“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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mardi 26 février 2013

OLOF ARNALDS - Sudden Elevation (2013)


O
attachant, intimiste
folk


Cet album est le troisième de la chanteuse et multi-instrumentiste Islandaise Olöf Arnalds, celui par lequel ses chansons deviennent plus directes que jamais, même si le fait de les chanter toutes en anglais pour la première fois est anecdotique en ce sens. C'est plutôt dû à la façon dont elles sont mises en musique, la simplicité de leurs mélodies et la sécheresse de leur enregistrement – sauf pour les quelques plantureuses sections de cordes. Ce qui compte, plus encore qu'auparavant, c'est la voix d'Arnalds, qui est sa propre créature organique au sein d'un bijou brodé inachevé, comme une fleur de tissu ouverte encore gauchement à la lumière. 

Björk, qui a contribué au précédent album, disait cette voix appartenir aussi bien à une enfant qu'à une vieille femme. Les notes les plus hautes du timbre d'Arnalds sont les plus exotiques et uniques. Elle a sa façon de lanterner, de musarder, d'enrouler les syllabes autour du 'plink plonk' de sa guitare, pour reprendre l'expression péjorative d'un critique à l'égard du plus gros de la musique de cet album. Encore un qui a pris sa vivacité mutine, sa malice pour de l'inconstance, sa dévotion tranquille pour de l'insignifiance. Appréciation faussée par laquelle la plus enjouée Treat Her Kindly ne serait qu'une fronde inutile en comparaison avec la délicatesse céleste de Return Again, de son refrain frémissant, de sa section de cordes brève et magnifique. Quelque part au Moyen-Age, cette lamentation touchante pour un amant toujours absent, avec les violons en contrepoint, aurait ému un prince. Mais tous ces roucoulements, ces entortillages ne sont pas en dévotion au passé ; le regard clair, tourné vers le haut, Arnalds explore les profondeurs émotionnelles avec une fierté vivace. Des moment tels le multi-tracking de sa voix sur A Little Grim deviennent plus sensuels encore par leur présence au milieu d'un peu trop d'évidence. « I know it may sound familiar/I find myself in your place”.

Le naturel échevelé, en comparaison, d'Innundir Skinni, a fait place à une grande discipline, Olöf Arnalds assumant sa préférence pour le classicisme. Arnalds ne cherche pas tant à pénétrer qu'à effleurer. « Quelle jeune fille n'est pas passée par une phase où elle écoutait Joni Mitchell ? » s'interrogeait l'américaine Tift Merritt en interview. Arnalds a eu la sienne, à moins que ce soit son utilisation artisane d'une guitare 12 cordes qui donne cette impression. La palette d'instruments est large mais d'une discrétion maladive. Les vents, presque insoupçonnables sur Call it What You Want n'empêchent pas qu'il s'agisse d'un moment spécial dès la deuxième seconde, lorsque la voix d'Arnalds s'élève si haut, avec un frisson qui n'est pas sans rappeler l’afféterie de Joanna Newsom sur Have One On Me. «Easy/My man and me » chantait celle-ci, et cela reflète l'attitude ici : un album à prendre parfaitement détendu, afin que sa solennité comme son humeur joueuse fourbisse les flèches de la romance en provoquant le plus de satisfaction.

mercredi 19 octobre 2011

Björk - Universal Applicant (1)


« Tied up in a boat and kicked off to sea
In tight baby binding technique
My arm chews through the swaddling slings
There's a flare gun in my hand
I point it straight and point it high
To the universe it applies”

Bill Callahan, Universal Applicant

Face à l’industrie musicale monolithique, l’icône populaire d’origine islandaise Björk a voulu son propre monolithe de connaissance. L’énigmatique bloc rectangulaire noir du chef-d’oeuvre de Kubrick, 2001, l’Odyssee de l’Espace donnait aux hommes qui l’approchaient de soudaines vagues de savoir, et les projetaient dans un avenir de plus en plus intense.
Le tout aussi tactile Biophilia synthétise les dimensions qui font de la chanteuse d’origine islandaise une artiste hors du commun ; sincérité, capacité de se fier à son instinct, démarche participative plus jazz que rock dans un univers mélodique proche de la pop. Sa musique penche entre deux dimensions modulables à l’infini ; l’intérieur, l’intimité et l’extérieur, les individus. Et il semble que plus Björk étudie ces dimensions, et plus elles se confondent au sein de la nature, une force omnipotente qu’elle n’a jamais besoin de mystifier.
Ces dix dernières années, Björk a écrit et enregistré quatre albums, parus régulièrement : Vespertine (2001), Medúlla (2004), Volta (2007) et Biophilia (2011). C’est donc pour les dix ans de l’excellent Vespertine qu’apparaît Biophilia, un nouveau disque subtil, largement commenté, qui se veut projet interactif, média autonome, ensemble d’applications pour l’ipad. Une expérience pourtant moins surprenante quand l’on se rend compte que les principes qui la sous-tendent sont les mêmes qui parcourent l’œuvre de Björk depuis le début du XXIème siècle.

