“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

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samedi 16 juillet 2016

MARISSA NADLER - July (2014)


oo
élégant, hypnotique, contemplatif
Folk, pop alternative, americana



Quand les murs tombent, cela apporte au lieu d’amenuiser ses forces, cela lui permet de voir plus loin. Incapable de rester sans inactive, Marissa Nadler se nourrit désormais des transformations incessantes d'un climat que l'on croyait éternel et qui s'est mué en force ennemie, aspirant nos souvenirs, et précipitant notre isolement, que ce soit en déclenchant les guerres, comme le chaleur syrienne, ou en faisant disparaître des maisons et des quartiers entiers dans les inondations. Elle a toujours semblé vouloir rester à faire le ménage de son entité en conjurant le vide, la poussière, les mots. Mais cette entité, ce vide, ont évolué vers plus de spécificité, de précision, décrivant un monde de plus en plus conscient, dont les manifestations à l’encontre des hommes se multiplient. Le monde d'enregistrement de ses chansons s'est enrichi, elle s'est mise à faire des démos, et cela se traduit par la présence de plus en plus grande d'harmonies vocales.

« J'ai préparé chaque chanson sur Garage Band, puis en créant les harmonies sur une piste séparée. J'ai écrit les mélodies avec les harmonies en tête. Quand je suis arrivée en studio, chaque harmonie était déjà écrite, ainsi que toutes les idées pour les parties vocales. L’instrumentation s'est faite de ce que Randall Dunn a apporté de son côté, avec une facilité géniale. » Après July, elle savait déjà qu'elle confectionnerait le prochain album avec ce même producteur, présageant d'une longue relation avec celui qui sut si bien comprendre comment sa musique était liée aux atmosphères amples du black metal.

Les atmosphères austères et enveloppantes de July sont aussi concrètes que la relation des groupes drone comme Sunn O))) avec leur équipement. La buée s'échappant de cette musique pourrait aussi bien être le chaleur des enfers, et on peut clairement imaginer les changements d'état de l'eau à son contact, les troncs vibrer et les feuilles frémir sur les arbres et tomber jusqu’à ce qu'il n'en reste plus une seule. D'ailleurs les goût de Nadler pour les harmonies vocales s'est combiné aux ambiances du groupe black metal Xasthur en 2010. La musique metal contemporaine recherche des atmosphères très sophistiquées. Finalement, les harmonies soigneusement détaillées, sont, mieux encore que les arrangements, ce qui démarque les chansons de Nadler et forge leur esprit.

«Mes fans les plus loyaux ont toujours été des hommes d'un certain âge qui jouent en finger picking et des fanatiques du songwriting. J'ai aussi maintenant, une légion de fans de black metal suite à ma collaboration avec Xasthur. J'aimerais qu'il y ait plus de dames à mes concerts... » July est l’album qui devrait lui apporter, dans le temps, son public le plus varié, plus jeune et féminin. Les histoires de cet album donnent l'impression qu'elle apporte des conseils ou des mises en garde à une personne plus jeune. Le cap de la trentaine joue son rôle. Ce n'est plus seulement le jeu de se perdre dans un autre lieu et un autre temps, comme dans les premières chansons, à 23 ans : "I once was young and I once was strong." Il y a transmission.

Il y a cette volonté d'identification, d'empathie, une générosité renouvelée pour la nouvelle génération. Ce n'est plus seulement sa musique nous ouvrant les bras dans un envoûtement ininterrompu, ce qui avait attiré ses premiers fans. Ce n'est plus seulement pour faire passer la nuit aux insomniaques, mais pour être utilisé en plein jour. Elle tend à aller vers plus de réalisme, d’éléments pour ceux et surtout celles cherchant à ne plus se laisser abuser. Sur Holiday In : "You have a girl in every state/ I know I'm in the way."


Ce qui rend ses chansons puissantes, c'est les possibilités, ce qu'elle laissent entrevoir. Elle se tient en gardienne, en interprète, comme les poètes en sont, comme le chant l'est, et les rêves peuvent l'être. Une barrière, une forme d'inertie à l'inverse de l'inconstance. Elle encaisse comme tout le monde les visions, les images, s'en imprègne. «Looking through the windows/ to other people’s rooms ». Elle est aux limites de l'inconstance, de la trahison de son propre être, le met en danger en brouillant les frontières entre elle et le monde. Auparavant, les personnages étaient seuls dépositaires de leur temps, ils décidaient de la manière de le dépenser. « Ce disque s'appelle July car il fait la chronique des événements de ma vie, d'un mois de juillet à l'autre. Ainsi, c'est très chronologique, la façon dont l'album avance est aussi la façon dont ma vie le faisait. »

lundi 21 septembre 2015

THE BONES OF J.R. JONES - Dark Was The Yearling (2014)





O
élégant, frais
Country rock, blues acoustique


A découvrir d'urgence ! New Yorkais trentenaire d'origine 'ukrainienne aussi bien que galloise', Jonathon Linaberry a attiré sur bandcamp les aficionados de musique roots bien chantée. Avec une voix mélodique qui rappelle Doug Paisley, et sa fragilité capable de capter l'attention instantanément - surtout si Melaena Cadiz ou Lindsay Swartz Newman relèvent le niveau d'émotion en se proposant aux choeurs (sur The Dark, This Fire ou Hearts Racing, avec de surcroît l'harmonica pour achever de charmer l'auditeur.) De simples accords, à la guitare hollow body ou au banjo (Broken Land), et une vision musicale qui se nourrit des mouvements et des sons de la ville. des évocations de lieux (la Nouvelle-Orléans..) sur Ticket Home ou St James'Bed et de souvenirs, et une fascination pour les matinées qui démarrent au café, assis au comptoir, tandis que des hommes en bottes entrent et foulent de le sol, clomp, clomp, clomp. Ou le "changement d'ambiance", que les portes du métro s'ouvrent ou se referment. Rien d'aussi touchant encore que dans Si tard, il était si tard, le livre de James Kellman. Mais un rythme lancinant où les sons remplacent les 'sans dec', les 'putain' et les 'bordel'.

