“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

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dimanche 15 octobre 2017

SURPRISE PARTY - The Last Temptation of Chris (2017)


O
inquiétant, extravagant, groovy
Garage rock, hard rock, shoegaze

Chaperonnés par la maison de disques secrète Transistor 66, les quatre canadiens de Surprise Party la partagent avec le mirifique Scott Nolan, mais on les imagine mal faire avec lui ce que les américains appellent un split record, un album partagé. Leur rock psychédélique est à l'opposé des accents folk country réparateurs de Nolan. C'est une musique sombres, machiavélique même. Cette tendance intimidante est peut-être aussi l'un des courants dominants de Transistor 66.

C'est le son de l'affranchissement, un défi totalitaire à la société. Les guitares shoegaze à trémolos sont là, les synthétiseurs pour accentuer l'aspect caverneux, et la voix du chanteur (Danny ?) prolonge les syllabes d'un message incertain dans une texture déformée.

Gloom est un parfait exemple à la fois de la brutalité, de l'aspect sordide de la musique de Surprise Party. The Hunter enchaîne en mode clairement hard-rock à banshees. Toutes sortes de démons dansants traversent cet album, et j'ai écrit cela sans vraiment savoir qu'une chanson s'appelait Wrap Your Fears in Demons. Le disque se dresse là dans une forme de gloire chaotique.

Très abouti, The Last Temptation of Chris sonne comme l'album que Surprise Party veut enregistrer depuis ses débuts en studio en 2013. Ils y affrontent, avec des protections auditives, pêle-mêle, coïncidences inquiétantes, mauvais sorts jetés sur les personnes les plus innocentes, et expriment que le courage n'est qu'une affaire de possession, pas de volonté individuelle. Cet album dont vraiment rien n'est très clair – si ce n'est sa portée mentale, voire spirituelle. Psychedelic Girlfriend réussit l'exploit, malgré tout, de swinguer sexy. Les paroles expriment la jouissance de ne plus avoir de garde-fou, le masochisme de se faire violenter. Un bon résumé de l'album. « When you come inside me/i Wanna explode. » Le guitares tintent comme dans les années 60.

Puis retour à un son plus incommensurable et ébloui sur Svamvartasthayikalpa, légèrement plus pop. Et si vous n'êtes pas convaincus, reste le charme aérien dans les premières secondes de The Hell of no Respite. Et j'ai écrit « charm » sans voir qu'un la pièce de consistance garage de l'album s’appelait Hex. Cela fait de moi quelqu'un de possédé... The devil rules.

Ecouter l'album : 

https://surpriseparty420.bandcamp.com/album/the-last-temptation-of-chris

lundi 13 juin 2016

ELECTRIC CITIZEN - Higher Time (2016)





OO
Vintage, groovy, intense
Heavy metal, hard rock



Un quatuor de l'Ohio, rigoureux dans ses riffs et ses ambiances, mais aussi libérateur, avec un son que l'on croirait capté live. Le couple constitué de Laura et Ross Dolan nous aimante aussitôt : la première avec une voix tourmentée par le psychédélisme blues des années 70, le second par des riffs carrés et denses issus de la même crypte que de vieux Iron Maiden ou Black Sabbath (sur Natural Law) ou Led Zeppelin (Two Hearted Woman). On retrouve avec plaisir, en pleine ascension, un groupe déjà repéré avec Sateen (2012), une tornade dont l'urgence nous donne envie de nouveau de ne se vouer qu'à la musique, et de n'apprendre que de ce divertissement-là.

Electric Citizen comprend l'énergie du rock n' roll, ne cherche pas à la retenir ou à ménager des effets mais seulement à produire un flot irrépressible, ponctué de cymbale crash. Ça marche, peut être encre mieux qu'avec Christian Mistress, qui combine aussi des paroles personnelles et des chansons structurées de riffs heavy-metal malins. L'effet dramatique qui nous retient tout au long de l'album est assuré par la sincérité et l'implication de ce groupe au look vintage, ultra vigilant et rodé par des séries de concerts en ouverture de Pentagram ou Fu Manchu.

Forte de son expérience, Laura Dolan se verrait bien pilote d'un vaisseau supersonique, faisant tout son possible pour ne jamais perdre de vitesse ni d'altitude, avec succès. Son meilleur ressort : transformer son véhicule en parangon du space-rock sur la chanson titre. Elle est capable de suggérer une évolution temporelle et une traversée, de se projeter pour échapper à la frustration de ne subsister que dans une seule dimension. Entre les mondes, les claviers et la batterie ont un rôle de plus en plus vertigineux à jouer, comme sur Ghost of Me.

mardi 17 novembre 2015

La semaine Heavy metal # 2 - CHRISTIAN MISTRESS - To Your Death (2015)





O

vintage, intense, soigné

Heavy metal, Hard rock



Est-ce le meilleur destin d'un groupe de heavy metal que d'apparaître dans les médias généralistes de grande audience ? Cette année, Iron Maiden l'ont fait, mais peu d'autres. Ces groupes ne se soucient pas de l'étalement de leur audience extérieure, qu'ils ne maîtriseront jamais complètement - sauf peut être pour les très rares groupes comme Maiden qui ont accompli tant de fois le tour du monde de presque toutes leurs audiences. Mais ces groupes secrets triomphent quand ils élargissent – bien malgré eux – les barrières d'un genre depuis l'intérieur. Un genre trop longtemps infantile et sans doute sexiste, qui doit désormais compter avec la maturité d'artistes masculins et féminins ne nécessitant pas d'hyper-pouvoirs d'opérette ou d'hyper sexualisation pour exister en musique.

La voix naturelle, impétueuse et vulnérable de Christine Davis est le fer de lance de Christian Mistress, un quintet d'Olympia, au nord-ouest des Etats Unis. Un jeune groupe dont le troisième album ancré dans la réalité et non dans le jeu de rôle. Et même si elle agite les démons de la nostalgie et de la bravoure, lorsqu'elle semble se voir escalader des montagnes, la musique de Christian Mistress ne sonne jamais comme une traversée de la Moria. Les deux guitaristes complémentaires Oscar Parbel et Tim Diedrich font beaucoup pour maintenir maintenir ce groupe à la réalité concrète. La naissance du heavy metal était une performance, une grosse progression vers une musique plus expansive et reflétant au mieux la psyché des artistes qui l'incarnaient. C'est encore plus fort quand, comme ici, ils n'ont pas besoin d'attributs théâtraux pour soutenir leurs évocations. Il n'y a que la musique, dense, séduisante, plus ouverte et moins sélective que jamais.


http://christianmistress.bandcamp.com/album/to-your-death

dimanche 14 juin 2015

LEFT LANE CRUISER - Dirty Spliff Blues (2015)







