“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Doux-amer. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Doux-amer. Afficher tous les articles

dimanche 24 septembre 2017

DAVID RAWLINGS - Poor David's Almanach (2017)



O
Doux-amer, vintage, ludique
Country folk

Je suis toujours presque incapable de chanter une chanson sans musique en arrière plan, même si cet album est plein de mélodies faciles. Ressentant une certaine timidité à reproduire en les chantant l'exubérance et la vitalité de ces folk songs, il faut pourtant bien en parler. 

On perçoit peut-être ce genre de folk rural comme une chose charmante et vieillotte, sans imaginer ce charme-là, vénéneux, qu'ont su insuffler Gillian Welch et David Rawlings. Leurs carrières sont liées, sans académisme. C'est une relation à l'américaine, entre complicité et relâchement. Rien de remarquable, si ce n'est que la musique produite ensemble les a tous deux distingués, séparément, parmi les meilleurs de leur classe, artistes capables de restaurer la vigueur aux racines de la musique populaire, en jouant sur sa capacité à déjouer son obsolescence et à se ressemer. Peut-être leur relation donnera t-elle l'occasion un de ces jours à Rawlings d'écrire une de ces chansons un peu narquoises dont il a le secret, comme dans cet almanach du « pauvre David ».

C'est un album de consistance, avec chaque chanson remontant à sa propre légende. Rien d'autre que la voix et la guitare typées de Rawlings pour entamer cette collection. Mais cette voix se détache par une tendresse plus grande d'un couplet à l'autre, et la guitare gagne un relief étourdissant dans son jeu reconnaissable entre mille. La présence de Welch souligne leur parenté artistique. Les chansons de Welch restent toutefois plus longues, plus tristes, plus intenses.

La légèreté ici à l'oeuvre dégage de l'amusement et de la joie, même dans les envolées mélancoliques de Airplane, l'une des plus réussies. Cumberland Gap et Guitar Man renvoient, dans leur indolence, à la rage étouffée de Neil Young circa 1974-1976. Mais les plus mémorables sont les plus amusantes. Come on Over my House ou Good God, a Woman ont cette perfection offrant à l'album la possibilité d'être entendu dans les centres commerciaux. Même si dans un cas, il s'agit de l'histoire d'un médiocre fantasmant sur sa voisine, et dans l'autre de la plaidoirie d'Adam, jour après jour, pour que Dieu lui crée la femme. On apprécie ces allégories et métaphores aux personnages parfaitement campés, et la façon dont les harmonies vocales soignées leur donnent une épaisseur.

On a l'impression d'un répertoire intemporel, décrivant les tentations au socle du monde, sans détresse, mais avec une insouciance capable de maintenir les ombres à distance. Lindsey Button montre bien ce détachement irradiant dans tout l'album : c'est la dévotion d'une jeune fille, il y a très, très longtemps, insiste la chanson. Maintenant, tous ceux que son histoire intéressait sont morts, et qui s'en souvient ? Finit par questionner Rawlings. La complaisance des personnages, ou leur inconséquence, sont parfois l'amère vérité enfouie dans ce caractère suranné. Pour ceux qui n'ont pas vécu il y a très, très longtemps, à cet endroit là, il est difficile d'imaginer les relations de causes à effet, et comment, déjà, on s'inquiétait de l'avenir du monde. On condamnait l'illusion de la jeunesse, cherchant à la ramener dans un giron sans chaleur ni tendresse. On trouvait bien étrange et risible notre propre pauvreté. Mais ces vérité ne prend jamais ici la même ampleur dramatique qu'avec Gillian Welch. Leurs chansons sont, ainsi, complémentaires.

lundi 15 mai 2017

{archive} THE REPLACEMENTS - Tim (1985)


OO
Doux-amer, efficace
Rock 

Les premières secondes de Dose of Thunder sont à écouter à fond ! Le morceau le plus abrasif de l'album vous saute au visage, sans véritable riff avant les vingt dernières secondes, les hurlements de Paul Westerberg n'étant, paraît t-il, qu'un prétexte pour que Bob Stinson ait enfin un solo de guitare à jouer. Ça en dit long sur le sentiment de frustration qui parcourt l'album. Dose of Thunder est intercalée entre deux moments en apparence plus conciliants, mais en réalité exubérants, voire cyniques, Kiss me on The Bus et Waitress in the Sky.
L'attitude à l’œuvre ici est celle d'un groupe conscient qu'il a tout à gagner en écrivant un certain type de chansons, et pourvu d'un songwriter, Westerberg, enclin à y satisfaire. Ce qu'il y a de plus flamboyant, c'est le sens de l'inéluctable qui parcourt Tim. Alors que les Replacements sont à leur apogée, c'est encore une désillusion pour eux : signer avec une major s'ajoute au lourd poids d'un destin que l'on voudrait maîtriser, d'une carrière qu'on voudrait conduire à sa guise. Tim maintient une profondeur en dépit de cela, et c'est cet équilibre périlleux qui fascine.
On se demande à quel moment l'époque, la fatigue et les mauvais choix vont les rattraper, mais cela n'arrive pas. Here Comes a Regular clôt l'album sur une note de confiance de Tim Westerberg, ses facultés à se confesser comme régénérées. Hold My Life est d'une intensité qui ne prête pas à rire, et l'une des meilleures chansons du groupe. Les paroles ne sont que fragments, et pourtant elles éclairent la confusion, l'espoir et l'amertume du groupe tout entier à travers Westerberg. Envolé, les blagues, l'humour. Swingin' Party trouve le meilleur équilibre entre intimité et écriture sûre de ses effets, le chanteur parvenant à une vulnérabilité adolescente et perdant de son autorité. « If being afraid is a crime we hang side by side. » Peut être Tim est t-il fait de chansons en quête systématique de confiance, avec Bastards of The Young pour inciter les fans à conforter le groupe dans son autonomie. « We are the sons of no-one... » Ils interpellent sur leurs doutes, le premier couplet porté par des accords triomphaux : « God, what a mess, on the ladder of success/Where you take one step and miss the whole first rung/Dreams unfulfilled, graduate unskilled/It beats pickin' cotton and waitin' to be forgotten. »

mardi 3 janvier 2017

{archive} DAVID KAUFFMAN & ERIC CABOOR - Songs From Suicide Bridge (1984)





