“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

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mardi 8 août 2017

DEMON HEAD - Thunder On The Fields (2017)



O
lourd, vintage, sombre 
Heavy metal, rock, doom

Des chansons à la précision métronomique du post punk, dont les danois sont fréquemment épris, une imagerie et des riffs heavy metal, des arrangements de rock gothique, une voix et des échappées doom metal, Demon Head porte son romantisme dense et resserré. Claustrophobe à certains endroits, on ressent l’œuvre d'un groupe enregistrant live dans un espace confiné. Ils se démarquent aussi par leur habileté à reprendre des canons du hard rock vintage mais sans paraître vraiment nostalgiques d'une époque, comme insaisissables.

De la pochette à la rigueur des compositions, Thunder on The Fields se veut comme la quintessence d'un groupe signant chaque intro de cordes lugubres, mêlant les sonorités mornes et un sens de la mélodie évocateur. Le chant et les guitares œuvrent comme d'une seule main, produisant une langueur, un condensé de torpeur. Peu à peu, tandis que vient la face B, succédant à une face A millimétrée, se dessine la seule justification possible à la musique du groupe. Il s'agit de produire des faits, de mimer l'angoisse dans un pays où il ne se passe jamais rien. « Nothing happens by itself » chante sur Hic SVNT Dracones. Les doutes existentiels sont sincères, et renvoient à un sentiment de sa propre inutilité dans un monde qui n'a pas besoin de nous pour ne rien produire d'utile ni de marquant. Thunder on the Fields évacue ces sentiments à demi raisonnés parce qu'en groupe, finalement, on peut toujours donner ce sens limite à l'existence. Le plaisir d'être ensemble et de bien jouer triomphe de tout.

https://demonhead.bandcamp.com/album/thunder-on-the-fields

mardi 24 janvier 2017

THE ANGELUS - There Will Be No Peace (2017)





O
contemplatif, lourd, envoûtant
Slowcore, doom 


Une affirmation récurrente dans les forums de musique américains : « C'est comme ça que le rock chrétien devrait sonner », pour peu que la musique en question ait une qualité spirituelle, ou que ses instigateurs semblent prendre à cœur le musique parce qu'ils y trouve une chance. La possibilité même de s'exprimer à travers leur art leur devient symbolique. Ils recherchent une certaine noblesse, un lignage, et sont en général dépourvus du moindre humour. C'est par des gestes et des paroles prompts à être interprétés de mille façons différentes qu'ils bâtissent leur art, et leur art autour de leur vie. La quête de sens n'est que secondaire ; il s'agit avant tout de voir comment ils seront accueillis par le public et comment on se souviendra d'eux. Ils s'inscrivent dans un présent déjà obsolète, gravent leur contribution comme une icône de foi, ou bien une silhouette forcément allégorique, à l'image de cette colombe sur la pochette de There Will Be No Peace. Il faut rester attentif pour détecter dans leur art la trace du palindrome, elle s'y trouve inévitablement. Seul le recommencement perpétuel apporte un sens et un courage à leur attitude. Inutile d'aller jusqu'à imaginer Sysiphe heureux : ce que leur fardeau leur rapporte, c'est une foi inquiète.

Le trio de Denton, Texas, s'inscrit dans l'héritage de Lift to Experience et Midlake, originaires du même coin des Etats-Unis. Ils voient la musique comme un cycle dirigé vers toutes les résolutions, y compris la réalisation que le labeur de leur vie ne les conduit pas à être sauvés, que la clairvoyance acquise en échange des expériences vécues ne leur permet pas de s'arracher à la mélancolie. It's a Hell of a Climb et The Other Side of The Mountain laissent penser que c'est réellement un album-concept autour de la figure de Sysiphe. Auparavant, There Will be No Peace a culminé dans An Interceding, As I Live and Breathe et A Man Alive, Alone. Il est vain de vouloir départager ces morceaux, tant les sentiments s'y confondent. L'accordage original des guitares se remarque. La mélancolie est la plus intense sur la chanson titre de huit minutes qui termine l'album, une belle litanie ou le trio basse/guitare/batterie consolide tout ce qui a été joué avant. Les sons sont magnifiés, les paroles prennent un écho intemporel. Dans le reste du disque la cadence des morceaux a été travaillée pour les écourter, car autrement The Angelus aurait naturellement tendance à offrir des ruminations plutôt que des chansons de rock.



Il en résulte une densité mettant en valeur leur dévotion mutuelle. Ils sonnent soudés, rapprochés par une motivation spirituelle parfaitement logique. Le tableau de Jean François Millet qui leur a donné l'idée du nom L'Angelus du Soir, convient à l'impression qu'ils donnent d'une procession statique, d'un recueillement. Plutôt que d'alterner la sensibilité et la rage, The Angelus opère avec une constance qui les démarque de beaucoup d'autres.

http://store.theangelusband.com/

dimanche 22 janvier 2017

NEED - Hegaiamas - A Song For Freedom (2017)



OO
lourd, soigné, puissant
metal progressif, doom
Le fait qu'il s'agit d'un groupe grec n'entre pas tout de suite en ligne de mire à l'écoute d'Hegaiamas : a song for Freedom. Le titre lui-même ressemble plus à un néologisme typique du métal progressif, genre prompt à encapsuler dans de tels mots de fabuleux concepts, comme ici la liberté. Leur précédent album, Orvam: A Song for Home, les avait amenés à tourner en Europe et aux États-Unis, avec Symphony X et Candlemass. En comparaison, le nouveau venu est bien plus optimiste, même s'il part d'un constat anxiogène.

Ce qu'on apprécie d'entrée de jeu, c'est l'extraordinaire travail abattu non du point de vue musical – cela viendra juste après – mais pour que les chansons soient extrêmement claires, articulées avec une précision redoutable par Jon V., qui a d'ailleurs une voix parfaite pour occuper le créneau à priori peu envié entre In Flames et Dream Theater. Hegaiamas est l'exemple de comment le message d'un groupe et la façon de le délivrer différencie un disque sans grand intérêt d'un album remarquable. Il ne suffit pas d'être intense, de susciter de l'émotion ou de savoir jouer à la perfection : il faut aussi que les chansons entrent en résonance avec l'époque.

La clarté du chant et du message n'empêche pas une certaine complexité d'entrer en compte. On comprend qu'il s'agit de décrier l'être humain capable de laisser des centaines de migrants à leur perte, ce n'est jamais très explicite mais plutôt exprimé comme une situation étant le produit de paradoxes. « We've been trying to live in peace/all beyond this loom horizon » chante Jon V. avec exaltation sur Rememory. La présence d'une chanteuse sur plusieurs morceaux est bien valorisée.

La colère et le désespoir sont limpides. A un message par ailleurs assez complexe est associée une musique parfaitement produite, où chaque tournant de chaque chanson, et ils sont nombreux quand la durée habituelle dépasse les six minutes, est parfaitement intégré et lisible après deux ou trois écoutes. C'est alors que l'on peu vraiment se fier à l'émotion que dégagent les phrases et les mots utilisés par Jon V. comme des détonateurs sous-marins. Puis, à un certain point, cette colère rentrée devient un chant transcendant de toute puissance et de paix qui n'est pas sans rappeler les meilleurs moments de Devin Townsend, par exemple au moment de Terria (2003). C'est une influence pourvoyeuse du metal progressif le plus contemporain, que Need a su réutiliser pour parvenir à leurs fins : produire une œuvre qui les accompagne vers un état de conscience supérieur, et combattre avec des sentiments positifs la culpabilité face à une situation dont ils ne sont que des rouages : forcés de regarder des enfant, des femmes et des hommes se noyer en mer.