OO
intense, hypnotique
blues rock, hard rock, stoner 

Il fait chaud, le temps est orageux. Malgré les avertissements, le jeune homme aimerait bien retourner voler la weed qui pousse sur la propriété des voisins. Pas pour sa consommation personnelle, car ses parents font pousser du tabac plus qu'il ne lui en faut – mais pour la revendre. Ça lui ferait de l'argent de poche, lui qui refuse d'aider son père à travailler la terrer comme le pauvre qu'il est. Mais la quatrième tentative est toujours celle de trop. Les corbeaux le surveillent déjà. Il y a des chances que le piège provienne d'en bas. Placé à l’endroit stratégique, une mâchoire en acier se refermera sur sa cheville, lui laissant une douleur si forte qu'il aura l'impression d'être à moité amputé.* Combien de fois Evans a t-il pris l'avion, désormais, pour une tournée en Europe ? Quatre, sans doute. La paranoïa était trop forte, le niveau de THC dans ses veines « dangereusement bas », de son propre aveu. C'est le sujet de la chanson titre qui exhorte la communauté internationale à prendre au sérieux le déficit de consommation d'herbe. Pas le leur en particulier, mais la consommation générale, de celle qui peut créer des économies parallèles et produire des 'bénéfices infinis'. Une solution de sortie de crise pour des américains paumés déjà parfois accros à la méthamphétamine ?

Si ce n'est pas votre cas, il vous reste à déguster les subtiles transformations de Left Lane Cruiser, le duo de Frédérick Evans IV et Bren Beck n'étant plus. C'est un trio désormais, la section rythmique extravagante s'est étoffée d'un bassiste, mais le fait qu'il joue aussi de la guitare (fabriquée à partir d'une planche de skateboard) permet à Evans de changer légèrement ses habitudes. Alors qu'il remplissait auparavant plus ou moins tout l'espace audible disponible, guitare et voix abrasives en diable, il se convient désormais ensemble à un son mieux délimité mais toujours aussi 'fuzz'. Joe Bent, le nouveau, se fend aussi de soli délirants, sur la bien nommée Skateboard Blues justement. Ils ont été comparés aux Stooges, car leur hargne vient aussi d'un blues psychédélique. Ils empruntent au trio de Detroit les deux premiers mots de Tangled up in Bush : « I seek and destroy/i dig myself in/I'm smoking napalm/with a bamboo skin. » C'est la folie de guérilleros frustrés d'être sur la route, partout en embuscade et aliénés tant qu'ils ne jouent pas. Éloignés de leur terres où 'l'herbe est verte, comme les billets', leur message au monde, musical et autre, n'a jamais été aussi clair.

J'ai enquêté sur les bases solides du groupe dans un article en 2013, avant qu'ils ne fasse paraître Rock Them Back to Hell, une première collaboration avec le dessinateur William Stout. Mais celui-ci est plus carré, beaucoup plus comme ZZ Top. Elephant Stomp, Whitebread'n Beans ou Cutting Trees sont immédiatement accrocheurs, avec sur cette dernière une référence à Sreaming Jay Hawkins. Un épouvantail cramé avec une guitare Résonator, voilà toute la vérité selon Left Lane Cruiser. Groupe des chemins de traverse, du blues dans une version que certains qualifient de psychobilly – pour cette façon saturée de jouer. Ils iront bien aux côtés de Weedeater, fumeurs d'herbe stoner de retour en 2015 avec un album triomphalement intitulé Goliathan.

Lire Le Monde l'Endroit, de Ron Rash, adapté au cinéma en 2015 avec Steve Earle. 

mardi 11 mars 2014

THE SOCKS - S./T. (2014)



OO
lourd, intense
hard rock, psychédélique

)

march, the 18th 
Album is out

The best new french hard rock / psychedelic band.

Resist ! 

samedi 15 février 2014

TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS - The Devil You Know (2014)


OOO
groovy, efficace
blues rock, rythm & blues, hard rock, soul

Tommi Castro s'entoure : Marcia Ball est fabuleuse sur Mojo Hannah par exemple, ou les Holmes Brothers sur Two Steps Forward. C'est un grand guitariste, capable décrire un album entier de chansons accrocheuses en s'appuyant sur sa capacité à produire des ponts et des solos hyper énergiques. Et de reprendre des chansons dans le seul but de nous faire vivre plus fort, avec le Keep on Smiling de Wet Willie. Les musiciens des Painkillers, presque vétérans, jouent les morceaux avec une précision que n'égale que leur puissance sauvage. Et il y a la puissante voix soul de Castro. I'm Tired (avec Joe Bonamassa) est la chanson qui porte le plus mal son nom, le groupe y faisant montre d'une forme insolente, autour d'un groove souligné par l'orgue Hammond. Center of Attention est un autre sommet.  Face à tous les albums mous qui sortent ces temps-ci, ce disque classique mais excellent montre qu'on peut être né en 1955 et faire la loi en 2014. Peut être écouté en parallèle du coffret consacré à Mike Bloomfield.

lundi 16 janvier 2012

La semaine du Groove #1 : The Bellrays - Black Lightning (2010)



Parution : février 2010
Label : Heart of Gold
Genre : Hard Rock
A écouter : Black Lightning, Power to Burn, Anymore

°
Qualités : intense, groovy, efficace

Sur disque comme en concert, Everybody Get Up donne une idée de ce que Lisa Kekaula et ses Bellrays s’infligent à eux-mêmes et aux autres. « Are you ready to make noise ? » hurle la chanteuse à la manière de Bon Scott quand il donnait vie à AC/DC, lancé à un train d’enfer. Kekaula siffle, invective, sermonne, devient menaçante envers ceux qui ne manifestent pas assez clairement leur enthousiasme. Elle ne perd jamais le contrôle, mais maîtrise au contraire tout de l’action, que ce soit sur scène ou sur ce disque. Car si Black Lighning est aussi bon, c’est du fait de la discipline qui y règne. On y devine le caractère autoritaire de sa diva, comme les touchantes prises de liberté de son guitariste probablement fan de Dinosaur Jr.

Comme si le visuel de pochette et le nom ne suffisaient pas, Kekaula redéfinit proprement l’esthétique du groupe avec la chanson-titre. Ce ne sera plus du rhythm & blues vintage, plus du punk ni de la soul. « You better run for shelter/there’s nothing you can do/I’m a new sensation/I’m on fire/I gonna jump your wires”. Le refrain est lâché d’une voix puissante et rauque. La chanteuse assume le cliché, parvient à nous faire profondément ressentir que ce titre imparable est tout ce dont nous avions besoin. « I’ll be your mind/i’ll be your soul.” La chanson n’est pas subtile, mais c’est sa justesse, son évidence qui séduit. N’ai-ce pas le propos de tout groupe de hard-rock que de d’évoquer trains (Rock n’ Roll Train d’AC/DC…) et voitures (HIghway Star de Deep Purple…) pour suggérer l’intransigeance physique ? Les choses sont finalement moins biaisées ici, puisqu’il n’est question ni d’autobus, ni de tanks mais que le seul artifice reste le tempérament surnaturel de Kekaula.