Légèrement misanthrope, (il le faut pour produire une musique affirmée comme celle-là) mais qui célèbre les gens et la vie avec cette patte matinale, simple, vagabonde, traditionnelle. Fury of the Light martèle le blues hypnotique d'un one-man band, mais ce n'était pas intentionnel. "J'aimerais être plus émotionnel et cru", avoue t-il comme pour montrer qu'il n'est pas de ces vaniteux qui brandissent simultanément guitare et frappent du pied leur kick drum.
http://thebonesofjrjones.bandcamp.com/album/dark-was-the-yearling

samedi 22 août 2015

La semaine psychédélique (2) - WALKING SHAPES - Taka Come Home (2014)






OO
ludique, entraînant, frais
Rock alternatif

De l'introspection extravertie, cette façon de négocier avec les êtres d'un autre monde pour mieux faire face aux impitoyables êtres humains. Walking Shapes se construit un impressionnant rayon d'hymnes punk rock discoïdes psychédéliques et pop. Ils sont armés pour lutter crâneusement contre les têtes d'affiches japonaises, contre Yoshimi et ses robots roses avec une joie débraillée et très cool. Font penser aux Flaming Lips, donc, en plus léger quand même. L'esthétique du clip de Feel Good est piquée aux visions ludiques de Wayne Coyne, déjà. Plein de tubes en puissance sur cet album, de d'échos rebondissants, de couplets sinusoïdaux, de refrains libérateurs et d'énergie élastique. Puis basculent sans prévenir dans l'élégance d'une ballade folk avec Find Me. Dans leur attitude exploratrice, font honneur à leur pays comme rarement ! Un album peu remarqué mais si bien amené et construit qu'il ne peut pas laisser indifférent. 

Réédité avec des titres bonus en 2015.

jeudi 21 mai 2015

FIELD REPORT - Marigolden (2014)




OO
élégant, lyrique, doux-amer
indie folk, songwriter

La musique de Field Report est tout de suite très américaine. La pedal steel, emblématique du far west, de Marigolden a été enregistrée par Ben Lester dans un studio qui s’appelle le Unicor Ranch, le ‘ranch de la licorne’, si on en doutait. C’est une Amérique parfois spécifique, mais pas géographiquement délimitée.

Sur ce disque qui a nécessité 10 mois de travail, la scène la plus horrible de l’album survient lorsque le fils du sheriff, dont Christopher Porterfield  souffrait la méchanceté quand il était jeune, se suicide en se tirant une balle sur un green de golf. Il y a toujours cet avertissement presque grinçant de ce que peut donner la vanité de pire. Ce sont des situations de film policier données à la contemplation.  Ce chanteur-là, que l’exigence lyrique place dans les fleurons de l’indie folk américain, nous faits parfois penser à John Grant, par sa façon aussi de suggérer qu’il n’a pas la moindre valeur tout en s’en donnant une finalement, morale, triomphante. Sauf que les grands coups de synthétiseurs de Pale Green Ghosts (2013) de ce dernier sont tenus ici par des touches bien plus aériennes. La comparaison tient puisque John Grant est signé aux Etats Unis sur Partisan Records, le même label que Field Report.


Hormis que tout le groupe a changé depuis le premier album éponyme (2012) qui était comme le grand saut que Porterfield s’autorisait enfin, après toutes ces années d’attente, dans la poésie et l‘âme humaine, Marigolden sonne quasi pareil que son prédécesseur. Les innovations électroniques ont été contenues dans un faux minimalisme, assez vaste et détaillé, à l’image de Wings, la première chanson de la deuxième face – puisque l’album est clairement structuré en side a/side b. C’est le producteur de Feist aux manettes. Wings, c’est l’un de ces moments où la musique devient aussi propre à Porterfield que les paroles, qui décrivent le chanteur en Icare moderne. « Soaring close to god until his love melts my wings and the emptiness of space smells like parafin and gasoline… » La chanson-titre a le dénuement et la touche d’Americana suffisante pour entrer dans les clichés du Nebraska. Les paroles sont, comme toujours, ce qui retourne le monde et semble nous le présenter dans le bon sens pour la première fois. Les synthétiseurs qui sont devenus la marque de fabrique de Field Report nous entrainent dans un flottement jusqu’à Michelle, une chanson encore plus ambitieuse, bâtie autour de quatre couplets qui ne laissent inexploré aucun recoin de la psyché. Porterfield est dans un élan qui produirait des tragédies quasi antiques s’il transposait son sens narratif au cinéma. Mais pour rester en termes musicaux, c’est comme si un Neil Young affecté version Tonight’s the Night chantait dans les ambiances de Harvest Moon.  C’est une poésie si concrète, presque agressive, qui se révèle après plusieurs écoutes, quand les moments apparemment moins valeureux deviennent terriblement attachants au-delà de leur seule élégance. Summons tient une note d’espoir et montre une tenue qui gravite autour de la résilience. « If you fall in love again while i’ve been away… » L’album, superbement construit, commençait, ou presque, par  “Le corps se souvient de ce que l‘esprit a l’oublié” pour se terminer, ou presque, par le retour à la maison d’un homme, qui, s’il n’est pas complètement palpable, est moins malade qu’il aurait pu l’être. 

