“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est folk rock. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est folk rock. Afficher tous les articles

lundi 11 juillet 2016

MARISSA NADLER - Strangers (2016)




OOO
lyrique, pénétrant
Folk rock

Extrait provisoire de l'article sur Marissa Nadler à paraître dans Trip Tips 28.



La musique est un formidable moyen d'imputer des éléments personnels, de les formuler, de les façonner, et c'est exactement ce que fait Marissa Nadler en décidant d'animer elle-même la vidéo pour Janie in Love, la chanson la plus entêtante de Strangers, son septième album. Elle donne une forme physique au ressenti, insuffle la vie dans les corps obtus, en pâte à modeler, en éléments de papier, animés par la magie du cinéma. Malgré le soin apporté, cet art de la mise en scène paraît bien creux en comparaison de la musique, qui tient du romantisme pleinement assouvi, produisant un jeu d'ombres et de lumières très évocateur, emprunté à la soul orchestrée de Nina Simone, Billie Holiday, Sam Cooke, Roy Orbison qu'on aurait plongée dans une torpeur dont Opal et Mazzy Star reste les meilleurs représentants. Comme parfois lorsqu'on veut représenter une scène trop dure au cinéma, elle donne corps en projetant un jeu d'ombres, le plus doux possible, sur les murs qui délimitent son entité.

Les artistes qui sont perçus comme nébuleux, élusifs, sont ceux qui ont le plus fort rapport à la silhouette, à la forme que leur musique. Ils émergent convaincus par leur hésitation même, par leur timidité (Marissa Nadler reconnaît, qu'à ses débuts, elle n'osait dévisager les gens dans la rue) pour se donner les moyens de tout définir ; la façon dont cette musique sera vêtue, son odeur, son visage, sa couleur, son appartenance à une culture ou à une autre. Pour ces artistes là, la musique est d'abord l'entité de leurs rêves, et ils ne seront toujours qu'à travers elle. Elle concrétise leurs désirs intérieurs.

Le trait le plus évident de la musique de Marissa Nadler, c'est sa couleur : le noir. C'est si évident qu'on n'y prête plus attention, on sait que la pochette de son nouvel album devait être aussi noire que celle du précédent. Sur Strangers, elle apparaît comme une statue, en élément en regard de sa musique, en réceptacle, plutôt qu’instigateur de ces mélodies profondes. Peut-être le noir est t-il là parce qu'avec ces deux disques, July (2014) puis Strangers, elle est entrée dans une phase plus lourde, pus sourde, se fondant mieux que jamais avec son entité, se permettant d'entrer osmose et de parler d'elle dans ses chansons, un changement qui a été largement remarqué par les fans de July. Son travail avec Randall Dunn (Sunn O))), Björk, Black Mountain), a aussi encouragé cette projection musicale à se faire plus totale, les synthétiseurs contribuant beaucoup à l'évolution des ambiances, surtout sur les chansons Skyscraper et Hungry is the Ghost.

Dans le noir, les mouvements sont invisibles, gratuits. C'est la couleur d'une fluidité, d'une mouvance, parfaite illustration d'une musique d'apparence statique mais qui, en réalité, est sans cesse en évolution, ne se repose par sur un rythme ou un schéma d'accords figés mais sur une progression continue. Prenez par exemple Katie I Know. C'est la meilleure forme de chanson s'il s'agit de développer une tension, Nadler donnant encore l'impression, à la première écoute, qu'elle se contente de poursuivre sur le même ton qu'avec son précédent disque, alors qu'on devine, après plusieurs écoutes, une ouverture progressive qui ouvre la voie aux plus grandes chansons de l'album, Skyscraper, Hungry is the Ghost, All the Colors of the Dark. Puis vient la chanson titre, le moment le plus engourdi.

Elle ne doit pas retenir d'aller chercher les pépites en fin d'album, et en particulier Dissolve, qui fait songer, étrangement, au songwriter britannique Richard Hawley. Lui introduit toujours un sens du lieu dans ses chansons ; et au début de son album le plus crépusculaire, Truelove's Gutter (2009), il emprunte le langage de l'ombre et de la lumière commun à ceux qui observent depuis l'ombre et veulent définir leurs ressentiment avant de s'avancer. « As the light creeps over the houses/and the slates are darked by rain». Aidé du crystal bachet et de l'harmonica de verre du français Thomas Bloch, Hawley paraît cependant avancer plus en lumière, se permettant d'être davantage lui-même. «In this morning search for meaning/ I hear a songbird melody/And she's singing just for me. » Marissa Nadler ne chante pas seulement pour vous, comme dans la chanson de Richard Hawley, mais pour un entremonde.