Kekaula n’a plus à prouver à personne l’étendue de ses possibilité vocales et son statut acquis de diva moderne un brin destroy mais finalement raisonnable. Elle a une prédilection pour l’intensité écorchée, pour les refrains pop survoltés, pour les morceaux condensés de deux minutes, à l’instar de Hell on Earth ou Living a Lie. Elle se sait capable de chauffer une salle en dix secondes ; transmettre les messages de ses chansons ne lui prend guère plus de temps. « I can leave this world/it’s not my problem anymore.” Difficile ne pas donner une impression de réchauffé avec de tels arguments, et pourtant, Anymore, une chanson plus difficile pour le groupe, plus lente et mélancolique, est très réussie. On Top, Power to Burn ou Everybody Get Up assurent que l’album ne dévie pas de ses rails. Mieux, ils font de cette stricte efficacité un principe à la construction de Black Lightning. Aux côtés de Black Ice (2008), le dernier disque en date d’un AC/DC sans Bon Scott, le Black Lightning des Bellrays est un autre très bon album de hard rock.

vendredi 17 septembre 2010

Black Mountain - Wilderness Heart


Traduit depuis Pitchfork.

"Est-ce protecteur pour les lâches pour faire ce qu'ils ont déjà fait? » C'est une question rhétorique, bien sûr, mais venant de la bouche de Stephen McBean, le sentiment est particulièrement souligné. Pour sa décennie passée à faire de la musique, McBean n’a jamais été du genre à revenir sur ses pas, s’aventurant hors du folk-rock de Jerk With a Bomb pour rejoindre la pop mercuriale de Pink Mountainhops et le boogie tremble-terre de son projet le plus réussi à ce jour, Black Mountain. Mais même la perception populaire de Black Mountain comme les refourgueurs de riffs style 1970’s est injustement myope, avec les anomalies apparentes de leur discographie - la pop insouciante de No Satisfaction, la transe hypno-drone de No Hits, ou l’allume briquet Stay Free. Ils se prouvent aussi variés que le culte Black Sabbath.

Au fond de leur cœur, Black Mountain sont des hippies pacifiques, mais de ceux qui n'ont pas peur de déployer l'artillerie lourde pour affirmer et protéger leur mode de vie. Courrez leurs cœurs à vos propres risques : si leur philosophie pouvaient être transformée en slogan, elle se lirait comme suit : «faites l'amour puis la guerre."

Sur le troisième album du groupe, Wilderness Heart, il y a un effort plus concerté pour concilier l'obscurité intérieure du groupe et la lumière extérieure, une symbiose reflètée dans le choix des producteurs : Randall Dunn, mieux connu pour son travail avec les géants de doom-metal Boris et Sunn O))), et D. Sardy, dont la longue liste de clients multi-platine comprennent Oasis et les Rolling Stones. Couplez les producteurs de grands nom avec la décision d'enregistrer à Los Angeles, pour ne pas mentionner leurs entrée en mainstrain avec le soundtrack de Spider-Man 3, et tout porte à croire que Wilderness Heart était le moment ou Black Mountain allait atteindre une dimension commerciale. Mais tandis que le nouvel album est certainement aussi simple et lumineux que In The Future est lourd, apocalyptique - pas de suites de 17 minutes prog-rock à trouver ici – ça ne dilue pas pour autant l’aspect nuageux et trouble du groupe.

Wilderness Heart est l’équivalent de Houses of the Holy côté Black Mountain, un album qui scintille autant qu'il retourne, s’amuse autant qu'il rage, tout en réfléchissant une sensibilité pop plus prononcée, qui travaille le plus souvent en faveur du groupe plutôt que de leur défaveur. Et tout comme la pièce de John Paul Jones, No Quarter, qui est sans doute le point culminant de Houses…, les moments les plus frappants sur Wilderness Heart viennent avec la contribution du claviériste Jeremy Schmidt – qui ajoute son épaisseur, sa profondeur aux tons violacés sur Old Fangs, où il se montre plus lourd que le riff glam-métal qui court au-dessous. Et au lieu de tomber dans le solo de guitare de rigueur, le groupe lui permet de barbouiller des couches de synthé rêveuses autant que perçantes. De même, ses décors sur les rêveries stoner-folk Radiant Hearts et Buried by the Blues remodèlent ces interludes acoustiques dans une lumière plus majestueuse.

La prestation de Schmidt met en évidence que Black Mountain est de moins en moins dépendant d'une attaque d’accords monolithique pour jouer davantage avec les forces et les subtilités de chacun de ses membres. Bien sûr, Wilderness Heart possède le plus féroce titre de Black Mountain à ce jour dans Let Spirits Ride - qui prend le riff proto-speed-metal de Black Sabbath Symptom of the Universe pour le réinterpréter. Mais la vraie révélation est The Hair Song, chantée à gorge déployée et qui, bien que bâtie sur une guitare acoustique, frappe aussi fort que tout le reste. La chanson est aussi basée sur la confluence croissante des voix de McBean et d’Amber Webber - quand ils ont été initialement présentés comme contrastes, les deux en sont maintenant à prolonger la peine de l’autre. Et dans certains cas, Webber vole même la chanson du chanteur de facto McBean, ses chœurs sur Roller Coaster, élevant le titre hors de son marais boueux.

Pour un album qui présente un Black Mountain plus assuré, c'est une déception mineure qui Wilderness Heart n’atteigne moins un climax qu’il ne le quitte graduellement, et qu’il manque un final à couper le souffle pour couronner le tout. Mais même dans leurs moments les plus calmes, le groupe peut encore vous laisser en suspens - le titre de clôture est peut-être la première ballade acoustique de Black Mountain dédiée à une fille, mais sans hasard c'est un nom (Sadie) qui est fortement évocateur des meurtres de Manson, et la chanson d'évoquer la ligne ténue entre la béatitude, les hippies épris de liberté et l'anarchie violente. Et comme la chanson s'éteint dans une procession sinistre et tribale, vous n'êtes toujours pas sûr du côté vers lequel Black Mountain va pencher la prochaine fois.

Ma Chronique

Un album beaucoup plus riche que ce qui pourrait paraître au premier abord, et qui est le reflet presque parefait d’un groupe jouant avec engagement et honnêteté. Une référence au Pink Floyd de Syd Barrett s’est glissée dans Buried by The Blues, je vous laisse l’écouter (pour transformer ça en jeu san obligation d'achat, demandez-moii la chanson, je vous l'enverrai)… Il y a sans doute beaucoup à découvrir en termes de paroles. Les attaques pessimistes restent cependant pesantes et le disque semble souffir d’un manque d’humour – ne serait-ce que d’ironie. Dommage étant donné qu’on assiste à un groupe complètement dédié à ce qu’ils font.