OOO
doux-amer, nocturne, fait main

post-folk

Dans la langue ultime convoquée par David Kauffman et Eric Caboor, le titre de l'album ne se réfère après tout qu'à ce pont qui traverse de Los Angeles à Pasadena, et qui porte le surnom charmant de 'pont des suicides'. De quoi chasser notre malaise. S'il est question d'un suicide, il est plutôt du point de vue de la carrière musicale de ces deux artistes donnant apparemment avec ces 55 minutes leur chant du cygne. Qu'on se rassure, ils ont persévéré, un peu. Leur démarche, conjurer leurs idées les plus franches, les relie à des groupes des années 1990 comme Nirvana. La voix de David Kauffman, se prête, par sa lenteur, aux atmosphères hantées, et ressemble à celle de Michael Stipe, de REM, sans qu'aucune boite à rythme ne propulse ce murmure. Cet album a été oublié à cause de la cadence ralentie qu'il nous impose.

Ce qui les démarque de façon troublante, c'est leur austérité electro-acoustique, parsemée de basse et de piano certes, mais presque sans trahir sa date d'enregistrement, 1983. Les guitares sont superbes, leur variété d'un morceau à l'autre démontrant l'intérêt qu'ont porté les deux musiciens au son naturellement amplifié de leurs instruments ce qui n'était peut être pas si répandu dans cette décennie. Et les paroles, autobiographiques, entre ironie, amertume, réalisent peu à peu une forme d'extrémisme. Life and Times on the Beach évoque les souvenirs personnels du chanteur, qui ne cherche pas tant à les faire voguer qu'à les faire sombrer superbement, commençant par ses meilleurs souvenirs de baseball avant de se décrire viré du collège et tentant de refaire sa vie à Los Angeles. « Ce dont j'ai besoin pour en finir est à portée de main », assène t-il tandis que s’agrainent le son d'un banjo. Puis, ressort qu'on jurerait déjà entendu ailleurs, dans une chanson lointainement échouée, le piano reprend, douloureux, et la chanson que l'on croyait si abruptement terminée retrouve sa route. 
Ce morceau comme le suivant, dépasse les huit minutes, mais on ne le ressent pas ainsi. 

Kauffman profite de ce supposé dernier round pour tacler la déchéance à l'oeuvre, moins en lui qu'autour de lui. C'est une constante dans cet album, dont le ton égal, renferme une colère froide, surtout dans le moments les plus mesurés. "The neighborhood begins to smell like death/Windows are fogging from a drunkard's breath/Junkies are shaking out of every tree/The dog next door don't wanna let them be" sur Neighboohood Blues, glaciale. 

Comme les meilleurs disques, Songs From Suicide Bridge vous incite à louvoyer dans le temps présent, une partie de vous complètement invisible, vouée à l'émotion intangible. La résolution de l'album n'a pas hâte d'arriver. C'est d'autant plus remarquable que le duo semble avoir tiré toutes les conclusions nécessaires avant d'enregistrer, et sait instaurer une forme de suspense à nous les divulguer à travers leurs trames de guitares nomades. Ils savent retrouver des sons d'au moins trente ans en arrière. Leur intensité à jouer souligne l'isolation et entre en résonance avec le sort de cet album oublié. Après la brève folie psychédélique de Where's is the Understanding ?, pas la meilleure conformation pour délivrer un message universel, Tinsel Town rive définitivement l'album à notre conscience, dans un son de guitare new wave évanescent qui porte l'empreinte non pas d'un sentiment, mais de sa disparition. Enfin, One More Day (You Will Fly Again) épilogue dans des tons proches de Nick Drake, et la candeur du duo est à rapprocher du jeune britannique. Lui ne s'est pas jeté d'un pont, mais c'est tout comme. 




1. Kiss Another Day Goodbye
2. Neighborhood Blues
3. Life Without Love
4. Angel Of Mercy
5. Life And Times On The Beach
6. Backwoods
7. Midnight Willie
8. Where's The Understanding
9. Tinsel Town
10. One More Day (You'll Fly Again)

lundi 3 octobre 2016

CASS MC COMBS - Mangy Love (2016)





OOO
Doux-amer, engagé, spontané
Indie rock

Dans le clip audacieux pour Medusa's Outhouse, Cass McCombs médite sur l'envie de célébrité, même si pour cela il faut être temporairement acteur de porno. Mais ce genre de personnes ne sont finalement, n'ont pas une situation plus extérieure que celle du musicien enregistrant son album pour une minorité de gens. Le studio d'enregistrement serait ce lieu clos où on est aux petits soins, pour qu'e l'artiste se croie important. Mangy Love, paraît-il, est un album drôle, mais il fat toujours se méfier de ce genre de réflexion. Mc Combs sait qu'on rira probablement de ses blagues dans un endroit isolés des autres, et ménager de tels moments de cynisme et d'engagement, c'est vraiment la démarche de celui qui utilise les portes des toilettes comme moyen d'expression planétaire.

Tout cela, la l'humour et la politique, est sauvé par un fait ; Cass McCombs, 38 ans, est un snob littéral. Non, il ne laissera jamais les paroles de ses chansons de destinées à un support aussi idiot que la porte des toilettes ou les réseaux sociaux. En 8 albums, il a posé des bases, et si elles ne sont faites que pour une minorité de gens, ça ne les empêche pas de répondre à des critères d'un goût affirmé sans arriver jusqu’à l’écœurement. Cet album vous ouvre des portes non sur l'extérieur, mais vers l'intérieur, emploie ses envies de dérision, de 'fun' musical, voire de psychédélisme en énergies internes. On sera séduit par les sonorités surprenantes rencontrées en route, notamment les boites à rythmes sur In A Chinese Alley ou It, cordes très Laurel Canyon seventies sur la superbe Low Flying Bird, qui ne nuisent pas aux réussites de ses chansons auxquelles Cass McCombs parvient à insuffler sa spiritualité si particulière. It par exemple, profite de chœurs singulièrement mixés.

