“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

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samedi 5 mars 2016

RANGDA - The Heretic Bargain (2016)






OO
expérimental, intense, envoûtant
Noise rock, instrumental

Ben Chasny est l'un des des guitaristes en activité les plus distinctifs peut-être, tous genres confondus. Mais il ne faut pas sous estimer aussi l'apport de Richard Bishop, second guitariste plus rythmique issu lui aussi du phénoménal label Drag City (Ty Segall, Bonnie Prince Billy, Bill Callahan, et donc Six Organs of Admittance, l'emblématique projet solo qui propulse à chaque fois Chasny vers de nouveaux rivages furieux et oniriques). Défiant les modalités, les rythmiques, et le bon sens, The Heretic Bargain est un album ouvertement expérimental. La réussite de tient à la formule en trio, avec le batteur Chris Corsano capable de donner le change en rythmes circulaires, enchaînant avec fluidité les dynamiques explosives de To Melt the Moon, The Sin Eaters puis Spiro Agnew.

Les titres de ces chansons parlent d'eux mêmes, montrant qu'il s'agit d'une expérience à la fois horrifique et psychédélique. L'album devient vraiment grinçant et infréquentable avec les 8 minutes de Hard Times Befall the Door-to-Door Glass Salesman, une sorte de cauchemar qui troque le mysticisme fracassé mais surf rock pour un énigmatique marchand de sable, vendeur de miroirs dans le désert californien. C'est sans doute là et sur le solo dans Mondays Are Free at the Hermetic Museum, final de 19 minutes, que s'exprime le talent de Ben Chasny à nous affecter avec ses sons électriques si personnellement ouvragés. Ce dernier morceau est la raison d'être de cet album radical et intuitif, même si To Melt the Moon en reste le moment le plus immédiat.  

lundi 26 octobre 2015

JOANNA NEWSOM - Divers (2015)


OOO
lyrique, extravagant, audacieux
Alt-folk 

Divers, non pas comme le ‘divers français’, mais du verbe anglais to dive, draguer le fond de l’eau. Amusant quand sait que son label s’appelle Drag City, même s'il y a dans ce cas un peu des drag queens qui n’ont rien à voir avec la pratique commune au pêcheur de rivière et au chalutier. Les métaphores aquatiques de Newsom sont du type de l’incroyable mise en images de Bill Callahan dans Rock Bottom Riser. Pas sûr que ce rapprochement avec un album de son ex, A River Ain't too Much To Love (dans lequel elle a joué), lui plaise.

La nature semble être une énorme source d’inspiration pour Joanna Newsom, ou au moins les mots qui donnent à cet environnement ses atours pittoresques et pourtant graves. Au laconisme de Callahan (‘Oh my foolish heart/Had to go/Diving, diving/Into the murk…’) elle oppose un flot rythmé au cordeau de mots ornés, qui brisent les codes du songwriting habituel et lui permettent d’être la rare artiste commercialement viable, dix ans après la parution d’un livre sur la scène Acid Folk intemporelle (Seasons they Change), à mériter de figurer dans la section de l’ouvrage consacrée aux musiciens contemporains. Meg Baird et The Oh Hellos sont dignes d’y apparaitre, mais Newsom crée une musique aux frontières mouvantes, sans égale, au phrasé furieux, construite au détour de moments d’intimité, de petites saynètes baroques et des refrains – pour manque d’un meilleur mot – enchanteurs. Jamais elle ne fait de la pop, et c’est extraordinaire.

Elle n’a pas eu de tube, pas une maison de disques qui la pousse à sortir quelque chose à une échéance raisonnable, mais néanmoins ce doit être épineux d’être Joanna Newsom. Il faut se régénérer continuellement et prendre une forme qui n’est pas tout à fait la même pour surprendre des fans attentifs au détail. Elle réussit un album conceptuel qui n'a l'air au premier abord que d'une modeste collection de chansons en comparaison avec ses oeuvres passées. Elle saisit l’amour, son amour sans doute, et en fait une distorsion minime de la mort, tous deux suspendus dans le temps et interpénétrés l’un de l’autre. Elle contrecarre sa peur d’un amour seulement passager en lui donnant des airs d’éternité.

Ce qui l’empêche de sombrer dans le rituel et le sorcier, c’est sa capacité à évoquer tant de lieux, tant de rivages. En version dense, plus concise, mis travaillée avec autant de soin – on a successivement aux arrangements huit musiciens, partenaires de longue date, pour Divers est une nouvelle cartographie de la Californie, comme Have One on Me avant lui. On a une exploratrice des replis du temps, prête à aller au-devant de toutes les déceptions, envoyant des oiseaux en éclaireurs, les poussant à la fin à transcender la passion du monde en ouvrant le dialogue musical (et sensuel) avec les étoiles et tous les auditeurs pudiquement cachés derrière elles.

Palpables sont les cuivres, les cordes éternelles du célesta, du mellotron et du bouzouki, du piano Rhodes et de ces "cinq glorieuses secondes d’orgue Hammond", et puis la scie musicale ou le piano-accordéon. Ce cycle (comme l’album Song Cycle de Van Dyke Parks, son arrangeur ?) se termine sur un mot interrompu, pour commencer sur la fin de ce même mot. On a une partie centrale où les autres s’étirent, avant que l’album ne se rassemble sur deux dernières chansons parmi les meilleures Pin-Light Bent et Time, as a Symptom.

lundi 24 juin 2013

SCOUT NIBLETT - It's Up To Emma (2013)