  • Parution : septembre 2010
  • Label : Jagjaguwar
  • Producteurs : Randall dunn et D. Sardy
  • Genre : Hard Rock, Folk, Psyché
  • A écouter : The Hair Song, Wilderness Hearts, Roller Coaster


  • Note : 6.25/10
  • Qualités : rétro, sombre, groovy

lundi 8 mars 2010

Comets on Fire - Avatar (2006)



Parution8 août 2006
LabelSub Pop
GenreRock progressif, Psych-rock, Hard rock
A écouterDogwood, Lucifer’s Memory, Holy Teeth
/107.25
Qualitésludique, rétro, hypnotique


Tandis que Comets on Fire avait déjà trouvé un moyen de faire bouillir son pedigree d’influences dans l'adrénaline pure, il semble soudain utiliser un champ plus large, capturer de plus vastes bribes temporelles, en se fendant de chansons plus lentes par exemple. Les fans de l'album précédent, Blue Cathedral (2004), se demanderont ce qui est arrivé au rock psychédélique de la formation, habitué à serrer la vis, à mettre la pression jusqu'à nous faire décoller de terre. Dogwood Rust, qui ouvre le disque en mid-tempo, est entraînant lorsqu'on le compare à certaines compositions (au piano !) qui suivent. Le chant de Ethan Miller s’est assoupli, mais les musiciens n'ont pas encore vraiment brouillé leurs capacités de marteleurs psychiques, l’atmosphère étant juste un peu plus calme qu’auparavant – 2 ans ont passé, et le groupe que l’on soupçonnait inamovible a quelque peu détourné son attention de sa folie primale. Pour en revenir au commencement : le calme relatif de la voix ne peut cacher la mélodie vintage bien dans l’esprit, dégageant à un moment donné l'espace pour que le bassiste puisse s’exprimer en improvisation.

Au travers de la plus douce Jaybird, on apprécie les tons plus cléments de la voix de Miller - tandis que la guitare se tortille encore avec dépit dans la distance, inévitablement, à l’école de Comets on Fire. Plusieurs de ces pistes promettent de se dévergonder après leurs entrechats initiaux, mais le changement vient toujours progressivement et naturellement. Détournez votre attention pendant une minute, et vous pourriez croire que Jaybird est finie, mais c'est seulement le gros riff de blues qui se racle la gorge et reprend son souffle pour enfin se faire entendre dans le tourbillon.

Pour un groupe qui travaille avec la surenchère type space-op (ils sont les dignes rejetons de Hawkwind par exemple), ce nouveau faciès mélancolique s'adapte assez bien à leur propos. La narration se fait plus contemplative. C'est étrange de les entendre chantonner sur un piano vacillant, et il est intéressant de noter combien ils paraissent à l'aise dans ce rôle, et avec quelle facilité ils glissent de ce registre à davantage de densité. Bien sûr, quelqu'un booste l’ambiance de gribouillis de guitares abstraits ou d'un couinement plombant à chaque fois que le baromètre « cliché » vire au rouge (Lucifer's Memory est la plus proche démonstration du groupe dans le genre power-ballade). Et Comets on Fire sont dans l'extraction minière sonore depuis si longtemps, que ces moments d'auto-sabotage viennent avec naturel et sans automatisme – Avatar capture jusqu'à maintenant, le moment de leur carrière où ils sont le plus souples – Blue Cathedral était incroyablement tendu.

Ca aide que le disque soit très bien rythmé ; commençant avec l’accrocheur et lourd Dogwood Rust, puis basculant dans de plus en plus de silence jusqu’au quasi-instrumental Swallow's Eye, et revenant ensuite en force avec l’énergique Holy Teeth, un tableau alléchant de trois minutes qui témoigne d’une nouvelle prétention du groupe à des vitesses de pointe – toute allusion à une croisière spatiale est à sa place avec Comets on Fire mieux que n’importe où ailleurs. Leurs disques soignés de bout en bout finissent de faire d’eux les parangons du psych-rock des années 2000.

jeudi 26 novembre 2009

Them Crooked Vultures - Self Titled




On reproche rarement à un groupe, aujourd’hui, de mettre trop d’idées dans sa musique. Pitchfork le fit  il y a quelques jours pour ce disque ; étonnant. Et puis, est-ce bien raisonnable de reprocher quoi que ce soit quand on a affaire à un trio composé de John Paul Jones, un temps bassiste et claviériste au sein de Led Zeppelin – ce solo sur Kashmir ! On se contentera ici de celui sur Bandoliers notamment – ainsi que de Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) à la batterie et de Josh Homme, Mr. Queens of the Stone Age, à la guitare et au chant ? 

On pense aussitôt que la patte inimitable de ce dernier, à savoir des riffs épileptiques de hard-rock et des paroles alliant obsessions, sexe et scènes grotesques, est celle qui prédomine sur l’ensemble. Bientôt apparaissent les signes d’un psychédélisme très emprunté à ces mêmes désert sessions ( exercices de composition entre amis au studio Joshua Tree, en plein désert) qui ont donné Someone in the Wolf ou The Blood is Love, deux chefs-d’œuvre de Lullabies to Paralyse (2005). C’est la fin de Scumbag Blues, mais surtout Interlude with Ludes qui nous plonge dans une ambiance lounge. 

Dave Grohl apporte évidemment son imposante façon de jouer, puissante et précise, un peu majestueuse ; batteur autrefois grunge, c'est un admirateur des deux autres  – de Jones bien sûr mais aussi de Homme, puisqu’il considère à l’évidence Queens of the Stone Age comme un exemple d’intégrité pour son propre groupe. Il faut se souvenir sa participation cruciale à Songs for the Deaf (2002).



Lors d’un concert au Wembley Stadium en 2008, alors que le batteur des Foo Fighters chantait, Grohl de dire : « tu ne chantes pas mal pour un batteur ». Et l’autre de répondre : « Toi non plus ». 85 000  personnes rigolent. Mais pourquoi se priver de changer de rôle quand on a tant de talent ? C’est dommage que Grohl, ne serait-ce que pour donner un autre cachet que celui de Homme à certains titres, ne chante pas davantage. Un peu sur Interlude with Ludes… mais pour le reste, on est loin de ce grand chien très charismatique qui tint en haleine tant de public lors de ce fameux concert à Wembley – le lendemain, ils rejouèrent au même endroit et invitèrent Jimmy Page et John Paul Jones à jouer avec eux deux morceaux de Led Zeppelin ; l’idée de monter Them Crooked Vultures a peut être fleuri alors. Warsaw on the First Breath you Take After you Give Up laisse imaginer un floraison plutôt cadavérique. 