Ainsi, cet album est parsemé de sentiments étranges, inattendus. L'une de ces surprises est trouver des chansons – Opposite House ou Switch – qui sonnent comme Air, sur la B.O. de The Virgin Suicides ou Moon Safari. Le minimalisme propre au style de McCombs reste dans le fond, mais la forme, la production donne parfois envie de prendre les choses avec plus de légèreté,d e se laisser dérouter. Avec au fond de la tête, une envie de s'épanouir dans cette musique. Peu importe le goût amer, car Bum Bum Bum nous décrit un monde raciste et sauvage. C'est un album sanglant qui n'en a pas l'air. Il peu arriver qu'un frisson d'appréhension nous traverse. « Pour moi, il s'agit de créer une attitude révolutionnaire, créer un langage rythmique qui est cool. Et ce que je veux dire par cool, c'est plein de sang froid, détaché, glacé au bout des doigts. » Vous vous retrouvez seul avec le cocktail pas assez 'cool' que vous aviez prévu de partager avec votre nouvel(le) ami(e) ; un conseil, évitez les soirées arrosées et partez plutôt marcher au grand air, même si McCombs vous persuadera que la nature est aussi futile que la vie d'une anguille.

«Tout le monde fait ce qu'il sait faire. Au final, il s'agit juste pour les gens d'être eux mêmes. » Cette remarque concernant les vingt musiciens invités sur l'album pourrait vous retourner dans la figure, si pour une question de manque d'attention vous décidiez que cet album n'est pas assez prégnant. Le problème viendra de vous ; vous n'avez pas su y insuffler assez de vie.

Il s'agit de trouver, à chaque fois, une base solide sur laquelle ses textes vont s'épanouir – à ce compte là, Run Sister Run est canon, tandis que Rancid Girl joue à merveille sur plusieurs forces du songwriter – le côté macho qu'il sait si bien imiter, combiné à une réflexion plus sincère sur la société américaine (la chose qui l’intéresse vraiment) et un bon groove où les guitares prennent un intérêt capable de maintenir les choses 'fun'. Rancid Girl est menée dans une transe particulière, qui s'horrifie des effets de la méthamphétamine. I'm a Shoe, en fin d'album, renoue avec une foi dans la guitare comme instrument à la fois féérique et inquiétant, sourd d'une langueur qui ouvre le disque sur des territoires plus vastes où le désenchantement est enfin le sentiment capable de déteindre sur les choses alentour si vous êtes vidé à l'intérieur. En écoutant I'm a Shoe, au moins, nul besoin d'avoir une vie interne très active pour se laisser évoquer des histoires. Elles sont tragiques et redoutables à entendre, nous font trouver le lieu où flottent ceux s'étant laisser tenter par un peu trop de 'fun' sonore.     

dimanche 24 avril 2016

HAYES CARLL - Lovers and Leavers (2016)





OO
Doux-amer, attachant, élégant
Americana, Country folk



Un album de Hayes, on en attendait un deux ou trois ans après le dernier, KMAG YOYO (2011). Il lui a fallu plus de cinq ans pour reparaître avec une collection de chanson qui trahit son dégoût des tournées, des passages radio et du music business. Pourtant, un album de Hayes Carll, c'est toujours une émotion immédiatement assimilable, et qu'il est bon de faire découvrir et de partager. Comme son ami Scott Nolan, traversant une forme de crise de la quarantaine, il a recherché un équilibre dans sa vie, le conduisant à l'enregistrement de cet album. Ces chansons, dont il serait facile d'exagérer le rôle et l'impact en les qualifiant de catharsis, se coulent néanmoins dans une volonté réparatrice. «Je n'avais pas une seule chanson pour faire danser les gens », résume celui qui la a tant divertis avec Stomp and Holler, Bad Liver / Broken Heart, Another Like You ou Hard Out There.

Lovers and Leavers, enregistré en cinq jours, profite d'overdubs brillants, piano, orgue électrique, ou percussions atypiques. Un son voluptueux, sur My Friend par exemple, avec la guitare pedal steel qui semble venir de partout à la fois. Cela compense l'absence de chansons propulsives ou plus communicatives. Cette différence persistante de ton et de tempo entre les deux disques marque l'écart et les cinq ans écoulés dans une certaine lassitude entre les deux albums. Lovers and Leavers est à la fois l'album qui trahit un certain égarement de son auteur, et celui par lequel il doit se focaliser de nouveau sur son entourage et son message. Pour y parvenir, il y a le levier de l'amitié, pour se soigner de l'amour, l'amour capable de 'remplir tout l'espace vide', dans la chanson déchirante Love Don't Let me Down (Hayes Carll s'est trouvé une nouvelle compagne en la personne d'Alison Moorer, grande compositrice qu'on aime beaucoup chez Trip Tips).

Ce n'est pas seulement la façon très laid back dont il sonne, mais Lovers and Leavers présente une façon différente d'interpréter des chansons, cela transparaît dans une version filmée de la chanson The Magic Kid, l'une des plus belles de l'album (et sans doute adressée à son fils, qu'il a peu vu pendant ces années de tournée). Le groupe fait preuve d'une décontraction au bord de l'absence, en toute félicité, comme pour contrecarrer l'implication usante habituelle que nécessite cette musique propre à être partagée et dont les paroles furent reprises avec bonheur par le public.