 
OO
rugueux, sombre, intimiste
rock
Scout Niblett, qui s’appelle réellement Emma Louise Niblett, est l’auteure de plusieurs disques étonnants qui raffinent la même formule d’auto-congestion en caressant du doigt les grandes du rock auxquelles on ne cesse de la comparer, Cat Power et PJ Harvey. L’un d’entre eux s’appelle This Fool Can Die Now (2007), et montre Niblett sur un rocher, une sorte de rayon de la mort jaillissant de son œil pour aller aveugler la victime de son tourment féminin. Le suivant c‘est The Calcination of Scout Niblett (2010), et bien qu’il s’agisse de transformer le métal par l’action du feu, et si Niblett apparaît souriante (un chalumeau dans les mains) sur la pochette, elle nous a appris à ne pas prendre à la légère les désidératas pratiqués dans les huit-clos de ses chansons hautement subjectives.
Avec It’s Up to Emma, le champ d’action semble d’abord se focaliser pour de bon. Les prophéties et les supputations n’ouvrent apparemment la voie qu’à un seul objectif : rétablir la justice, avec la chanson Gun. « Je crois que je vais m’acheter un flingue/un de ces petits en argent/Et venir te chercher dans un jour de foule/tu ne verras rien venir de toute façon. » La résolution est implacable ; cette fois Niblett n’a plus de fêlure, croit t-on. On se rend rapidement compte que la justice mise en place est celle des fous, et que Niblett nous mène finalement là où nous pensions ne plus nous trouver avec cet album ; dans un monde qui contient plus de craintes et de fantasmes que d’actions concrètes, plus de désirs refoulés que de vengeances consommées.
Avec une voix dont le timbre assez aigu provoque un contraste intéressant et un style unique, Niblett crée avec force un personnage antipathique et troublant parce qu’il n’a pas le cran d’arriver à ses fins : elle n’achètera pas le flingue à la fin de l’album. Mais c’est aussi un personnage attachant quand il est capable de percevoir courageusement sa propre impuissance : « Qu’est-ce qu’on voit là/entre cet homme et cette femme/ne t’excite pas trop. » Elle a bien conscience que l’amour lui est étranger et veut en faire un outil de revanche, ne répétant idéalement que ces quelques mots tandis qu’une mélodie rampante ronge son frein sur une guitare électrique gutturale. Le résultat dépasse le contexte de l’album et donne une urgence et une sensualité supplémentaire à la musique de Niblett, en transformant soudain le ressenti en besoin inassouvi. C’est lorsqu’elle active pour de bon sa veine blues que le personnage qu’elle crée prend du mordant, et que la photo de pochette prend tout son sens. Certes, son homme la regarde d’un œil extérieur, peut-être calculateur, mais elle le dévore quand même un peu. Ce postulat n’est que le point de départ d’un riche tableau du sentiment amoureux.
Can’t Fool me Now est une sorte de cérémonie dans le contexte de l’album. Quand on comprend l’aspect pathétique du ‘personnage’ d’Emma joué par ‘Scout’ Niblett, le refrain de « Je voulais tellement être la seule pour toi/je ne voyais rien de la vérité/je me suis mentie trop longtemps » montre bien un désarroi divisé entre confusion et lucidité. Le fait de s’appliquer a elle-même le mot ‘fooled’ comme dans le titre de son précédent «This fool [cet idiot] can die now» laisse deviner que Niblett préfère désormais retourner contre ce personnage inspiré par elle-même les jugements d’inconséquence pour faire ressurgir ce que les apparences ne montrent pas. Dans Can’ Fool Me Now, les torts sont soigneusement partagés. Vis-à-vis de cette homme perdu, la posture est au rejet (voir la manière dont elle prononce ‘watching her shitty band’ au début de Gun) sans assumer pleinement ce rejet : sur Second Chance Dreams, qui se traduit nettement en ‘rêves de secondes chances », elle avoue qu’elle ‘s’excite encore’ à l’idée de retrouver l’homme qui l’a rejetée la première. Dans le début de l’album, entre le moment où elle laisse libre cours à son fantasme de vengeance et celui où elle va décider
a) de s’adresser directement à son objet de désir et
b) de ruser pour le faire revenir, My Man et Second Chance Dreams sont les chansons les plus touchantes. « J’aurais aimé en prendre la responsabilité pour nous deux/et j’ai essayé » chante t-elle dans une posture de martyr. Si l’album peut ressembler un enchaînement animal, instinctif et finalement intuitif de coups et de retraites successifs, les deux dernières chansons révèlent une nature plus conciliante, la force de l’émotion blues perçant dans la gorge de Niblett lorsqu’elle s’exclame baby ! baby ! baby ! alors qu’elle semble accepter enfin qu’elle puisse vivre séparément de cet homme. C’est comme si elle avait usé de toutes ses ressources et que l’épuisement était finalement le premier pas vers son retour à la raison.
Scout Niblett approche la musique avec la même originalité qu’elle aborde le chant et l’écriture ; n’utilisant parfois que la batterie pour s’accompagner, voire rien du tout. It’s Up to Emma est un album où la guitare, si reconnaissable, de Niblett prend dès la première seconde une place centrale, et pour cela c’est une œuvre parfaitement lisible. Cela aussi grâce à un trio de percussionnistes de Portland qui semblent l’encercler, la pousser dans ses retranchements et exacerber la joute sexuelle entre les deux protagonistes un peu comme le faisait la production de Steve Albini sur Rid of Me (1993) le disque le plus moite de PJ Harvey. 


mercredi 5 juin 2013

Morceau #16 - Scout Niblett (avec Will Oldham) Kiss



A l'occasion de la sortie de son nouvel album, It's Up To Emma (Drag City), une chanson tirée de This Fool Can Die Now (2007)

jeudi 30 août 2012

Bonnie 'Prince' Billy - Wolfroy Goes to Town (2011)




Bpb est à gauche sur la photo. Angel Olsen 2ème en partant de la droite.



Parution
octobre 2011
Label
Drag City
Genre
Folk alternatif
A écouter
No Match, New Whaling, Cows
OO
Qualités
sombre, poignant


Wolfroy Goes to Town ne sera le premier disque folk de personne, sous peine de les voir fuir à toutes jambes vers une musique plus entraînante. En revanche, il nous permet de rappeler aux amateurs de folk contemporain ce qu’ils recherchent : une grâce d’un autre âge, de petits instants de pureté harmonique, d’autres de lassitude palpable, parfois de lumière – de lumière, pas tant que cela sur Wolfroy Goes to Town, l’album le plus las et pénétrant de Bonnie Prince Billy depuis I See A Darkness (1999), le classique qui permit à cet auteur de chansons prolifique d’imposer ses propres règles. Un dieu personnel allait lui murmurer les prochains gestes qu’il devait effectuer, un dieu dont il pourrait révéler la nature dans ses chansons. Sur Time to Be Clear, « God isn’t listening, or else it’s too late ». Bonnie Prince Billy évoque souvent la sensation de perdre toute croyance, toute foi envers les institutions établies, et finit par se retrouver coude à coude avec son dieu, voire, dans un nouveau caprice, par ne faire qu’un avec lui. Sa versatilité, sa spontanéité suggèrent de façon répétée une folie païenne : folie présente chez Bonnie Billy, mais présentée par son versant le plus vulnérable, comme s’il existait dans la manipulation, dans l’égocentrisme, une forme de générosité. S’il ne vous raconte pas de telles histoires, d’autres le feront, bien plus agressivement, et le résultat ne sera pas à la hauteur de ce que peut donner la ferveur et l’amertume de Billy. Le folk chez lui, réside dans des textes rebelles (il existe plusieurs formes de rébellion) et pleins de fêlures qui négligent la vraie religion pour n’instaurer en forme de culte que les histoires désolées de personnages de fiction. Avec une adresse et une économie rare, Bonnie Billy utilise ce concept de dieu en le retournant à son avantage : « Ce qui est habituellement appelé religion est ce que j’appellerai moi-même musique ; je pense que les disques et la musique sont plus respectueux et appropriés pour l’âme humaine que ne le sont les églises ».


Wolfroy goes To Town n’est pas sa profession de foi, plutôt l’album d’un artiste qui a donnée celle-ci il y a de nombreuses années. Pendant 20 ans, il a créé son propre gospel, réussissant souvent des chansons qui pourraient être nées dans les années 20. Sa musique est attachée à la country de sa terre du Kentucky, mais ne cesse de se transformer, incorporant des éléments de blues et de rock. Et de folk, que Bonnie Billy ne pouvait tenter de sublimer sans utiliser de contrepoint à sa voix fragile. Il le maitrise à la perfection ; le choix d’inviter Angel Olsen (Halfway Home, son deuxième album, doit sortir en septembre 2012) à chanter sur tous les morceaux contribue aux meilleurs moments de l’album. Contrairement à d’autres chanteuses qui ont participé aux disques de Billy par le passé, elle œuvre dans la même veine de type ‘country fragile’ que lui, dans des morceaux qu’un caractère trop affirmé reverseraient.


