“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

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samedi 22 août 2015

SORORITY NOISE - Joy, Departed (2015)







O
Doux-amer, intense
Rock 

Dans les listes de ceux qui avaient aimé le disque d'Adventures, sur le site Rate Your Music, figurait parfois l'album de ce groupe.  

C'est pour l'émotion et l'efficacité des refrains qu'on se replongera dans ce disque. Sans jamais vraiment basculer dans le chant hurlé ils conservent tout au long de ces montagnes russes une intensité à vif. La voix de Cameron Boucher n'a rien de particulier, sinon ce ton nasal propre à évoquer la frustration et le dédain émotionnel au sortir de l'adolescence (voir Conor Oberst). Il faut du courage pour faire partie de cette scène émo un peu tête à claques et affirmer sans ciller que finalement, c'est mieux d'être seul que de se faire du mal à deux. On pense à Bright Eyes, même si la musique fluide et fuyante ensevelit les paroles avec une attitude plus roublarde. Bien qu'intenses et amères, ses paroles s'arrêtent toujours avant de mettre l'auditeur mal à l'aise. 

Sur Art School Wanabee, au milieu de l'album, le refrain le plus à même de saisir cette capacité à ne jamais aller jusqu'au bout, peut être à tomber à court d'arguments trop précocement pour basculer dans l'amertume infinie. "Peut-être ai-je seulement peur d'admettre que je ne suis pas aussi noir que je le pense/Peut être ne suis-je pas la personne que je n'ai jamais voulu être". Cette façon de tourner autour du pot donne à Sorority Noise leur côté le plus authentique. 

Ils semblent emprunter des chœurs à TV On The Radio sur Mononokay. Using est une agréable descente dans le pathos. WhenI See You confirme leur parfaite maîtrise non seulement des refrains, mais des ambiances héroïques, qui, enfin, se prolongent au-delà du dénouement attendu.

samedi 4 avril 2015

JAY WILLIAM HENDERSON - Hymns to My Amnesia (2014)




OO

lyrique, sensible, soigné

country alternative

Le ton est sombre, dès les premières paroles : “You fool, you fucking fool. You’ve created this torturous mess.” La voix rappelle Father John Misty. Jay Henderson a déjà gagné la réputation d'un parolier recherchant l'ombre, mais une histoire n'éclaire jamais qu'en projetant de l'ombre. Ces chansons rudes se déploient parfaitement dans un rythme à la lenteur élégiaque.  Cet album a aussi été enregistré avec en tête les paysages majestueux de l'Utah, d'où Henderson est originaire et qu'il sait photographier avec talent. Désormais à Nashville, il a enregistré dans une perfection ouatée et mélancolique, dans une ambiance à la Harvest (1972), de Neil Young, accompagné d'une dizaine de musiciens et un trio de chanteuses pour les chœurs. Heart & Hand est l'une des chansons les plus bouleversantes depuis longtemps, jusque dans l'apparition simultanée d'un harmonica et de la pedal steel, deux instrument traditionnels, joués de la façon la plus déchirante au monde. A partir de ce petit bijou, les chansons s'allongent jusqu'au sursaut de Tide puis à la longue digression qui s’appelle de façon paradoxale, Ain't Looking Back. Cet album m'aillant vraiment impressionné par sa force, et au vu de l'absence de presse sur Jay William Henderson en français, j'ai contacté l'intéressé pour réaliser une interview. A suivre...