vendredi 15 mai 2015

BEN HOWARD - I Forget Where We Were (2014)



OO

sensible, pénétrant, sombre
indie folk

En musique, le sentiment de mélancolie suscite bien plus un plaisir agréable, comme celui qu'on peut éprouver tandis que le soleil se couche et nous éclaire sereinement à travers les branches agitées d'un arbre, que d'une sensation de désespoir. L'attitude en retrait d'un artiste qui enregistre ce genre de musique n'a souvent rien à voir avec la générosité qu'il produit. Ben Howard, raide et sombre sur la pochette de son deuxième album, ne laisse pas imaginer toute la grâce virevoltante qu'il met par moment dans ses chansons, et jamais mieux qu'au milieu de la chanson titre. Les roulements de batterie nous emportent loin.

La mélancolie est aussi un sentiment particulièrement pur, dans cet album excellent ou tout sonne si juste, que l'influence du folk et de la musique ambient des seventies de John Martin saisit dans toute sa vérité intemporelle. Dès lors, ceux qui regretteront l'apparente létargie qui s'installe peu à peu dans l'album, en comparaison avec le folk plus heureux de Every Kingdom, rangeront bien vite lers regrets au placard. Howard expérimente ici avec les harmonies, crée un son vaste et original, qui retranscrit un saut dans l'inconnu. Au est précipités par la grand porte, dès Small Things, qui répète de façon frappante 'His the world gone mad, or is it me/All the small things that gather around me, gather around me...' On peut vraiment ressentir avec lui les forces contradictoires qui l'encerclent, dans un sentiment de solitude face aux éléments qui a tôt fait de donner à l'album un côté américain.

La gravité du jeune Howard ont incité à la comparaison avec Justin Vernon, par exemple, au moment où Every Kingdom remportait des prix et se vendait en grosses quantités. La voix de Ben Howard n'a sans doute rien d'extraordinaire, au delà de la belle lassitude qu'elle exprime. Il ne fait pas penser, comme son héros, du folk sur Solid Air (1973), au folk-soul transcendant de Terry Calier, même sa sensibilité exacerbée lui donne un charme particulier. Il s'assure que la production de son album bâtisse sur le folk du passé des canevas qui s'étirent et se transforment en prenant leur temps (Time is Dancing, End of the Affair) La première des deux est envoûtante, la seconde prouve que I Forget Where we Were est un album d'ambiances, capable de prendre son envol sous l'arbre agité au crépuscule comme dans la nef d'une cathédrale. On pense à Again, la chanson d'Archive, surtout lorsque Howard s'époumone directement dans le corps de sa guitare.

Dans cet enchaînement construit , chaque chanson semble apporter ce qu'il manquait à la précédente, la complétant qu'il est facile d'oublier où elles commencent et se terminent, se déroulant comme dans un fondu enchaîné. On retient en particulier comment la guitare acoustique réapparaît sur In Dreams, une C'est l'intelligence de cet univers dans lequel plonge la musique de Howard qui donne par contraste, à sa voix un aspect hanté. On pense à A. A. Bondy un autre merveilleux esthète de la mélancolie en forme de voyage. Si on en doute, pour le voyage, il suffit d'écouter Conrad. On ne décroche pas d'un tel album !

samedi 4 avril 2015

JAY WILLIAM HENDERSON - Hymns to My Amnesia (2014)




OO

lyrique, sensible, soigné

country alternative

Le ton est sombre, dès les premières paroles : “You fool, you fucking fool. You’ve created this torturous mess.” La voix rappelle Father John Misty. Jay Henderson a déjà gagné la réputation d'un parolier recherchant l'ombre, mais une histoire n'éclaire jamais qu'en projetant de l'ombre. Ces chansons rudes se déploient parfaitement dans un rythme à la lenteur élégiaque.  Cet album a aussi été enregistré avec en tête les paysages majestueux de l'Utah, d'où Henderson est originaire et qu'il sait photographier avec talent. Désormais à Nashville, il a enregistré dans une perfection ouatée et mélancolique, dans une ambiance à la Harvest (1972), de Neil Young, accompagné d'une dizaine de musiciens et un trio de chanteuses pour les chœurs. Heart & Hand est l'une des chansons les plus bouleversantes depuis longtemps, jusque dans l'apparition simultanée d'un harmonica et de la pedal steel, deux instrument traditionnels, joués de la façon la plus déchirante au monde. A partir de ce petit bijou, les chansons s'allongent jusqu'au sursaut de Tide puis à la longue digression qui s’appelle de façon paradoxale, Ain't Looking Back. Cet album m'aillant vraiment impressionné par sa force, et au vu de l'absence de presse sur Jay William Henderson en français, j'ai contacté l'intéressé pour réaliser une interview. A suivre...

http://jaywilliamhenderson.bandcamp.com/album/hymns-to-my-amnesia

dimanche 1 février 2015

STRAND OF OAKS - Heal (2014)