John Paul Jones est sans doute un bassiste impressionnant, mais sait aussi arranger la musique comme il faut – en témoigne Automatic for the People (1992), qu'il a produit pour REM. Au sein de Led Zeppelin, il suffit d’écouter Physical Graffiti pour se donner à voir la vision aux bases épaisses et classiques de celui qui eut au moins une fois son nom gravé dans le marbre (Led Zeppelin II). Il y a un genre d’idéal chevaleresque romantique autant que séduisant, mais aussi une vraie part d’ombre dans le personnage de Jones, qui a toujours hésité à se mettre en avant au sein de Zeppelin. Et encore ici, il est malaisé de détecter sa présence. Il est pourtant là, donnant un fonds plus riche et parfois incongru à certains titres. Et il y a son jeu de basse comme une  roquette élastique, bien entendu. 

Them Crooked Vultures est ainsi l’occasion pour John Paul Jones d’accomplir de nouvelles prouesses, afin que de concrétiser la synthèse entre le stoner enfumé de Homme et un hard rock plus classique dans la tradition moins fantaisiste de Led Zeppelin. 

Les riffs entrent les uns après les autres sur Elephant, tandis que ses compères, en plein trip hallucinatoire – ça y est, on y est, on joue avec  John Paul Jones ! , ce genre de chose – veulent donner toutes leurs forces, quitte à partir un peu dans tous les sens. Ce sentiment d'un résultat décousu s’aggrave à la longue, jusqu'à donner la sensation d’une disque sans horizon. Il y a trop de relâchement, d’enthousiasme dépensé au détriment de finesse de composition ou de sens – celle dont on sait Josh Homme capable, après I Never Came (sur Lullabies to Paralyse) par exemple.

La musique a pourtant bien de la gueule, dès le premier titre No One Loves me and Neither do I et son riff de basse appelant Out on the Tiles. La grande force du disque est que même sur des morceaux comme celui-ci, longs et ardu, la lourdeur du son et la multiplication des riffs et des idées rythmiques en font une musique impressionnante dans chaque instant. Les titres les plus directs se démarquent ; Scumbag Blues et New Fang, ou encore Mind eraser, no Chaser ont d’évidents crochets. Reptile illustre peut-être le mieux ce que fait le groupe, en puissance et en luxuriance, l’originalité en plus. Les arrangements y sont particulièrement savoureux et efficaces, et démarquent le groupe du travail de Homme comme du reste de la production musicale ambiante. 

Le problème est de savoir combien d’écoutes suffiront à épuiser votre intérêt pour ce hard rock arrangé à la sauce virtuose mais pourtant trop dépendant de son leader improvisé – Homme -  et trop peu calibré – pour ressembler à autre chose qu’a un prétexte certes solide et prometteur de s’éclater sur scène. 

  • Parution : 17 novembre 2009 
  • Label : Interscope
  • Producteur : Them Crooked Vultures
  • A écouter : New Fang, Scumbag Blues, Reptiles

  • Appréciation : Mitigé

  • Note :  5.75/10
  • Qualités : fun, puissant, groovy


vendredi 6 novembre 2009

Queens of the Stone Age - Songs for the Deaf


Si Lullabies to Paralyse (2005) était la fin de la route, la perte dans d’improbables bois aux sorcières balayés de brumes et de vapeurs (remontant en fin de matinée avec le soleil), Songs for the Deaf raconte la virée un tantinet old-fashionned – d’un côté, Queens of The Stone Age est en train de devenir une formation hard-rock trop crédible - qui précéda cet égarement infernal. Au volant : Josh Homme, le « géant roux », au mieux de sa forme, avec sur le siège passager le bassiste chauve Nick Oliveri, et sur la banquette arrière, le plus chevelu Dave Grohl ex-Nirvana, et enfin le troubadour ténébreux Mark Lanegan – vous l’entendrez sur Hanging Tree par exemple.

A quoi bon chanter pour les sourds ? C’est à cette question que ce disque épique va répondre. Est sourd à la raison qui veut bien entendre Songs for the Deaf. Alors que Rated R (2002), le précédent disque de Queens of the Stone Age, était encore underground, même s’il s’est bien vendu aux états Unis, le groupe touche ici plus fort en secouant les radios avec un premier extrait hallucinant d’efficacité – No One Knows et son riff dantesque. No One Knows est un titre ivre et embrasé contre la soumission sociale et intellectuelle – les drogues, c’est si mauvais ! diront les auteurs de Feel Good Hit of the Summer - , mais c’est bientôt tout l’album qui se transforme, sans besoin de substances, en trip tout feu tout flammes, comme l’odyssée américaine vue à travers un rétroviseur cassé.

Queens of the Stone Age est à la musique – Stoner rock pour être précis – ce que le fantasque Terry Gilliam est au cinéma. Un colporteur de projets tellement ambitieux et imposants, à leur manière – toujours inexplicablement barrée -, qu’ils laisse les autres raconteurs d’histoires du moment disparaître dans le rétroviseur.

Le casting de Songs for the Deaf permet de donner vie à son concept ; une heure de route droite et sèche, de soleil insolent qui fait bientôt sortir de leurs gonds les quatre stars du combo. Ce casting comporte un certain nombre d’animateurs radio (dont Jeordie White, bassiste et plus si affinités de Marilyn Manson) qui font monter la sauce - piquante, forcément, on parle de préparation mexicaine – tantôt en espagnol - deuxième langue en Californie, même dans ce coin de désert – tantôt en anglais. Vraiment étranges parfois, ils font globalement sourire comme de stupides moqueries de l’empire radiophonique américain puisque tout a vocation à fonder un empire dans ce foutu pays) – « Clone radio, The station that sounds more like everybody else than anybody else » - et sont censés, selon homme, donner de la fluidité au disque.

De nombreux morceaux de Songs for the Deaf dérivent des désert sessions, ces exercices d’enregistrement qui rassemblent le groupe et ses invités ( PJ Harvey y a participé). You Think i Ain’t Worth a Dollar, but i Think Like a Millionnaire est le titre d’ouverture des volumes 5 et 6 – car toujours fournis par paires – de ces sessions. Pour en rester à ce premier titre extravagant, il a peut-être déterminé un autre groupe de stoner proche de Homme, Millionnaire, à emprunter ce patronyme. Hanging Tree vient quand à lui des volumes 7 et 8.

Le son, quelle que soit la fréquence, est excellent. Quelques crachouillis renforcent l’aspect un peu vieillot de certaines rengaines – l’agressivité débridée de Six Shooter et ce qu’elle doit au punk daté. Les guitares sonnent comme les quatre cavaliers de l’Apocalypse sonore, croisant le véhicule où nous sommes embarqués à pleine vitesse, dès You Think i Ain’t Worth a Dollar... Les voix évoquent ce qu’il y a de plus dégradé et maniaque, à commencer par le falsetto de Homme sur First it Giveth – la fin d’une trilogie d’ouverture mordante. Plus loin, Hanging Tree et Go With The Flow bastonnent, dos à dos. Nous sommes bien terre hard-rock, et nous y sommes enfoncés avec un sérieux jamais effleuré sur les deux précédents disques du groupe.