http://jaywilliamhenderson.bandcamp.com/album/hymns-to-my-amnesia

lundi 29 avril 2013

KURT VILE - Waking On A Pretty Daze (2013)






lucide/apaisé
indie rock/garage rock
OO


A son meilleur, la musique de Kurt Vile est un nuage plein d'affect, une gaze de vapeur chaleureuse, dégage une tranquillité imbattable, un confort spacieux, semble se dissoudre, se répandre comme la fumée des machines à fumées sur les scènes de concert, dans un remous circulaire qui ne cesse jamais de se répéter. C'est un univers solitaire, emprunt d'une drôle de tristesse, mais aussi de bien-être, traversé à chaque fois que les notes de guitare scintillent, et émergent de leur enveloppe, d'éclairs de lucidité. Le son délavé est relaxant, déconnecte et donne la même sensation de plénitude que si vous vous promeniez dans les rues désertes, chaudes et silencieuses de Philadelphie un jour de printemps, concentrant votre plaisir sur un petit courant d'air qui fait de la surface de votre peau la seule chose au monde qui compte pour votre propre plaisir. Il faut attendre, patiemment, pour être définitivement captivé, de se rendre compte qu'il y a quelqu'un d'autre dans cette musique, comme un ami, qui avec perspicacité a rassemblé assez de vécu pour enregistrer un double album, donnant aux onze chansons plus de souffle encore qu'en 2011, qu'en 2009. Il avait alors déjà trouvé sa façon unique de les interpréter, répétant les arpèges comme un envoûtement. Il était déjà le plus électrique des indie-rockeurs domestiques, le père de deux filles. 

« Life is like a ball of beauty that makes you wanna just cry, then you die » chante t-il avec une voix légèrement plus touchante qu'à son habitude sur Too Hard, peut-être le chef d’œuvre de l'album. Une certaine forme de perfection avait été atteinte avec Smoke Ring for My Halo, en termes de déteinte, de façon de délivrer les messages personnels – sur On Tour et Ghost Town particulièrement. (« Je pense que je ne vais plus jamais quitter mon chez-moi/car quand je sors je ne vis que dans ma tête. ») Waking on a Pretty Daze élargit le champ des émotions, semble avoir l'ambition de couvrir toutes celles qui peuvent traverser un jeune père de trente-trois ans, aussi déterminé que rêveur, au cours d'une journée où chaque détail a une importance. Les meilleures chansons sont celles qui prolongent le plus intimement les interrogations dérivées des mystères de la vie quotidienne, qui sous couvert d'atermoiements révèlent en réalité l'assurance de Kurt Vile à remplir son rôle, en décalage avec la pop, avec le paraître, avec la culture dominante fondée sur l'interaction. S'il a semblé jouer de la guitare pour lui-même, c'est que Kurt Vile a bien compris que les choses qui méritent vraiment notre admiration sont celles qui se révèlent le plus lentement, sans agressivité inutile. Au fil des écoutes, des aspérités se créent dans cet album fleuve et l'aspect touchant de chaque parole laconique devient évident. 

Sur Too Hard : « Prends ton temps/c'est ce qu'il ont dit et c'est la meilleure façon de vivre/mais est-ce possible pour les pères et leurs petites filles ?/Je promets de faire de mon mieux, de remplir ma mission/pour Dieu et mon pays. » L'humour ne fait pas exception, il bénéficie d'un traitement spécial : à l'image des chansons, plutôt que de donner un jugement, il nous amène à l'étape suivante, Vile se détournant toujours de sa dernière grande pensée poignante pour suggérer que l'essentiel est ailleurs, jusqu'à ce que vous vous rendiez compte que vous avez été renversé. 

Alors qu'à sa première diffusion, la chanson d'ouverture, Waking on a Pretty Day semblait contenir, en neuf minutes, la quintessence de Kurt Vile, avec sa mélodie qui se développe lentement et son apparente simplicité révélant dans le fond des richesses sonores capables de souligner au mieux son introspection , on se rend compte de notre erreur. L'album va plus loin avec le ressentiment nostalgique de Girl Called Alex, dont les arpèges sont parmi ceux des plus définitifs que Vile ait jamais joués ; la frustration mise à nu sur Shame Shamber ; le fantasme que la drogue fournisse un échappatoire trop poétique pour être vraie sur Snowflakes are Dancing. Ils se décrit « chilling on a pillowy cloud » d'un ton irrésistiblement relaxant. Une phrase de cette chanson, « There is but one true love/within my heart » détourne de façon très consciente, l'une des paroles les plus mémorables du précédent album, sur Baby's Arms, « There has been but one true love/in my baby's arms. » Cela laisse imaginer ce qu'aurait pu signifier « il n'y a jamais eu qu'un seul amour/dans le creux de mon bras », ce que par chance Vile a évité de chanter. Des lignes telles que « chilling on a pillowy cloud » sont étrangement satisfaisantes. Il a vendu la licence de Baby'sArms pour une publicité, s'attirant les foudres de ses fans. Il souhaitait seulement vivre de sa musique...