Le noir, c'est la couleur du mouvement, du frémissement, du trouble, de la peur. Toutes choses que, de façon générale, l'artiste peut décider de révéler ou de cacher, mais seulement à condition de les trouver, de les reconnaître, et de les projeter. Les possibilités sont dès lors infinies, et des chansons ressemblantes en apparence cachent mille formes d'avancement et dessinent le parcours d'audaces intérieures.

Le noir a ainsi de multiples fonctions, et Nadler les maîtrise parfaitement. Même une pochette entièrement noire, en apparence, resterait la preuve que rien n'est laissé au hasard. Les devenirs et les désastres intimes ne se forment t-ils pas à la faveur de la nuit ? Comme dans un conte d'ETA Hoffman, les situations les plus concrètes naissent de commencements ambigus, d'états indescriptibles. Ces positionnements intelligents permettent à Nadler d'atteindre le plus haut niveau d'abandon sur ce beau moment qu'est Janie In Love.

samedi 7 novembre 2015

JOSH RITTER - Sermon on the Rocks (2015)


OO
entraînant, élégant, heureux
country rock, folk rock

extrait d'un article sur Josh Ritter à paraître dans Trip Tips 27


Désormais Josh Ritter atteint un niveau de cohérence plus fort encore avec Sermon on The Rocks (2015). Le titre déjà, fait écho à l'une de ses précédentes chansons, Rumors, commençant ainsi : « Serenade me with rocks ». Contenue dans son album le plus brut, The Historical Conquests of Josh Ritter (2007). Mais c'est un chapitre plus ancien que je vous laisse découvrir par vous mêmes.

« [Sermon on the Rocks] est une réaction à l'ambivalence des écritures bibliques », révèle t-il à Eric Swedlund pour Paste Magazine. « Il redonne une dimension humaine au Sermon on the Mount, selon lequel les pauvres devraient hériter de la Terre, et que nous devons être bons les uns pour les autres. » « Ces idées ont été tant fétichisées par des milliers d'années d'usure que nous oublions qu'il y a des moyens réels et humains de les concrétiser. Je pense que j'ai tenté de remettre du sang neuf dans ces idées sans rien supposer de religieux. » Il ajoute : « Je n'ai jamais su ce que signifie le terme de spirituel » « Je sais ce que 'religieux' signifie, et je ne me sens pas religieux, mais concernant la spiritualité je n'en suis pas sûr. Je me sens libre de choisir de m'émerveiller de tout, et c'est sentiment assez fort. »

Le sermon prend ici une fraîcheur schématique qui sert le propos de Ritter selon lequel les images vénérables peuvent servir des discours et des actes, pour le meilleur – l'empathie. Le pire n'est que rarement envisagé par l'artiste. La direction choisie s'est imposée à lui, trouvant un prolongement idéal dans une musique plus affirmée et enivrante que jamais. « Je me suis enfermé avec le groupe, mais la musique n'est jamais assez forte”, continue t-il dans le texte de cette ancienne chanson, Rumors. En fait, le groupe s'est retrouvé à la Nouvelle Orléans et a décidé d'enregistrer dans la meilleure humeur qu'on puisse imaginer.

Les rumeurs ont prété par le passé à Ritter de fausses identités. Il est facilement pris pour un irlandais, par exemple, car il est le premier à avoir joué dans les Iveagh Gardens de Dublin, et que son amitié avec star locale de la folk, Glen Hansard, a contribué à lancer sa carrière. Sermon on the Rocks est l'oeuvre d'un homme tant habitué aux identités qu'il en embrasse de nouvelles avec encore plus d'allant, de facilité et de joie palpable que dans les meilleures chansons de son passé. Avec sa séduction soul et sa production chatoyante, il semble aussi être l'album d'un artiste en rupture avec une discographie un poil trop hésitante.

Il n'est pas étonnant qu'au sortir de l’enregistrement de cet album, Ritter soit détendu et très content du résultat. « Ce que je recherchais tout du long, c'est un sentiment d'énergie indomptable, cinétique. Je le visualisais dans ma tête aussi ben que les chansons, comme en Technicolor, saturé de rouge. J'ai vraiment l'impression d'avoir attrapé une grosse prise avec cet album. » Le meilleur poisson du lac Tibériade, dirions nous, quand on connaît l'inclinaison de Ritter pour un Christianisme primitif dont il reprend les images.