En définitive, la volonté de Need de trouver leur propre voie en marge d'une société qui les piège en les obligeant à devenir complices de ses crimes, cette propension à partir à l'aventure à l'intérieur de leur propres sentiments comme s'ils exploraient la carte de l'univers, à s'insurger en laissant leur imagination jouer une partition sauvage, est très représentative du genre de metal progressif. Ils recherchent une échappatoire, ils se prennent à rêver de réalités parallèles, à portée de leur volonté artistique. S'ils ne peuvent effectivement se détacher de leur réalité quotidienne, ils y ont cru et cela se ressent sur cet album. Le concept de liberté est aussi sérieux que fragile, mais grâce à sa technicité, Need fait rapidement oublier l'ampleur de la tâche qu'il s'est fixée et nous en donne plus qu'on aurait pu l'espérer.

Alltribe augmente encore la technicité de Rememory, tandis que Terianthrope et Riverthane parviennent encore à dégager des mélodies gracieuses de leur lourdeur asphyxiante. Des chants de baleines ouvrent Tilikum qui incorpore une touche de doom metal et pousse la prise de conscience à son niveau ultime avant la section finale. La nature humaine est questionnée, notre dépendance les uns aux autres, et comment retourner à son avantage les forces qui nous oppressent. Le solo de guitare et le chant féminin renvoient à Devin Townsend et à sa complicité avec Anneke Van Giersbergen. A quarante minutes du début, ils délivrent alors leur pièce la plus massive, et à ce point de l'album, c'est comme si nous étions en pleine inception ; se rendant confusément aux impressions des chansons passées, comme à autant de strates de rêves, avant d’attaquer le plus révélateur et périlleux d'entre eux

https://needband.bandcamp.com/

mardi 20 septembre 2016

SPIRIT ADRIFT - Chained To Oblivion (2016)




OO
intense, audacieux, lourd
doom metal, heavy metal


Quel que soit le style de musique, c'est toujours mieux lorsqu'on ressent pour l'artiste le besoin de remporter une victoire, de remplir un objectif. Peut-être encore plus quand il s'agit de metal, musique dramatique qui demande logiquement de lourdes intentions de la part de ceux qui la conçoivent. On sent chez Spirit Adrift la volonté de faire un album résolu, mais une œuvre dépassant toutes les espérances de son propre créateur. Mais à entendre Nate Garrett s'exprimer auprès de Matt Solisi pour le Decibel Magazine, il s'agit de félicité plutôt que de volonté. Après avoir vécu une période de troubles auprès de son père malade, et échappé à l'auto destruction par l'alcool à 27 ans, il se remettra à vivre avec un appétit énorme. «Je ressentais des émotions très intenses. Chaque jour était un voyage de l'esprit. Ainsi la première chanson [Psychic Tide] est sortie de moi. C'est comme si elle flottait dans l'espace et m'avait trouvé. Elle ne m'a demandé pratiquement aucun effort, je ne me souviens même pas clairement de comment elle s'est mise en place. » Fort d'une expérience dans deux autres projets, Gatecreeper et Take Over and Destroy, Garrett a décidé de tout réaliser de sa main dans ce nouveau défi. C'est ainsi qu'il s'est surpassé avec cet album, dont il a enregistré chaque instrument, guitare, basse, voix, batterie et piano.

La batterie est le nerf de la guerre. Deux morceaux, le premier et le dernier, démarrent par des mesures de batterie tellurique, de la part de Garrett et d'amis musiciens. C'est ainsi plusieurs batteries qu'on entend. Pour le reste, tout est venu presque à la stupéfaction du musicien, qui reconnaît n'avoir pas utilisé de tels effets de pédales ou la même façon de jouer auparavant.

A l'envie d'exorcisme, pour entrer dans le jargon de ce genre habituellement lugubre qu'est le doom, s'est ajoutée celle de rendre hommage à ses influences. Ce qui donne à l'album ce côté traditionnel, venu du fond des âges, qui se combine parfaitement avec le registre mélodique élaboré par Garrett. Il en parle avec détachement comme s'il n'était pas très sûr d'être l'auteur de Chained to Oblivion. « En y regardant du plus près, surtout du point de vue d'un guitariste, la musique semble combiner tout ce que j'aime dans ce que font Waylon Jennings, par exemple, ou Black Sabbath, Neil Young et Thin Lizzy. » Peut-être pas les groupes auxquels ont pense en écoutant sa musique, mais ce sont ceux qu'il écoute. Sur les photos, il arbore divers tee shirts à l'effigie du phénomène country Sturgill Simpson. Une référence plutôt chic, mais tandis que l'interview avance, Garrett apparaît comme un enfant plutôt gâté par sa situation familiale en Arizona. Le genre de gamin qui agit d'abord par loyauté.

« Je pense que la basse est probablement mon meilleur instrument. J'étais vraiment bon au piano ; j'ai commencé à prendre des leçons à 3 ans et j'ai participé à des concours. Mes grand parents avaient de grandes espérances et m'ont instillé une éthique de travail assez militante (et le font toujours), et je ne peux exprimer combien je leur suis reconnaissant pour cela. En fait, j'ai utilisé cet état d'esprit pour tout, particulièrement la batterie. Mes mains étaient en miettes de mai à octobre 2015. Et quant au chant, je pense que j'y suis arrivé grâce à la persévérance. Je suis confiant dans le fait que j'ai fait du mieux que je pouvais. »

Batteries et guitares produisent des mélodies irrésistibles de puissance et de rythme. Voire la fin de Marzanna pour cette densité, avec des guitares doublées à l'octave, tandis que la batterie repose sur un jeu de cymbales appuyant à merveille la rythmique. Des chœurs pourvus encore par Garrett viennent encore davantage porter l'emphase sur la mélodie. Form and Force vient ralentir légèrement le tempo et porter la puissance et la lourdeur du riff à son maximum. Et pourtant, rarement ce genre de metal parut si transcendant, éclairé. C'est aussi lié à ce que Garrett fait une autre entorse au genre ; plutôt que d’opter pour une voix morose, il montre, particulièrement sur Form and Force, une extase et une passion qui rehaussent l'aspect lugubre de la musique. Peu de chanteurs de métal avouent sans doute avoir appris à la chorale, étant jeunes. Ou sans doute n'ont t-il jamais besoin de justifier leur talent de chanteur, ce qui arrive aujourd’hui à Garrett. C'est si bien que lorsqu'il cesse de chanter, au milieu du morceau, on semble retomber soudain dans une mélancolie lyrique et musicale que son interprétation si magnétique avait réussi à chasser. La batterie et la basse en profitent pour retrouver leur prépondérance.

Si au début, Chained to Oblivion peut sembler décousu, c'est que la chanson titre est riche d’atermoiements. Par la suite, on a des modèles de construction, avec la chanson titre comme sommet, pleine de riffs pour headbanguer.



jeudi 19 novembre 2015

La semaine Heavy metal # 4 - WOUNDED GIANT - Lightning Medicine (2013)




OO

lourd, hypnotique

Heavy metal,


Un power trio. Donc un groupe de trois musiciens, comme souvent déjà expérimentés à travers d'autres groupes, et qui décident de tenter pour de bon la formule de leurs influences. Dans le cas de Wounded Giant, s'ajoute la clause 'cette musique ne pourra être jouée que par des bikers tatoués', et cela se traduit par un nouveau classique du genre.

