“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Chris Smither. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chris Smither. Afficher tous les articles

vendredi 21 décembre 2012

Best of 2012 - 2 ème rang albums #4 à #7

 
Matt Elliott - The Broken Man
 
Les chansons sur cet album extrême sont austères mais denses d’une lucidité musicale, d’une inspiration qui leur donne un aspect grandiose. Démarrant souvent sous le joug d’une guitare hispanisante au jeu complexe, elles s’affirment avec un dessein extrêmement méticuleux et une sagesse à toute épreuve. Les suites qui constituent la première face du vinyle démontrent le pouvoir et la détermination de Matt Elliott à l’œuvre pour exprimer avec largesse les sentiments de regret et de solitude dans leurs infinies variations. Dust, Flesh and Bones démarre comme une lamentation nue, évoquant Leonard Cohen, et s’oriente en volutes autour d’une phrase répétée, conjurant toute la conviction de d’Elliott envers sa propre sagesse affective. La chanson décolle lentement de terre, prend un tour presque effrayant avec ses chœurs murés, le son d’une cloche lointaine contribuant aussi à la sensation d’un vide immense qui s’ouvre de plus en plus sous nos pieds.
 
 
 
Neurosis - Honor Found in Decay
 
Par rapport à leur précédent disque, Honor Found in Decay semble retrouver une linéarité plus séduisante pour l’auditeur. Il retient l’agressivité, le sens apocalyptique propre au groupe tout créant l'agréable sensation d’être porté au cœur de la musique. Dès We all Rage in Gold, c’est toute l’essence de Neurosis qui est rendue saisissante par la clarté de sa mise en œuvre, sa présentation directe et sincère. Rien que la façon dont est introduite la première phrase, « “I walk into the water/To wash the blood from my feet », et dont se déploient en quelques minutes certains des couplets les plus denses de l’album, résume une approche rassérénée de leur musique et de leur message par Neurosis. At the Well est l'une des meilleures chansons de Neurosis, un tableau qui dans l'équilibre et le tournoiement de riffs et de sons enregistrés sans transformation ultérieure, donne au groupe toute l'essence capable de le faire durer encore. « In a shadow world » entonent Scott Kelly et Steve Von Till de leurs voix gutturales. Une voix presque subliminale termine : « We are your light ».
 
 
Chris Smither - Hundred Dollar Valentine
 
Chris Smither n’a pas besoin de rappeler constamment qu’il est en train de jouer le blues. Sa voix et son jeu de guitare en finger-picking, élégant et délicat sont les meilleures garanties de son inspiration. Empruntes de tranquillité et de bienveillance, ses chansons évitent pourtant la redite, certaines dégageant au prime abord une tristesse simple et intense – On the Edge, I Feel the Same, Feeling by Degrees –, mais avec, elle leur centre, le rythme marqué par un tapement de pied, comme un battement de cœur. D’autres vous ravissant plus tard parce qu’elle sont entraînantes et et amusantes jusque dans leur gravité même.
Un album qui nous ramène à une ère où la musique était ressentie au fond du cœur, et dans des régions américaines où il n’y avait rien de tel que des genres musicaux, mais où les interprètes solitaires pouvaient tremper dans le blues de Lightning Hopkins et Mississippi John Hurt, s’inspirer de Randy Newman et reprendre en chemin Tulane de Chuck Berry, Rock and Roll Doctor de Little Feat ou Desolation Row de Bob Dylan, faisant preuve de foi, de sincérité et d’humilité.
 