Après un Homogenic (1997) cathartique et son rôle tout en émotion dans Dancer in the Dark (1999), de Lars Von Trier, c’est sans surprise que le nouveau disque de Björk sera une rupture de ton. S’il est difficile de dire le travail de Björk influencé par l’industrie musicale, c’est encore plus vrai avec Vespertine, cajoleur et feutré, composé du bout du doigt, et Medúlla, un disque fait presque uniquement de voix – mais quelles voix!. C’est en 2000 que commence pour elle une nouvelle ère, dans une « année intéressante », selon ses mots. De nouvelles dimensions, sonores, visuelles et humaines, se mettent alors en place, qui lient entre eux les quatre albums de la nouvelle décennie dans un grand mouvement commun. Björk dirait cosmique.


Mots


UNE PHRASE, DANS MUTUAL CORE (BIOPHILIA) : “Can you hear the effort of the mutual strife ?” sonne superbement. On trouvait déjà ‘strife’, lutte, répété en mantra par un cœur inuit sur Undo: « It’s not meant to be a strife ». Björk s’approprie tous les mots, leur donne relief et rugosité. Son accent islandais lui fait rouler les r, parfois exagérément, comme dans un élan de compassion pour sa langue maternelle. « J’ai très vite compris que je pouvais être à la fois islandaise et internationale, se souvient Bjork en évoquant son déménagement à Londres en 1993. En fait, je fais en deux jours à Londres ce qui me prendrait des mois en Islande. C’est pour cette raison que je préfère de loin rester à Londres, avec des amis chers ». Medúlla contenait quelques chansons en islandais, qui est une langue parfaite pour ce que Björk souhaite exprimer de fierté, de différence ; mais, passant de plus en plus de temps à New York ou à Londres, elle a de son propre aveu laissé le pays de côté. « J’ai réalisé que ma fille [Isadora, née en 2002] ne connaissait pas certaines chansons pour enfants Islandaises », confiera t-elle à la fin du long processus créatif pour Biophilia à Puerto Rico.


D’autres évènements la rappelèrent chez elle auparavant : la crise environnementale suscitée par la construction d’un barrage pour alimenter une usine d’aluminium (un barrage que l’on voit bien dans le documentaire de Sigur Ros, Heima, 2008) qui risquait d’ouvrir la voie à de futures chantiers propres à défigurer l’île, petite et fragile. « Je n’ai jamais cru que je deviendrais environnementaliste », remarquera t-elle. Mais à la suite de cet affront de l’industrie, elle travailla pendant trois ans pour protéger son territoire. Puis il y eut la crise financière, terrible en Islande. A ce moment, Björk veut faire de Biophilia, sur lequel elle travaille déjà, un projet réparateur.