O
audacieux, efficace
indie rock, dance rock


« J'étais un gamin de l'indiana, qui ne couchait avec personne, mais j'avais tes chansons si belles à écouter », chante Timothy Showalter, né en 1982, sur JM, son hommage, non à John Mellencamp (qui vient lui aussi de l'Indiana) mais à Jason Molina. La chanson embrasse autant la mélancolie en fusion du groupe Magnolia Electric, et l'arrière pensée, moins émotionnelle, de ce qu'il faut reconstruire, une fois prise en compte cette disparition. On retrouve dans cette musique le garçon au futur incertain qu'était Molina en son temps, quinze ou vingt ans avant sa mort prématurée. Elle est rendue plus touchante si l'on a entendu ce que partage plus simplement Dark Shores (2009), le précédent album de Strand of Oaks, avec la musique de Molina. La pochette de celui ci était, soit dit en passant, magnifique, dénotant comme celle de Heal une sensibilité particulière. « Je ne veux pas tout recommencer à zéro » chante Showalter sur Goshen '97', une chanson dépréciative sur sa jeunesse, mais capable aussi de remonter puissamment à la source de son art. La mort de Molina aurait aisément pu interrompre Showalter au cours de sa tournée européenne en 2013 pour le faire rentrer aux Etats-Unis et capturer son sentiment. Mais il y a eu autre chose, une insatisfaction concernant le précédent Dark Shores, que l'on ressent comme un album en demi-teinte, fait de chansons qui évitent à tout prix le sensationnel. La voix claire et haute de Showalter est dans un environnement dépouillé qui n'est pas tout à fait satisfaisant. Il fallait trouver le moyen de parler de blessures tout en s'affirmant beaucoup mieux. « Je n'aimais pas ce à quoi je ressemblais, la manière dont je me comportais », confesse le chanteur à son nouveau label, Dead Oceans, pour mieux souligner le grand pas en avant effectué avec son nouvel album. Il était alors en Suède ; mais il ira bien plus loin encore, à la limite de la mort, quand, juste avant la date prévue pour terminer l'album, il réchappera à un accident de voiture avec un traumatisme assez grave. Le son de l'album sera, suite à l'accident, rendu le plus cathartique possible, faisant de Heal bien plus qu'un simple nouvel album de Strand of Oaks. Un point de non retour. 


La densité émotionnelle de celui-ci est, enfin, propulsée par des mélodies accrocheuses et des sons puissants. Quoi de mieux que de faire venir J. Mascis (Dinosaur Jr), un de ses héros, pour brûler un solo sur la chanson d'ouverture, ouvrant l'album dans une effervescence toute contraire à la discrétion du précédent album ? Et comme souvent dans l'album, un lien magique unit les paroles et la musique, car au moment ou Mascis, joue, Showalter est justement en train de raconter ses souvenirs musicaux et ses héros de jeunesse. Heal est, à tous points de vue, un éclatement, plein de pont musicaux entre trente ans de musique, avec en fer de lance les surprenantes Heal, Same Emotions, ou For Me. Shut In, Plymouth ou Woke Up To The Light ont une présentation classique, en droite ligne des années 70, mais c'est la manière dont elles s'intègrent à l'album qui les rend passionnantes. La musique profite habilement de la batterie de Steve Clements pour ne rien perdre de sa puissance, quels qu'en soient les atours, nappes de synthés comme guitares électriques. C'est l'ordonnancement d'un trop plein qui en impose, peut-être pas à la première écoute, mais, et c'est mieux, ensuite, plus tard, quand on a mesuré l'importance de cet album. Une originalité, c'est de croire qu'on a affaire à un groupe tout entier, alors que c'est une œuvre voulue par un seul homme, et ainsi plus personnelle et audacieuse. Showalter ne recommence pas à zéro ; il prend une nouvelle dimension, c'est dans ces conditions qu'il peut faire partie de ce label décidément prestigieux.

vendredi 30 janvier 2015

GREYLAG - S./T. (2014)



O
romantique
Folk rock

En anglais, on dit souvent qu'un label est une 'maison'. Et c'est vrai. Peu importe la distance qui sépare les groupes de leur label, il finissent par s'y retrouver. Franchir une telle distance est le processus naturel pour un groupe souhaitant conjurer d'autres atmosphères que le rock. S'échapper des formats donne la liberté de ne pas se faire témoin d'expériences vécues à l'excès, comme le rock n' roll. Greylag s'imprègne, englobe et atteint au-delà de l'intimité dans laquelle il crée. Ce trio parle des hasards de la vie sans doute, comme celui qui a réuni trois jolis poulains élevés dans des endroits très différents, Andrew Stonestreet (Chant, guitare acoustique), Daniel Dixon (divers instruments à corde, claviers) et Brady Swan (batterie). On imagine les blagues croisées sur le Texas et la Californie. Greylag combine les évocations de Led Zeppelin période III (et ces groupes capables de mêler le feu rock n'roll avec la méditation de hautes sphères 12 cordes), et celles d'influences plus déroutantes comme les islandais Sigur Ros. Greylag est le nom anglais de l'oie sauvage, ce qui ne fait pas passer toute la majesté rock que vise le groupe, même si une métaphore pour 'voir le monde d'en haut' a ses avantages. Difficile, pour un label, de retenir au sol un tel groupe ? Tant mieux, les chansons développent une atmosphère plus vibrante, voire romantique (Yours to Shake), que sur le premier EP The Only Way to Kill You. Et le producteur des Fleet Foxes, de Band of Horses ou des Shins donne une ampleur 'naturaliste' et un sérieux auquel le groupe échappe dans les moments les plus mordants. Dead Oceans a permis à Greylag d'atteindre d'autres horizons, les a inspirés et poussés à embrasser complètement leurs rêves. Ces labels de taille moyenne ne jouent pas nécessairement le rôle de découvreurs de talents, mais donnent à de petits groupes la capacité de se développer et d'honorer leur nouvelle maison. « Le son exploratoire, plein d'émerveillement de Greylag est la pointure parfaite pour Dead Oceans. »

mercredi 28 janvier 2015

# morceau : GREYLAG - Another



Un autre groupe du label baptisé de façon prémonitoire Dead Oceans.