Enfin, Goldtone raconte le désir de se fixer sa pensée plutôt que de refuser de penser, de ne plus fuir dans des mondes interlopes et d'emprisonner les douleurs plutôt que de chercher à les atténuer : « I might be adrift but I'm still alert/ Concentrate my hurt into a gold tone."


dimanche 28 octobre 2012

Concert - Diane Cluck @ La Loge - 26/10/2012


Diane Cluck (à droite) avec isabel Castellvi (violoncelle)

 
Je souhaite avant tout remercier Laurence Buisson, fan n°1 de Sharon Van Etten en France J et conquise par la cause du Ladyfest comme je le suis, sans laquelle je n’aurais jamais assisté à cet adorable concert. Merci Laurence ! <3 strong="strong">
Le festival Ladyfest est auto financé, et donc indépendant. Animé par huit jeunes militantes, il s’est révélé une alternative très intéressante à la morosité du mois d’octobre, en s’adaptant parfaitement aux circonstances. Un concert en témoigne : celui de Diane Cluck, chanteuse américaine à l’image du festival : passionnée, humble, indépendante, brillante. Sharon Van Etten avait ouvert le Ladyfest et en demeure la tête d’affiche incontestée, apparaissant encore dans les conversations quatre semaines après être repartie pour New York. L’émotion fulgurante qui a parcouru l’échine des garçons et surtout des filles rassemblé, nombreux, au Café de la Danse ne saurait être reproduite plus avant au cours du festival, et l’utilisation de cette vaste salle n’a pas été réitérée dans la suite des festivités ; les concerts se sont faits plus intimes, l’équipe du Ladyfest demeurant le noyau amical autour duquel gravitent quelques personnes déjà inconditionnelles de l’esprit du festival, à défaut d’en avoir toujours acheté le sac (8 petits euros) qui leur apporte leur financement. Nous sommes à la Loge, avec quelques soixante personnes venues voir Diane Cluck.
Si Sharon est revenue encore dans une discussion, c’est parce qu’elle s’était montrée très enthousiaste, lors de son dernier passage, en s’apercevant que Diane Cluck était également l’invitée du festival. Cette dernière nous a raconté qu’encore toute jeune, Sharon lui envoyait ses démos et lui demandait son avis sur ce qu’elle enregistrait, éprouvant une grand admiration pour elle. Diane Cluck apprécie maintenant avec fierté le parcours plein de promesses de sa jeune comparse.
Wear The Trousers Magasine a placé Oh Vanilla (2003) au 14ème rang de meilleur album de la décennie 2000-2010. Enregistré avec l’aide du musicien de jazz Todd Horton, cet album reste le véritable acte fondateur qui permit à Diane Cluck d’exporter, petit à petit, à  son échelle, sa musique, et lui a valu une admiration en progression constante de la part de gens du monde entier. Avant ça, elle les capturait souvent sur des casettes, les manufacturait et les distribuait elle-même. Les enregistrements de cette époque sont en conséquence parsemés de bruits parasites.
Les oreilles aguerries de la presse  attentive n’ont pu que multiplier les commentaires élogieux après avoir entendu ce que ‘folk intuitif’, dans la bouche de Diane Cluck, voulait dire. A la voir sur une certaine photo, c’est un peu comme faire de la confiture. Je n’en connaissais rien : une voix extraordinairement riche, utilisée comme un instrument magique, et une volonté presque farouche d’explorer plus avant, d’un couplet à l’autre, les contours lumineux de ses poèmes obscurs et foisonnants m’ont sidéré, et ont renouvelé en moi la foi en ce genre folk parfois banalisé, ont inspiré de nouvelles idées sur ce que doit, ce qu’il peut être ; une musique profonde, une expérience totale et sans aucun cliché. L’influent Mojo Magasine plaçait en 2005 Countless Times en deuxième position de sa liste des meilleurs albums Underground de l’année. Undergound ? Malheureusement. Dans certains concerts qu’elle a joués en Europe avant de passer par Paris elle jouait pour moins de dix personnes. « Ce n’est pas grave, je reviendrai’, confie-t-elle.  