Quelques salves impitoyables (Songs for the Deaf), et on perd un peu les pédales. S’il y a bien un reproche que l’on pourrait faire à ce grand œuvre, c’est d’être franchement fatiguant par moments, à force d’alterner morceaux plus conventionnels et plages de sable kaléidoscopiques comme Songs… Pas d’échappatoire à cette fichue route, à croire qu’on a à nos trousses quatre malfrats à qui l’on doit 200 000 dollars sous peine de castration après une mésaventure à Las Vegas. Obligation de conduire, jusqu'à la dernière note. (Après apprivoisement de ses excentricités, le processus s’inverse ; obligation de relancer le disque jusqu'au dernier mile). Il y a tellement d’urgence derrière la mécanique imparable de ce long disque, c’est une musique d’exaltés.

Même lorsqu’on nous suggère de fermer les yeux pour voir le ciel tomber (The Sky is Fallin), on continue d’avoir les yeux rouges et exorbités, l’attention étrangement capturée par le point d’horizon de la route, son improbable fin. On se met à regretter les sirènes des flics que l’on a abandonnés quelques miles après la sortie du dernier patelin. Et les klaxons des taxis à Frisco. Le désert, c’est dur.

Genre de mini-tragédie dans cet énorme prise garage, la sanité douteuse de personnages qui ne sont qu’a moitié joués – Nick Oliveri, le braillard sur Six Shooter est bientôt viré du groupe pour violences conjugales présumées. Josh Homme, quand à lui, joue comme quelqu’un qui cherche à se débarrasser de démons trop agités. A savoir : s’il a quelque névrose paranoïaque – le genre de celle qui conduirait un homme à qui tout réussit à s’isoler loin dans le désert pour enregistrer. Crainte, on se le dit, d’un artiste sensible et sur productif pour qui la civilisation signifie saturation de son inspiration. Quelques idées en forme de rochers suffisent. En reprennant Gilliam, c’est par le film Tideland que l’on peut entrevoir cette facette du groupe.

Les images sont plutôt, de ce fait, celles de rêves intéressants à psychologiser – on se souvient des monstres sous le parasol, il est question ici de sang dans une cuillère, plus généralement de paranaïa surjouée (Gonna Leave You) que, pour se référer une nouvelle fois à Gilliam, on identifiera à Las Vegas Parano, ce film dans lequel Johnny Depp et Benicio del Toro jouent d’improbables prophètes de la décadence à Vegas.

C’est parfois prendre des moulins à vent pour des géants (Don Quichotte, un autre projet de Gilliam avorté à grand fracas) que de faire tourner ces mécaniques plus que de raison. Tant pis, c’est d’éloge à la folie, mi-ironique mi-grosse mécanique, qu’il est question. Comme le bruit insistant du moteur qui, de plus en plus, râle d’agonnie, le disque devient élément lancinant qui habite votre corps, et votre tête de se balancer d’avant en arrière. God is in The Radio est profondément traumatisante, disons, autour de la troisième écoute.

Lorsque vous commencez à saisir toute la tragédie de ce voyage, tout ce que vous avez laissé derrière et qui importait davantage que vous ne l’auriez cru, l’atmosphère oppressante entre l’asphalte et tous ces inconnus que vous croisez, dissimulés derrières leurs pare-brises réfléchissants… Une situation insupportable, vous ne pouvez pas y accepter le silence, et remettez le WOMB – du nom de quelque radio citée - en route, une fois, deux fois. « You’re too stupid to realize yourselves » exulte la voix qui ouvre A Song for the Dead. Tandis que son riff effrayant tourne et vire dans divers shemas écrasants, que Homme se fait apôtre de la lobotomie, vous devez rire et pleurer à la fois, à demi hystérique. Ou seulement nostalgique ?

Heureusement, comme tous les grands disques, Songs for the Deaf permet aussi d’extérioser certains sentiments. On ne déteste plus tellement les personnes trop envahissantes après cette expérience.

Un disque qui laissera plus de séquelles à votre esprit que tout ce qu’a fait le groupe auparavant. Et populaire en Diable comme, quoi ? Black Sabbath ? Arrivés dans la cour du studio, à la nuit tombée, on se dit qu’on a bien laissé quelques neurones au bout de la fourche.


  • Parution : 27 Aout 2002
  • Label : Interscope
  • Producteur : Josh Homme, Adam Kasper, Eric Valentine
  • A écouter : You Think i Ain't Worth a Dollar, No One Knows, A Song for the Dead


  • Appréciation : Méritant
  • Note : 7.50/10
  • Qualités : groovy, intense

dimanche 27 septembre 2009

Queens of the Stone Age - Rated R (2000)




Parution : 22 juin 2000, réédité 2010
Label : Interscope
Producteur : Chris Goss, Josh Homme
Genre : Rock
A écouter : The Lost Art of Keeping a Secret, In The Fade, Better Living Through Chemistry


Note : 8.50/10
Qualités : fun, intense, psychédélique, groovy, hypnotique

Rated R a été qualifié de disque de « stoner rock », rock de drogués, à sa sortie en 2000, en partie à cause de Feel Good Hit of The Summer, dont les paroles sont sans équivoque : Nicotine, Valium, Vicodin, marijuana, ecstasy, and alcohol… c-c-c-c-c-cocaine ». Répété encore et encore. C’est le premier morceau du disque, une sorte de cri de ralliement. Mais l’autre raison, plus importante, est due aux origines du groupe, à leur penchant pour l’utilisation de riffs lancinants qui semblent vous tirer vers le bas comme un cercle vicieux de substances. Queens of the Stone Age auraient un sens presque obsessionnel de la ligne de guitare assomante et seraient enclins à explorer des états de conscience qui frisent l’épylepsie. Rated R est pourtant plus superficiel que ça, qu’on se rassure ; s’il est diablement séducteur, c’est parce qu’il s’agit d’une musique qui ne cherche pas à incarner un quelconque style, ni à illustrer un putain de mode de pensée. Alors, s’il y a bien un sens étudié de la répétition et de la précision sur Rated R, c’est en fond de plan ; les idées musicales sont portées à nu par la folie du bassiste-vocaliste Nick Oliveri et par le chant de crooner-capable-de-falsettos de Josh Homme. Les détours sont multiples ; In The Fade, par exemple, sur lequel Mark Lanegan envoûte. Pas étonnant que Homme ait toujours rejeté le terme de « stoner », à écouter ce disque iconoclaste et séducteur. 