No Match aurait suffi à rentre Wolfroy Goes to Town (même si Bonnie Billy est en train de réinvestir, de plus en plus souvent, les personnages de son propre imaginaire, inutile de rechercher qui est ce Wolfroy) viable. Comme sur les meilleurs disques, cette chanson gagne en résonnance à chaque écoute, au fur et à mesure que chaque autre chanson s’apparente d’une façon ou d’une autre avec la première. No Whaling et Time to be Clear permettent de confirmer que les interventions d’Olsen, leur donnent une touche envoûtante. Que les harmonies chatoyantes, bien qu’infiniment tristes, de No Match soient immédiatement séduisantes n’est pas vraiment étonnant ; Bonnie Billy y profite du talent de musiciens qu’il a appris à utiliser avec de plus en plus de finesse depuis que Mark Nevers (de Lambchop) lui a ouvert les yeux sur l’intérêt d’affiner sa palette musicale avec Master and Everyone (2003). Black Captain, cependant, c’est autre chose ; la chanson est ostensiblement sous-jouée, presque non jouée, et bien que son format épique réserve quelques surprises – toujours par la grâce de la bien nommée Angel Olsen – il faudra s’y reprendre à deux fois avant d’en extraire son content d’humilité et de noblesse. Ecoutées ensuite, Cows et There Will Be Spring seront facilement sous-estimées ; pourtant, si l’on prend la première, avec ses notes qui touchent à Nick Drake, son final en solo de guitare par le brillant Emmet Kelly et son chœur intime et hanté, est une réjouissance. Quail and Dumplings élève la tension et place haut les cœurs bafoués, avant que le disque ne se termine dans un fier misérabilisme avec We Are Unhappy.


Bien qu’il ressemble parfois à I See A Darkness, Wolfroy Goes to Town pourrait aussi bien en être à l’opposé. Avec une once d’ésotérisme, il réclame une simple prise de conscience de notre force commune, plutôt que de n’adresser qu’un dieu perverti et isolé et de s’arrêter à l’égoïsme. « Je pense que j’ai une connexion profonde dans ma musique récente que je n’avais pas les moyens d’adresser auparavant. Je sais au fond de moi que je ne suis pas seul ; chacun d’entre nous se sent seul parfois mais nous devons savoir que nous ne le sommes pas. Et plutôt que de donner la responsabilité de nous assurer que nous ne sommes pas seuls aux mains incapables de la religion organisée, faisons-le nous même en recherchant les connections. » Cette générosité rejaillit dans l’album, dans lequel, au cœur d’un monde étrange dont les frontières ne cessent de s’élargir, s’est installée une familiarité rassurante. Maintenant, pour découvrir Bonnie Prince Billy, mieux vaut commencer par écouter Lie Down in The Light (2008), sans doute son album le plus accessible, et sur l’expérience duquel il a construit celui-ci.




mercredi 29 août 2012

Bonnie 'Prince' Billy - Lie Down in the Light (2008)






Parution
mai 2008
LabelDrag City
GenreFolk
A écouterEasy Do It, You Want That Picture, What's Missing is
O
Qualitésdoux-amer, élégant

Chronique à suivre

samedi 21 mai 2011

Smog - Wild Love (1995)


Parution : mars 1995
Label : Drag City
Genre : Lo-fi
A écouter : Bathysphere, It's Rough, Prince Alone in the Studio, Chosen One

8/10
Qualités : sombre, fait main, inquiétant, vibrant

Julius Caesar (1993) et Wild Love (1995) laissent penser que le Smog des débuts a été apprécié pour des raisons différentes de celles qui ont porté Callahan de plus en plus à jour, dans le monde entier, jusqu’à aujourd’hui. Même s’il reste relativement peu connu, il l’est par un public raffiné, le profil typique observé en concert étant cette espèce de trentenaires épanouis et à la culture musicale peaufinée. 1993 était une époque où le gros de sa clientèle se constituait d’adolescents américains marginaux. Rien d’étonnant pour un jeune Callahan dont les collages chaotiques et sales étaient inspirés de Jandek, expérimentateur sud-américain typique aux quarante albums et à peu près autant d’auditeurs. La défiance originelle de Smog était en ligne directe avec les frustrations d'une génération locale, friande de ces travaux à la maison faits de trois fois rien qui se mettaient depuis quelque temps à susciter l’espoir et le rêve par procuration de sensations vertigineuses. Cependant, Callahan démontra tout de suite qu’il pensait en termes abstraits et qu’il ne tenait pas les rêves de gloire, fut-telle modeste et alternative au modèle dominant, en très haute estime. Il n’avait pas vraiment vocation à devenir un artiste générationnel, probablement pas la vocation à être entendu au-delà d’un cercle très réduit.
Avec Sewn to the Sky et les fameuses cassettes (ce support fabuleux de gamins solitaires et tourmentés dans les années 90) encore antérieures qui sont plus ou moins tombées dans l’oubli, Forgotten Foundation, voire Macrame Gunplay, on avait l’impression non pas d’assister aux bases d’un certain art d’écriture qui pourrait éclore, mais à une sorte de préhistoire artificielle, un état antérieur à toute forme de complaisance et à tout univers où les guitares seraient accordées et les morceaux pourvus de structures distinctes, et destiné à rester antérieur pour toujours. D’autres faisaient tant bien que mal de la musique ; Callahan bricolait des sons pour accompagner ses histoires hantées, à tel point qu’il paraissait difficile alors de lui attribuer des influences cohérences et de deviner dans quelles directions il irait par la suite. Julius Caesar contient, pour la première fois, quelques vraies chansons ; on peut par moments partager l’intuition qui a créé ce disque. Le petit piège, c’est que lorsque Smog gagne en évidence c’est pour donner dans le minimalisme insensé, entre « I am Star Wars today/I’m no longer english grey », ou pour révéler son penchant pessimiste. Dans ce dernier sillon, Chosen One brille, inexplicablement baignée d’un halo rassurant. La chanson sera reprise par les Flaming Lips.  

En 1993, le manque de rapport au monde de Smog ne le desservit pas ; c’est même ce qui conduisait les premiers découvreurs à l’écouter en boucle, à en faire, bien plus que nous aujourd’hui, une obsession. C’est invraisemblable que l’on soit encore autant marqués par son insistance malsaine sur Your Wedding : « I’m gonna be drunk/so drunk at your wedding », une chanson qui fit couler de l’encre. Callahan fascinait parce qu’il était un garçon étrange, empli d’une énorme quantité de défiance, d’individualisme. En l’appréciant, on se sentait plus sérieux en musique que ceux qui ne juraient que par Lou Barlow ou Stephen Malkmus, tous deux commençant à s’user au milieu des années 1990. Mais qui pourtant, sur la foi de ces deux premiers véritables albums, aurait pu prévoir la belle carrière promise à Bill Callahan ? Ses auditeurs s’en moquaient : ils y venaient pour l’entendre s’infliger des douleurs inédites, descendant un à un les échelons d’une morbidité sincère. Les choses prirent mieux forme avec Wild Love, et on se rendit compte que le Callahan possédait un vrai talent d’auteur. Bathysphere reste l’une de ces chansons les plus autobiographiques, et toujours interprétée en concert aujourd’hui. Elle a de façon évidente une signification singulière à ses yeux. Elle indique le moment ou il s’est émancipé, d’un artisanat visant à transgresser les codes à une verve capable de donner un véritable sens à sa musique, de sublimer ses qualités limitées de musicien, de marquer un point de départ pour les années à venir.