Voix


EN AOÛT 2010, BJORK REMPORTE le Polar Music Prize, après Paul McCartney ou Pierre Boulez. Pourtant, derrière la scène, la carrière de Björk est dans l’impasse. « Quand j’ai découvert que j’avais des nodules dans la voix », dit t-elle, « Je ne savais pas si j’allais pouvoir chanter de nouveau, ou du moins, comme j’avais l’habitude le faire. Je ne voulais pas être opérée, alors j’ai vu tous ces experts et j’ai commencé un processus, des exercices qui font lentement travailler les cordes vocales. » Sa profusion vocale scénique aura-t-elle eu raison de son instrument favori ? Biophilia, une étude par voie de science et d’histoire naturelle des traditions orales, prouve que non.
« Plusieurs choses m’ont forcée à tout mettre sur la table et à me demander : « Ok, qu’est-ce qui marche, et qu’est-ce qui ne marche pas ? » Parmi les composantes les plus remarquables que Björk a choisies de garder et de valoriser avec toujours plus de finesse sur Biophilia sont les voix. Medúlla était l’expérience d’utiliser toutes sortes de voix, de sons élastiques ; des ouuh, des aaah des grrr, des wiiizzzz, des rythmes de beat-boxing mis en musique, en s’affranchissant des thèmes répétitifs de la pop pour multiplier les nuances. Pleasure is All Mine, Vokuro ou Submarine sont l’impression qu’en donnant une musique faire de chair et de sang, de gorges déployées, on brise les derniers remparts d’intimité d’une artiste qui semble avoir déjà tout donné. Au moment de Medúlla, il nous semble connaître de la chanteuse dans ses moindres détails. Qu’elle a des poumons plus grands que la moyenne, par exemple.
C’est cela, sa véritable force ; ne jamais s’en remettre à ce qu’elle peut évoquer, par ses origines, par son sexe – on peut oublier les sagas nordiques et les reines glaciales des contes de fée – pour tout ramener à son esprit terrestre, pour susciter des interactions physiques. Plus les voix seront audacieuses et vivaces, plus Björk s’incarnera dans sa musique.


Elle ne s’en remet jamais à ce qu’elle peut évoquer, ramène tout à son esprit terrestre, pour susciter des interactions physiques.

Thèmes


SUR BIOPHILIA, MUTUAL CORE EST UNE CHANSON militante, comme Declare Independance (« Don’t let them do that to you ») l’était sur Volta – un album que Björk a qualifié de travail pour les « tribus de la planète ». L’ouverture aux autres et le repli sur soi sont un grand thème de Vespertine. Volta affiche les couleurs du mélange, jusque dans le maquillage et les costumes extravagants et bigarrés de l’artiste. Elle y interroge l’identité et la protection de nos libertés. Plutôt que de se battre frontalement, cependant, Björk (que le féminisme agace) préfère redonner à l’amour ou à la solidarité toute leur légitimité naturelle, à travers l’observation d’évènements intimes.
Sur Biophilia, le thème de l’identité s’élargit davantage, avec l’évocation de nos origines et de notre place à l’échelle du cosmos. Les phénomènes microscopiques et macroscopiques se superposent, les caractères humains y sont brossés, laissés à l’état du simple jeu des gènes et des protéines. L’homme est une créature animée par l’électricité, il n’est pas maître de ses origines ni de ses besoins, mais il est force d’action, un instrument naturel pour entretenir les équilibres. Un chaînon dans une symphonie rationnelle.
« Je vois mes chansons comme une expérience spatiale, géométrique ».
Björk entend Biophilia comme un antidote d’humilité à Volta et à la tournée qui s’ensuivit. « Tout ce que je voulais faire c’était planter une petite graine totalement pure et la regarder grandir », se rappelle t-elle de sa situation après les concerts éprouvants. La même humilité que l’on trouve dans Desired Constellation (Medúlla), une invitation nocturne à regarder les étoiles en se questionnant : « How i’m i gonna make it right ? ».





jeudi 4 novembre 2010

Olöf Arnalds - Innundir Skinni (2010)

 



OO
lyrique/intimiste/attachant
Folk 

Même si Olöf Arnalds a sorti son premier disque, Við Og Við, en 2007, c’est aujourd’hui, avec Innundir Skinni, que l’on se fait partout un point d’honneur à la présenter au monde. Comme s’il y avait, dans le travail confidentiel-mais-promis-à-un plus-grand succès de cette chanteuse islandaise, quelque chose de particulièrement important qui méritait d’être capturé, d’être suscité dans les cœurs de ses futurs auditeurs, d’être démocratisé par les journalistes.
 
Arnalds est pour commencer un avatar d’humilité, valeur qui manque souvent à ceux que nous avons l’habitude d’admirer.  Et cette remarque est vraie de toute la musique islandaise, de Sigur Ros et Jonsi (le pianiste de Sigur RosKjartan Sveinsson produit Arnalds) du groupe instrumental Mum, et même de Björk, à la voir chanter en duo ici et là. La liste de musiciens islandais à découvrir est longue, mais je suspecte que certains sont déjà allés pour nous de l’avant en écument internet. D’autres, passionnés, ce sont même rendus sur place, pour tenter de comprendre la magie culturelle de ce petit pays qui est l’un des plus fameux du vieux continent en termes de musique.
 