« Quand vous écrivez des chansons depuis longtemps cela peut devenir ennuyeux. Vous savez ce que vous allez écrire avant de vous y mettre. J'ai décidé de moins me fier à ma voix intérieure, de me rebeller contre moi même. » Une figure est née de cette nouvelle donne. Celle d'un prêcheur qui fait face à la tentation et à l'apocalypse (un sujet qui, réduit aux perceptions humaines, vaut bien la peine d'être mis en chansons). Une chanson telle que Seeing Me Round, l'a aidé a trouver la vibration maligne et messianique de l'album. La voix de Ritter, plus gutturale qu'à l’accoutumée, définit la direction soul et séductrice de l'album, donnant tort à un journaliste de Pitchfork, Stephen M. Deusner, qui décida qu'il semblait y avoir « plus de fabrication que d'âme dans les chansons de Josh Ritter ».

Ritter est un classique dans ses goûts et ses méthodes, et les meilleurs moments de l'album – comme Young Moses – se basent sur des archétypes de country rock ou de folk. Pourtant, Sermon on the Rocks, en comparaison avec The Beast on its Tracks (2013), l'album qui l'a précédé, est comme le bond d'un panthère noire qui s'est longtemps léché les griffes.

Écrit à la suite de sa séparation d'avec la songwriter Dawn Landes, The Beast in Its Tracks manquait de surprises, ses chansons apparaissant modestes et dépourvues de grosses distinctions mélodiques. On trouvait des comparaisons avec Eels, Paul Simon ou Conor Oberst, mais même Conor Oberst a soumis son art à quelques changements appréciables de production sur Upside Down Mountain (2014). L'intérêt de cet album de rupture était d'entrer par le chagrin et le ressentiment et de ressortir léger et optimiste, brassant les sentiments classiques dans une séquence cohérente et finalement lumineuse de chansons d'amour teintées d'ironie.

Dans les chansons de Ritter, l'amour s'apparente à l'empathie, et s'apprend dans la distance avec son sujet : sur Sermon on the Rocks, il y a cette chanson écrite au dernier moment, et qui résume l'album, Getting ready to Get Down, dans laquelle une jeune femme aventureuse essaie de s'intégrer dans sa petite ville puritaine.

My Man on a Horse is Here est la dernière douce audace de l'album, pour un homme aspirant à prendre le contre-pied d'une difficile séparation et épouser cette nouvelle ère dans laquelle il se sent « sauvage ». Dans une de se chansons les plus aimées, Girl in The War, il écrivait : « Peter dit à Paul, tu sais tous ces mots que nous avons écrits/sont juste les règles du jeu et les règles sont les premières à perdre leur prix. »

vendredi 30 janvier 2015

GREYLAG - S./T. (2014)



O
romantique
Folk rock

En anglais, on dit souvent qu'un label est une 'maison'. Et c'est vrai. Peu importe la distance qui sépare les groupes de leur label, il finissent par s'y retrouver. Franchir une telle distance est le processus naturel pour un groupe souhaitant conjurer d'autres atmosphères que le rock. S'échapper des formats donne la liberté de ne pas se faire témoin d'expériences vécues à l'excès, comme le rock n' roll. Greylag s'imprègne, englobe et atteint au-delà de l'intimité dans laquelle il crée. Ce trio parle des hasards de la vie sans doute, comme celui qui a réuni trois jolis poulains élevés dans des endroits très différents, Andrew Stonestreet (Chant, guitare acoustique), Daniel Dixon (divers instruments à corde, claviers) et Brady Swan (batterie). On imagine les blagues croisées sur le Texas et la Californie. Greylag combine les évocations de Led Zeppelin période III (et ces groupes capables de mêler le feu rock n'roll avec la méditation de hautes sphères 12 cordes), et celles d'influences plus déroutantes comme les islandais Sigur Ros. Greylag est le nom anglais de l'oie sauvage, ce qui ne fait pas passer toute la majesté rock que vise le groupe, même si une métaphore pour 'voir le monde d'en haut' a ses avantages. Difficile, pour un label, de retenir au sol un tel groupe ? Tant mieux, les chansons développent une atmosphère plus vibrante, voire romantique (Yours to Shake), que sur le premier EP The Only Way to Kill You. Et le producteur des Fleet Foxes, de Band of Horses ou des Shins donne une ampleur 'naturaliste' et un sérieux auquel le groupe échappe dans les moments les plus mordants. Dead Oceans a permis à Greylag d'atteindre d'autres horizons, les a inspirés et poussés à embrasser complètement leurs rêves. Ces labels de taille moyenne ne jouent pas nécessairement le rôle de découvreurs de talents, mais donnent à de petits groupes la capacité de se développer et d'honorer leur nouvelle maison. « Le son exploratoire, plein d'émerveillement de Greylag est la pointure parfaite pour Dead Oceans. »