Six morceaux parcourus d'un flegme infernal, dont trois dépassent les huit minutes, et amplement la place pour des trames telluriques et hypnotiques, enchâsses dans un psychédélisme terrien qui empêche leur musique de sembler désorganisée chaotique. C'est habile, précis et démesuré. Cela se se construit patiemment. Outre Neurosis, qui m'ont subjugué dès 2004 avec The Eye of Every Storm, je n'avais que deux albums de doom dans ma collection : l'album éponyme de Shrinebuilder, et Earthly Delights, par le duo de Rhode Island Lightning Bolt. 'Plaisirs terrestres' : ce titre seul décrivait très bien ce que j'apprécie chez ce type de groupe : leur capacité à changer l'auditeur par le corps, sans user d'effets spirituels.

Même si leurs influences avouées sont Hawkwind ou Electric Wizard, Lightning Bolt en particulier très semblent très proches de Wounded Giant ; hormis l'évocation de la foudre, il y a cette façon qu'à la basse gutturale de quasiment faire le travail d'une guitare ; et puis le chant survolté (électrique) et plein d'échos de Brian Chippendale, comme rendu par l'ampli d'un instrument. Et le jeu de batterie explosif de ce dernier se retrouve ici également.

Ailleurs, les trémolos dans la voix du chanteur trahissent son admiration pour Black Sabbath et la matière traditionnelle anglaise. Et la guitare permet d'ajouter des couleurs psychédéliques. La pochette est plutôt un prolongement de leur musique qu'une illustration, car ici on ne bascule jamais dans la dark fantasy. Lightning Medecine – dont le titre peut être vu comme un hommage à Lovecraft et à Mary Shelley - reste un album enregistré avant tout pour secouer voire déstabiliser l'auditeur et non pas pour rendre hommage à un imaginaire quelconque.

Le heavy metal est aussi le descendant spirituels du grunge des années 90, avec des groupes de Seattle. Wounded Giant est de Seattle, et la continuité est actée ici lorsque le chanteur Tad Doyle, une personnalité grunge locale, fait l'éloge de ce nouveau groupe en louant la précision de leurs riffs tranchants « comme un katana ». 

mercredi 18 novembre 2015

La semaine Heavy metal # 3 - BALAM - Days of Old (2015)





O

vintage, lourd, contemplatif

Heavy metal


Balam est un quintet de Newport (au sud de Boston) dont la musique lourde et lente rappelle celle de leurs maîtres assumés, Black Sabbath. C'est le genre de musique qui donne envie de se replonger dans les classiques du heavy metal britannique des années 70, une musique serpentante et finalement progressive, ne serait ce que par la durée des morceaux. L'un des points forts de l'album : sa méticuleuse construction. On assiste à une montée en puissance méphitique et inquiétante jusqu'à la meilleure chanson, qui est selon moi 'With the Lost'. Mais c'est une pièce de courte durée en comparaison du morceau titre (11 minutes) ou de Bound to The Serent (15 minutes). Leur deuxième grande force : l'imagination qui leur permet de tirer le meilleur parti des parties instrumentales sans les laisser s'éterniser.

L'image de la forêt tortueuse et onirique est parfaitement rendue à travers des chansons qui décrivent l'égarement, le vertige, les hallucinations spectrales d'être mis face au symbole de sa propre vie tourmentée, et pelant les couches de vanité humaine les unes après les autres jusqu'au rituel tribal final offert par un solo gigantesque. Le groupe dispense une brume existentielle basée sur des riffs éléphantesques (With the Lost). Si le chanteur ou surtout les guitaristes sont assez limités techniquement (ça s'entend dans les solos assez répétitifs), le batteur est l'un des meilleurs entendus depuis longtemps. Days of Old, c'est un peu son showcase. Sa rythmique irréprochable, son utilisation des cymbales, et la variété de son jeu le démarquent. 

http://thybalam.bandcamp.com/

mercredi 18 juin 2014

SWANS - To Be Kind (2014)



OO
hypnotique, extravagant, lourd
Metal, Post rock

Un album plein de radiations, qui brille comme un soleil maudit sur toute la production musicale de l'année 2014. A la fois régressif et férocement tourné vers les choses qui doivent se produire. L'épine dorsale de cet album c'est Michael Gira, un grand personnage du rock américain. Il a une morgue truculente, une façon bien à lui d'être sérieux, d'éclairer sa musique d'une ambiguïté   iridescente, séduisante autant que repoussante. Dix chansons où il joue son va-tout, parfois seul interprète à bord, malgré le son d'un groupe monté par la force de l'illusion. Les dix minutes de Kirsten Supine exhalent ce désespoir. Mais dans un album d'une telle envergure, chaque sentiment se retrouve inversé dans la course d'une folie artistique qui se veut totale. Et quand il part en guerre avec un batteur qui s'appelle Thor Harris et qui rappelle Attila, cela donne la coulée sonore de Bring The Sun/Toussaint Louverture, avec une section centrale hallucinante où le bruit d'une scie marque la limite d'une chanson et le début d'une autre, et où des chevaux renâclent, enregistrés dans le studio, avec que Gira ne se mette à invoquer TOUSSAINT ! LOUVERTURE ! LIBERTE ! EGALITE ! FRATERNITE ! La révolution n'est pas loin. La profondeur du son donne aux paroles élémentaires et épurées un autre sens.


mardi 11 mars 2014

THE SOCKS - S./T. (2014)



OO
lourd, intense
hard rock, psychédélique

)

march, the 18th 
Album is out

The best new french hard rock / psychedelic band.

Resist ! 

vendredi 21 février 2014

PALMANANA - Green (2014)

 



OO
intense, lourd, ludique
stoner rock, garage rock, rock progressif

Green est un album long (1 heure 12) avec un son organique, qui ondule en de longs solos (Sunflora, 12 minutes), qui fuzze beaucoup, et qui, selon le groupe (italien), 'peut rappeler la musique stoner des nineties'. Le plus impressionnant est la façon dont l'album progresse, depuis les énormes riffs et les structures léchées de la première partie jusqu'aux 'erreurs de jeunesse' maîtrisées de la fin d'album, avec une voix de môme de quinze ans pour que l'illusion tombe : Universal Instant Trip ou Ken's Revenge, qui au fil des écoutes semblent pourtant aussi déterminées que Cameltoe ou Goatpussy, sans doute enregistrées ultérieurement. Il y a bien une raison pour laquelle toutes ces chansons cohabitent : faire une forte impression, de celle que laissent les grandes œuvres musicales. Un album aventureux et parfois sauvage. Aussi prometteur, dans un autre genre, que Sun Structures, des Temples.

vendredi 25 mars 2011

Earth - Angels of Darkness, Demons of Light 1 (2011)



On aborde un disque de Earth tranquillement, sans cesser ce qu’on était en train de faire. L’expérience que propose ce groupe crée, aussi naturellement qu’une respiration, une seconde réalité à côté de celle que l’on menait en premier lieu. Un léger frisson accompagne le plaisir de retrouver le phrasé de guitare unique de Dylan Carlson et de sa Fender Telecaster, et toute la suite n’est que question de se laisser commander dans un calme abandon. C’est un voyage, dans lequel on peut voir des nuances toujours changeantes d’espace et de temps, de longues méditations macrocosmiques sur la pratique musicale, mais surtout la simplicité la plus humaine possible. On sent encore sur Angels of Darkness, Demons of Light 1 combien Earth est un groupe important, du haut de son art de captiver l’auditeur avec si peu de chose.