Avec Olöf Arnalds, on sent tout de suite que non seulement l’artiste islandaise a su retrouver ce sentiment d’un ailleurs dans lequel les musiciens que j’ai cités sont pourtant chez eux. Ils ont les légendes islandaises immémoriales, une grosse part de ce que Tolkien appelait le « joyau primitif de lumière vivante », la clef ancienne de l’unité de leur peuple. Ce sont des contes extraordinaires, des récits de voyages sur les mers glacées et des histoires de drakkars dans le ciel et de par le monde.
 
Comme souvent les peuples peu nombreux, leur valeur artistique a la force non seulement d’un désir de s’affirmer au regard du reste du monde, mais aussi l’aspect précieux d’une culture qui s’intéresse aux choses étrangères et en fait sa propre lecture. Ce n’est peut-être pas tout à fait vrai pour l’Islande, qui semble assez liée aux pays scandinaves et même à l’Angleterre. Un autre signe de leur dualité ; ils connaissent l’anglais, qui paradoxalement leur permet d’exporter leur propre culture.
 
Ainsi, Olöf Arnalds semble vouloir dépasser l’histoire de son peuple pour embrasser d’autres cultures. Vinkonnur, par exemple, des accents orientaux, conduisant la voix d’Arnalds à privilégier l’exactitude plutôt que le souffle. Extraordinairement chantante, elle touche des notes et les pénètrent plutôt que de simplement les effleurer. Son voyage, c’est aussi le fado de Madrid, à moins que l’inspiration ne vienne de Nick Drake et des cottages anglais. La langue islandaise est un matériau de mots solidement rassemblés, dont rien ne se détache, pas de phrase mise en avant pour la commodité de la chanson. « Je crois que vous pouvez faire comprendre à certaines personnes même s’ils ne connaissent pas tous les mots », remarque Arnalds. En cela nous sommes bien aidés puisque les paroles sont traduites en anglais dans la pochette.
 
Le disque apparaît de part cette remarquable pochette rose comme très féminin, et c’est effectivement l’expérience d’être mère pour la première fois qui a inspiré en premier recours Arnalds. Innundir Skinni, « sous la peau », traduit la sensation d’attendre un enfant – mais c’est une expression qui, toujours selon cette volonté d’embrassade, peut signifier beaucoup plus. « Innundir Skinni signifie que je laisse entrer l’auditeur dans mon monde », explique t-elle. Quoi qu’il en soit, c’est un disque qui est d’abord partir d’un sentiment intime pour peu à peu concerner chacun d’entre nous, en questionnant les racines notamment. Sur Crazy Car, l’une des trois chansons en anglais, Armalds et son ami David Por Jonsson enjoignent une connaissance à ne pas aller habiter aux Etats -Unis. Une belle déclaration d’amitié, et la certitude quotidienne que les choses ne seront plus comme avant. Peut-être Arnalds chante pour les futurs enfants de son ami qui auraient préféré naître en Islande qu’aux Etats-Unis. Vinur Minn, traduite par « You disappeared », semble toucher sensiblement la même corde. « The sun dissolves all bathed in amber blue/And all the thoughts inside my head will chatter/You disappeared and friendship followed you/Remembering how I used to matter” chante t-elle en islandais, avant que la chanson ne devienne chorale.
 
Cet élargissement de la sphère intime vers le reste du monde se traduit par une richesse musicale décuplée qui provoque une énergie communicatrice. De nombreux instruments folkloriques, dont le fameux hurdy gurdy joué par Sveinsson, le kalimba ou l’harmonium indien – mais quoi de plus naturel de la part d’une ancienne membre de Mum qui maîtrise une bonne dizaine d’instruments. Avec Jonsson, ils pourraient monter un couple-orchestre. Il faut leur ajouter une douzaine de mains à la pâte, et bien sûr la participation de Björk qui devrait finir d’intéresser les curieux. Une relation qui n’est pas anecdotique. Le label One Little Indian, que l’on retrouve ici, est le premier à avoir signé Björk au moment de Debut (1993). Un disque concis, irrésistible de beauté et de clarté (« J’ai jeté quelques chansons pour garder l’ensemble clair »), qu’il n’est pas difficile d’écouter et de réécouter.


mercredi 21 avril 2010

Jonsi - Go (2010)