La bathysphère, c’est cet ancêtre du sous marin, une cellule non autonome destinée à s’aventurer dans les profondeurs, ne laissant la place que pour une seule personne, et commandée depuis la surface par un câble. « Quand j’avais sept ans », raconte Callahan dans la chanson, « je voulais vivre dans une bathysphère ». Le plus fort de cette chanson n’est pas la fascination pour cette isolation immergée, qui participe à une esthétique assez conventionnelle de la part de Smog – de ces évocations qui instillent une sensation de désolation romantique – mais la façon subtile qu’il a de faire allusion au rôle destructeur et constructif à la fois, de ses parents. « Quand j’avais sept ans/mon père m’a dit que je ne pouvais pas nager/et je n’ai jamais plus pensé à la mer ». Est racontée en trois vers toute l’histoire de nos concessions à autrui ; malgré notre défiance, nous savons que leur injonctions, toujours plus réalistes que nos envies, nous épargneront les travers de la solitude, et qu’elles auront globalement une influence positive sur notre vie.  

Wild Love, produit pour la première fois avec Jim o’Rourke, montrait l’habileté de l’auteur de chansons à placer ces messages lyriques dans des vignettes éclectiques sans qu’ils paraissent déplacés ; les arrangements, genre de noblesse issue des collages des débuts et encore en gestation, sont la clef du disque. La délicatesse frêle de The Candle est rendue par une guitare en picking et des cordes féériques. « Je rassemble ces esquilles pour faire un radeau un jour » chante Callahan. Juste après, sur Be Hit, l’instrumentation grossière reflète un texte fielleux : « Toutes les filles que j’ai jamais aimées voulaient être frappées/Et toutes ces filles m’ont quitté parce que je ne l’ai pas fait. »  It’s Rough est l’un des morceaux qui ont défini toute l’œuvre de Callahan, qui ont indiqué la voie à suivre, le capturant à son plus mélancolique. Trois guitares entrelacées, des cordes qui ronronnent et une boîte à rythmes emportent l’auditeur dans un voyage de cinq minutes, aussi enivrant qu’il est glauque, culminant avec l’assertion « It’s hard/baby to survive », mais aussi  « Mon meilleur ami/Prit une balle dans l’œil/Maintenant il a un œil de verre/il dit qu’il aimerait parfois/que ses deux yeux soient en verre. » Plus loin, Sleepy Joe est de cette espèce de rockabillies étranges que Callahan utilisera avec parcimonie dans ses albums suivants. Ici, il décrit un personnage en état d’hibernation.

lundi 16 mai 2011

Smog - Dong of Sevotion (2000)

Parution : avril 2000
Label : Drag City
Genre : Folk-rock
A écouter : Dress Sexy at my Funeral, Bloodflow, Permanent Smile

°°
Qualités : Doux-amer, romantique
Dongs of Sevotion (2000) paraît seulement un an après Knock Knock, mais s’en démarque assez nettement. A force de traque distancée, de mouvements d’attraction, de recul, et de pas latéraux silencieux, Callahan donne là la sensation d’être omniprésent ; s’il avait avec son précédent disque tenté de réduire l’aspect menaçant et invasif de Smog pour mettre en valeur sa propre sensibilité et humanité - sur River Guard notamment -, il gagne ici une aura quasi-divine (divinité sournoise s’il en est), plus que jamais capable de décider de la vie et de la mort là où il veut les placer. Cette distance et relative froideur est compensée par un sens dramatique qui lui le met dans la situation d’une sorte de Hamlet – posant des énigmes dont il est le seul à comprendre les tenants, mais dont les aboutissants sont on ne peut plus clairs. Toujours un personnage à l’intérieur de l’histoire plutôt qu’un conteur qui se maintiendrait soigneusement à l’écart de ses personnages. Par des travers de poésie Shakespearienne, l’histoire elle-même fait partie d’une chaîne alimentaire « There are some terrible gossips in this town/With jaws like vices » (« Il y a de terrible rumeurs dans cette ville/avec des mâchoires comme des étaux »). Vices est un mot de l’anglais britannique.

Au contact des scènes qu’il suscite, il semble capable d’inverser lourdeur du drame et légèreté d’une passion sans conséquence. Dress Sexy at my Funeral est l’une des chansons les plus mémorables de Smog, pour la fraîcheur de son texte plutôt que pour la musique – qui est dans ce que Callahan fait de plus influencé par Lou Reed. Elle fascine avec cette façon si particulière qu’elle a de trahir (il s’agit toujours avec Smog de trahir, de visiter sans y être invité, d’influencer par pénétration) l’amertume du personnage. « Dress sexy at my funeral my good wife/For the first time in your life » (“Habilles-toi sexy à mon enterrement, ma chère femme/pour la première fois de ta vie”). L’intérêt semble n’être pas tant le jeu de filature qui se met en place dans la vie telle qu’il la dépeint en général, mais les ambiances policières, politiques, de la mort. Ou comment une impasse narrative – démarrer une chanson depuis le cercueil – peut se transformer en célébration de tout l’humour qu’il y a à vivre – par un beau jeu de ressort. Callahan incite sa triste veuve à convoler dès ses funérailles. « Wink at the minister/Blow kisses to my grieving brothers” (“Fais de l’oeil au ministre/souffle des baisers à mes frères chagrinés”). Et, pour porter plus loin un élan de l’existence qui ne saurait être étouffé par la mort, « Tell them about the time we did it/On the beach with fireworks above us” (“Raconte-leur la fois ou on l’a fait/sur la plage avec les feux d’artifices au-dessus de nous »).

Dongs of Sevotion (pour « Songs of Devotion »), ce n’est pas un jeu de mots innocent mais une façon d’annoncer que l’on va tout mélanger, valorisant une démarche gauche et erratique. Calahan exprime à la fois son attirance et son rejet pour la vie qui l’entoure, et explore les relations à la société d’un individu adaptable, inconstant. Il faut aussi, d’un point de vue strictement artistique, continuer de « nourrir » l’engeance Smog ; et Callahan continue de transformer la férocité de son alter-égo en crainte de nuire, « d’émietter des gens » dans sa main. « All these moments have passed through me/I have turned them all to waste” (“Tous ces moments qui sont passés à travers moi/je les ai gâchés ») déplore t-il sur Distance comme s’il était trop maladroit pour préserver les belles choses qui se présentent à lui. Il est romantique jusque dans sa cruauté. « Without her clothes/She looked like a leper in the snow/I left her in the snow without her clothes”“Sans ses vêtements/elle ressemblait à un lépreux dans la neige/Je l’ai laissée dans la neige sans ses vêtements ». Plus léger sans être moins terrible, Bloodflow peint le tableau d’une violence sudiste, avec une rime d’anthologie en surcouche : « No time for a tete-a-tete/Can I borrow your machete? » (« Pas de temps pour un tête-à-tête/Puis-je emprunter ta machette ? ») et encore : « Blood will spill and blood will spurt/Enemies keep the mind alert » (« Le sang va se répandre et le sang va jaillir/Les ennemis entretiennent l’esprit »).