mercredi 28 janvier 2015

RILEY WALKER - Primrose Green (2015)



OO
intense, hypnotique
folk-rock, psych-folk

On découvre Riley Walker à l'occasion de son deuxième album, dont la pochette bucolique donne une image timide du guitariste 'prodige'. Pourtant, Riley Walker apparaît très sûr de lui et de ses choix, voire même un peu menaçant sur des morceaux qui mélangent le folk en picking de Bert Jansch, signe d'une dextérité hors du commun et les formats du post-rock voire du psychédélisme quand il invoque des mantras furieux. Sa voix forte devient intimidante lorsqu'il répète 'We got the same Heart... the same mind' dans Same Mind. Cette conviction sauvage et libre, cette dévotion toute entière rappelle Tim Bukley. Sweet Satisfaction se joue comme une version un peu maniaque de One of These Things First, la chanson de Nick Drake. Ces chansons ne s'apprécient pas nécessairement pour leur mélodie, mais pour l'entremêlement fou des guitares rythmiques, le déluge des notes de piano, les solos incessants, jusqu'à la cacophonie, et l'intensité vocale de Riley Walker qui finit par dominer, au fil des écoutes, toute la tension provoquée par ces enregistrements live (ou quasi). Un album original, dense, qui se découvre lentement, comme celui d'une autre valeur montante, Steve Gunn et dans lequel se perdre.  

lundi 8 septembre 2014

LAURA JEAN - S./T. (2014)



O
intimiste, attachant
Folk, Folk-rock

« J'ai écrit sur les révolutions en Grèce, en Turquie, en Ukraine. Et j'avais l'impression d'avoir besoin de vacances. Je me demande si l'Europe de la Société m'intéresse toujours. Pourtant, à chaque fois que je veux partir pour New York, une inspiration, de plus en plus singulière, me retient ici. Je me retrouve à écrire sur les groupes de black metal européens. Enfin, j'avais commencé, mais je me suis arrêté. C'est l'enthousiasme de Laura qui m'en a empêché. J'ai cru que cette fois ci j'allais marcher à fond. Elle m'a fait croire qu'elle partait pour toujours, mais pas à New York. Elle m'a fait passer pour un petit joueur avec New York. Elle allait à Melbourne. Mais avant de partir, elle a découvert une autre Laura. Et le temps d'écouter ses disques, elle ne vouait plus partir. C'est souvent ainsi que ça se passe. Nous prétendons prendre le large, mais finalement, nous sommes bien contents de notre monde étriqué. Il suffit de me souvenir combien j'ai trouvé le petit jardin de ma sœur sur la route de Paris pour m'en contenter, et ne plus avoir tellement envie de partir. PJ Harvey manque déjà à Laura. Aux deux Lauras, peut être. L'autre, Jean, chanteuse introspective de Melbourne, qui partage son deuxième nom avec Polly Harvey, l'icone anglaise. Laura, la notre, est plutôt inclinée vers la mélancolie. Ce n'est pas étonnant vu la façon dont Berben la traite ici. Il insiste toujours pour qu'elle dorme avec moi, il aimerait libérer une chambre pour héberger une colocataire de plus. Elle voudrait bien, mais j'évite à chaque fois de répondre à ses avances. Quand elle écoute First Love Song, la chanson la plus tétanisante de cet album de frustration, je me sens envahi d'un vrai malaise. 