Hayes Carll se montre pourtant toujours aussi intelligent dans sa façon d'écrire les chansons d'amour, pleines d'un humour capable de contrebalancer l'amertume qu'un divorce a implantée en lui. Il ne sur-estime pas le rédempteur, ou quoi que ce soit, de son expérience dans sa musique. Hayes Carll est réputé élégant, mesuré, et aillant la tête sur les épaules, et même s'il semble parfois perdu ou à deux doigts du coma éthylique, c'est toutes proportions gardées. C'est son charme naturel qui lui permet de sortir triomphant, jusqu'aux plus dégagées Love is so Easy et Jealous Moon, une chanson évoquant See The Sky About to Rain (Neil Young), avec son piano Rhodes. For the Sake of the Song reprend la façon blessée de chanter de Neil Young sur Ambulance Blues, également sur l'un de ses albums cruciaux, On The Beach (1974). Après des écoutes répétées, l'album nous affecte, tandis qu'on saisit comment Hayes Carll se positionne pour y rester longtemps, au carrefour de la musique de grands songwriters américains – Jim Lauderdale, avec qui il a écrit Drive, Townes van Zandt, Guy Clark, Rodney Crowell, Kris Kristofferson et Ray Wylie Hubbard.

dimanche 10 avril 2016

KEVIN MORBY - Singing Saw (2016)








OO
Lyrique, doux amer, intemporel
Country rock, pop, songwriter

Singing Saw marque les débuts de Kevin Morby pour le label Dead Oceans, à propos duquel Trip Tips a publié un article concernant Bear in Heaven, Strand of Oaks, Julianna Barwick, Riley Walker, et récemment l'australien Marlon Williams). Cet album tourne autour d'une fascination supposée de Morby pour la scie musicale, cet instrument qui provoque un son curieux et enchanteur. Cet instrument sert d'ailleurs de point de fuite à un album emprunt de gravité, qui pourrait se résumer à une série de sensations et de rencontres intenses que Morby provoque entre sa musique et certains des musiciens américains d'hier et d'aujourd'hui les plus fascinants. Leonard Cohen et Bob Dylan sont là, dans Black Flowers ou surtout la finale Water. Son lyrisme intraitable est à ce niveau dès Cut me Down : “Birds will gather at my side, tears will gather in my eyes, throw my head and cry, as vultures circle in the sky.” Son onirisme sommaire et retiré évoque Bill Callahan dans Sometimes I Wish i Were an Eagle, Apocalypse ou Dream River (la percussion sur l’enivrante Black Flowers qui renvoie à The Sing). Les arrangements somptueux de Kevin Morby, par exemple sur Drunk and On a Star, soulignent cette parenté.

Le piano participe aussi à ce sentiment de sérénité, basculant vers la morosité voyageuse sur Ferris Wheel. Ailleurs, des guitares bravaches évoquent un rock lo-fi qui aurait dérivé, insufflé de pop intemporelle mais peut-être plus reliée aux années 90 (Dorothy). On retrouve là les Babies, le duo punk pop que Morby a constitué avec Cassie Ramone des Vivian Girls. C'est comme de donner à de petites émotions le champ de grands panoramas. Le détachement contemplatif et la voix de Morby le rapprochent aussi de Cass Mc Combs, sur Destroyer. C'est dans le dénuement des sentiments que réside leur lumineuse affiliation, et jusque dans l'accent et le timbre : « Have you seen my mother she's a-lookin' for my father » Le saxophone est la touche, peut-être crépusculaire, qui ajoute au superbe de cette chanson.

Il pourfend les dépendances parentales et territoriales qui sous tendent l'existence, comme le racisme - I Have Been to the Mountain évoque le sort d'Eric Garner, le noir américain qui s'est fait tabasser à mort par un flic à Staten Island en 2014. Grandissant dans la Bible Belt américaine, il confie sur le site Aquarium Drunkard : « Ne pas aller à l'église était une déclaration d'intention plus grande que d'y aller ». Les chœurs, la steel-guitar sur Water ajoute à l'aspect intemporel et transversal à cette épopée, avec laquelle Morby, après deux albums 'en transit' avec les Babies et un en solo, est vraiment arrivé à bon port.




jeudi 10 mars 2016

ALEJANDRO ESCOVEDO - Thirteen Years (1994)









OO
Doux-amer, pénétrant, contemplatif
Rock alternatif, americana

Un album précieux et ample, à garder pour les grandes traversées, pour les moments de solitude, une rivière de bonne chansons, mélodieuses et instinctives, empreinte d'un sens de la contemplation intense, voire déchirant. Régulièrement, il vous transportera dans d'autres contrées, déroulant un genre americana qui puisse sa source dans les reflets du pacifique autant que dans la sécheresse du désert. Way it Goes, nous enjoint à fermer les yeux. Le disque nous sollicitera pourtant souvent par sa rudesse, sa franchise. Il ne s'agissait que du deuxième album du texan Alejandro Escovedo, déjà très ambitieux et capable de surpasser ses influences. Ce disque renferme tant de détermination artistique et d'espoir pour un artiste encore au début de sa carrière, qu'il mériterait Le bon moyen de découvrir ce songwriter qui est, à dix ans d'écart, aussi talentueux que Tom Petty (la ressemblance est criante sur Helpless, mais qui ne voudrait atteindre le succès scénique de Breakdown !) et peut-être plus émotionnel. 

C'est l'album d'un artiste cherchant plus que tout se connecter avec son audience et à l'affecter par sa personnalité et sa voix, bien mise en avant. C'est d'autant plus vrai qu'Escovedo semble chanter l'isolement et se montre réflexif sur le fait d'avoir maintenu ses proches à distance pendant trop longtemps (la chanson titre). Une autre grande réussite (elle sont nombreuses) est Baby's Got New Plans, où il livre la chronique d'une séparation et parvient à rendre palpables les personnages, une habitude qu'il développera sur son album suivant (With These Hands, 1996). She Towers Above contient aussi beaucoup de charme, et on retrouve de belles inventions d'Escovedo pour illustrer ses chansons, plus que pour simplement les accompagner ; la volupté d'un simili-clavecin, et une détente qui repose sur les roulements de toms. Il nous arrache à la langueur poisseuse d'Austin. 