Avec ses chants de cheerleaders, Bloodflow est de cette douce excentricité qui baigne tout un pan de Callahan plus ancré dans un réel très américain (et montre aussi ses qualités d’arrangeur à la recherche du détail qui tue), une parcelle de subconscient collectif  – de I Am Star Wars ! (sur Julius Waesar, 1993) à America ! (2011).  Dong of Sevotion est richement détaillé et produit, plus qu’aucun autre disque de Smog, avec ses chansons qui avoisinent les sept ou huit minutes, et c’est l’élégance de l’ombre de géant fragile de Callahan qui triomphe sur les tendances fauves dénoncées dans certains vers.

mardi 10 mai 2011

Smog - The Doctor Came at Dawn (1996)


Parution : septembre 1996
Label : Drag City
Genre : Lo-fi, Folk
A écouter : You Moved In, Lize, All Your Women Things

7.75/10
Qualités : lucide, sombre, envoûtant, pénétrant


The Doctor Came At Dawn est un disque à part dans la carrière de Callahan, et mérite d’être écouté en tant qu’« expérience » sentimentale et intuitive définitive. Complètement épanoui, le sentiment est presque palpable ; il est sensation, l’impression de se trouver plongé dans les eaux au large d’une île – cette île favorite où Smog voudrait que personne ne le suive - où l’on aperçoit Callahan apparaître, parfois, sur la plage, nous jauger gravement, prononcer lentement des mots, d’une voix qui se perd dans les bruits du ressac et sans que l’on sache réellement quel rôle il a joué dans la façon dont nous sommes plongés là. Il semble plus subtilement qu’auparavant possédé par son alter égo. La torpeur de sa musique soigne autant qu’elle consume. On observe Callahan-Smog qui plonge,  sonde la mer tandis que l’on flotte, transis. Cette superbe caravelle sur la pochette, c’est le cortège de l’amour qui défile au loin, si ralenti qu’il s’expose à toute contemplation. Il continue sa route sans nous voir, attendant simplement d’être regardé à distance par tous ceux qui percent hors de l’eau et ne savent pas où ils se trouvent.


Julius Caesar et Wild Love étaient l’occasion de faire preuve d’une inventivité sonore fracassante, avec le manque de moyens et la volonté de dérouter l’auditeur sans arrêt comme leviers. The Doctor Came at Dawn est d’un seul tenant (ou presque) ; la lenteur qu’il décrit est à la fois tristesse et agonie de jeunes couples et félicité dans la découverte d’un nouveau romantisme dont Callahan tire des forces décuplées, et qui culminera sur Red Apple Falls, l’album à suivre. Callahan y déplace sa volonté de manœuvre vers plus de subtilité. « You go with the other men/ I beat myself to sleep » (« Va avec l’autre homme/je m’oblige à dormir »)  explorant un stade des relations amoureuses où tous les tours  semble déjà usés, nous projetant dans l’après ; et, malgré toute la sombre aura de Doctor Came at Dawn, cet état post-amoureux (post-coïtal ?) est proche de la béatitude, c’est un grand frisson. Même dans ces moments les plus terribles : « You don't make lies/Like you used to/ In the old days/You took pride in your lies/You used to pay more attention/To détails » (« Tu ne fais plus de mensonges/comme tu en avais l’habitude/dans les vieux jours/Tu tirais de la fierté de tes mensonges/Tu faisais plus attention/aux détails. » Ces paroles sont tirées de Lize, une chanson hypnotique interprétée en duo avec sa compagne et muse d’un temps, Cynthia Dall, elle-même talentueuse musicienne. Leur unisson produit une réalité de vie dont le disque s’est par ailleurs éloigné au profit de méditations vertigineuses.



Au centre du disque, c’est ce regard doux-amer sur le passé, une nostalgie des vicissitudes de relations juvéniles.  Callahan, emporté par Smog, dominé par une seconde nature, est capable d’une lucidité sans limites.


Malgré l’avancement de la dégradation de tous rapports humains, Smog n’oublie pas l’époque où tout était différent, où les relations se multipliaient, et n’exclut pas de retourner à tout moment à cet état antérieur de sa progression. « It’s been seven years and the though of you name still makes me weak at the knees » (« Ca fait sept ans et la seule pensée de ton nom me dérobe de mes jambes »). La thématique récurrente n’est pas seulement celle de l’eau, comme dans la poésie de Spread Your Blooby Wings : « Briney waters singe their skins/Icy waves drive them back again/Helmets oars and Swords/Are washed upon the shore » mais c’est la fascination pour les limites, ou l’absence de limites, d’un océan entier, avec la ligne d’horizon, et sa légère courbe, comme seul signe de faire encore partie d’une civilisation, d’un monde ou tant d’être humains, tant de relations, tant de femmes peuvent susciter une envie de lucidité. La musique étirée, étrange, cinématique dans les meilleures chansons – All Your Women Things, Lize, Spread Your Bloody Wings, baigne les personnages, s’immisce en eux comme un fluide, souligne leur enveloppe sensuelle, nous donne la sensation qu’ils partagent notre air, ou notre eau, lorsqu’ils apparaissent. « You just danced to the symphony/Of the musical sound of/Your ever expanding sea ». 

samedi 7 mai 2011

{archive} Smog - Knock Knock (1999)



Parution : Janvier 1999
Label : Drag City
Genre : Lo-fi, Folk-rock
Producteur : Jim o’Rourke
A écouter : River Guard, Cold Blooded Old Times, Teenage Spaceship

°°°
Qualités : doux-amer, lucide, contemplatif, élégant

Une chorale d’enfants sur un album de Smog ! Rien de tel que quelque bambins pour apporter un peu de sang neuf au projet de Callahan. Pas si étonnant, finalement, lorsqu’on se souvient de ce que Lou Reed a fait subir à des enfants sur son chef d’oeuvre de 1973, Berlin. Et, plus que jamais, Callahan semble instruit du rock rustique de Reed, sur Cold Blooded Old Times ou Hit the Ground Running. Après The Doctor Came at Dawn (1996) et Red Apple Falls (1997), il était évident, au vu des nouvelles ambitions du chanteur, et la façon dont elles se justifiaient (magnifiquement), que Smog allait durer. C’était partir pour être l’aventure d’une vie. Callahan allait pour cela commencer à décliner subtilement les humeurs ; impossible, en effet, de demeurer bien longtemps dans l’atmosphère plombée de The Doctor Came at Dawn, même s’il constituait en soi une petite libération, en termes de maturité, par rapport à ses précédents travaux.