http://deadoceans.com/watch.php?id=198

samedi 24 janvier 2015

JOY - All the Battles (2014)






OO
attachant, sombre, 
Rock alternatif

Après toutes ces années, difficile de de ne pas avoir la sensation que l'esprit du belge Marc Huyghens, ne trouvera jamais la sérénité, lui dont la voix tranchante entame souvent les morceaux avant tout autre instrument. Les chansons exhalent l'engagement, l'impuissance ou la menace, et on devine la bataille infernale qui est livrée pour jouer de simples chansons pop. Les refrains cathartiques libèrent un trop plein d'émotions et construisent à chaque fois des mélodies affectées. Les plus tapageuses (Sunday and I, The Great Fire, Life..) s'écoutent compulsivement, tandis que les plus lentes (All the Battles, Drift and Dive) nous plongent dans une sereine mélancolie - comme tout bon disque, celui-ci n'épuise pas les meilleurs paradoxes. Une musique minimaliste parfois, qui se ressent partout, dont le schéma est établi depuis le temps de Venus, le précédent groupe de Huyghens, et plus précisément depuis son album préféré enregistré avec ce groupe, le sans appel The Red Room. Les chansons sont aussi courtes et frappantes qu'on peut se le permettre quand on souhaite toutefois embarquer l'auditeur pour un pont et plusieurs refrains. ils se terminent abruptement. La basse de Katel, qui a remplacé Anja Naucler (violoncelle), donne un aspect plus rugueux et musclé, à l'album, qui tente parfois de bondir hors de sa boîte (The White Coat) en avançant la frustration positive. On sent que Françoise Vidick (batterie, chant) comme Katel on un rôle important pour renouveler et prolonger les habitudes mélodiques de Huyghens. D'ailleurs, elles chantent en tandem plusieurs chansons, et les habitent avec un succès qui dépasse même celui d'Huyghens, pour qui la cause est déjà gagnée. La production squelettique, se caractérise par le manque ou au contraire par l’hypertrophie de certains éléments : elle est due à John Parish, et c'est ainsi que le disque prend parfois de faux airs de Pj Harvey. Une très bonne surprise.

MARY FLOWER - When My Bluebird Sings (2014)



OOO
envoûtant, intemporel
Blues acoustique, folk

Un anniversaire ! 20 ans se sont écoulés depuis Blues Jubilee, le premier album de Mary Flower. When my Bluebird Sings est le 10ème. Une chanteuse folk peu médiatique de Portland, Oregon (et pourtant détentrice d'un award), mais c'est peut-être du au fait qu'elle se concentre davantage sur la pédagogie que sur sa carrière. ce qui est plutôt cool, d'enseigner le blues à l'école. On le sait, folk et blues acoustique sont étroitement liés. La relation d'intimité que Flower entretient avec ses guitares est si forte que je n'ai pas résisté à l'envie d'en savoir plus : ce sont donc une Gibson HG-2 Lap Slide Guitar de 1950 et une Fraulini Angelina. Mais, dit t-on, elle possède aussi une guitare de 1934. Il y a une interaction précise et confiante entre ses instruments vénérables, toujours aussi vigoureux qu'au jour de leur fabrication, et la musique de Mary Flower, qui réanime l'âme. Parfois entourée d'autres musiciens dans des sets dans un esprit plus ragtime, When my Bluebird Sings se démarque pour deux raisons : elle y est seule, et il constitué entièrement de compositions originales, alors que Flower avait l'habitude de reprendre Big Bill Broonzy, Emmet Miller, Tampa Red (Boogie Woogie Dance), Bessie Smith... Il alterne instrumentaux en forme d'impromptus émouvants, comme ceux du folk anglais de Davy Graham, et des chansons en accords ouverts, brillantes de nuances, entre pudeur, tranquillité, mélancolie et légèreté. Delta Dream ou My Bluebird transposent le bucolique enchanté de Nick Drake au Mississippi. Le blues du Mississippi d'avant la naissance du rock n' roll est une influence, dans l'expressivité et la générosité de cette musique réduite pourtant à sa plus simple expression. La guitare est frottée, caressée, les cordes tirées autant que pincées, faisant ce son rond et sans âge qu'affectionnent souvent ceux qui veulent souligner leur espièglerie.

http://maryflower.com/  

1994
1999


2001


2003

2003


2005


2007


 2009
 2011





mardi 30 décembre 2014

Album de l'année : CLAP YOUR HANDS SAY YEAH


A ce point de leur carrière, Radiohead enregistrait Kid A pour rester en avance sur sont temps.

Avant de partir en tournée, Alec Ounsworth a trouvé le moyen de préparer un 4ème album aliéné, composé en duo et joué (parfois) en groupe. Quand le précédent, Hysterical a fait fuir 60 % du groupe, plus besoin de se soucier de dérouter qui que ce soit. Etre doué et avoir une voix si reconnaissable ne suffit pas, de toute façon, quand internet ne vous porte plus autant qu’avant.

