“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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lundi 15 mars 2010

Joanna Newsom - The Milk-Eyed Mender (2004)



Parution : 23 mars 2004
Label : Drag City
Producteur : Noah Georgeson
Genre : Folk charmant
A écouter : Bridges and Balloons, En Gallop, The Book of Right-On



7.50/10
Qualités : original, audacieux, attachant, extravagant

Originaire de Nevada City, Californie, Joanna Newsom combine à sa façon unique une ambition gargantuesque et un talent insolent. Ceux qui veulent exprimer leur dédain quand au succès de la belle n’ont qu’a perpétuer l’idée qu’elle n’est qu’une petite prétentieuse, alignant jusqu'à dix-huit morceaux pour plus de deux heures de musique sur Have One On Me (2010). D’autres se plaignent de sa passion pour un univers médiéval excentrique (Ys, 2006), même s’ils sont prêts à reconnaître la grandeur de ce disque dont le titre le plus long dépasse seize minutes. Au temps de The Milk-Eyed Mender, la deuxième pomme de l’arbre après Yarn and Glue (2003), qui opérait davantage comme une introduction à la personnalité de Newsom, la gracieuse de Nevada City sera adorée ou détestée pour sa voix.

Folle, enfantine, à l’image de la chanteuse au visage poupin. Mais on aurait tort de focaliser son attention sur le seul timbre de cette voix, même si c’est sur The Milk Eyed Mender un élément essentiel pour l’originalité et le caractère du disque, ce que la suite confirmera. Rien de tel que cette première somme pour s’éprendre du cri fluté de Newsom. Mais il ne faut pas ignorer son jeu de harpe, ni son talent à créer des moments d’apesanteur, de félicité radieuse, à vous donner des frissons. C’est ce que, j’espère, elle saura toujours faire ; quand à son dernier (triple) disque, je suis maintenant rassuré.

Pour ce qui est du jeu de harpe, Newsom combine magies celtiques, africaines et américaines et en forme des comptines de longueur moyenne – on sent déjà à travers Sadie ou This Side of the Blue que Newsom a parfois besoin de davantage de temps pour dérouler son ménage - mais à la structure pourtant déjà aventureuse. La tradition a cours aussi ; Three Little Babes est la reprise d’une chanson Appalachienne. C’est délicat, complexe, galopant, éthéré, comme issu d’une inspiration naturelle – pourtant Newsom est sans doute extrêmement travailleuse. Elle donne à son instrument l’expressivité d’un ensemble, à ces pièces les atours d’une musique de chambre un peu rugueuse. Elle fait un musique qui lui correspond totalement, gracieuse effigie, un peu énigmatique aussi, en passe de devenir une icône – lorsque l’imagination collective s’emparera de tous les éléments qui la composent ; féerie, anciennes légendes, amour romantique, imagerie foisonnante. Son travail ajoute à la riche imagerie du mouvement folk ouest-américain, des atours originaux, racés, séduisants, sauvages, bien loin des conventions qui concernent le folk. Sa voix ajoute à cette trame inédite une exubérance débridée, finalement attrayante, enjôleuse, voire magique sur le refrain de Bridges and Ballons.

C’est son attachement à certains jolis et désuets artefacts fait, en premier lieu, son art. S’il y a un endroit où l’on peut au mieux se rendre compte de ce genre d’affection, c’est les pochettes de ses disques, illustrations d’un bric-à-brac sentimental et, qui, de plus en plus, sert de message d’avertissement ; le corbeau pour Ys ou le paon pour Have One On Me… Dimension dramatique et flamboyance ne sont ici qu’en gestation, encore bridés par une écriture plus ludique qu’épique. Mais le résultat est, en un seul mot qui fait Newsom de pied en cap, harpe comprise, coincée entre les genoux ; charmant.



dimanche 30 août 2009

Califone - Heron King Blues


Califone est un groupe rock expérimental de Chicago constitué de Tim Rutili, Joe Adamik, Jim Becke et Ben Massarella.

Chicago est une ville de grands espaces, de parcs où épier le soleil monter et descendre, de lacs sillonnés par de beaux voiliers paresseux. Le groupe y produit une musique paisible, bien loin des éructations sèches de Detroit (The White Stripes, The Black Keys, The Stooges). Entre ballet aérien et groove électrique, la musique de Heron King Blues est faite d’une maille de notes de banjo, de guitare électroacoustique, de percussions exotiques et de beats. Mais plus que cela ; on y entend du piano, des boucles électroniques, de l’orgue, du violon. C’est en quelque sorte un assemblage post-rock mâtiné de blues et de free-jazz, avec des touches d’electronica et de world music, pour une formation qui cherche de nouvelles voies (voiles ?) afin de prendre le large de son succès critique, Roomsound (2001). Avec Heron King Blues en 2004 Califone est en chemin vers une nouvelle destination ; l’autre côté du lac ou bien l’autre côté de l’atlantique ? Un peu des deux ; Sawtooth Sung a Cheater’s Song a le flegme d’un trois mats dérivant dans un calme plat, mais la fin du morceau nous amène sur le continent africain. Cependant, la musique, excentrique, reste impressionnante même lorsque les morceaux semblent faire du sur-place.