En 1991, Earth, alors duo de l’état de Washington, réinventa le heavy-metal avec Extra-Capsular Extraction ; un disque lent, oppressif et solitaire. La musique devenait enfin le personnage principal plutôt qu’une simple trame de fond pour la voix ; et comme la musique savait mieux que les mots susciter les questions, brouiller les pistes et provoquer des mystères, Earth devint une sensation captivante. A beaucoup, peu habitués aux lents développements de la musique classique, Earth a sans doute appris la patience, et créé dans son sillage de nouveaux genres musicaux basés sur la lenteur instrumentale. Mais plus importante est la progression du groupe jusqu’à aujourd’hui, son évolution constante rythmée par des changements fréquents de personnel. En 2005, ils se sont à peu près réinventés avec Hex : or Printing in the Infernal Method ; un son considérablement allégé, et davantage de place pour les évocations de la guitare flambant neuve du maître de cérémonie Carlson, jouant au gré de ses pensées et pensant au gré de son jeu. La musique prenait mieux en compte l’espace entre les notes, les échos et flous réverbérés alternaient avec les accords des mélodies, à égale importance avec elles. L’influence de genres musicaux particuliers ou de groupes précis a sans doute eu un rôle au moment ou ce changement a été décidé, mais dès lors, il n’était plus question que de capturer l’abstraction et l’essence de ce qui liait ces genres musicaux entre eux, comme de capturer avec ce nouveau son les silences entre les notes. « J’ai commencé à voir la musique comme un continuum – en particulier les formes Américaines comme le blues, la country et le jazz – et je me retrouve tout au long de ce continuum plutôt que dans une de ses composantes. »

Earth fait une musique mouvante, largement tributaire de la performance de Dylan Carlson. Seulement là où ses arabesques hypnotiques étaient sur le précédent album, The Bees Made Honey in the Lion’s Skull, soulignées, rendues plus puissantes par l’effet de l’orgue Hammond, elles deviennent sur Angels of Darkness, Demons of Light 1 plus réfléchies par l’action du violoncelle de Lori Goldston. Cette nouvelle recrue a développé depuis son apparition aux côtés de Nirvana pour son MTV Unplugged (1993) une prédisposition au répertoire rock plutôt que classique et à l’utilisation d’amplis et de pédales d’effets. L’interaction de la guitare et du violoncelle, parfois guttural, beaucoup plus versatile que l’orgue qu’il remplace, fait qu’apparaissent, derrière la simplicité, la lenteur, la répétition, la restriction, les bases d’un nouveau langage. Pour des musiciens qui n’avaient jamais joué ensemble, et dans la mesure où le disque a été enregistré dans une relative précipitation, la force de communication, la dynamique de ce duo incite au respect. Les formats les libèrent largement ; seul le premier titre, Old Black, a bénéficié d’une trame mélodique concrète ; les autres sont nés à partir de riffs ou encore, dans le cas du morceau titre de vingt minutes qui clôture l’album, presque inventé sur le vif, enregistré en une seule prise et sans overdubs. L’admiration de Dylan Carlson pour les pratiques des jazzmen, en principe particulièrement à l’aise avec l’improvisation, est manifeste, et elle est ici adaptée à une forme d’expression qu’il a mis vingt ans à développer de lui-même. Il a appris, entre autres, que les premières prises sont toujours les meilleures.

Il sait aussi donner une couleur à sa musique, qu’inspire même la littérature. Inspiré entre autres de Fairy-Faith in Celtic Countries, un livre de Walter Evans, de Susannah Clarke ou de British Goblins qui explorent le folklore gaëlique, Angels of Darkness, Demons of Light 1 a une origine celte, quand les précédents albums du groupe exploraient l’imaginaire des grands espaces américains ou de l’Inde. Il convient de saluer particulièrement la batteuse Adrienne Davies, dont le travail à la trame des morceaux, et l’utilisation des cymbales, construit le disque avec un calme pénétrant. Cette précision, cette légèreté rare est particulièrement mise en valeur sur les douze minutes de Father Midnight.

Parution : mars 2011
Label : Southern lord
Genre : Experimental, Instrumental, Post-rock
A écouter : Father Midnight, Hell’s Winter 
 
7.25/10
Qualités : pénétrant, contemplatif, lourd
 
 

mardi 18 janvier 2011

Swans - My Father Will Guide my up a Rope to the Sky (2010)



Parution : novembre 2010
Label : Young God Records
Genre : Noise rock, folk alternatif, Rock progressif
A écouter : You Fucking People make me Sick, Inside Madeleine

°°
Qualités : intense, puissant, onirique

Ce qui fait de My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky une expérience rare, c’est la qualité et la radicalité des choix musicaux qui sont pris. « No Words/No Toughts », avertit le titre de la première pièce de ce premier album des Swans depuis 14 ans. Pas de mots, pas de pensées ; ce que l’on trouve ici est la substantielle moelle constituée de ce qui donne à Michael Gira, l’incarnation des Swans, l’envie de continuer ; l’instinct. Eternel étranger à la complaisance, à la musique faite pour être vendue, il parvient à réconcilier comme personne l’émotion crue, mise à nu et à la portée de chacun, et une démarche  artistique totale – il ne s’agit pas d’une relecture de tel ou tel genre musical, encore moins d’une reformation jouant sur la nostalgie pour ses Swans, mais d’une invention parfois radicale, et extraordinairement intense, que la vie pourra désormais imiter. Le peu de ce qui reste attaché à quelque chose, sur cet album hors normes, ne manque pas de charme ; on retrouve ce bruitisme cher à ce groupe apparu en 1983 et cousin de Sonic Youth. Une nonchalance malsaine, voire létale, une monotonie farouche comme le signe le plus naturel qui soit de la rébellion. A propos de Jim, le troisième morceau du disque : “je vois ce groove comme contenant la graine de quelque chose qui va continuer sur le prochain disque des Swans. Pour l’instant, je vois le prochain album comme ayant très peu de paroles et basé sur des grooves qui se transforment et le genre de sons qui vous demandent de souffrir pour les générer. » Son expérience au sein des Angels of Light, groupe plutôt folk, ces dernières années, sert également.   

My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky est le disque d’un homme persévérant. Il a raison, puisque les idées qu’il réutilise – ces guitares glauques et bruyantes – sont transformées en messages d’intention sans équivalent. Il y a toujours une part de rêve, une émotion grondante, une histoire secrète prête à surgir, parfois au bout de plusieurs minutes. Quand ce morceau de bravoure arrive, dont tout le reste ne semble être que la traînée, le scintillement superficiel mais indispensable, ce n’est jamais comme on l’imaginait. A ce titre, Inside Madeleine est un petit chef d’œuvre, ne prenant qu’au bout de cinq minutes tout son sens, mystique. Les crescendos qui amènent la révélation, la clef de chaque morceau, sont laborieux. La narration est décousue, les paroles portées sur des éléments forcément spirituels, voire religieux, quand Gira ne s’attache pas même, dans ses dévouement et sincérité, à faire le portrait d’un de ses modèles. Un agrégat de poussières cosmiques, un amalgame d’éléments auparavant sans vie, si bien réchauffés qu’ils parviennent à nous parler d’expériences humaines.

Le pivot du disque est You Fucking People Make me Sick – cette chanson à elle seule justifie que le Michael Gira ait réactivé les Swans alors que le groupe était en sommeil depuis 1996. Envisagé comme une suite de sons, un peu comme les éléments de bande sonore cinématographique condensés – et dont le caractère étrange, hors de leur contexte, se trouverait sublimé. Mais Gira va par la suite décider d’y jouer de la guitare, et y inviter Devendra Banhart, avec qui il partage le label Young God Records, à venir y chanter les paroles.