Callahan apprenait à ne pas faillir, à garder patiemment cet air sérieux, mais non prétentieux, palpable dans l’air l’environnant. Il faisait preuve d’une honnêteté exacerbée, trouvant peu à peu entre la musique et les textes la connexion nécessaire, effectuant des révérences sensibles et romantiques. « All your hardness/All your softness/And your mercy » (« Toute ta  dureté/et ta douceur//et ta merci ») sur All Your Women Things, une chanson sublime, entre fétichisme et nostalgie. « And I made a dolly/ Out of your frilly things » (« Et j’ai fait une poupée/De tous tes falbalas ») « Why couldn't I have loved you/This tenderly/When you were here/In the flesh » (« Pourquoi n’ai-je pas pu t’aimer/aussi tendrement/quand tu étais là/en chair et en os»).  En même temps, il confirmait qu’il ne faut pas prendre les « je » errant au gré de ses chansons comme forcément liés à lui-même. Il s’agit d’histoires, et dans les histoires la part de vérité est toujours à la discrétion de celui qui les conte. D’ailleurs, ces personnages à la première personne ne donnent t-ils pas l’impression, fréquemment, de nous tourner le dos ? 

Knock Knock est moins nostalgique et intimiste, ce qui ne signifie pas qu’il soit moins personnel ; l’expérience passe davantage au travers d’extérieurs, s’attache à sublimer des visions poétiques pour en faire matière strictement propre à Callahan. Ce qui le différencie toujours d’autres auteurs de chansons, c’est le manque de distance par rapport à son sujet ; même son ironie participe à l’impression, dramatique pour l’auditeur, de se sentir accaparé, transporté dans un endroit, où l’on s’attache à des détails. Comment la vie qu’il capte tout autour peut provoquer une tempête et la violence du ciel dans un dimension à la fois très proche et contraire, une fraction de temps et d’espace perceptible, qu’il choisit de ne jamais rencontrer. Callahan fait définitivement une musique douce, même lorsqu’il s’agit de rock n’ roll, de guitares saturées, il atteint rapidement une douce intensité, constante et mesurée. Mais dans cette limite quasi stratosphérique il y a la faculté d’une respiration ; ainsi cette myriade de détails de vie sont autant de défis adressés au destin. « Watching the wind rip the leaves of the trees/Death defying/Every breath/Death defying” (“Regardant le vent déchirer les feuilles des arbres/Défiant la mort/Chaque respiration/défiant la mort”). 

La plus belle chanson de l’album, dont son tirés ces vers, est sans doute River Guard ; ses accords simples ont une résonance particulière et ses paroles embrassent une sensibilité non pour une personne (féminine, comme c’est le cas le plus souvent) mais pour un groupe de prisonniers en train de nager dans une rivière. Une vision d’autant plus touchante que Callahan est celui qui veille sur eux, et a quelque responsabilité dans leur privation de libertés. « When I take the prisoners swimming/They have the time of their lives/I love to watch them floating » (« Quand j’amène les prisonniers nager/C’est le moment de leur vie/J’aime les regarder flotter »). Il a beau détourner le regard, sa conscience est en éveil, le questionne : pourquoi est-ce que je les empêche d’être libres ? Il médite sur ces mots : « We are constantly on trial/It's a way to be free » (« Nous sommes toujours à l’essai/C’est une façon d’être libres »). Son combat de conscience est quasiment la preuve de son libre-arbitre. Sa voix grave et calme reflète parfaitement le ton réflexif du texte. 

Sur ce disque, il fait une trêve d’avec ses mauvaises vibrations, ses supposées préconceptions misanthropes, tente de capter la nonchalance environnante. Il revient (toujours?) à l’état de nature, seule façon de faire cette transition sans affectation. Sur Held : « For the first time in my life/I let myself be held/Like a big old baby/I surrender/To your charity” (“Pour la première fois de ma vie/je me suis laissé bercer/comme un bon vieux bébé/je me suis rendu/à ta charité”) « I am moving away /From within the reach of me” (“Je me libère/de ma propre portée”). Ce qui importe, ce n’est pas tant ce qu’il a perdu mais les perspectives à venir. Son ressentiment est mieux maîtrisé. « I'm left only with love for you/You did what was right to do/And i hope you find your husband/And a father to your children” (“Je reste seul avec mon amour pour toi/Tu as fait ce qu’il fallait faire/J’espère que tu vas trouver un mari/Et un père pour tes enfants”). Il peut aussi lire dans ses souvenirs et y trouver la clarté et le ressort qu’il lui manquait. Avec une légère incrédulité du simple fait d’en être capable.  Sur Cold Blooded Old Times : « Now how can I stand/and laugh with the man/Who redefined your body” (“Maintenant comment puis-je  être là/Et rire avec l’homme/qui m’a transformé dans ma chair”). C’est aussi, à travers l’histoire d’un traumatisme familial, manière de signifier que l’entourage d’une personne est plus à même de la blesser, à long terme, que de lui apporter la sérénité. Et avec Callahan, tout ou presque s’inscrit dans le long terme, prend du temps, se développe dans la douleur contemplative.  

jeudi 5 mai 2011

Smog - Rain on Lens (2001)



Parution : septembre 2001
Label : Drag City
Genre : Folk-rock
A écouter : Live as someone was Always Watching You, Keep some Steady Friends Around