Parution : avril 2010
Label : EMI
Producteur : Jonsi, Alex Somers, Peter Katis
Genre : Pop, Orchestral 
A écouter : Go-do, Tornado, Boy Lilikoi, Grow Till Tall

Note : 7.25/10
Qualités : lucide, poignant, soigné, entraînant



Au sein de Sigur Ros, le groupe islandais qui a produisit sa propre révolution en amenant le rock à des sommets mélodramatiques à grand renfort de chaleur humaine et de feedback, Jonsi était comme un animal captif, répétant toujours la même chanson. Með suð í eyrum við spilum endalaust ou les performances acoustiques de la tournée de 2006 en Islande apportaient une renouvellement bienvenu car le groupe semblait y aborder différemment sa musique,  mais  les paroles restaient dans le style illustratif. S’ils avaient fait des découvertes incroyables avec Agaetis Byrjun (1999) et l’album sans titre () (2002), mêlant une manière sensible et intimiste à des envies de dépasser l’habituel carcan rock pour fusionner en quelque sorte avec leur environnement (cette belle et fragile Islande sur laquelle il est doit être réjouissant de laisser une empreinte), ils peinèrent à renouveler leur imagerie.

Les paroles de Jonsi étaient dépendantes de la musique énorme de Sigur Ros, contraintes d’en épouser les contours et de l’illustrer ; il semble qu’avec Go, le message est remis en évidence, parce qu’il est chanté en anglais (plutôt que dans un dialecte créé de toutes pièces ou en islandais), et parce que Jonsi a une intention personnelle, une émotion fraîche à adresser au monde. C'est la voix qui guide ici les décharges d'énergie. 
La différence est subtile, on pourrait ne voir en Go que la simple continuité lyrique de Takk (2006) ou de Med Sud… une évolution vécue par certains, à cause du changement de langue, comme plus « commerciale ». Mais c’est, je pense, une avancée positive pour Sigur Ros et un accomplissement pour Jonsi que ce disque plus direct et révélateur.

Le cynisme n’existe pas chez Jonsi, seulement une foi inébranlable qui célèbre à la moindre occasion le pouvoir intérieur de l’homme, et met en garde aussi contre les dégâts qu’il produit sur son environnement.

L’intensité du disque se joue surtout sur les vocalises de Jonsi, qui tente sur chaque titre de décrocher l’émotion en jouant au maximum sur la mélodie et l’humeur, sur la reproduction d’un sentiment volatile qui mêle jouissance heureuse et inquiétude globale. Il privilégie la variété des timbres. Le souci de production sur cette voix toujours plus impressionnante – si on la compare à celle qu’il avait il y a dix ans – conduit Jonsi à séquencer parfois une véritable chorale à base de son propre organe. 

Le compositeur, arrangeur et pianiste Nico Muhli, qui a travaillé avec Antony and the Johnsons ou Grizzly Bear, pose sa main ici et là ; on trouve aussi sur Go le travail du percussionniste finnois Samuli Kosminen. Le travail sur la percussion est peut-être le plus impressionnant ; selon ce qui est pressenti, cela peut être Jonsi et son compagnon Alex Somers qui se tapent sur les cuisses pour Go-Do, ou Kosminen frappant une vieille valise. Sur ce titre, le mélange propduit un effet extatique qui illustre les paroles de Jonsi : « Make an earthquake... Make your hands ache… Go march through crowds… We should always know that we can do everything.” Parfois, c’est une cacophonie avec les flûtes, les cuivres, le piano et les cordes, qui produit un bouquet énivrant.

Les chansons sont construites autour de vers, parfois de slogans. L’intérêt le plus vif, on l’éprouve maintenant à répéter les paroles ; «let them grow » au final de Go-Do, chanson dans laquelle Jonsi nous enjoint à continuer de croire que nos rêves puissent devenir réalité, que cet été puisse être toujours si nous le permettons, brûlant nos mains et faisant trembler la terre. Sur Tornado, il chante : « Tu grossis comme une tornade/Tu grandis de l’intérieur/détruisant tout sur ton passage ». Le cynisme n’existe pas chez Jonsi, seulement une foi inébranlable qui célèbre à la moindre occasion le pouvoir intérieur de l’homme, et met en garde aussi contre les dégâts qu’il produit sur son environnement. L’être humain est plein d’énergies opposées qui s’affrontent, et dont le combat intime va avoir des répercussions dans le monde qui l’entoure. « No one knows you till it’s over» , sur Sinking Frienships, rappelle qu’a tout ce pouvoir vital que nous possédons en nous, la mort mettra un terme et emportera certains des secrets qui font de nous ce que nous sommes.