Il faut aussi dire que Gira a un problème avec sa propre voix. Il excelle pourtant dans un registre difficile, grave et minimaliste, ailleurs sur le disque. Pour No Words/NoToughts, il aurait souhaité chanter des harmonies élégiaques comme Pink Floyd sur Echoes. On ne se refait pas.

Sur You fucking People, il est allé plus loin ; sa fille de trois ans et demi chante aussi. Une drôle de démarche qui montre combien il eut être facile et naturel de faire une musique différente, en envisageant des possibilités inédites. Et c’est sans compter, à la fin de ce morceau, le piano martelé dans le notes les plus graves, et les trompettes à l’agonie et les mandolines qui lui donnent une tournure définitive. Le processus a pris énormément de temps.

Malgré l’impression que My Father… est une sorte de monolithe ardu taillé pour l’éternité, Gira lui-même a déjà des choses à reprocher à son travail. Mais les reproches en question sont davantage ceux d’un esprit jusqu’au-boutiste forcené – faire une version de vingt minutes de No Words/No Toughts, avec quinze minutes d’introduction, comme c’est le cas en concert n’est finalement pas une si bonne idée. La démarche a beau être sincère et l’énergie mise en jeu considérable, la lassitude de l’auditeur aurait eu raison des sons de cloche à outrance. « La section centrale va être allongée à 20 minutes jusqu’à ce que la dernière goutte de sang soit chassée hors de la chanson », dit Gira (s’adressant à New Noise Magazine, n°1) à propos de Eden Prison. Cette application, cette volonté d’épuiser les corps et les morceaux, est le trait de caractère des Swans et celui qui leur a valu d’êtres imités par des musiciens de la scène métal de la trempe de Neurosis. En s’éclipsant en 1996, les Swans avaient laissé à la musique lourde de beaux jours devant elle ; en revenant en 2010, ils reprennent les choses là où ils les avaient laissées, avec une force qu’ont diluée leurs suiveurs. « La plupart des groupes qui se disent influencés par les Swans ne m’intéressent pas », déclare Gira. Dans sa bouche, ça ne sonne pas comme de la prétention mais comme le professionnalisme le plus banalisé. 

mercredi 3 novembre 2010

Neurosis - Live at Roadburn (2010)



Parution : 2010
Label : Neurot Recordings
Genre :  Doom metal, Post-Hardcore
A écouter : Given to The Rising, the Doorway

O
Qualités : sombre, puissant, hypnotique
 
Neurosis, groupe de Oakland, Californie, a inventé un scène ; Isis, Cult of Luna, les groupes signés sur leur label et ouvertement inspirés de leur son à eux rencontrent  plus en plus de succès au fil des années. Aujourd’hui, Mastodon ou Baroness, deux groupes forts d’un succès qui en dit long – sur la légitimité du rock progressif  - se réclament de Neurosis.  C’est comme s’ils avaient fait vibrer une corde sensible encore jamais effleurée jusque là, et dont le son s’est amplifié jusqu’à cette tournée de 2007 en support de leur dernier disque studio, Given to The Rising (2007). 
 
Ils célébraient alors leurs vingt ans d’existence, et n’avaient plus grand-chose à voir avec ce qu’ils étaient à leurs débuts. Depuis le punk hardcore de Pain of Mind (1987), les six caverneux esthètes se sont peu à peu transformés en une engeance quasi-mystique – mais inutile d’ajouter des décors superflus là où ils se sont taillé un solide et réel piédestal de pierre. Leurs disques récents,  A Sun that Never Sets (2001à) et The Eye of Every Storm (2004), les avaient dotés d’une nouvelle aura. Burn, le premier titre de …Storm, était étrangement lent, évoquant plutôt la douleur d’une vieille âme que la brûlure  agressive d’une rage consumée. Et tous le disque était à l’avenant évoquant des paysages enneigés où le son s’étouffe à force de circonvolutions et perd son tranchant primaire avant d’atteindre l’oreille de l’auditeur.
 
Ecouter les disques studio de  Neurosis, c’est toujours une révélation. Parce que c’est une musique exceptionnellement riche, sans cesse en recherche de spiritualité et de sensations précises et complexes qui ne se contentent pas d’être le reflet d’une noirceur intérieure – elles sont cette noirceur. (C’est un peu comme lorsque Coppola a dit qu’Apocalypse Now n’était pas sur la guerre au Viet Nam, mais qu’il était la guerre au Viet-Nam). Dans ces conditions, en live Neurosis n’a pas  d’autre choix que de reproduire fidèlement les morceaux qu’ils ont préparé avec tant de soin et tant d’images en tête pour les disques.

Live at Roadburn, enregistré en 2007,  contient une majorité de titre des deux derniers albums, à l’exception notoire de The Doorway, titre d’ouverture abrasif et annonciateur sur Times of Grace qui, en position finale, garde son aura symbolique. Si l’expérience de ce live enregistré n’est pas à la hauteur de ce que les plus chanceux ont pu expérimenter en concert, il permet ou moins d’avoir quelques réflexions sur ce qui, dans un autre monde, feraient de Neurosis un groupe banal. Pour commencer, c’est bien du métal, pour toute leur symbolique. Qu’elle leur appartienne en propre est moins courant. 
 
Given to the Rising ouvre ce concert, et c’est un des morceaux les plus impressionnants de la carrière de Neurosis. Il n’y a rien d’autre qui égale ce premier titre à part peut-être le dernier, qui est The Doorway.  On dirait que Neurosis, avec le recul, fait toujours un peu plus peur qu’avant. Moins violent qu’en 1996 ? Ce n’est tellement sûr, mais c’est une violence plus sournoise, qui monopolise vos sens. Faute à un son devenu panoramique, proprement rugissant, faute à une perfection sans cesse plus grande – et à toutes les sonorités organiques et cinématiques parfaitement restituées ici -, Neurosis demande un investissement toujours plus important. Même les moments de calme, comme au milieu de Distil, ont une lourdeur magique et harassante. Une progression effrénée et  plus enveloppante à chaque minute qui passe – à la fois chaos mental provoqué par le manque de spiritualité et la recherche effrénée de leurs propres esprits. Le live, à peine plus approximatif que le studio, suffit pourtant à donner l’impression que tout est ouvert à une autre dimension incontrôlable – et imaginer Neurosis perdre le contrôle de leurs compositions parfaites (Crawl Back In, A Season in the Sky, Water is Not Enough), ça provoque l’appréhension de ce qu’elles peuvent devenir. 
 




vendredi 23 octobre 2009

Shrinebuilder - Self Titled


La fosse aux serpents est à nouveau ouverte ! La belle pochette est signée Josh Graham, un habitué de la maison de disques Neurot Recordings, et membre du groupe qui a popularisé le mouvement post-core (on parle de musique métal), Neurosis. L’expérience inoubliable donnée par les élucubrations soignées des six musiciens de Oackland, en Californie - vingt ans d’âge tout de même depuis leurs débuts hardcore en 1988 – a inspiré des groupes toujours plus nombreux et talentueux aux Etats Unis, comme les Red Sparowes, Pelican, Isis, Cult of Lune, Battle of Mice.

On retrouve les membres de Neurosis dans d’autres projets – un certain nombre de ces « exercices parallèles » qui caractérisent des musiciens sur-actifs. L’un des plus remarquables parmi les personnalités de cette scène est Scott Kelly, co-leader de Neurosis qui a rejoint Shrinebuilder et ses amis Scott « Wino » Weinrich, Dale Crover des Melvins et Al Cisneros. Leur entreprise, que la presse qualifierait de « supergroupe » (formation à laquelle participent des musiciens reconnus par ailleurs au sein d’autres groupes) offre un résultat à l’alchimie nouvelle et puissante.