On ne s’ennuie pas une seconde, entre tubes délirants – The Lost Art of Keeping a Secret, Monsters in the Parasol – et morceaux de bravoure seulement à moitié faints – Quick and the Pointless, Tension Head. Il y a de la violence en la personne de Nick Oliveri sur cet album, mais aussi une nostalgie, une humanité qui fait de Rated R un disque équilibré et intelligent. Et un sens progressif et pop qui était absent de tout ce qu’avait fait Homme jusque là : Better Living Throught Chemistry ou Auto Pilot permettent au groupe d’élargir leur marge de manœuvre. C’est un disque inhabituel dans ses sonorités, qui pourtant a tout d’un grand classique ; aucune faiblesse et une équipe de musiciens visiblement très soudés, un belle somme d’amitié – vivre à l’orée du désert Califoirnien crée sûrement des liens. L’édition 2010 apporte encore plus de profondeur à l’ensemble, avec des inédits (Ode to Clarissa, une reprise des Kinks, Who'll Be the Next in Line…) et des titres live capturés au Reading Festival en 2000 qui permettent d’écouter certains des meilleurs titres issus des deux premiers albums du groupe, notamment Avon et If Only – débarrassés de leur production. 

- Rated R réedité pour son 10 ème anniversaire, 2010

On ne peut pas parler de Queens of the Stone Age sans saluer le travail de Kyuss, son ancêtre en ligne directe qui fut l'auteur d'un disque branque intitulé Blues for the Red Sun (1992) par lequel il accéda à un statut de groupe culte, et sans doute aussi le travail de Chris Goss, le producteur et musicien derrière tous les albums des Queens et pas mal d'autres plutôt intenses. 
Goss est entre parenthèses le leader d'un groupe appelé Masters of RealityPine/Cross Dover est sorti en 2009. Véritable précurseur lorsqu'il fonda son propre groupe en 1988, Goss est critique lorsqu'il regarde le chemin parcouru par ses poulains. Il faut reconnaître que ces derniers temps, il manque aux disques de QOTSA l'effervescence qui caractérisait Rated R et Songs For the Deaf (2002), deux énormes claques qui dispensaient un mélange de sexe, d'insanité, de mexicanité et de série B avec la malignité des plus grands. dont le dernier disque,

Le disque éponyme paru en 1998 reprennait une formule déjà chauffée à blanc par Kyuss et d'autres, sans cesse portée à ébullition par les jams de dératés qui servaient de méthodes de composition à Homme et à son groupe, emportés dans un tourbillon de folie dont tous ne sortiront pas indemnes. Aujourd'hui, après un disque moyen, Era Vulgaris (2007), Homme laisse planer un sentiment de tyrannie sur les Queens of the Stone Age. Plus que jamais, le groupe, c'est lui ; seul Nick Oliveri, encore présent sur Rated R, était de taille à lutter, mais des problèmes de violences l'on écarté du groupe. L'âme de Rated R, ce qui lui donne le cachet de disque ultime d'une scène nécessairement marginale, malgré tout le succès commercial que les Queens peuvent avoir, c'est le mélange, l'alchimie. 

Littéralement, « a chest-beating energy, a confusing head trip, or a dissipating sadness » (Pitchfork) - Josh Homme préfère y évoquer des sentiments plutôt que des idées - ; musicalement, la rencontre de deux voix , celle de Homme et de Oliveri, et de quelques idées à tiroir trouvées à taper le boeuf avec plus de sérieux qu'on ne pourrait l'entendre. L'ambition de Rated R, à toutes les étapes, est palpable.

Les deux personnalités à l'oeuvre, Homme et Oliveri, sont en concurrence, et du coup non seulement le disque comporte son lot de titres énormes – Tension Head chanté par Oliveri... - mais l'ensemble est sinon cohérent, sinon régulier, d'une qualité constante – à l'an 2000 le rock prépare encore bien des chefs-d’œuvre… Côté ryhtmique, plusieurs batteurs se relaient aux fûts, avant que Dave Ghrol ne déboule pour le disque suivant. Mark Lanegan, l'épouvantail des Screaming Trees, fait une apparition... Chris Goss a produit pour lui Bubblegum (2004). 

Les Queens réussissent à faire de la musique d'initiés pour les masses, par un dosage habile de hard-rock et de références au courant musical amené par Goss. On se sent rapidement euphorique, même si l'objectif avoué est carrément de menacer la santé mentale de l'auditeur comme des musiciens eux mêmes. Comment des challenges brumeux se transforment en réussite totale, c'est la force de Rated R qui à certains moments est vraiment pathos, (Quick and the Pointless...) à la fois consternant et jouissif (Monsters in the Parasol). Ils semblent se jeter sur tout un tas d'opportunités à la fois, rechercher les révélations. 

Côté pochette, Feel Good Hit Of The Summer annonce : (AS) Adult Situations ; (C) Consumption ; (S) Illégal Substances ; pour Better Living Through Chemistry, c’est (V) Violence, (SE) Subversive Elements, (D) Disbelief, (R) Revenge. I Think I Lost My Headache provoque, à en croire un baratin inérent au discours volontairement abêtissant – et paradoxalement révélateur - des Queens of the Stone Age, des Paranoid Delusions ou une Blind Faith, foi aveugle. Les autres pièces sont à l’avenant. Bref, pour en revenir au début ou presque, on se sent en écoutant cette musique plus tolérant, indulgent et ouvert que tous les moites adorateurs de musiques hard dans les années 80 qui n’ont rien vu venir : cette vile transformation des mœurs, cette malsaine perversion d’Hollywood qui nous a conduit à David Lynch, à Johnny Depp et aux Queens of the Stone Age.

On dirait parfois que le groupe cherche à se saborder mais en réalité il grossit, ne cesse de déployer son arsenal sonore rugueux avec un groove monstrueux. Auto Pilot est le titre le moins inquiétant, quoique soit annoncé (A) Alcohol et (SD) Sleep Depravation. Après qu’une sirène de police de L.A. ait retentie, le morceau démarre dans un mid-tempo irrésistible. Un bon contrecoup aux tornades que sont Quick and the Pointless ou Tension Head – auquel se succède le doux Lightning Song. Leg of Lamb, Better Living… ou I Think i Lost my Headache jouent dans un registre moins violent mais peut être plus obsessionnel.



mercredi 5 août 2009

Black Mountain - In The Future


Deuxième album de Black Mountain, In The Future commence avec Stormy High, riff énorme et clavier toutes dents dehors. C’est clairement les années 70 qu’embrasse, en surface, ce quintet de Vancouver. Déjà, la pochette évoque King Crimson ; et pourtant, ce n’est pas King Crimson. Le deuxième morceau brouille d’ailleurs un peu les pistes, mais c’est pour mieux révéler l’aspect le plus crucial de ce disque ; la tristesse et la noirceur latente, pour ne pas dire la colère qu’exprime le combo. Tyrants nous ramène à notre première impression que Black Mountain est un groupe de prog-rock, bien qu’ils viennent de prouver qu’ils peuvent se mettre à nu et ne pas construire vainement, avec Angels. L’occulte de Black Sabbath est bien présent à nouveau, et les paroles en appellent à un monde meilleur dans un déluge d’ambiances écorchées. Après une longue plainte de Stephen Mc Bean (leader et producteur du disque), le morceau s’arrête puis repart dans une lourdeur presque métal. Phénoménal de beauté et de puissance, Tyrants est l’un des meilleurs morceaux de l’album, et parvient très bien à en cerner l’ambiance générale, qui n’est pas vraiment à l’allégresse.