Il y a cependant une progression tout au long du disque. Tout commence très lentement avec Wingbone et Trick Bird, ou plane un peu l’esprit Tv on the Radio, comme sur Apple. Sur la deuxième face du disque, 2 Sisters Drunk on Each Other et Heron King Blues poussent plus loin la veine expérimentaliste, remontant les pétards de fond de cale et les cuivres pour des cocktails explosifs de musique métissée. Les pulsations qui en résultent se répercutent jusque dans les rues du centre-ville. Heron King Blues dure quatorze minutes, une quart d’heure d’improvisation dans le sillage d’un sac de cordes quelque peu ardu à démêler. Mais s’il y a ça et là des nœuds dans la musique de Califone, il faut laisser courir, et, plutôt que de tenter une immersion complète, se laisser flotter sur cette riche trame, qui laisse tout de même suffisamment d’énergie comme on l’aime au dessus de la ligne de flottaison. Un groupe qui n’a besoin que d’un peu de vent pour avancer loin, loin, et nous laisser quelques pièces sourdes, délicates et distinctes.

  • Parution : février 2004
  • Label : Thrill Jockey
  • A écouter : Trick Bird, Sawtooth Sung a Cheater's Song

samedi 22 août 2009

Comets On Fire - Blue Cathedral (2004)



Voir aussi la chronique de Avatar (2007)

Parution : 2004
Label : Sub Pop
Genre :Psych-rock
A écouter : Wild Whiskey, Whiskey River, The Antler of the Midnight Sun

7.50/10
Qualités : onirique, intense, psychédélique

Troisième album de Comets on Fire paru en 2004, Blue Cathedral leur permet d’atteindre le statut de groupe culte, dans un genre pourtant extrêmement visité, qui apporte l’énergie des Stooges, l’agressivité du MC5, le psychédélisme spatial de Hawkwind, les formules de Dead Meadow et des Acid Mother Temple, et les collages un peu Spacemen 3. Mélange multiforme et pantagruélique, débridé, dégénéré et bourré de feedback, il semble impossible de ne pas basculer dans la marmite bouillonnante sans y rester le temps du disque. Rock S.F. sans concurrence, la musique de cette formation californienne salue des cadavres assassinés (Hendrix, Morrisson) ou cuisine de vieux reptiles fatigués (Iggy Pop et sa bande, période Funhouse). C’est une cathédrale qui ressemble à une maison de jeu. Une vieille énergie iconoclaste débraillée qui balaye sur son passage les conceptuels, les fines bouches et les moins gourmets, ceux qui osent à peine saupoudrer leur son d’inspiration éparse. C’est un repas déjà presque complètement connu, et pourtant, impossible de le trouver fade.


Fondé à Santa Cruz par le chanteur et guitariste Ethan Miller et son ami le bassiste Ben Flashman, entourés de Noël Von Harmonson, Utrillo KushnerBen Chasny (Six Organs of Admittance), le groupe, signé après deux albums confidentiels avec Sup Pop (Nirvana, Mudhoney, Iron and Wine, No Age, Flight of the Concords…) creuse la plus brute des énergies au bord d’un chaos de free-jazz, hard-rock et autres formes effrayantes et endiablées, sans jamais faire mine de s’arrêter. C’est l’escalade d’une montagne à toute vitesse, l’arrivée à une hauteur stratosphérique se faisant sur Wild Whiskey, le point culminant de l’album. La musique est poussée, amassée, les cuivres et les guitares se retournent les uns contre les autres, refluent (Whiskey River). D’une liberté salvatrice dans un paysage musical dédié à l’innovation et au partage bien clair des idées en cellules de survie et manifestations du génie créatif revendiqué des uns et des autres, la densité tuante de Blue Cathedral et ses cris délirants (The Antler of the Midnight Sun) nous laisse la mâchoire béante. et


Wild Whiskey est magnifique, c’est l’arrivée au sommet de toute cette fine équipe, farouche et sauvage ; déjà en bon moment en leur compagnie, mais c’est si vite passé ! Pourquoi cette allusion incessante au puissant alcool américain ? "[…] after you drink a 12-pack and pick up your guitar [...] It erases a few brain cells and you can really get down to work “ (Pitchfork interview http://pitchfork.com/features/interviews/6620-comets-on-fire/). Cependant, malgré tout, c’est un travail construit et surtout très cohérent puisque le groupe est aujourd’hui parfaitement identifiable, avec la suite des aventures : Avatar en 2006. Blue Tomb termine le disque avec ces faux airs de Crazy Horse et son vrai souffle épique. La voix d’Ethan Miller est enfin contenue, et le résultat, maintenant que les guitares expriment leur fatigue en chuintant, magistral.