C’est un virage synthétique : le batteur, Sean Greenhalgh, est chargé de programmer les machines. Mais Ounsworth joue de l’accordéon et de la guitare acoustique. Au final, l’album qui devait être un geste bizarre se trouve porter en lui tous les hauts et les bas propres à la musique indie rock, tiraillée depuis des années au point de ne signifier plus rien, au point que beaucoup désormais se dirigent vers des musiques plus ‘dures’, désincarnées, dirigées par les machines plus que par les hommes. Ici, ce sont de vraies chansons, chantées dans une attitude de fuite en avant par celui qui a entendu dire que de toutes façons, l’indie c’était toujours que couplets refrains identiques. Il y a un sens de l’honneur à défendre une évolution personelle sans basculer dans la caricature.

La sincérité des chansons et l’omniprésence vocale de Ounsworth finissent par tout mettre en exergue et donner une jolie fragilité, que la version alternative d’Impossible Request, en duo, parachève très bien.

Les boucles d’electronica suggèrent un vortex retenant les chansons ensemble, leur donnant un aspect étranger qui rend les mystères personnels de leur créateur plus intéressants à décoder.

Groupe de l'année 2014 : REAL ESTATE


Voilà un disque auquel on revient parce qu’il est... agréable. C’est toujours le dilemme avec le rock qui ne boit ni ne se drogue. Mais leur désillusion n’en est que plus vraie. L’imaginaire du groupe prend sa source dans l’étalement des grandes villes, sans glamour. Leur patronyme même, « immobilier » littéralement, renforce cette idée qu’il s’agit de la musique des banlieues pavillonnaires, le genre de futur à priori peu excitant qui peut devenir poésie. Real Estate sait ce qui se cache derrière les façades de maisons-témoin de banlieue. Ce sont les histoires laissées de côté par ceux qui quittent leur foyer le matin et ne le retrouvent que le soir. Ils n’ont pas le profil d’un groupe qui réagit sur le vif, mais s’imprègne et déteint sur l’auditeur. Les chansons ont toujours la capacité de nous plonger dans la rêverie par leur rythme lancinant et leur finesse mélodique. Past Lives, The Bend ou Navigator sont tétanisantes
.

lundi 15 septembre 2014

PYPY - Pagan Day (2014)




O
groovy, extravagant
garage rock, psych-rock


(chronique fiction d'après un idée pour bande dessinée)
Notre colocataire, Berben, écoutait Charlie Parker, et des chants espagnols de la guerre civile, la chose la plus exubérante qui soit. Il aimait les cuivres tonitruants. A côté de ça, le garage rock ne paraissait plus aussi dérangeant. Il disait qu'écouter du jazz l'aidait ensuite à comprendre toutes les autres musiques. Pourquoi PYPY, plutôt que les Thee Oh Sees ? Peut-être simplement à cause du label, Black Gladiator, avec ses deux sabres croisés, ou alors la pochette qui a vraiment plus de gueule que les tableaux que les étudiants artistes de Paris veulent bien afficher dans les devantures des magasins, encouragés par la politique fiévreuse  de la Société. PYPY parait bien innocent, maintenant que tous les instruments les plus farfelus ont été utilisés de nouveau. Et pourtant, il faut reconnaître qu'ils se sont introduits, en six mois, dans la famille des plus fiers du garage rock, la branche canadienne. Ils ont compris que l'étrangeté des sons ne doit pas céder au groove. On parle beaucoup de virus dans le reste du monde, il en deviendrait cynique de jouer une musique aussi infectieuse sans qu'un peu de pop, voire de féminisme, vienne gracier ceux qui n'ont pas été humiliés. On préférera les trompettes aux machettes, ou l'antique sabre recourbé das la version antique. Ils sont menés par Annie-Claude Deschênes, un prénom et sans doute un accent jusqu'alors étrangers à Berben, habitué à la franchise et à la vulnérabilité catalane. Ils ont une manière de déconstruire les codes, et en même temps de fabriquer une sorte de muséologie des années 60 à 2000, en ignorant les périodes de blanc et de passage à vide. L'album décolle et culmine dès New York, la guitare en rasoir et les intonations de gorgone de Deschène, comme si elle allait nous envoyer tous ses serpents. Le genre de musique qui pousse à se remettre dans le contexte où elle a été créée. Une joute physique un danse sur des cordes comme des rasoirs, comme chez Speedy Ortiz, Fucked Up (pour citer canadien) et d'autres bon groupes du moment. Daffodils ralentit les groove pour exhuder le côté improvisé et lancinant. Les voix sont soulignées d'un grondement caverneux évoquant le son d'un saxophone baryton, de quoi voir le jazz partout. Glorieux chapitre.

dimanche 14 septembre 2014

ROBYN HITCHCOCK - The Man Upstairs (2014)






OO
poignant, apaisé, 
folk 

Découvert comme guest sur un album de I Was a King. Il est dans une sphère où se trouve aussi Norman Blake (Teenage Fanclub). Peut-être est-ce son air d'effleurer les composantes de la poésie romantique, cette manière grave et légère à la fois, combiné à la justesse un peu nasillarde de sa voix, qui donne des chansons plus émouvantes à chaque écoute. Et la sagesse de reprendre la poésie de Jim Morrison (The Crystal Ship) pour se positionner à l'orée des rêves, aux portes d'un monde au charme si vrai qu'il en devient presque irréel. Before you slip into unconsciousness/I'd like to have another kiss/Another flashing chance at bliss/Another kiss, another kiss. Cette félicité capturée à la volée, c'est toute la vie selon Robyn Hitchcock. L'accent est mis sur les paroles, plus palpables que jamais, sans drogues, sans l'accent Californien. Comme Toujours est une autre superbe chanson, pleine d'esprit, en partie en français. On a parfois l'impression que l'album pourrait donner à voir les failles d'un artiste fasciné par la fragilité psychologique, mais que les arrêtes psychédéliques, la bizarrerie anglaise de Hitchcock ont été effacés par la production de Joe Boyd, connu pour avoir travaillé avec Nick Drake surtout. The ghost in you, la reprise des psychedelic Furs, avec des phrases telles que "angels fall like rain” et “stars come down in you" permet à Hitchcock de montrer avec une précision à fendre le coeur la manière dont il a choisi d'aborder la musique et de vivre à l'intérieur. S'il 'dort dans un trou' comme dans la reprise de It's Obvious' de Syd Barrett (ci-dessus), c'est un endroit paisible et émouvant. 