Imaginez les riffs stoners de Black Sabbath, avec des vocalises plus Ozzy Osbourne que nature par Weinrich, ajoutez-y les lourdeurs post-core de Neurosis, et, cerise sur le gâteau, la voix inimitable de Scott Kelly, qui brillait d’excellence sur The Ladder in my Blood, pièce isolée de son dernier effort. Poète fasciné par sang et viscéralité, par des images de portails antiques et de marques complexes, et enclin aux plongées honnêtes au fond de lui-même, il parvient parfaitement à apposer son imposante personnalité au son compact de Shrinebuilder.

Shrinebuilder, ce n’est pas seulement du gros son, il y a par là l’idée d’une quête, d’une progression. Les cinq plages dépeignent une torpeur, une transe morbide aux accents spontanés et résolument nouveaux, nés de ce mélange naturel de stoner énorme – The Architect vaut bien sa place sur Paranoïd - et de paysages arides à la narration éprouvante. Chaque musicien y apporte son bagage plutôt important ; quelque abstraction provenant de Cisneros et la concision des autres exercices de « Wino » sur le susmentionné The Architect. Un solo qui n’est pas sans évoquer les Queens of The Stone Age arrive à point nommé après quatre minutes de sujet plutôt brûlant.

Si la bande à Josh Homme a connu un succès médiatique évident avec Lullabies to Paralyse (2005) - son chef d’œuvre), il y a fort à parier que le voyage terra-stellaire d’un trop jeune quatuor (oublions un instant leur passé lourd comme un ciel de pluie en avril - Neurosis par exemple n’a aucune publicité dans la presse rock de notre pays) aura quelques difficultés, malgré la qualité immédiatement percevable de leur alchimie montée en diable, d’atteindre les oreilles de l’auditeur commun. Ainsi, ce groupe va d’abord viser les accoutumés du Hellfest et autres occasions de se foutre des décibels de dentelle – en égard à l’extrême ouvrage des pièces de bonne musique métal.

Pour entrer dans le cercle envoûtant de ces groupes d’apocalypse dont raffole la scène Californienne, le mieux est d’écouter, pour commencer, l’œuvre « doom » The Eye Of Every Storm (2004), de Neurosis. Sans vraiment parvenir à étiqueter ce que l’on est en train d’entendre au moment de le découvrir, ce son énigmatique, lourd et puissant, dont les vocalises explorent les confins de la violence et de sentiments qui n’ont pas encore été évoqués auparavant, va rapidement apparaître comme une référence essentielle aux oreilles de celui qui eu la curiosité d'y prêter une oreille. Black Sabbath et aujourd'hui Queens of The Stone Age ne sont t-il pas devenus des références grand public ? Je garde bon espoir pour Neurosis et son nouvel acolyte Shrinebuilder (placer là tout autre groupe de cette grande famille qui vaille).

Shrinebuilder a ainsi quelque chose d’ancien, d’une vieille messe aux étoiles, mais l’essentiel de sa musique est tendue vers l’avant, nous propulsant à la manière d’un Hawkwind dans des zones trop peu visitées qui sont à la fois loin du regard et si profondément enfouies en chacun de nous. Jouant d’une corde sensible avec une passion, une patience – Blind for All to See - et un panache trop rares par les temps qui courent, cette musique prend la forme d’une conjuration.

  • Parution : octobre 2009


  • Label : Neurot Recordings
  • Producteur : Shrinebuilder, Deaf Nephews


  • A écouter : The Architect, Pyramid of The moon, Science of Anger



  • Appréciation : Méritant
  • Note : 7/10
  • Qualités : soigné, puissant

mercredi 5 août 2009

Black Mountain - In The Future


Deuxième album de Black Mountain, In The Future commence avec Stormy High, riff énorme et clavier toutes dents dehors. C’est clairement les années 70 qu’embrasse, en surface, ce quintet de Vancouver. Déjà, la pochette évoque King Crimson ; et pourtant, ce n’est pas King Crimson. Le deuxième morceau brouille d’ailleurs un peu les pistes, mais c’est pour mieux révéler l’aspect le plus crucial de ce disque ; la tristesse et la noirceur latente, pour ne pas dire la colère qu’exprime le combo. Tyrants nous ramène à notre première impression que Black Mountain est un groupe de prog-rock, bien qu’ils viennent de prouver qu’ils peuvent se mettre à nu et ne pas construire vainement, avec Angels. L’occulte de Black Sabbath est bien présent à nouveau, et les paroles en appellent à un monde meilleur dans un déluge d’ambiances écorchées. Après une longue plainte de Stephen Mc Bean (leader et producteur du disque), le morceau s’arrête puis repart dans une lourdeur presque métal. Phénoménal de beauté et de puissance, Tyrants est l’un des meilleurs morceaux de l’album, et parvient très bien à en cerner l’ambiance générale, qui n’est pas vraiment à l’allégresse.

Cette saga de science-fiction continue avec Wucan. Moins plombé, ce morceau est moins Led Zeppelin que Pink Floyd, avec une batterie métronomique et implacable qui s’impose lentement. Le disque semble lancé sur une ligne plus instrumentale et réfléchie que rock spontané, tentant d’atteindre en se développant quelque endroit intime à l’expérience du groupe, et mettant ainsi en avant l’entité du quintet. Tandis que la musique avance, il semble n’y avoir aucun espoir de retour. Stay Free calme le jeu mais se révèle inoubliable, et fait complètement partie du rituel. Si Black Mountain n’est pas déjà de l’autre côté du Styx, ça ne saurait tarder.
Alors que les riffs semblaient sur Stormy High ou Tyrants la force motrice première de la musique, c’est le chant modulé de miss Amber Webber qui donne sa direction à Queens Will Play, tandis que les claviers confirment leur rôle prédominant. Le morceau revient plus loin au psychédélisme, lorsque guitare et claviers effectuent des volutes, avant l’apparition d’un riff dans lequel on peut, enfin, voir assurément la marque de fabrique authentique d’un groupe encore en devenir.
Ainsi, certains morceaux se construisent comme des voyages d’un point à un autre, d’autres comme de simples échappées, des fuites vers l’inconnu. Evil Ways voit le retour d’un son et même d’une voix qui se rapproche beaucoup de Black Sabbath, influence poisseuse qui colle parfaitement à l’ambiance du disque et le cimente plutôt que de le détourner de sa sincérité. Les influences sont parfaitement assimilées à l’identité du groupe. L’occulte est de retour avec Brights Lights, morceau ambitieux de seize minutes étouffant mais passionnant. Il ne s’agit plus d’un voyage, mais d’une sorte de purgatoire. A ce stade, In The Future devient religieux, la musique un rite et le chant à deux voix une incantation. Heureusement, une salve de guitare vient sauver Brights Lights de la torpeur dans laquelle il risquait trop sûrement de s’enfoncer, rétablissant ainsi l’équilibre d’un groupe qui campe décidément bien sur ses dix pattes. Et de plonger à nouveau…
De multiples transformations semblent faire de Bright Lights une pièce maitresse du rock indépendant contemporain. Un disque qui invoque la participation de l’auditeur, et qui, plutôt que de chercher à le surprendre, tente de se faire accepter du fond de son abyme. L’écouter c’est plonger sûrement dans un voyage passionnant, loin de tout bricolage néo seventies.
  • Parution : 22 janvier 2008
  • Label : Jagjaguwar
  • A écouter : Stormy High, Tyrants, Queens Will Play, Stay Free

dimanche 2 août 2009

Queens Of The Stone Age - Lullabies To Paralyze (2005)



Voir la chronique de Queens of the Stone Age (1998)
Voir la chronique de Rated R (2000)
Voir la chronique de Era Vulgaris (2007)


Queens of the Stone Age peut prétendre avoir sorti trois chefs d’œuvre d’affilée ; Rated R, en 2000, Songs For The Deaf, en 2002, avec Dave Grohl à la batterie, et celui-ci, Lullabies to Paralyze, en 2005. Trois albums qui témoignent d’une vraie évolution au fil des années, et l’aventure continue (Era Vulgaris en 2007). Cette extraordinaire discographie est aussi révélatrice d’un son nouveau, car nul autre groupe n’a celui de Josh Homme et sa bande ; guitares vrombissant et barrissant, riffs ou lamentations, boucles tournoyantes de longue haleine et distorsion asthmatique ; et cette voix ! Celle de son leader, qui peu paraître déroutante mais bientôt devient indispensable, et repousse toujours plus loin ses possibilités, dans un registre unique. Josh progresse au rythme de son groupe, et il est sur Lullabies véritablement omniprésent et charismatique.