7.25/10
Qualités : sombre, audacieux

Bill Callahan a parfois été qualifié de misanthrope. Plus que jamais auparavant, Rain on Lens explique cela. L’auteur de chansons s’amuse même à imaginer que les dommages collatéraux à son dédain puissent toucher au-delà des êtres humains, avec cette sur-conscience qui met à contribution toutes les choses qui l’environnent. Ainsi, quand on lui demande pour quelle audience il écrit, il répond : « je n’ai pas limité mon audience aux humains ». Son détachement de ses contemporains pour les observer du point de vue des sentiments les plus flous, s’explique en partie par son manque d’attache à des lieux particuliers ; outre son enfance passée en partie en Angleterre, il a en effet qualifié de « chez-soi » la Géorgie, Sacramento, San Francisco, New York, la Caroline du Sud, Chicago, sans jamais, dirait t-on, se sentir davantage que comme un étranger que la suspicion des autres a rendu suspicieux lui-même. Ou peut-être cette allégation ne concerne que Smog, Bill Callahan vivant depuis plusieurs années à Austin, Texas, et ne manquant plus de reconnaître les influences de sa jeunesse, telle la scène hardcore de l’état de Washington dans les années 80. Si Callahan a effectivement des sentiments, Smog ne se considère jamais comme le produit de son environnement, et peut en paraître dénué. Si l’on prend A River Ain’t Too Much To Love (2005) puis Rain on Lens, on trouve le contraste entre les thèmes naturels qu’il reconnaît comme son ADN et le regard désolé, détaché, porté sur l’extérieur. Ce contraste aide à définir Callahan comme un amoureux de l’indéfini ; c’est un pensif. 
La majorité des gens tirent leurs réflexions de l’existence, progressent par la stimulation du monde extérieur  -  d’autres vivent sous la surface, observent la vie avec méfiance, questionnent sans cesse le sens, ou le manque de sens, de chaque situation qui se présente, et chaque reconsidération les fait repartir d’un endroit antérieur. Bill Callahan fait partie de ceux-là, et Rain on Lens est l’un de ces endroits antérieurs, un coin de repli pour éventuellement produire du sens, ou bien rien. Il a le mérite de prendre le risque, de réduire son expression à quelques principes minimalistes. Il parle même d’un processus à reculons : « Je perçois mes albums dans leur état futur, puis je travaille en quelque sorte à l’envers pour créer cette chose à laquelle j’ai déjà donné vie dans ma vision. » Rain on Lens semble régresser, parmi les acquis de Callahan, ou de Smog, il n’en présente qu’une bribe lunaire. Il a raclé jusqu’à ne laisser que l’aspect le moins réconfortant, et des histoires fascinantes dans leur dénuement. Les personnages de ces fictions semblent frémir d’hésitation quant à la raison de leur existence.  Une chanson, et ils disparaissaient. Rain on Lens n’est qu’à propos du sens que l’on veut bien donner à des observations qui moquent toute sincérité. Lorsqu’on l’interroge quand au degré d’autobiographie dans ses chansons, Callahan répond : « C’est genre… zéro degré ». Rien de ce qu’il raconte dans ses chansons n’est donc  jamais arrivé ? « Je pense que tout se passe simultanément ». « C’est comme si rien n’était vrai pendant plus de quelques secondes. Mais j’essaie de rester hors de ça autant que possible. Ainsi, il y a cette chanteuse country lesbienne, Melissa Etheridge, qui a cessé d’être avec sa petite amie, et j’ai vu une publicité pour son nouvel album et sa tournée qui disait : ‘Live… and alone’. Ca semble être du rabais que de créer la sympathie sur le dos de votre vie privée.  Il devrait y avoir quelque chose de plus universel. » Sur Rain on Lens, il abandonne les derniers charmes que produisaient ses anciennes confessions, au risque de faire perdre toute signification à son travail. 


Rain on Lens balance entre personnages antipathiques et caricaturaux et platitudes trompeuses ; la musique est lancinante, effrénée, comme si Callahan traversait une mauvaise passe et qu’il était pressé d’en réchapper. Sa mauvaise foi, son insécurité réussissent à habiter ses personnages. La femme abandonnée dans la nuit est une « petite espionne ensommeillée », qui le surveille d’un œil, dans Lazy Rain. Sur Dirty Pants, c’est un vas-nu-pieds : « And so I dance in dirty pants/A drink in my hand/No shirt and broken tooth/Barefoot and beaming » (“Et je danse dans mes pantalons sales/une bouteille à la main/pas de veste et les dents cassées/pieds nus et rayonnant ». Ailleurs, un être possessif, paranoïaque et machiste, qui fuit les invités de la femme qu’il convoite, après les avoir commodément transformés en liste d’ennemis : « I put my hand on your knee/And say to your left you will see/Some more of our enemies » (« Je mets une main sur ton genou/et dis qu’à ta gauche tu va voir/Un peu plus de nos ennemis ». L’opacité du personnage incarné par Callahan oblige sans doute les autres apparitions de ses chansons à redoubler d’efforts, de patience et de gentillesse, apparaissant comme de quasi-saints. Contrairement à son affirmation concernant le « zéro degré », Callahan pourrait bien se trouver impliqué dans Keep Some Steady Friends Around et Live As If Someone Is Watching You. Sur cette dernière, il peut coller l’une de ces sensations qui font toujours triompher le vrai à la fin : « C’est à propos du sentiment intérieur d’avoir une double conscience. Vous ne pouvez jamais rien faire sans y penser – il y a toujours l’action, et quelque chose à l’intérieur qui regarde, qui analyse ce que vous venez de faire. C’est comme si vous aviez votre propre société, vous êtes jugé par la société à l’intérieur de vous-même. Si vous vivez seul, vous avez tendance à ne pas vous laver […] – vous avez besoin de quelqu’un qui vous regarde, que ce soit de l’intérieur ou une personne réelle. »

mardi 26 avril 2011

Smog - A River Ain't Too Much To Love (2)


Parution : 31 mai 2005  
Label : Drag City
Genre : Folk
Producteur : Autoproduit
A écouter : Say Valley Maker, Rock Bottom Riser, Let me See the Colts



Note : 8/10
Qualités : poignant, Doux-amer

Au bout de l’aventure Smog, Bill Callahan peut se targuer de n’avoir jamais été direct en étant toujours resté spontané. Son dernier disque sous son patronyme désormais accessoire poursuit vers plus de clarté et de clairvoyance, en se débarrassant de la « pornographie » de son passé, comme il le dit dans un Running the Loping aussi affectueux qu’il est amer. Affectueux car son amour des choses qu’il décrit est grand.

I’m New Here est le constat d’une révolution personnelle ; le narrateur a fait sur lui-même un tour complet, est prêt à recommencer une vie différente, sur de nouvelles bases. « Turnaround turnaround turnaround/And you may come full circle and be new here again” (“Tourne-toi tourne-toi tourne-toi/Et tu devrais faire un tour complet et pouvoir recommencer ici à nouveau »). Il assume aussi ce qu’il est et ce qu’il a fait. « Je ne suis pas différent de ce que je voulais être.» Avant de reprendre ses vieilles confrontations sentimentales : « Told her I was hard to get to know/And near impossible to forget » (« Je lui ai dit que j’étais difficile à connaître/et presque impossible à oublier »). Cette chanson, sans doute l’une de celles qui aient le plus à voir avec lui-même, qui l’exposent le plus, est aussi des plus universelles. Le poète noir américain Gil Scott Heron se l’est réaproppriée pour son album du même nom en 2010, y projetant ses propres démons. Le texte de cette chanson fait l’effet de soutenir sa vie à bout de bras, de s’en décharger sans passer par l’étape des regrets. Sa force évoque quelque rituel de passage – pour Callahan, assumer enfin d’écrire sous son propre nom.

A River Ain’t Too Much To Love s’appréciera comme un disque de chansons folk épiques, intimes et chatoyantes, imprégnées de l’atmosphère sudiste du Texas, non loin de l’influence de Wille Nelson. Say Valley Maker est sans doute la meilleure d’entre elles, poursuivant dans la veine d’une longue série de chansons étudiant les affres d’Épinal de l’amour. « Because there is no love/Where there is no obstacle/And there is no love/Where there is no bramble/And there is no love/In the unerring/And there is no love/On the one true path”(“Parce qu’il n’y a pas d’amour/quand il n’y a pas d’obstacle/Et il n’y a pas d’amour/Quand il n’y a pas de ronces/Il n’y a pas d’amour/Et il n’y a pas d’amour/Dans l’instinct/Et il n’y a pas d’amour/sur un seul vrai chemin ») Dans son adresse habituelle, il s’en remet à la personne invisible, à travers laquelle les rivières et les plateaux, les arbres et les pierres, deviennent symboles de passion. « So bury me in wood/And I will splinter/Bury me in stone/And I will quake/Bury me in water/And I will geyser/Bury me in fire/And I’m gonna phoenix/” (“Enferme-moi dans le bois/et je vais éclater/Enferme-moi dans la pierre/Et je vais trembler/Recouvre-moi d’eau/Et je vais jaillir/Jette–moi dans le feu/Et je vais renaître de mes cendres. »)