    mardi 21 juillet 2009

    Arcade Fire - Funeral (2004)



    Malgré son titre, Funeral est une bouffée de joie, certes teintée de mélancolie mais pleine de verve et de foi. Un projet incomparable à sa sortie, il fait aujourd’hui des émules dont Broken Records. Les écouter, c’est juste une manière de s’assurer que Arcade Fire sont uniques et imbattables. C’est un album facile à approcher, ouvert, beau et chaleureux.


    Et pourtant, l’alchimie qui le constitue n’est pas une évidence, c’est même une curiosité ; dix musiciens dotés de différents talents, dont un chanteur admirateur de David Bowie et sa compagne à croquer… Win Butler, le meneur et chanteur principal du groupe, joue aussi de la guitare à douze cordes, du piano et de la basse ; sa compagne Régine Chassagne, originaire d'Haïti ("Haïti, mon pays") occupe quand à elle la batterie, le piano, l’accordéon, le xylophone, les percussions, etc… ils sont accompagnés de Will Butler, de Richard Parry, Tim Kingsbury, Sarah Neufeld de Godspeed You! Black Emperor et Jeremy Gara, et davantage de camarades encore lorsque le groupe se produit en live. On pense alors à Broken Social Scene, un combo de 18 musiciens, lui aussi Canadien. Toute cette bande, camouflés ici derrière un titre étrange (dût au fait qu’il y ait eu plusieurs décès dans l’entourage du groupe pendant l’enregistrement du disque), Funéral, et sa pochette aussi charmante que l’est la musique, avec cette plume qui laisse une belle manifestation de Rebellion électrique, et renvoie aux fulgurances de la musique même.


    Ce qu’a Funeral de rock, c’est cette énergie, ici extraordinairement positive ; il a aussi des hymnes redoutables ; Power Out, Rebellion ; il a des folies lyriques et intimistes ; Tunnels, Crown of love ; et enfin, les cris fiévreux de Butler sur Wake Up qui sonnent tellement sincères et urgents. Mais comment sont construits ces morceaux, et avec quels instruments ? Violon, accordéon, guitare et piano dessinent les mélodies, croissent et se multiplient, se rejoignent et s’envolent ; les « pièces », puisqu’il y a ce côté de petit théâtre éblouissant, les pièces atteignent souvent cinq minutes. Le temps pour l’énergie de se libérer, pour la musique de briller de tous ces feux et par tous ses travers. Pourtant, il y a une forte focalisation dans chacun des morceaux, tout pour amener le groupe et l’auditeur à ce fameux point de non-retour que prodigue la meilleure musique. Il y a une vraie volonté de partage, d’ouverture, par le biais de l’instrumentation faste et variée et de la voix sans retenue et parfois à la limite de la justesse de Butler. Les dynamiques se multiplient, comme sur Wake Up, l’un des meilleurs morceaux, ou le tempo est brisé après une magnifique montée en puissance, pour se terminer en comptine dictée au xylophone.


    Les textes parlent de famille, de racines, de mort, d’innocence perdue, de voisins (concept amusant de quatre morceaux de « voisinage », les « Neighborhood » , d’amour et du plaisir d’être assis sur le siège arrière, là où on ne conduit pas… In the back seat, dernier morceau chanté par Régine Chassagne. Laïka et Haïti s’inspirent tous deux de musiques traditionnelles, tout en proposant comme le reste des passages lyriques ou plus enlevés ; tandis que Rebellion, sans doute le morceau le moins changeant, est à la fois politique, sentimental et naïf. Arcade Fire fait une musique ancrée dans une certaine tradition lyrique.


    La sympathie que provoque le groupe est complète et ultime ; ils ont l’attitude (amicale), l’amour simple de la musique, ils savent provoquer l’émotion et ont de surcroît l’honnêteté de signer le livret qui accompagne le disque. Que demander de plus ? Depuis, le groupe est devenu un phénomène (les autocollants « album de l’année 2004 » ont fleuri), et a publié un second album et un DVD.


    Neon Bible (2008) continuera l’aventure avec un nouveau venu de taille : l’orgue, qui va encore ajouter pour attirer les fidèles, transformer Arcade Fire en messies adulés, pour notre bonheur, et pour le malheur de ceux que le chant théâtral et fragile de Win insupportent.
    Parution : 2004
    Label : Merge
    Genre : Rock choral, Pop baroque
    A écouter : Power Out, Crown Of Love, Wake Up

    8.25/10
    Qualités : original, communicatif, vibrant, ludique, lyrique
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