Mais c’est un autre chanteur charismatique qui a l’honneur d’ouvrir le disque ; Mark Lanegan, auteur de mélodies folk- rock arides bien plus dépouillées que ce qu’a l’habitude de faire QOTSA ; et sur This Lullaby, Mark apporte son style, son feeling en plus de sa voix, accompagné à la guitare acoustique par Josh. Le résultat est poignant et un peu triste, mais on sait que l’apaisement ne va pas durer. Josh Homme a tellement de choses à dire sur ce disque, que rétrospectivement, cela peut paraître étrange pour lui de ne pas commencer tout de suite… Mais ce n’est que le premier signe du ménagement d’énergies qui ne peuvent se déverser comme elles viennent, mais sous forme torturée et tortueuse ; le résultat est calme comme la méditation d’un fou. Alors, si ce premier morceau laisse entrevoir quelque chose de la suite, c’est l’aspect morbide des chansons. Mais on avait été en quelque sorte prévenus par les images de jaquette, présentant le groupe masqué de têtes d’animaux, différentes figures armées (un ange avec un revolver, une silhouette féminine avec un poignard, et une hache plantée dans le sol). Et bien sûr, cette fillette cernée qui regarde quelque part dans le noir.

Pour cet album, Homme est rejoint par Troy Van Leeuwen à la basse et Joey Castillo à la batterie, étant donné que Dave Grohl s’occupe de ses Foo Fighters et que le bassiste fou Nick Oliveri, qui avait tant participé sur Rated R, a été prié de quitter le groupe à la suite de problèmes de violence scéniques et violences conjugales présumées. On retrouve aussi Alain Johannes à la guitare, qui est notamment à l’origine de l’enregistrement des deux précédents albums du groupe, et de Humbug des Arctic Monkeys, entre autres. Cependant, ce changement de line-up n’entrave pas l’identité sonore du groupe, puisque c’est bien Josh Homme qui incarne cette identité ; on est tenté de penser que QOTSA, c’est lui, bien que Joey Castillo en particulier ait la réputation d’être particulièrement tellurique sur scène, et que cela contribue aussi à l’identité du groupe, qui, il ne faut pas l’oublier, est un groupe de hard-rock avant tout. Pour ceux qui l’oubliaient, il faut voir comment le riff de Someone’s in the Wolf nous replonge dans les années 70… Sans dénaturer, là non plus, « l’identité » qui est décidément si prononcée au sein du groupe et hérité du Stoner de son ancêtre Kyuss. En outre, la qualité de ce disque n’est peu être pas indifférente au lieu ou il a été enregistré ; le Joshua Tree Studio, en plein désert californien, sans doute l’un des endroits sur terre les plus propices pour faire de la musique sans concessions ; pas de facilité, pas de portables, ni de télévision, rien que la bonne nourriture d’une étrange grand-mère à tablier rouge et un rack de guitares qui vous tend les bras.

Je voudrais introduire deux morceaux en particulier ; Burn The Witch, qui profite de la participation de Billy F. Gibbons de ZZ Top à la guitare (très bon feeling dans la deuxième moitié du morceau), et Little Sister. On a l’impression d’avoir déjà entendu ces mélodies, et les QOTSA surprennent à ne pas nous surprendre ; c’est que ces chansons sont tellement efficaces qu’elles semblaient attendre d’être inventées. Pourtant l’ambiance est malsaine, comme partout ailleurs, et on se dit que c’est cela, QOTSA ; à la fois terriblement efficace et tordu. La première partie du disque est construite presque exclusivement de tels titres, à un degré moindre cependant ; Medication, un peu courte pour convaincre, Tangled Up In Plaid et son piano bastringue, In My Head… Le refrain dur Everybody Knows That You’re Insane donne l’impression que c’est Josh lui-même qui perd les pédales. Pourtant, la chanson semble s’adresser à Nick Oliveri, dont le départ est une sorte de deuil pour Josh. Ce premier flot se termine avec I Never Came, morceau particulièrement réussi dans un registre plus mélancolique. Les guitares, accompagnées de tuba et trombone, y sont magnifiques, ainsi que la voix de Josh, en apesanteur. L’impression générale est celle de chansons construites autour de quelque os trouvés ça et là, alimentées de vents de sable et de relents d’alcool.

Sur la deuxième partie de l’album, QOTSA devient impitoyable, comme il pouvait l’être dans les meilleurs moments de ses deux précédents albums. Les morceaux s’allongent, et concèdent un peu plus encore à la folie. Someone’s in The Wolf, est, par ce standard, un excellent morceau ; après une introduction sombre, un riff épileptique fait son apparition ; le morceau est une construction complexe, bien servie de batterie et de cymbales qui sont comme un serpent à sonnettes, et on note la participation de Jesse Hugues (Eagles of Death Metal) à la flute et Chris Goss dans le rôle du loup. Plein de bruits étranges, ce morceau fait basculer l’album dans un endroit malsain, et se prolonge par le tout aussi excellent The Blood is Love, qui poursuit en mid-tempo et exprime une sensualité macabre : « That we may make a kiss that can pierce through death and survive, your words have branded my mind ». C’est finalement ce qu’il y avait au fond du bois, un obsédant riff gothique supporté de batterie martelante et d’une seconde guitare lancinante. Plus loin, on trouve un excellent rock and roll, Broken Box, qui ressemble au point de non-retour, avec un son bien collant et distordu.

You got a Killer Scene Here, Man est un rock de bout de course, et on imagine bien qu’a ce stade Josh a finalement cédé à ces démons, et se balance au rythme décousu du morceau, la tête roulant sur les épaules ; Brody Dalle et Shirley Manson (Garbage) chantent un peu, pour un effet hanté. On se demande plus que jamais si le morceau va parvenir à se terminer, tant QOTSA semble ouvert à la dépravation et va en roue libre sans que rien ne puisse l’arrêter sur sa route désolée. Le « dernier » morceau, Long Slow Googbye, est le signe du retour à une terre un peu plus stable, où Josh garde l’attitude qui va bien mais vire les drogues. Ca se termine magnifiquement par des cuivres, après un silence. Un quinzième morceau vient s’ajouter, Like a Drug, moins produit, qui clot l’album sur un moment plus intimiste.