Son aise ne peut masquer ses sentiments concernés pour l’état du monde. S’il retrouve une seconde jeunesse, c’est pour redoubler d’adresse à porter les maux de société et les souffrances humaines, à leur donner par un jeu de miroirs les formes de son propre passé. Sur I Feel Like the Mother of the World, il apparente les conflits globaux aux anciennes disputes familiales. “And my mother my poor mother/Would say it does not matter/It does not matter/Just stop fighting ” (“Et ma mère ma pauvre mère/dirait que ça n’a pas d’importance/Ca n’a pas d’importance/Arrêtez juste de vous battre”) Avant de porter le regard de l’adulte qu’il est devenu : “ Oh do I feel like the mother of the world/With two children fighting” (“Oh, je me sens comme la mère du monde/Avec deux enfants qui se battent”). Il prêche pour la paix ; un sentiment qui naît, sinon dans la contemplation, dans la sagesse du vécu et dans l’amour de l’autre. Tant qu’à être étranger au plus grand nombre, autant s’y adresser librement. C’est toujours la réalité de la vie qui triomphe, contre les fantasmes : « God is a word/And the argument ends there ». Le ton est pourtant moins définitif qu’il veut laisser le croire ; l’argument fait mieux que de se stopper net. Il est absorbé par un karma affamé pour être réétudié quand le temps aura passé… Sans Smog, le jeu personnel de Callahan à se saisir de notions et à marquer son environnement de son empreinte allait encore s’intensifier.

lundi 25 avril 2011

Smog - Supper (2003)



Parution : 2003
Label : Drag City
Genre : Folk, Rock
A écouter : Truth Serum, Our Anniversary, Butterflies Drown in Wine

7.75/10
Qualités : lucide, romantique, Doux-amer


Supper est l’un des disques les plus accessibles dans la discographie de Smog, mais non moins ambitieux que ses prédécesseurs ; Callahan s’y révèle en effet en confiance, repoussant un peu plus la paranoïa domestique affiliée à son patronyme. Il y est aussi moins percutant, moins austère qu’à l’habitude. En compagnie de la chanteuse américaine Sarabeth Tucek sur plusieurs chansons, il prouve que ses textes peuvent prendre un sens et être partagés, comme dans cet exquis jeu de question/réponse sur Truth Serum, une chanson en chantier depuis longtemps… mais qui d’une certaine façon ne pouvait voir le jour que lorsque Smog deviendrait plus humain. « Honey i Love you and that’s all you need to know/Well, then what is love/ Love is an object kept in an empty box/How can something be in an empty box/Well well give me another shot/Of that truth serum” » (« Mon cœur, je t’aime et c’est tout ce que tu dois savoir/Ah oui, alors qu’est ce que l’amour/L’amour est un objet gardé dans une boîte vide/Comment quelque chose peut t-il être dans une boîte vide/Eh bien, donne-moi une autre rasade/De ce sérum de vérité. » Le chanteur a toujours été partisan des faux semblants, des jeux de rôles. Sa nouvelle illusion se rapproche avec plus de danger et d’adresse que jamais de la réalité. « Is death really the end /Honey I love you and that's all you need to know/Well then, what is life/Well thats a good song/Without you by my side” (La mort est t-elle vraiment la fin/Chéri je t’aime et c’est tout ce que tu as besoin de savoir/Bien, alors qu’est-ce que la vie/Eh bien c’est une bonne chanson/sans toi à mes côtés. »


Son affection pour son personnage se mélange à sa propre expérience ; il reconnaît que toute chanson est un microcosme, une « bathysphère » dans laquelle vivre et faire triompher l’égo. Le sérum de vérité ne lui fait pas seulement parler plus que de raison, mais il fait apparaître la vérité là où elle existe. « There’s no truth in you/There’s no truth in me/The truth is between» (“Il n’y a pas de vérité en toi/Il n’y a pas de vérité en moi/La vérité est entre nous”). Callahan est là au cœur de quelque chose de régénérant, de sain ; s’il cherche à les maîtriser, les émotions le dépassent pour avoir sur lui une influence finalement positive. Son environnement lui permet de devenir plus lisible, alors qu’il servait autrefois à son opacité. Il a toujours l’ancienne fierté de se façonner une réalité pour lui-même, en excluant tous les autres ; « Forget everything I'm told/In one ear and out the other » (« J’oublie tout ce qu’on me dit/Ca entre par une oreille et ça ressort par l’autre »). Le personnage féminin de Truth Serum est sans doute le plus intéressant à avoir jamais mis les pieds dans une chanson de Smog, là ou Callahan, pour des raisons de vengeance évidentes, n’hésitait pas auparavant à montrer de l’hostilité.


Son respect, il le porte à ceux qui se défendent dans une forme animale, qui revendiquent leur ambivalence. « If you're losing your wings/Feather by feather/Love the way they whip away/On the wind » (« Si tu perds tes ailes /plume par plume/j’aime la façon dont elles battent/dans le vent ») Dans ses périodes les plus sombres, il révérait ceux qui assument leur égoïsme et leur cruauté : aujourd’hui il récuse toute influence néfaste. « And I can’t be held responsible for the thing I say/For I am just a vessel in vain” (“Je ne peux pas être tenu responsable pour les choses que j’ai dites/je suis sans intention »). Vessel in Vain participe au climat de philosophie contemplative du disque. « Mes idéaux m’ont gagné à la course » conclut t-il dans cette chanson. Son environnement a pu le manipuler ; il le réinvestit en le comprenant mieux. Les illusions, il les a dissipées en lui-même.


Il joue de sa pudeur et des limites de la fiction, dans des moments où l’engeance qui l’habite prend le dessus. Sur Our Anniversary, tandis que la batterie meurt lentement, sa dualité se révèle et transforme une virée romantique en célébration sauvage. « While the battery dies/Clipping the wings of your morning flight/The night will end/In some form of excess” (“Tandis que la batterie rend l’âme/Coupant les ailes de ton vol matinal/La nuit va se terminer/dans quelque forme d’excès.”) Transcendant cet aspect d’animalité incontrôlable, Callahan a décidé que Smog serait désormais un outil de séduction, faisant de lui une sorte de bête fabuleuse. «I never use doors no mores/I never use stairs just trees/And I hear their voices” (“Je n’utilise plus les portes/Je n’utilise plus les escaliersseulement les arbres/et j’entends leur voix. »), sur Ambition, l’un des nombreux sommets du disque. Il y a des chansons qui demandaient d’être interprétées depuis longtemps ; d’autres jaillissent dans la ferveur du studio, sans que quiconque ait été prévenu. Callahan avoue essayer de toujours laisser la place à de telles chansons spontanées sur ses disques. C’est le cas de Driving, construit autour d’une unique phrase. « Tu peux le croire ou pas, mais quand ça a été fait, c’était ce que je voulais. C’était exactement ça, mais je n’aurais jamais pu transformer, en faire des mots sur du papier"
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