 

Silvia Perez Cruz - 11 de Noviembre
 
Au parc Güell, à Barcelone, s'ouvrent à vous deux réalités : celle qui comprend le flot de touristes se prenant en photo devant les jolies bordures en mosaïque, et celle des artistes musicens, guitaristes flamenco et autres, flanqués dans les allées bordées de pilliers organiques et de corniches artificielles. On retrouve dans cet album mélancolique et sensuel le genre d'intimité fugace établie là bas, ainsi que le souvenir de l'air chaud, pour un début du mois de janvier, sur notre peau. Ecouter 11 de Noviembre, premier album d'un petit prodige habituée aux collaborations, c'est comme partager un moment privilégié de félicité, à l'écart de la foule. On se laisse porter par la voix, polyglotte, aux modulations fragiles de la chanteuse catalane, ses vocalises jazz (sur Dias de Paso), la beauté de certains arrangements de cuivre (Pare Meu, Covava L'ou de la Mort Blanca), le sentiment d'isolation intense qui parcourt Diluvio Universal et les choeurs de Iglesias, Meu Menino ou O Meu Ammor e Gloria. Enfin, brille une guitare empruntée au folk anglais aussi bien qu'à la habanerra, une musique cubaine traditionellement reprise par les catalans, un style dont le père de Sivia Perez Cruz, récemment disparu, était l'un des grands artisans. Mille et un détails font de cet album un joyau.


samedi 24 novembre 2012

Chris Smither - Hundred Dollar Valentine (2012)



 
 
Parution : 2012
Genre : Blues, folk, rock
A écouter : On the edge, What Mght Have Been, I Feel the Same, What they Say
 
OO
Qualités : engagé, poignant, apaisé
 
Un album qui nous ramène à une ère où la musique était ressentie au fond du cœur, et dans des régions américaines où il n’y avait rien de tel que des genres musicaux, mais où les interprètes solitaires pouvaient tremper dans le blues de Lightning Hopkins et Mississippi John Hurt, s’inspirer de Randy Newman et reprendre en chemin Tulane de Chuck Berry, Rock and Roll Doctor de Little Feat ou Desolation Row de Bob Dylan, faisant preuve de foi, de sincérité et d’humilité. Hundred Dollar Valentine est pourtant un album moderne, enregistré avec une précision minutieuse. Il montre que ces leçons d’humilité et de patience ont payé, faisant aujourd’hui de Chris Smither, à 67 ans, un de ces musiciens pour lesquels on ne peut s’empêcher d’éprouver un profond respect.
C’est son douzième album et le premier qui soit constitué uniquement de chansons originales. Il montre toute l‘étendue de sa sensibilité, fait preuve à nouveau d’une envie de secouer les choses établies, s’insurge face aux catastrophes que traverse son pays, fustige la religion parce ce qu’elle provoque la passivité, exhorte à prendre les problèmes du présent avec cœur plutôt que l’angoisse au ventre. On the Edge, c’est le nom d’une chanson dont le titre résume le sentiment idéal que devrait dégager la musique blues et la musique en général. Chris Smither n’est pas exclusif mais accessible, vous invite à comprendre ce que c’est que d’être à son âge passionné de musique, et musicien talentueux lui-même, vous fait entendre le fond de sa pensée en l’agrémentant d’un humour délicat, vous demande de le situer lui-même à l’intérieur de la grande histoire des musiques américaines, et à l’intérieur de sa propre vie, dont il se rend bien compte que la plus grosse partie est derrière lui. Smither est de ceux qui se bonifient à travers l’expérience de leurs propres sujets existentiels, et dont les albums gagnent peu à peu une sagesse et une acuité différentes.
Chris Smither n’a pas besoin de rappeler constamment qu’il est en train de jouer le blues. Sa voix et son jeu de guitare en finger-picking, élégant et délicat sont les meilleures garanties de son inspiration. Emprunte de tranquillité et de bienveillance, ses chansons évitent pourtant la redite, certaines dégageant au prime abord une tristesse simple et intense – On the Edge, I Feel the Same, Feeling by Degrees –, mais avec, elle leur centre, le rythme marqué par un tapement de pied, comme un battement de cœur.  D’autres vous ravissant plus tard parce qu’elle sont entraînantes et et amusantes jusque dans leur gravité même : "They say the good die young, but it ain't for certain, / I been good all day, and I ain't hurtin', / Not in any way, I'm too old to die young." (What They Say).  Il y a aussi What Might Have Been, blues à l’évidence fascinante.  
Ce qui hisse Hundred Dollar Valentine au pinacle, c’est le choix des accompagnements : l’harmonica chaleureux de Jimmy Fitting, sur le morceau-titre par exemple, ou les contre-mélodies de Kris Delmhorst au violoncelle et Ian Kennedy au violon sur On the Edge. Tout l’album est méticuleuse arrangé.
 