Lullabies to Paralyze est un album qui raconte la paranoïa, cette peur qui paralyse, naît de la solitude ou des abus. Cet album souhaite mettre en garde, davantage qu’effrayer ; ne pénétrez pas des ces bois… Où les bois sont la drogue, la perte de contrôle, la perte de sentiments, et finalement la mort. Tableau très bien rendu par les chansons dont il faut aussi s’intéresser aux textes. Pêle-mêle, « I could keep you all to myself, i know you gotta be free to kill yourself » (Tangled up in Plaid) ; “Is this the dose you’ve been dreaming on ?” (Medication) ; “There they are, the mob it cries for blood, to twist the tale, into fire wood, fan the flames, with a little lie…” (Burn the witch). “Once you’re lost in twilights blue you don’t find your way, the way finds you…” C’est un grand disque de rock qui parle d’excès de manière à la fois touchante et aliénante.
 
Parution : 2005Label : Interscope 
Genre : stoner, Rock alternatif 
A écouter : Burn the Witch, Little sister; Someone's in the Wolf, The blood is Love 

7.75/10
Qualités : groovy, hypnotique, lourd

vendredi 29 mai 2009

Sunn O ))) - Monoliths And Dimensions (2009)


Je me demande, en écoutant Sunn O))), quelle musique d’aujourd’hui trouverait le sa voie dans un monde transformé, demain. Si, par exemple, une espèce remplaçait l’être humain sur terre, et qu’elle soit aussi sensible que l’aient été certains d’entre nous pour ce qui est de la matière musicale, quels seraient ses penchants ? Je ne sais pas si les Beatles, les Stones ou même Sonic Youth, bénéficieraient d’une attention quelconque dans cette époque avancée. Quels que soient les mérites auxquels ils ont droit pour tous les services qu’ils ont rendus à l’humanité, pour recherche musicale, etc. En revanche, en lieu et place de cette musique reflet-d’une-époque qui finira forcément par vieillir parce qu’elle est d’abord une chronique sociale sonore, ou ce que vous voulez, d’autres projets, qui touchent à la spiritualité par la musique, semblent pouvoir durer toujours. Il y a dans le feedback de Kid A (Radiohead, 2000), les échos de Echoes (Pink Floyd, 1971), la musique contemporaine de Penderecki, et toute la manne de bourdonnements d’outre tombe dont seule une infime partie semble immergée et commercialisable (Merzbow, John Wiese, Boris, Xasthur, Leviathan, Joe Preston, Julian Cope), quelque chose qui touche à un désir de communication avec un auditeur qui n’est pas encore là. Tout cela est rapprochements futiles et cause de science fiction, ainsi venons-en au fait.


Déjà sept albums pour Sunn O))), ce duo américain composé de Stephen O'Malley et de Greg Anderson, aperçus à flanc de colline, vêtus d’une toge et encagoulés, leur guitare négligemment jetée sur l’épaule comme un instrument de guerre. Ils se découpent comme deux tristes sires errants, et il y a bien deux manières d’interpréter cette façon curieuse de transporter leur guitare ; soit ils sont livrés au désespoir de ne savoir comment se réinventer sans sombrer dans le ridicule, soit ils regardent de haut certains aspects de leur grande culture musicale et ces gens auxquels ils ne voudraient pas trop être associés (je parle de pionniers de la six cordes comme outil noble ou bruitiste). Une chose est sûre, ils s’imposent en patrons d’un style, le Drone métal. Je ne connaissais par ce genre musical, et n’ai que très peu d’informations à propos de cet album. Il s’appelle Monoliths et Dimensions, ce qui évoque assez l’ambiance de 2001 : A Space Odyssey, le film de Stanley Kubrick. Un monolithe qui donnera peut être à nos successeurs des informations sur la civilisation qui les précédaient. On ne peut s’empêcher de se le dire, la révélation prend des airs de farce assombrie grossièrement par un tas de peinture noire. Sans mauvaise allusion au visuel peu engageant. Le tout est de continuer à croire que le recul nécessaire est pris, parce qu’on a affaire à deux mélomanes aux commandes, et qu’ils ont du métier.


La première écoute a été captivante mais je ne sais toujours pas, sincèrement, si l’entreprise est totalement honnête. J’ai envie de dire oui, mais garde quelques réserves. Je n’ai pas poussé le volume comme il était conseillé quelque part sur le net (MAXIMUM VOLUME YIELDS MAXIMUM RESULTS). Surement une manière de convaincre tous vos voisins d’y prêter une oreille. Mieux que de se retrouver définitivement isolé de la communauté des vivants. Lorsque des commentaires sont faits sur l'œuvre de Sunn O))) dans son ensemble, on vante un affinement constant des arrangements. Je viens d'écouter Black One (2006), le précédent album, et je l'ai trouvé très différent de celui-ci. Une comparaison n'est donc pas la meilleure façon d'appréhender ce nouvel opus.
Les harmonies et les tessitures sont remarquables, mais à mon avis, l’essentiel n’est pas là. Le temps donné aux morceaux installe une sorte de transe et de frisson d’angoisse. Il ne faut pas en faire de l’ambient, sans quoi cette tension ne survient jamais.

Les deux têtes précitées sont aidées ici d’un compositeur contemporain et d’un certain Attila Csihar aux incantations. Ce dernier a une voix qui a l’air de vouloir vous transformer en marionnette écervelée (dans le cas ou la volonté est d’établir une communication), à moins qu’il ne s’adresse qu’a lui-même (monologue). Les guitares drone, caractéristiques du groupe, qui évoluent en spirales d’une lenteur implacable, sont associées à des chœurs sur Big Church d’une façon qui laisse à se demander si tout ce cirque n’est pas juste un vaste clin d’œil à la musique underground un peu maladroite, par voie ironique et catholique. Ce morceau de neuf minutes est le plus original et le plus mémorable. Big Church est construit de trois parties de trois minutes chacune. Cette structure même en appelant à une forte sensation que la superstition, si ce n’est le pessimisme, est le moteur créatif du duo. Superstition que les titres laissent éclater, références pseudo-obscures, tantôt à Jacolliot ou à Alice Coltrane, tantôt à la cité grecque de Cydonia ou à deux immenses reliefs sur Mars. 


La deuxième partie est un peu moins convaincante, car à mon sens moins originale. Hunting and Gathering (Cydonia) semble renouer avec un côté davantage métal, et apparaît comme la pièce la moins surprenante malgré l’apparition de chœurs masculins, bien différents de ceux du précédent morceau. Un instant, il nous semble avoir plongé dans un univers aussi baroque que barré. Alice, enfin, un Soundscape apaisé de 16 minutes qui marie guitares et trombone pour un effet moins surprenant que les autres morceaux (il faut dire qu’arrivé là on en a déjà entendu beaucoup), mais qui se revendique, toujours avec beaucoup d’humour, gageons-nous être le lointain parent sonore de Miles Davis. Il y a là peut être une vraie élévation, bien que si elle existe, elle est due à exactement l’inverse d’une ferveur lyrique. Le fond de la farce est atteint, et force est de constater qu’elle a pris les traits d’un voyage inédit.

Aghartha, longue litanie d’ouverture de 17 minutes, déploie sa violence sourde après cinq minutes d’accords grondants qui évoquent le post hardcore de Neurosis, mais en plus étouffant encore. Autant grognements préhistoriques que sons d’un futur lointain. S’ensuivent incantations, craquement de coque d’un bateau fantôme et bruits d’eau. Y-a-t-il vraiment une intention à tout cela ? Je ne pense même plus à une intention musicale. Car c’est d’une autre dimension qu’il est question ici. Toute l’aventure se termine peut-être en noyade. Mais, si vous saisissez, nous n’en sommes qu’au tiers des cinquante minutes que dure l’album. 

Parution : mai 2009
Label : Southern Lord
Genre : Drone, Expérimental
A écouter : Aghartha, Big Church


7.50/10
Qualités : hypnotique, puissant, lourd
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