Thirteen Years est aussi l'un des exemples les plus gracieux que je connaisse de l'utilisation d'une section de cordes dans un album de rock ! C'est éclatant dès Ballad of the Sun and the Moon, auxquels les violons, la harpe et a guitare jouée avec gaieté confèrent une douceur quasi élégiaque. Car Losing Your Touch ou Mountain of Mud nous rappellent qu'il s'agit de rock un peu cavalier pour solitaire loin de chez lui, avant que la sensibilité et les portraits affectés reprennent bien vite le dessus.


dimanche 7 février 2016

BETH ORTON - Daybreaker (2002)








OO
hypnotique, lyrique, doux-amer
Folk, indie folk


La timidité de Beth Orton, britannique du Norfolk, est marquante en concert. Mais la façon dont elle la dissimule sur ses albums, et en particulier dans celui-ci, n'est pas anodine non plus. L'écouter, c'est comme exhumer un chapitre déjà lointain de la carrière d'une artiste alors parvenue à sa pleine maturité, et qui n'a, malgré la vie, pas tant changé depuis lors. Elle a alors déjà écrit trois albums, et Daybreaker est accueilli sans excitation par la critique. Il est facile de voir pourquoi. La contribution des Chemical Brothers (Daybreaker, Mount Washington) donne un aspect électronique malvenu quand la fraîcheur acoustique sied tellement mieux, à une chanteuse immortalisée par sa façon terriblement émotive de s'accompagner à la guitare, les doigts ancrés, rigides. Les participations de Ryan Adams ou Emmilou Harris ne sont pas impressionnantes, même si elles débordent de professionnalisme.  Daybreaker se veut, peut-être trop, un album adulte.

Pourtant, l'album prend sa dimension 'Ortonesque' sur Carmela, un morceau que l'on aimerait dire 'à l'ancienne' même si on sait qu'il préfigura son chef d'oeuvre paru 10 ans plus tard, Sugaring Season. Elle y  capacité à basculer dans un versant bucolique enchanteur. La chose est vraie aussi sur This One's Gonna Bruise, délicatement soulignée par le picking appris de Bert Jansh, dans la plus pure tradition folk. Matiné de violoncelle, c'est le contrepoint le plus attendu de l'album. On est revenu là en premier lieu pour le timbre particulier de Beth Orton, l'intensité de cette voix à l'élasticité magique. 

Mieux, Daybreaker est un album sombre comme il faut, Ted Waltz, si fluide et limpide, pour maudire le soleil et le ciel 'vicieux'. Traditionnellement, ce n'est pas avant le dernier morceau, et sans s'éloigner de la rythmique bossa nova qui parcourt tout l'album, l'optimisme remplacer l'appréhension. Beth Orton suscite une sensation physique chez l'auditeur attentif, celle d’éclaircir le ciel, de repousser les nuages. Elle est pilote et la musique est son jet. Daybreaker, n'est-ce pas cette sensation de percer à travers les nuages? Le terme anglais, tant qu'on ne le traduit pas est plein de possibilités. Beth Orton nous embarquait et nous promettait d'y croire. Sugaring Season a été l’atterrissage, évoquant les choses de la terre. Pendant l'intervalle, elle nous a fait rêver comme des enfants, et continuera encore, on l'espère. 

D'ailleurs, son album suivant s'emparera de cette image en faisant figurer un arc-en-ciel sur la pochette de Comfort Of Strangers. Les grooves, les cordes, la basse électrique gonflée tracent des lignes qui propulsent Beth Orton hors de son orbite, pour nous donner de beaux refrains tels que sur Anywhere, chanson bossa-nova que l'on croirait produite à Chicago, avec un big band en bordure. Rien ne parvient à terrasser cette voix au moment où elle cherche le plus à s'affirmer. Paris Train est une autre réussite, avec ce piano porteur de mouvement, quelques notes entêtantes. L'orchestration, avec cornet lointain et voix pleine d'écho, est enivrante comme un premier voyage. 

Il est certain qu'elle a voulu en faire un album plus gros, capitalisant sur les promesses distillées par les deux premiers, quitte à développer un art de la dissimulation, qui scintille de mille feux à la fin de Mount Washington. Cette chanson de plus de six minutes a beaucoup fait finalement, pour présenter l'humeur sombre de l'album. 

mercredi 30 septembre 2015

PATTY GRIFFIN - Servant of Love (2015)









OO
Doux-amer, sombre, puissant
Folk-rock


C’est au bras de fer que se joue cet album. La voix de la chanteuse, qu‘on a comparée à Ricky Lee Jones ou Nina Simone, s’élève en crescendo sur une trame au piano (la chanson titre), avec un cornet pour le douloureux versant jazz. Trouve son rythme sur un blues/rockabilly où chaque secodne semble payée (Gunpowder, There i’snt One Way). L’émotion est vécue comme une souffrance. Good and Gone ancre l’album plus profond dans ce monde alternatif ensorceleur, comme une fuite à la réalité insupportable pour laquelle Griffin paye un prix. Le kalimba de Ralph White, et la guitare insistante créent un mantra qui souligne les paroles impitoyables. Sa voix se fait blues sur Hurt a Little While. Il s’agit d’afficher dans les premières minutes la couleur. Des chansons d’amour décharné, qui réclame, en regrets, en besoin, en prière, en repentance. « One of these days, i’m gonna laugh again, one of these days i’m gonna smile ». Chaque parole semble extraite come de la poudre d’un chien de fusil.