Cette saga de science-fiction continue avec Wucan. Moins plombé, ce morceau est moins Led Zeppelin que Pink Floyd, avec une batterie métronomique et implacable qui s’impose lentement. Le disque semble lancé sur une ligne plus instrumentale et réfléchie que rock spontané, tentant d’atteindre en se développant quelque endroit intime à l’expérience du groupe, et mettant ainsi en avant l’entité du quintet. Tandis que la musique avance, il semble n’y avoir aucun espoir de retour. Stay Free calme le jeu mais se révèle inoubliable, et fait complètement partie du rituel. Si Black Mountain n’est pas déjà de l’autre côté du Styx, ça ne saurait tarder.
Alors que les riffs semblaient sur Stormy High ou Tyrants la force motrice première de la musique, c’est le chant modulé de miss Amber Webber qui donne sa direction à Queens Will Play, tandis que les claviers confirment leur rôle prédominant. Le morceau revient plus loin au psychédélisme, lorsque guitare et claviers effectuent des volutes, avant l’apparition d’un riff dans lequel on peut, enfin, voir assurément la marque de fabrique authentique d’un groupe encore en devenir.
Ainsi, certains morceaux se construisent comme des voyages d’un point à un autre, d’autres comme de simples échappées, des fuites vers l’inconnu. Evil Ways voit le retour d’un son et même d’une voix qui se rapproche beaucoup de Black Sabbath, influence poisseuse qui colle parfaitement à l’ambiance du disque et le cimente plutôt que de le détourner de sa sincérité. Les influences sont parfaitement assimilées à l’identité du groupe. L’occulte est de retour avec Brights Lights, morceau ambitieux de seize minutes étouffant mais passionnant. Il ne s’agit plus d’un voyage, mais d’une sorte de purgatoire. A ce stade, In The Future devient religieux, la musique un rite et le chant à deux voix une incantation. Heureusement, une salve de guitare vient sauver Brights Lights de la torpeur dans laquelle il risquait trop sûrement de s’enfoncer, rétablissant ainsi l’équilibre d’un groupe qui campe décidément bien sur ses dix pattes. Et de plonger à nouveau…
De multiples transformations semblent faire de Bright Lights une pièce maitresse du rock indépendant contemporain. Un disque qui invoque la participation de l’auditeur, et qui, plutôt que de chercher à le surprendre, tente de se faire accepter du fond de son abyme. L’écouter c’est plonger sûrement dans un voyage passionnant, loin de tout bricolage néo seventies.
  • Parution : 22 janvier 2008
  • Label : Jagjaguwar
  • A écouter : Stormy High, Tyrants, Queens Will Play, Stay Free

mardi 4 août 2009

White Denim - Fits (2009)

 
Parution : 22 juin 2009
Label : Full Time Hobby

Genre : Rock alternatif
A écouter : Radio Milk How Can You Stand It, I Start To Run

7.50/10
Qualités : intense, ludique, fun


Ce trio du Texas, fabuleusement énergique, signe ici son deuxième disque. Le cap souvent difficile est assuré avec une aisance déconcertante. Tempête d’influences débraillées mélangées dans des formats très ouverts, Fits laisse d’abord assez admiratif devant une maitrise technique poussée, résultat d’expériences de longue haleine. Un jeu jamais statique, jamais reposé, à l’image de Radio Milk How Can You Stand It et sa minute de démarrage totalement free ; une batterie immédiatement foisonnante, sur laquelle l’énergie hallucinée des quatre et six cordes peut en découdre, à l’endroit et à l’envers. Plus loin, on a droit à un hard rock qui fait méchamment penser à Hendrix… sauf que quarante ans ont passé et que le trio est bien conscient qu’on ne peut ressusciter les années 60 sans faire grincer les dents. Ainsi tentent t-ils de nous laisser béats le temps d’une écoute, et y parviennent.

Funk, punk, rock chaud, guitar-héros, tout est expédié dans le même tuyau ; on a même droit à une minute quarante huit de chant espagnol enragé, avec El Hard Attack DCWYW. Steve Terebecki fait des merveilles à la basse, et une bonne introduction au groupe semble d’ailleurs I Start To Run dont le clip déjanté montre le dit bassiste obligé de courir et de se mettre hors de portée de fusil avant que ne s’écoule le temps dans le sablier d’un crasseux taré et pervers. James Petralli, chanteur inspiré de Jeff Buckley, et Josh Block sont pendant ce temps contraints, avec quelque nervosité, de jouer le morceau, qui, à 2 minutes cinquante secondes, est juste le tempo qui faut au sable pour passer dans le bas du sablier. Vous l’aurez compris, tout est une question de timing ; sans qu’on ait le loisir de prendre de substances illicites, la première moitié frénétique de ce disque se termine. Ensuite, on assiste à un léger revirement funk et quelques ballades font même leur apparition, sans cesser de surprendre, jusqu'à la belle Syncn, irréelle.

Le trio se réclame du travail de Beefheart, Funkadelic, XTC ou de la Bossa Nova des années 70. Mais ça pourrait aussi bien être une excuse pour avoir le droit de s’éclater sans qu’on les méprise. Peu de gens peuvent comprendre que le plaisir de faire de la musique est analogue à celui d’essayer chaque semaine un nouveau mélange ; toujours aller de l’avant, même si on parvient à des constats plus repoussants que sexy. Sex Prayer est un morceau instrumental qui évoque les Doors, encore faut t-il avoir un sens de l’exploration prononcé, davantage qu’une seule nostalgie, pour faire arriver jusqu'à nous un tel travail ébouriffé et apparemment dérisoire. White Denim perdrait t-il de mordant, après à peine quinze minutes de voltige ? Non, il s’affirme, prouvant l’importance du recyclage encore, dans le petit monde du rock. L’adresse de leur jeu n’a d’égale que leur courage à présenter la matière intacte qui est entre hommage burlesque et prétexte à cohue. Finalement, on trouve au groupe une grande personnalité, qui prend ses racines dans l’aisance des musiciens et dans ses goûts prononcés pour des genres et énergies contraires (free jazz-hard rock etc.). Dans ces conditions, c’est un groupe qui n’est qu’au début de sa route et semble capable de se transformer encore.

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