lundi 8 septembre 2014

JENNY HVAL & SUSANNA - Meshes of Voice (2014)







O
audacieux, pénétrant, soigné
avant pop, expérimental

(suite de la chronique de Laura Jean) « Notre Laura a aussi découvert Jenny Hval, une chanteuse et compositrice norvégienne à la voix incroyable. Laura essaie d'imaginer ce que ferait Polly Jean Harvey si elle sortait un disque aujourd'hui. Cela pourrait ressembler à cet album, sauf la pochette, aussi laide et obscure que les interprètes sont lumineuses, dans toute leur blondeur scandinave. J'ai emprunté l'album à Laura, qui en tire une étrange force ces derniers jours. Elle a compris que Berben ne s'en prendrait plus à elle avait des albums tels que celui-ci. C'est sans doute plus efficace, et plus agréable que si elle se mettait à s'habiller comme les romantiques ténébreux. En réalité, je ne l'imagine pas du tout ainsi, elle est trop spontanée. C'est la recherche d'un album castrateur à la Polly Harvey qui lui a fait trouver celui-ci. Un album à deux voix, avec piano et électronique, cela pourrait sentir le concept, mais on se retrouve avec une simplicité et une luminosité inspirées de Kate Bush. Les voix des deux chanteuses ne font qu'une, même dans leur singularité – celle de Hval est capable des note les plus hautes mais aussi de gronder – elles se complètent, viennent du même endroit, se succèdent et se rejoignent comme au fond d'un tunnel désert, où l'on entend 'air s'engouffrer. I Have a Darkness touche à cette évidente noirceur que l'on attendait logiquement, à laquelle l'album à la fois sombre et aérien, nous avait préparés sans nous inquiéter. Après ça, A Sudden Swing est l'un de ces moments de réconfort et de séduction qui jalonnent cette œuvre riche de quinze morceaux.
C'est une musique réfléchie, mais pas en retrait. Elle contient l'absence de compromis, le féminisme, une étrange forme de dignité, et une éclatante preuve de talent. La voix plus égale de Susanna, autre chanteuse norvégienne, apporte implicitement un équilibre à cet album : elle n'est pas effrayée de rejoindre Jenny Hval dans ces explorations plus à vif, comme si le piano triomphant de Wild Dog, son album de 2012, trouvait un moyen d'aller jusqu'au bout de son lyrisme lancinant, plus personnage qu'instrument. La dévotion de Susanna à la musique la plus organique et ouverte, voire mystérieuse, fait merveille ici. La meilleure collaboration de l'année ?  

LAURA JEAN - S./T. (2014)



O
intimiste, attachant
Folk, Folk-rock

« J'ai écrit sur les révolutions en Grèce, en Turquie, en Ukraine. Et j'avais l'impression d'avoir besoin de vacances. Je me demande si l'Europe de la Société m'intéresse toujours. Pourtant, à chaque fois que je veux partir pour New York, une inspiration, de plus en plus singulière, me retient ici. Je me retrouve à écrire sur les groupes de black metal européens. Enfin, j'avais commencé, mais je me suis arrêté. C'est l'enthousiasme de Laura qui m'en a empêché. J'ai cru que cette fois ci j'allais marcher à fond. Elle m'a fait croire qu'elle partait pour toujours, mais pas à New York. Elle m'a fait passer pour un petit joueur avec New York. Elle allait à Melbourne. Mais avant de partir, elle a découvert une autre Laura. Et le temps d'écouter ses disques, elle ne vouait plus partir. C'est souvent ainsi que ça se passe. Nous prétendons prendre le large, mais finalement, nous sommes bien contents de notre monde étriqué. Il suffit de me souvenir combien j'ai trouvé le petit jardin de ma sœur sur la route de Paris pour m'en contenter, et ne plus avoir tellement envie de partir. PJ Harvey manque déjà à Laura. Aux deux Lauras, peut être. L'autre, Jean, chanteuse introspective de Melbourne, qui partage son deuxième nom avec Polly Harvey, l'icone anglaise. Laura, la notre, est plutôt inclinée vers la mélancolie. Ce n'est pas étonnant vu la façon dont Berben la traite ici. Il insiste toujours pour qu'elle dorme avec moi, il aimerait libérer une chambre pour héberger une colocataire de plus. Elle voudrait bien, mais j'évite à chaque fois de répondre à ses avances. Quand elle écoute First Love Song, la chanson la plus tétanisante de cet album de frustration, je me sens envahi d'un vrai malaise. 