Cet album sans refrains, sans concession, tient la distance en s’enfonçant, comme au cinéma, dans des séquences, puis dans des plans, statiques et tétanisants. Les ragas et le kalimba évoquent une expérience transcendantale. Ce n’est pas de désespoir qu’il s’agit, mais de choix faits dans une force ombrageuse et une clairvoyance déchirante – puis avec une certaine classe, quand on parvient dans la dernière partie de l’album (Noble Ground). On est dans l’attente d’une lumière, de Rider of Days ou Made of the Sun par exemple, avec cette imagine rétinienne du soleil se frayant un chemin vers Griffin, alors qu’avant, c’était les amants qui allaient le trouver. Seule la nostalgie de l’être aimé semble persister. Quelque chose de nouveau peut-il vraiment se développer à l‘ombre des souvenirs de chansons et de rires ? L’envoûtement est t-il la bonne façon de parvenir à un changement ? On y replonge avec Everything is Changed. On ne souhaite à aucune artiste plus jeune d’emprunter la même voix funèbre que Patty Griffin. Elle décrit avec limpidité des endroits où personne ne passera, et en ressort plus forte. 

samedi 22 août 2015

SORORITY NOISE - Joy, Departed (2015)







O
Doux-amer, intense
Rock 

Dans les listes de ceux qui avaient aimé le disque d'Adventures, sur le site Rate Your Music, figurait parfois l'album de ce groupe.  

C'est pour l'émotion et l'efficacité des refrains qu'on se replongera dans ce disque. Sans jamais vraiment basculer dans le chant hurlé ils conservent tout au long de ces montagnes russes une intensité à vif. La voix de Cameron Boucher n'a rien de particulier, sinon ce ton nasal propre à évoquer la frustration et le dédain émotionnel au sortir de l'adolescence (voir Conor Oberst). Il faut du courage pour faire partie de cette scène émo un peu tête à claques et affirmer sans ciller que finalement, c'est mieux d'être seul que de se faire du mal à deux. On pense à Bright Eyes, même si la musique fluide et fuyante ensevelit les paroles avec une attitude plus roublarde. Bien qu'intenses et amères, ses paroles s'arrêtent toujours avant de mettre l'auditeur mal à l'aise. 

Sur Art School Wanabee, au milieu de l'album, le refrain le plus à même de saisir cette capacité à ne jamais aller jusqu'au bout, peut être à tomber à court d'arguments trop précocement pour basculer dans l'amertume infinie. "Peut-être ai-je seulement peur d'admettre que je ne suis pas aussi noir que je le pense/Peut être ne suis-je pas la personne que je n'ai jamais voulu être". Cette façon de tourner autour du pot donne à Sorority Noise leur côté le plus authentique. 

Ils semblent emprunter des chœurs à TV On The Radio sur Mononokay. Using est une agréable descente dans le pathos. WhenI See You confirme leur parfaite maîtrise non seulement des refrains, mais des ambiances héroïques, qui, enfin, se prolongent au-delà du dénouement attendu.

mardi 14 juillet 2015

HONEYHONEY - 3 (2015)


O
doux-amer
americana 




Déjà sur le précédent Billy Jack, la musique et les paroles de HoneyHoney se démarquaient par leur pessimisme classieux et émotionnellement vraisemblable. Avec des notes graves, des instruments country qui parfois grondent, comme arc boutés sur eux mêmes, et la voix en nuances de Suzanne Santo (qui joue aussi du banjo et du violon) justifiant que l'album ait été enregistré une deuxième fois (la première n'était pas satisfaisante). Santo utilise son tempérament revanchard pour maintenir une tension sentimentale tout au long de l'album. Les résultats sont contrastés. Parfois, on a le sentiment de compositions resserrées, dans lesquelles se répondent intelligemment la country, la soul, le blues rock (Sweet Thing...). Les tonalités mineures sont présentes pour maximiser les coups de griffes, les paroles acerbes se mariant bien avec cette americana gothique pour laquelle le duo s'éprend instinctivement. Ailleurs, le résultat semble écrasé  sous le pied d'une production pop ou les guitares deviennent soudain trop réverbérées et où les cordes suintent. Le pic dramatique de l'affaire est atteint quelque part entre l'éloquente Bad People et Burned Me Out (Oh babe i gotta say/I learned the hard way with you...). 

jeudi 21 mai 2015

FIELD REPORT - Marigolden (2014)




OO
élégant, lyrique, doux-amer
indie folk, songwriter

La musique de Field Report est tout de suite très américaine. La pedal steel, emblématique du far west, de Marigolden a été enregistrée par Ben Lester dans un studio qui s’appelle le Unicor Ranch, le ‘ranch de la licorne’, si on en doutait. C’est une Amérique parfois spécifique, mais pas géographiquement délimitée.

Sur ce disque qui a nécessité 10 mois de travail, la scène la plus horrible de l’album survient lorsque le fils du sheriff, dont Christopher Porterfield  souffrait la méchanceté quand il était jeune, se suicide en se tirant une balle sur un green de golf. Il y a toujours cet avertissement presque grinçant de ce que peut donner la vanité de pire. Ce sont des situations de film policier données à la contemplation.  Ce chanteur-là, que l’exigence lyrique place dans les fleurons de l’indie folk américain, nous faits parfois penser à John Grant, par sa façon aussi de suggérer qu’il n’a pas la moindre valeur tout en s’en donnant une finalement, morale, triomphante. Sauf que les grands coups de synthétiseurs de Pale Green Ghosts (2013) de ce dernier sont tenus ici par des touches bien plus aériennes. La comparaison tient puisque John Grant est signé aux Etats Unis sur Partisan Records, le même label que Field Report.