Mais c’est qu’elle n’a pas sorti d’album depuis longtemps, utilisant son site internet un système de suscription baptisé ‘song of the week’ pour vendre ses chansons. Une pratique discutable, puisque le coût de la conception des chansons – enregistrement, mixage, mastering, déplacement auprès des collaborateurs – est difficile à résorber de toute façon, et que l’absence d’album lui empêche globalement d’attirer l’attention de la presse spécialisée.
Un EP de six titres a cependant été enregistré avant le début de la tournée européenne, de façon spontanée, et en compagnie de la violoncelliste Isabel Castellvi que l’on retrouvera le soir du concert. L’un des moments forts a été de les voir côte à côte, en train de chanter a cappella Petite Roses, un extrait de Oh Vanilla. Elles vous jettent un charme. Les deux vont naturellement interpréter les six chansons enregistrées ensemble, toujours aussi mystérieuses et abandonnées que ce que Diane Cluck a pu faire par le passé. Leur musique se complémente, s’entremêle. Castellvi sert d’oreille absolue à la chanteuse lorsqu’elle s’accorde, donnant son approbation à l’issue de la première note, avant de s’engager avec un visage rayonnant, dans une joute aussi enjouée qu’elle est intense, habitée d’une tristesse sublimée. Le niveau de liberté à l’œuvre est imbattable, c’est un sentiment impossible à étouffer, qui flotte autour de ces riches mélodies inspirées de musique classique, qui leur donne une beauté globale. Un sentiment de transcendance qui vous gagne au fur et à mesure du concert, ainsi qu’un confort total. La magie à l’œuvre est ce qui sépare concert et albums. Ceux-ci sont considérés par Diane Cluck comme de simples ‘collections de chansons’ qui ne peuvent égaler la façon dont ces chansons prennent vie chaque soir, façonnées avec toute l’intuition et l’audace nécessaires. Surtout que certaines d'entre elles ont plus de dix ans, et ont beaucoup évolué. Easy To Be Around et ses diamants (« I was in a coal mine picking up diamonds/that the miners had left behind ») ou Phoenix and Doves constituent des sommets de la soirée. C’est de là que vient, jurerait t-on, un peu de la désespérance défiante des premiers Sharon Van Etten. On reste avec l’impression que Diane Cluck est à la tête d'un répertoire au raffinement rarement égalé parmi ses pairs actuels.
De son côté, Laura J. Martin a introduit la soirée en faisant surtout montre d’un grand talent à la flûte traversière et d’une énergie traversée d’éclats de mysticisme. Auteure d’un premièr album charmant et versatile, elle laisse imaginer ce soir ce qu’aurait été les troubadours en marge de Woodstock s’ils avaient disposé de pédales de loop. Elle offre, souvent à mi-chanson, des moments de plénitude, d’intensité, à force de superposer en d’entrecroiser les parties instrumentales ou les brillantes utilisations de sa voix, qui n’est pas sans évoquer celle de Joanna Newsom.

Merci le Ladyfest, et à l’année prochaine !
Site officiel Diane Cluck
Bandcamp Diane Cluck
Facebook Laura J Martin :
Ladyfest
 
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