer en roue libre ; chaque minute apporte une mélodie ou grandit celle qui court déjà ; parfois on laisse un arpège s’installer mais sans abuser de longueurs (trois morceaux font moins de six minutes).

    C’est une musique qui, en surface, explore diverses dimensions spatiales. En esprit, elle se concentre autour de l’idée d’une « sixième extinction » comparable aux grandes extinctions des espèces à la surface de la terre par le passé ; cependant, cette nouvelle extinction est causée par l’homme, et non par des éléments naturels. Il y a là une tentative de communiquer sur un plan métaphysique, une vision spirituelle qui est par ailleurs fortement présente dans une large part de la scène Californienne. Le format des pièces permet d’embrasser une large quantité d’éléments qui rejaillissent tôt ou tard dans les sillons que les Red Sparowes laissent comme une charrue dans la terre apocalyptique de notre époque. Constant en qualité et en inspiration, le disque ne lasse jamais, n’en déplaise aux détracteurs (je défendrai toujours Yes, par exemple) du genre rock progressif. Parfois menaçant (Mechanical sounds…) mais sans jamais devenir exagérément sombre, le disque rebondit et offre toujours, au sein de ses ambiances denses, de nouveaux crochets physiques ou volatiles. Une musique pour rêver. Surprenant et salutaire pour la scène indépendante, ce disque est l’un de ceux sur lesquels Neurot Recordings peut fonder sa réputation.

    • Parution : 22 février 2005

    • Label : Neurot Recordings

    • Producteur : Red Sparowes 
      genre : post-rock

    • A écouter : Alone and Unaware..., Mecanical Sounds....

    lundi 7 septembre 2009

    Sigur Ros - () (2002)



    Parution : 2002
    Label : Emi
    Genre : Post-rock, scène islandaise
    A écouter : Vaka (#1), The Death Song (#7), The Pop Song (#8)

    7.50/10
    Qualités : pénétrant, vibrant, atmosphérique

    Avec (), Sigur Ros s’abandonne, laisse échapper sa créativité. C’est beauté vraie, tristesse insondable, sentiments mis en jâchère, émotions qu’on laisse croître et se multiplier seules. Il semble que partout où cette musique se glisse, l’homme recule, se tapit, comme devant le flot menaçant d’une source amère. Une partie de vous (auditeur), de votre être, se sentira forcément menacée, mise en danger à l’écoute de ce disque. C’est un album terrible, éprouvant, majestueux.
    L’album est d'une seule pièce, et il n’est que musique, que son et empirisme. Pas de titre, pas de noms aux morceaux, pas de notes ; une seule et unique voix construite de musique tellurique et de chant aérien. Jon Birginson a sa propre langue, ce phrasé répétitif et pénétrant, ces quelques syllabes formulées dans une langue inventée, inspirée cependant de l’islandais - le groupe reste le fer de lance de la musique islandaise. La trame des morceaux, longs, parfois austères, est évoque des séquences de vie où tout s'emballe. On jurerait être mis face à la nature en attente, vibrante, impatiente de savoir ce que l’on va faire d’elle, si l’on va la détruire. L'homme, et non la nature est au coeur de la musique de Sigur Ros. Jamais les moqueries aurait été moins appropriées pour qualifier le travail des islandais, que l’on dit rêvant d’elfes depuis Von (1997), même si leur influence est reconnue depuis Agaetis Byrjun (2000), un acte fondateur du genre post-rock. S’ils veulent nous faire croire à des figures non-humaines qui peupleraient notre environnement, c’est pour nous questionner sur la place de l’homme en son sein - et car il s'agit d'une mythologie spécifiquement islandaise.