Hormis que tout le groupe a changé depuis le premier album éponyme (2012) qui était comme le grand saut que Porterfield s’autorisait enfin, après toutes ces années d’attente, dans la poésie et l‘âme humaine, Marigolden sonne quasi pareil que son prédécesseur. Les innovations électroniques ont été contenues dans un faux minimalisme, assez vaste et détaillé, à l’image de Wings, la première chanson de la deuxième face – puisque l’album est clairement structuré en side a/side b. C’est le producteur de Feist aux manettes. Wings, c’est l’un de ces moments où la musique devient aussi propre à Porterfield que les paroles, qui décrivent le chanteur en Icare moderne. « Soaring close to god until his love melts my wings and the emptiness of space smells like parafin and gasoline… » La chanson-titre a le dénuement et la touche d’Americana suffisante pour entrer dans les clichés du Nebraska. Les paroles sont, comme toujours, ce qui retourne le monde et semble nous le présenter dans le bon sens pour la première fois. Les synthétiseurs qui sont devenus la marque de fabrique de Field Report nous entrainent dans un flottement jusqu’à Michelle, une chanson encore plus ambitieuse, bâtie autour de quatre couplets qui ne laissent inexploré aucun recoin de la psyché. Porterfield est dans un élan qui produirait des tragédies quasi antiques s’il transposait son sens narratif au cinéma. Mais pour rester en termes musicaux, c’est comme si un Neil Young affecté version Tonight’s the Night chantait dans les ambiances de Harvest Moon.  C’est une poésie si concrète, presque agressive, qui se révèle après plusieurs écoutes, quand les moments apparemment moins valeureux deviennent terriblement attachants au-delà de leur seule élégance. Summons tient une note d’espoir et montre une tenue qui gravite autour de la résilience. « If you fall in love again while i’ve been away… » L’album, superbement construit, commençait, ou presque, par  “Le corps se souvient de ce que l‘esprit a l’oublié” pour se terminer, ou presque, par le retour à la maison d’un homme, qui, s’il n’est pas complètement palpable, est moins malade qu’il aurait pu l’être. 

FIELD REPORT - S./T. (2012)





OO
élégant, doux-amer, lyrique
Indie folk, songwriter

Chronique écrite dan le cadre d'un article à paraître dans Trip Tips 26. 

Il y a des gens dans la vie qui sont plus doués pour explorer les failles humaines, les fragilités, que pour vendre des appartements, travailler dans un commerce ou dans une société quelconque. Par humilité, ils décident d’étudier ce qu’ils connaissent le mieux : leur propre cas. Mais avec une petite astuce : quand tu vas t’adresser à eux, ils te parleront à la deuxième personne, comme si tout ce qu’ils ont traversé était applicable à toi. C’est le moyen qu’ils ont trouvé pour se vendre.

Christopher Porterfield s’attache à croire, et à nous persuader, que ce qu’il chante, c’est ce qu’éprouvent beaucoup d’hommes autour de lui, qui peuvent ainsi se reconnaître dans sa musique. Si c’est le cas, un artiste est vraiment aussi important qu’un médecin, et la musique remplace les médicaments pour arrêter de boire, ou ce genre de trucs. Il n’y a rien de maniéré chez Porterfield, mais c’est pourtant un gentleman. Un rejeton issu du même moule que Justin Vernon de Bon Iver ou Phil Cook de Megafaun, deux artistes indie folk qui ont remporté un grand succès depuis le milieu des années 2000, tandis que Porterfield continuait de jouer dans des endroits petits et vides et de faire les premières parties de ses acolytes. La différence de poids, (un poids sur le cœur, mélancolique), c’est que Porterfield mais l’accent sur les mots, sur la confidence plutôt que sur la musique. Il ne ressemble pas aux plus ornementé des groupes indie-folk : d’ailleurs, son ‘groupe’ change entièrement entre ce premier album et le suivant, Marigold (2014) qui réinvente le mythe d’Icare Californien comme Bill Callahan a réinventé le rider texan (Porterfield ne cache pas que son album favori entre tous, c’est A River Ain’t Too Much to Love (2005)).

C’est une musique très américaine, et pourtant, c’est cela d’une homme dans le dénuement de la marche plutôt que de celui qui fait des distances à cheval. Porterfield a pris sa vie en main à trente ans passés, saisissant selon lui le fait que le moment était arrivé de ‘sauter dans le train’, et il trouve immédiatement un équilibre exemplaire entre ce qui est personnel, ce à quoi on peut s’identifier, en tant qu’auditeur et rêveur, ce qui est général, et ce qui est précis, comme le souvenir de ce qui s’est passé la semaine dernière, mais transformé chose élégiaque. Pour le reste, le simple fait d’avoir fait de son projet l’anagramme de son propre nom en dit long. Il y a un peu de l’humour noir, aussi, de Bill Callahan, un artiste auquel Porterfield mérite vraiment d’être comparé, et c’est rare. Ses chansons sont faites pour vous mettre un peu mal à l’aise, mais la brillance mélodique qui vous gagne sur Intercommunicado ou Circle drive, au cœur de l’album, finit par vous conduire dans les endroits où vous avez toujours rêvé d’être. Là, dans son aspect le plus émotionnel (‘Someday we do the best we can’), il arrive qu’on pense aussi à Conor Oberst. Je ne sais pas pour ce dernier, mais Porterfield doit encore écluser une jeunesse complexe et en partie gâchée par la boisson et la solitude qui en découle.

Cette musique prend une dimension cinématographique sur Chico the American. Il décrit des psychés déphasées par la célébrité, plaque les avec une profonde assurance la poésie humaniste sur le surréalisme d’un rêve, jusqu’à évoquer plus largement tous ceux qui sont morts trop jeunes. L’un de ses héros, Jason Molina, en fait partie. Les instruments sonnent jusqu’à la fin dans une isolation quasi spectrale. La partie de synthétiseur qui parcourt tout l’album devient peu à peu inestimable. 

vendredi 11 juillet 2014

WILL KIMBROUGH - Sideshow Love (2014)





OO 
poignant, doux-amer, contemplatif 
americana, folk 

 Nous sommes quelque part au sud des Etats Unis, et Kimbrough mérite, s'il ne s'y trouve, de figurer sur la carte qu'Hayes Carll avait habitée de tous les singers-songwriters avec lesquels il aimait se retrouver. Le compositeur cinquantenaire a collaboré par le passé avec Rodney Crowell, Todd Snider et beaucoup d'autres que je connais moins. Des chansons épurées, brûlant lentement d'un feu intérieur, quand une ambiance de carnaval de perturbe pas le sérieux de l'affaire (sur la chanson titre). L'humour noir ne sera jamais très loin de la fragilité. Chaque phrase sonne à la perfection. De la grande chanson américaine, moderne, où la guitare slide est reine quand elle se fait entendre. Des rythmes blues, des valses, des chansons folk percutantes, des ballades, toutes des compositions poignantes qui rappellent l'esprit des années 1970 et Townes Van Zandt, Roy Harper (incroyable I Want Too Much, la version studio en tout cas) et d'autres grands noms... que je connais moins. I Can Count on You est une ballade saisissante. Alors, une perle rare ou pas ?