Laura Jean semble nous signifier qu'elle ne serait pas revenue à la chanson si ce voyage en Angleterre aux côtés de John Parish, le mec qui a tellement travaillé avec Polly Harvey, n'en avait pas décidé autrement. Notre Laura dit que cet album met la chanteuse à nu, faisant ressembler ses intonations à celles de Polly Harvey sur White Chalk, son album le plus aérien. Un geste artistique qui répond à une crise d'inspiration en privilégiant la fragilité et la mise en abîme. »

lundi 28 juillet 2014

JOHN HIATT - Terms of My Surrender (2014)






OO
poignant, lucide
country rock, folk rock, songwriter

Que doit faire un songwriter dont les albums qui ont attiré le plus d'attention sont parus il y a si longtemps, si ce n'est continuer d'enregistrer ce qu'il croit bon, sans plus se soucier de savoir si ses chansons vont laisser un sillon ? Avec une voix qui se rapproche de plus en plus de celle de Dylan, Hiatt, 62 ans, en laissera un, en chantant qu'il faut prendre son temps, mais aussi redresser les torts. Peut importe qu'il chante avec le nez, les mots choisis pour Face of God frappent aussi bien que Ry Cooder entre sa campagne contre Mitt Romney et sa description malicieuse des frasques de Kash Buk, son fou de hot rods. Il chante comme si voulait nous présenter un mec à la vie terrible, pas vraiment lui. Marlene est une récréation savoureuse, Wind Don't Have to Hurry le moment le plus brave de l'album, vengeur, menaçant, qui remet dans un grondement contenu les autres à leur propre inconsistance. Si Hiatt est là pour donner des chansons à reprendre dans les parties du samedi soir, ce n'est pas ce qui transparaît le plus. Il sait, pourtant, que son statut de 'grand songwriter' fera qu'on se servira comme on pourra, en respectant, on l'espère, tout le mordant de ces versions originales déjà organiques. Pas une chanson qui n'est pas un versant raide et touchant, où chaque détail ne puisse susciter le respect, sans que le tempo n’accélère inutilement, Nobody Knew His Name est baignée de slide et de banjo. Baby's Gonna Kick s'amuse des vieux jours qui arrivent. Nothin' I Love a un riff mémorable et plein de phrases pour aller avec : "they took my money and that makes me cry." Pourtant, la seule incertitude des lendemains est celle qui concerne la santé de notre homme. Il y fait allusion, en se déchargeant toujours un peu sur cet avatar, ce mec terrible qui en fait des tonnes. En attendant, Terms of My Surrender, la chanson titre, est un régal qui nous ferait presque préférer cette version dédramatisée de lui-même.

vendredi 11 juillet 2014

SEAN ROWE - Magic (2010)








OO
nocturne, sensible
folk rock

Certains n'hésitent pas à en faire un émule un peu brouillon de Leonard Cohen. Je vois bien quelques coeurs du type I'm Your Man, mais rien de sérieux dans ce sens. Allez, peut être Old Black Dodge, mais qui s'en soucie ? On l'accuse d'être nonchalant dans son approche des paroles, comme un mauvais Tom Waits, et de trop forcer à devenir le héros qu'il devrait être. Mais que les analystes se calment ; à le voir, vagabond urbain, on se dit que Rowe est exactement tel qu'il devrait être. Il y est allé au club, il a joué, noté quelques paroles sur un carnet, sans étaler de science mais en fonctionnant à l'affect, et sa voix extraordinaire a fait le reste.  Ce qui peut paraître classique dans ce disque, c'est le style naturel d'un songwriter qui ne se cherche pas, mais qui exprime spontanément des histoires dont les vérités apparaîtront facilement comme des maladresses et des clichés. Ce n'est peut être pas assez spirituel pour certains, qui s'attendent à ce que ce genre d'album apolitique et païen dégage une amère culpabilité pour cumuler toutes ces libertés. Ce qu'il recherche, c'est la magie et l'innocence, 'I was magic like a child'. Night, American et The Long Haul valent que l'on s'arrête écouter Sean Rowe avant de se plonger dans un profond sommeil. Le lendemain, le souvenir de son timbre grave et original viendra vous retrouver. Voir la belle interprétation de Surprise ci dessus, assez différente de la version de l'album ! Et une reprise de.... bon, ok. Avec Lost in the Trees, le 'groupe de l'année' 2012 dans Trip Tips. Et enfin, une autre reprise de... oui, bon ok, de LUI ! Je vais me coucher. 

Sur pledgemusic, Sean vous propose plein de manières amusantes de soutenir le financement de son nouvel album et de sa tournée... vous pouvez même le faire chanter une reprise, précise t-il, du moment que ce n'est pas du Nickelback. 

http://www.pledgemusic.com/projects/seanrowe
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...