    On jurerait être mis face à la nature en attente, vibrante, impatiente de savoir ce que l’on va faire d’elle, si l’on va la détruire. L'homme, et non la nature est au coeur de la musique de Sigur Ros.
    () est construit, maturé, avec 4 premiers morceaux – dont l’ouverture intitulée plus tard Vaka, qui met en exergue les progrès de Jon vers un chant plus androgyne - succédés d’un intermède de 30 secondes, puis 4 nouvelles pièces toujours plus grandes et belles ; finalement, les morceaux 7 et 8 (intitulés plus tardivement le Death Song - complainte fantastique - et le Pop Song , qui sont sans doute les meilleurs du disque, offrent la plus terrible expérience sonore, au moins depuis Svefn-g-Englar et son introduction à l’envers, sur le précédent album. Le pouvoir symphonique et mélodique du groupe n’est pas en reste, puisque se produit à 5 minutes de la fin de l'album une explosion d’énergie remarquable qui déchaine le quatuor - accompagné des violons de Aamina, artiste qui les accompagne en tournée avec son groupe. Ailleurs, c’est de délicatesse que sont empreintes les mélodies, avec imperfections, signes de fait-main - comme pour Mum, autre formation islandaise.


    Les paroles répétées sont interchangeables d'un morceau à l'autre, et contribuent à donner à l'album une voix unique qui prend sa source qu delà du signifié. C'est une musique qui se veut prolongation de la culture locale, déconnectée des conceptions qui guident en général la musique populaire. Oubliées les contraintes de format - Sigur Ros aura le temps de s'en préoccuper plus tard - c'est le seul plaisir de faire grandir des émotions qui permet au groupe de construire l'album. Dans ces conditions, ce n'est pas étonnant que les connections avec le rock ou la pop soient ténues. () est parfois impalpable et désolé, instinctif et vengeur.     

    C'est un disque qui attend de vous une réponse, une interprétation. Laisser sa marque dans les longues plages à l’aspect parfois vierge, laissées par le groupe pour que l’on s’y imprime.

     

    dimanche 30 août 2009

    Califone - Heron King Blues


    Califone est un groupe rock expérimental de Chicago constitué de Tim Rutili, Joe Adamik, Jim Becke et Ben Massarella.

    Chicago est une ville de grands espaces, de parcs où épier le soleil monter et descendre, de lacs sillonnés par de beaux voiliers paresseux. Le groupe y produit une musique paisible, bien loin des éructations sèches de Detroit (The White Stripes, The Black Keys, The Stooges). Entre ballet aérien et groove électrique, la musique de Heron King Blues est faite d’une maille de notes de banjo, de guitare électroacoustique, de percussions exotiques et de beats. Mais plus que cela ; on y entend du piano, des boucles électroniques, de l’orgue, du violon. C’est en quelque sorte un assemblage post-rock mâtiné de blues et de free-jazz, avec des touches d’electronica et de world music, pour une formation qui cherche de nouvelles voies (voiles ?) afin de prendre le large de son succès critique, Roomsound (2001). Avec Heron King Blues en 2004 Califone est en chemin vers une nouvelle destination ; l’autre côté du lac ou bien l’autre côté de l’atlantique ? Un peu des deux ; Sawtooth Sung a Cheater’s Song a le flegme d’un trois mats dérivant dans un calme plat, mais la fin du morceau nous amène sur le continent africain. Cependant, la musique, excentrique, reste impressionnante même lorsque les morceaux semblent faire du sur-place.

    Il y a cependant une progression tout au long du disque. Tout commence très lentement avec Wingbone et Trick Bird, ou plane un peu l’esprit Tv on the Radio, comme sur Apple. Sur la deuxième face du disque, 2 Sisters Drunk on Each Other et Heron King Blues poussent plus loin la veine expérimentaliste, remontant les pétards de fond de cale et les cuivres pour des cocktails explosifs de musique métissée. Les pulsations qui en résultent se répercutent jusque dans les rues du centre-ville. Heron King Blues dure quatorze minutes, une quart d’heure d’improvisation dans le sillage d’un sac de cordes quelque peu ardu à démêler. Mais s’il y a ça et là des nœuds dans la musique de Califone, il faut laisser courir, et, plutôt que de tenter une immersion complète, se laisser flotter sur cette riche trame, qui laisse tout de même suffisamment d’énergie comme on l’aime au dessus de la ligne de flottaison. Un groupe qui n’a besoin que d’un peu de vent pour avancer loin, loin, et nous laisser quelques pièces sourdes, délicates et distinctes.

    • Parution : février 2004
    • Label : Thrill Jockey
    • A écouter : Trick Bird, Sawtooth Sung a Cheater's Song
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