dimanche 15 juin 2014

THE FELICE BROTHERS - Favorite Waitress (2014)

 

 

 
 
 
O
Doux-amer, apaisé
americana

Un album  qui ne sort pas la grosse artillerie et ne se vend pas sous une pochette couverte d'anges ténébreux ou autres émanations issues des tourments de la création. Au centre des Felices Brothers (originaires de Woodstock, la bien célèbre ville de l'état de Ne York...) il n'y a désormais plus que 2 frères sur 3, mais la présence de fiddle (violon des rues), d'accordéon donne à l'ensemble, enregistré dans les conditions du live, un coté chaleureux qui perdure avec les écoutes. On le réécoutera d'abord pour les entraînantes Cherry Licorice et Lion. Leur capacité à raconter des histoires assez poétiques est intacte et si l'album manque de nuances à cause de leurs limites techniques, les ballades Constituents ("chasing monkeys throught the rings of hell") ou Alien, ou encore Saturday Night se posent de manière très pardonnables sur des accords de claviers un peu amers. La voix écorchée de James Felice est bien dans le ton. Les harmonies vocales, hasardeuses et 'authentiques', ajoutent une dernière toujours de charme à l'album d'un groupe plus ancien qu'on ne pourrait le croire. Cela fait presque 10 ans qu'on les voit enregistrer sans chercher à faire beaucoup de bruit.

Commentaire vu sur You Tube : "Who ever the guy with the violin is, fuck him!!!"
Le triste sort réservé au violon quand il est joué par un groupe de 'rock'.

dimanche 30 mars 2014

TOM BROSSEAU - Grass Punks (2014)










O
doux-amer, intimiste
folk, indie rock, songwriter


Tom Brosseau joue un folk qui a l'angularité de l'indie rock, et un indie qui a générosité de la

 soul. Ses racines bluegrass transparaissent merveilleusement à travers ses compositions 

concises,  précises et délicates, qui mettent en avant le moindre détail poétique.

C'est entre l'optimisme de Josh Ritter (Today is a Bright New Day), les vibrations de Jeff 

Buckley (Stuff on the Roof Again) et  les tonalités intimistes de Nick Drake (Green Shampoo).

 Il partage avec Pink Moon (1972), de ce dernier, une durée ramassée : 27 minutes.

En 2009, il a joué à Paris en compagnie des Bowerbirds et de Damien Jurado.

lundi 25 novembre 2013

LANTERNS ON THE LAKE - Until The Colours Run (2013)


 

 
 
contemplatif, doux-amer
Indie-rock, orchestral, pop
OO
 
“Quand on a commencé, je vivais comme un animal”, chante Hazel Wilde dans le deuxième album de ce groupe apparu en 2011. C’est dire leur pouvoir évocateur, leur exigence dans leur façon de connecter les ressentis de la vie réelle et l’art de concevoir des chansons.
« Pendant que nous enregistrions le disque, plusieurs de nos amis ont perdu leur emploi » commente Wilde pour expliquer l’adversité qui s’exprime dans les plages de rock orchestral voluptueuses de Until the Colors Run. Vu la situation financière et morale des membres du groupe au moment de l’enregistrement de ce disque, leur façon de combattre la morosité ambiante est au moins sincère, voire triomphante.
C’est comme si en signant avec le l’excellent label Bella Union, ils avaient fait le pacte de s’investir sans possibilité de retour à leurs carrières respectives, et en décidant d’enregistrer mieux : de faire vivre pour la postérité cette rencontre entre le piano, ou le violon, et la batterie, sur fond de guitare électrique, visiblement non plus jouée avec les doigts mais à l’archet, comme chez Sigur Ros. Alternant avec les moments de pure tendresse tells Green and Gold, il y a une urgence, montrant un groupe qui a trop à exprimer pour vouloir encore passer aperçu. Cette envie d’atteindre leur cible suscite une émotion vive et donne envie de prêter l’oreille, de plus en plus, au contenu des chansons écrites par Wilde. Ils semblent élargir leurs thèmes à la vie toute entière, tirant d’un monde où l’inspiration est en récession des explosions, des brûlures et surtout de la beauté.
Le groupe résiste, cherchant à englober le monde concret dans des hymnes aussi bruts qu’irréels, aussi lumineux que mélancoliques, euphoriques que statiques. Comme s’il ne fallait rien abandonner, Lanterns on the Lake parvient à recréer l’optimisme. La voix de Wilde ne laisse personne sombrer dans la mélancolie avant d’avoir éprouvé un plaisir intense.  On pense à Marissa Nadler.  
Comment s’est passé l’enregistrement ?
Nous nous sommes retrouvé dans un vieux hall d’école à Durham et nous nous sommes installés dans une petite auberge à côté, nous y sommes restés pour un mois, et nous avons enregistré les chansons tous ensemble, aussi « live » que possible. Nous voulions que ce disque soit plus naturel que le précédent (Gracious Tide, Take Me Home). Ce dernier album avait été enregistré chez nous, et nous l’avons conçu de façon assez fragmentée, en enregistrant nos quatre contributions séparément – seulement parce que, logistiquement, c’était impossible de nous aménager un espace pour le groupe au complet chez nous – et nous tentions aussi d’adapter le rythme de l’enregistrement à notre travail en dehors du groupe, faisant ce que nous pouvions quand nous le pouvions. Changer de méthode s’est avéré très bénéfique à la création, nous quatre jouant ensemble et enregistrant de cette manière. Nous avons ajouté quelques overdubs une fois rentrés, et Paul l’a mixé et l’a produit dans son appartement.
Interview traduite de http://www.leedsmusicscene.net/article/17964/
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...