lundi 7 septembre 2009

Sigur Ros - () (2002)



Parution : 2002
Label : Emi
Genre : Post-rock, scène islandaise
A écouter : Vaka (#1), The Death Song (#7), The Pop Song (#8)

7.50/10
Qualités : pénétrant, vibrant, atmosphérique

Avec (), Sigur Ros s’abandonne, laisse échapper sa créativité. C’est beauté vraie, tristesse insondable, sentiments mis en jâchère, émotions qu’on laisse croître et se multiplier seules. Il semble que partout où cette musique se glisse, l’homme recule, se tapit, comme devant le flot menaçant d’une source amère. Une partie de vous (auditeur), de votre être, se sentira forcément menacée, mise en danger à l’écoute de ce disque. C’est un album terrible, éprouvant, majestueux.
L’album est d'une seule pièce, et il n’est que musique, que son et empirisme. Pas de titre, pas de noms aux morceaux, pas de notes ; une seule et unique voix construite de musique tellurique et de chant aérien. Jon Birginson a sa propre langue, ce phrasé répétitif et pénétrant, ces quelques syllabes formulées dans une langue inventée, inspirée cependant de l’islandais - le groupe reste le fer de lance de la musique islandaise. La trame des morceaux, longs, parfois austères, est évoque des séquences de vie où tout s'emballe. On jurerait être mis face à la nature en attente, vibrante, impatiente de savoir ce que l’on va faire d’elle, si l’on va la détruire. L'homme, et non la nature est au coeur de la musique de Sigur Ros. Jamais les moqueries aurait été moins appropriées pour qualifier le travail des islandais, que l’on dit rêvant d’elfes depuis Von (1997), même si leur influence est reconnue depuis Agaetis Byrjun (2000), un acte fondateur du genre post-rock. S’ils veulent nous faire croire à des figures non-humaines qui peupleraient notre environnement, c’est pour nous questionner sur la place de l’homme en son sein - et car il s'agit d'une mythologie spécifiquement islandaise.

On jurerait être mis face à la nature en attente, vibrante, impatiente de savoir ce que l’on va faire d’elle, si l’on va la détruire. L'homme, et non la nature est au coeur de la musique de Sigur Ros.
() est construit, maturé, avec 4 premiers morceaux – dont l’ouverture intitulée plus tard Vaka, qui met en exergue les progrès de Jon vers un chant plus androgyne - succédés d’un intermède de 30 secondes, puis 4 nouvelles pièces toujours plus grandes et belles ; finalement, les morceaux 7 et 8 (intitulés plus tardivement le Death Song - complainte fantastique - et le Pop Song , qui sont sans doute les meilleurs du disque, offrent la plus terrible expérience sonore, au moins depuis Svefn-g-Englar et son introduction à l’envers, sur le précédent album. Le pouvoir symphonique et mélodique du groupe n’est pas en reste, puisque se produit à 5 minutes de la fin de l'album une explosion d’énergie remarquable qui déchaine le quatuor - accompagné des violons de Aamina, artiste qui les accompagne en tournée avec son groupe. Ailleurs, c’est de délicatesse que sont empreintes les mélodies, avec imperfections, signes de fait-main - comme pour Mum, autre formation islandaise.


Les paroles répétées sont interchangeables d'un morceau à l'autre, et contribuent à donner à l'album une voix unique qui prend sa source qu delà du signifié. C'est une musique qui se veut prolongation de la culture locale, déconnectée des conceptions qui guident en général la musique populaire. Oubliées les contraintes de format - Sigur Ros aura le temps de s'en préoccuper plus tard - c'est le seul plaisir de faire grandir des émotions qui permet au groupe de construire l'album. Dans ces conditions, ce n'est pas étonnant que les connections avec le rock ou la pop soient ténues. () est parfois impalpable et désolé, instinctif et vengeur.     

C'est un disque qui attend de vous une réponse, une interprétation. Laisser sa marque dans les longues plages à l’aspect parfois vierge, laissées par le groupe pour que l’on s’y imprime.

 
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