Laura Jean semble nous signifier qu'elle ne serait pas revenue à la chanson si ce voyage en Angleterre aux côtés de John Parish, le mec qui a tellement travaillé avec Polly Harvey, n'en avait pas décidé autrement. Notre Laura dit que cet album met la chanteuse à nu, faisant ressembler ses intonations à celles de Polly Harvey sur White Chalk, son album le plus aérien. Un geste artistique qui répond à une crise d'inspiration en privilégiant la fragilité et la mise en abîme. »

samedi 6 septembre 2014

LAURA JEAN - A Fool Who'll (2011)





OO
Folk, Alt-folk
Pénétrant, lyrique, sombre

Des paroles incroyablement désenchantées, mais beaucoup de lyrisme caractérisent Laura Jean. Son album en 2014 est produit par John Parish, sans presque rien d'autre que sa guitare et quelques chœurs. Mais ici, il y a des cuivres, des incursions chaleureuses au milieu de la grande dépression. La pochette rappelle bizarrement celle du deuxième album de Nick Drake, Bryter Layter (pour me souvenir du nom, j'ai levé les yeux sur ma collection de CD et l'ai repéré tout de suite). Bien sûr, Laura Jean est, ou sera comparée à Cat Power, voire à PJ Harvey, dont elle partage le deuxième prénom. La densité émotionnelle dont elle fait preuve sur les ballades électriques et fragiles de cet album est saisissante. A chaque écoute, on s'enfonce un plus, que ce soit par la grâce des arrangements ou par la magie de sa voix, sans doute pas le produit de cours assidus mais plutôt d'après-midis à exprimer de la frustration. Les trémolos sur Missing You, toute en retenue avant soudain de prendre de la hauteur, prêtent à une extase inquiète, tandis que Noel a quelque chose en commun avec une chanson de Let England Shake, dans le traitement de ses voix, et l'impression de courir en cherchant les vivants sur un champ de bataille. On pense, parfois, sur quelques arpèges divins, à l'étrangeté de l'acid folk anglais dans années 1970, qui fascine sans aucun doute Laura Jean. Ecouter Valenteen nous retourner là où les saisons changent, dans un pays lointain aux propriétés magiques, ou tous les objets inanimé nous rappellent l'être aimé, se mettent à chanter. Le melodica et les envolées falsetto complètent les penchants originaux d'une chanteuse très inspirée.   

KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - Oddments (2014)







OO
Garage rock, psyché, lo-fi
attachant, original, vintage

Mettons qu'on invente de toutes pièces un passionné de musique, installé à Paris, qui déciderait de partir mystérieusement pour l'Austraslie, Melbourne. Mettons que ce soit une fille (oui, ça évite qu'on me soupçonne de vouloir partir). Enfin, le groupe qu'elle (ou il) devrait rencontrer d'urgence, voir sur scène live, c'est celui-ci. Pour reprendre les gens de là bas : "These dudes are one of a kind, or seven of a kind, I don't know how many of them there are but regardless, fucking sweet." Oui, ils sont sept. Et 'doux' n'est pas vraiment l'adjectif qui leur irait le mieux. Il sont piquants. Du psychédélisme cru, strident, qui déborde, mais se paie le luxe de ressembler à Pavement, le temps de Stressin'. Pour le reste, on pense du vent de liberté garage des Thee Oh Sees, dont King Gizzard partage la créativité prolifique. De sorciers, ceux-là n'ont pas que le bâton de pluie (il est bien là, sur Homeless Man in Adidas, avec un incursion aussi des oiseaux locaux), mais tout l'attirail mélodique très particulier. Ils utilisent l'électricité comme Captain Beefheart, pour le plaisir de la télékinésie, pour mentir aux sens, produire des formes et des couleurs forcément hallucinées. Work This Time est un morceau incroyable. Ah oui, j'oubliais : le son est volontairement pourri. Heureusement que le son mp3 ne ressemble pas toujours à ça. 

YOB - Clearing the Path to Ascend (2014)






OO
sludge metal/doom metal
sombre/hypnotique/intense

Avec un casque, cet album de quatre morceaux gigantesques vous envahit de noirceur d'une mélancolie étrangement confortable. In Our Blood est impressionnante dans sa construction et ses riffs hypnotiques, faits pour que l'auditeur soit gagné d'indolence. Nothing to Win est ce que j'ai entendu qui se rapproche le plus du qualificatif de 'sans appel'. Ou 'sans respiration'. 11 minutes incroyablement denses et assommantes, mais on en redemande. Du moins si on a décide que l'heure était venue d'écouter des choses un peu plus extrêmes que la moyenne, comme ce superbe disque de "sludge metal" un genre 'popularisé' par quelques groupes échappés de l'explosion death/grindcore des années 1990 et qui jouaient la musique extrême la plus lente, d'où sludge, 'limace'. Sleep ('sommeil') est souvent désigné comme l'un des chefs de file de ce mouvement, et Yob est signé désormais sur le label de Neurosis, un autre groupe culte qui a effleuré, si on peut dire, ce genre musical à son tour.
A la fin, les 18 minutes de Marrow dégagent une telle tristesse qu'elle pourrait bien finir par vous gagner, vous qui avec pourtant pas l'habitude de vous laisser influencer par l'humeur de la musique que vous écoutez. Les accords répétés laissent penser que la simplicité cohabite avec l'intelligence, tandis que les deux voix, très différentes et fascinantes toutes les deux, se partagent le 'travail' vocal conséquent de cet album aussi très bien produit. Clearing the Path to Ascend est ce qui se produit quand un groupe de métal atteint le nirvana musical, se rend compte qu'il y est peut-être déjà venu (ils ont déjà une carrière impressionnante) et en fait une grosse dépression. 
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