lundi 22 février 2010

Chris Smither - Time Stands Still (2009)




Parution : septembre 2009
Label : Signature Sounds
Genre : Blues acoustique, Folk
A écouter : Surprise Surprise, Someone Like Me, I Don't Know
  
Note : 7.50/10
Qualités : poignant, lucide, vibrant


« If you listen to your mama, you won’t never have no fun », avertit t-il sur Don’t Call me a Stranger. Malgré ce premier titre dépeignant la frustration d’un homme vieillissant trop vite, Time Stands Still pose avec le morceau éponyme des bases d’une épreuve sourde belle et finalement délicate, pleine de mélancolie. Un blues délavé autant que la manifestation d’une petite gloire, à l’échelle d’un homme. Souvent comparé à Bob Dylan, Mark Knopfler ou Peter Mulvey pour son style ou sa longuévité (quarante ans de carrière, mais "seulement" onze albums), Smither se détache pour avoir sa propre forme d’élégance, qui, comme avec les plus grands, ne cherche pas à cacher les fêlures. Pour tracer un lien avec ses influences, Smither reprend Dylan (It Takes a lot to Laugh, It Takes a Train To Cry) ou Knopfler (Madame Geneva).

Enregistré en trois jours et en groupe (chose rare pour Smither), chanté comme à partir de textes sauvés des eaux, le disque dégage une conviction très forte - qui s'explique par une certaine fierté de l'artiste a être alentour depuis 1966 sans faiblir, à l'instar de John Hammond par exemple. Les chansons s’adressent aux problèmes récurrents que rencontrent les faibles et les opprimés dans la population Américaine. Sur  Miner's Blues par exemple, c'est la vie avec un travail dangereux et nocif qui est évoquée. Smither raconte la façon qu’ont les gens de réagir lorsqu’ils sont soudainement victimes des failles béantes de leur système apparemment insubmersible, et qu’ils sont pauvres, vire miséreux, avant d’avoir pu réagir. En cela, la pochette, est très parlante ; appartement habillé comme les maisons du Tremé après le passage de l'ouragan Katrina. La défiance du guitariste blues vaut celle de toutes ces femmes et de tous ces hommes laissés pour compte sans toit ni décence, avec pour antienne : "Won't bow don't know How".

Surprise Surprise s’amuse, sur un groove imparable, de la naïveté ambiante “Are you worried ’bout your money? ‘course you are – who wouldn’t be? you thought that you were rich and then you turned on your TV…” Ne pas se fier à son timbre traînant. I Don’t Know, pleine de contrepoints improvisés, est radieuse, où Smither se met dans la peau d’un enfant qui adresse à son père des questions métaphysiques, et on qui préfère toujours lui répondre « je ne sais pas». Peut être une manière de signifier que toute les questionnements n’ont pas besoin de réponse, et qu’en musique comme ailleurs, les accointances et les symboles, les rôles de personnages qui déploient chaque fois leurs mystères suscitent davantage de questions que de réponses, que c’est ainsi que ça doit être. I Told You So est un rock plus rapide, qui exhume les aléas de souvenirs tempérés par la sagesse. Time Stands Still est peut être le chef d'oeuvre de Smither, un triomphe sur les tragédies et la difficulté pour beaucoup de vivre en Amérique, entre les victimes de catastrophes, la récession, le travail, l'absence de travail et la sensation d'être impuissant dans un pays qui dit l'être beaucoup.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...