“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

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jeudi 10 juillet 2014

LOWER - Seek Warmer Climes (2014)






O
intense, rugueux
post punk

A la première écoute, c'est martial. Puis la musique de ces danois devient puissante ; à la fois introvertie et rebelle, angulaire, rampante et intense, parfois même claustrophobe (sur les 7 minutes de Expanding Horizons, que Michael Gira des Swans ne renierait pas) pleine de dynamiques contraires, entre punk et no wave. Le disque ne nous repose jamais, plein de rebondissements malgré la voix monotone et scandée du chanteur. Après Expanding Horizons redémarre la seconde moitié de l'album, sur les roulements de tomes très post-punk de Bastard Tactics.  On y reviendra pour une certaine grandiloquence, des riffs (Arrows...) qui définissent à chaque passage plus clairement les chansons, qui font vite oublier les influences, un trait noir punk entre les années 70 et 90. A noter que chez Matador, ils partagent le label de Fucked Up et de beaucoup d'autres bons groupes. 

lundi 27 février 2012

Perfume Genius - Put Your Back N 2 It (2012)


Voir aussi la chronique de Learning (2010)

Parution : février 2012
Label : Matador
Genre : Pop
A écouter : Hood, All Water, Second Song, No Tear

°
Qualités : sensible, doux-amer, lucide

Un parfum, c’est délicat mais puissant, discret mais persistant ; quand Mike Hadreas a choisi ce pseudonyme de Perfume Genius, il se sentait toucher à la plus grande vulnérabilité tout en aillant trouvé pour lui même le moyen de laisser une marque émotionnelle soutenue, à travers sa musique. Sur Put Your Back N 2 It (« l’épellation c’est comme si Sinéad O’Connor reprenait Prince ! »), il s'affirme clairement ; la voix est en avant, délivrant dans ce trémolo curieux des confessions qui traitent a part égale de beauté, de fragilité, de perversion, de transgression. Perfume Genius dérange. You tube a décidé que la vidéo pour la ballade au piano Hood était « non-family safe », c'est-à-dire en langage clair qu’elle choquait pour son regard sur l’homosexualité. On y voyait l’acteur de porno Arpad Mikos dans une posture maternelle envers le chanteur, celui-ci délivrant « you would never call me baby/if you knew me true » à la caméra. Mike Hadreas, 27 ans, évolue un peu dans les mêmes sphères qu’Antony Hegarty avec The Crying Light (2009) ou Swanlights (2010), où la sexualité est traduite à l’état de révélateur émotionnel, et où la différence est une exploration à l’échelle universelle. Sur All Water, Hadreas imagine un jour où il pourra prendre la main d’un amant « dans toutes les rues sans hésitation ni peur ». Il tente de ce fait en chansons des expériences qu’il n’aura pas nécessairement dans la vie.

Si l’écriture d’Hadreas s’empare de l’homosexualité comme d’un défi émotionnel, il s’attaque de la même façon à d’autres domaines d’apparence banale mais secrètement originaux : Dark Parts est écrit à propos de sa mère (Hadreas a commencé à composer de la musique après avoir déménagé de New York, ou il était junkie, pour rejoindre sa mère à Everett, dans l’état de Washington). Quel que soit le sujet, Perfume Genius est une méthode de sublimation. « S’il devait y avoir un but, ce serait de prendre une chose provoquant au premier abord la honte, le secret, pour se rendre authentique et injecter un genre de tendresse et de pouvoir soignant à cette chose." Hadreas est à la fois dans une position de fragilité et de défiance, et dégage ainsi une énergie rayonnante. « Je pense qu’il y a plus de courage à se rendre soi-même vulnérable que de faire de la musique extravertie ou agressive du type Odd Future. C’est seulement une fanfaronnade adolescente, mais tout le monde les trouve innovants. Etre émotionnel n’est peut-être pas innovant, mais ce n’est pas une faiblesse. » Hadreas raconte comment on peut porter une esthétique crédible avec des expériences en demi-teinte, sans prendre parti. Il sait se montrer consolateur sans aucune tentative de domination. L’autorité qu’il portait encore sur son chagrin dans Learning (2010) a disparu ; confiant sans s’interposer, Hadreas ne justifie plus rien, place simplement l’auditeur au cœur de sa propre intimité.

Il le subjugue de textures délavées – Awol Marine évoque Angelo Bandalamenti et son travail sur la bande originale de Twin Peaks, avec claviers et mélodie - , autour du piano qui a servi d’accroche courageuse sur Learning et de guitares dans le même esprit restreint. Le format court des chansons, arrangées avec subtilité et chacune un peu différemment, laisse l’auditeur s’emparer du disque entier en peu de temps. Une attention constante est portée à l’impression générale laissée par les morceaux. Au-delà de la qualité de la mélodie, c’est la façon évanescente dont les chansons apparaissent et se rétractent, à la manière de l’encre sur du papier buvard, qui importe.

vendredi 3 juin 2011

Thurston Moore - Demolished Toughts (2011)


Parution : mai 2011
Label : Matador
Genre : Acoustique
A écouter : Benediction, Circulation, Space

7.50/10
Qualités : psychédélique, orchestral, élégant, envoûtant

Thurston Moore enregistre énormément de musique, mais ne transforme que rarement sa verve en chansons, préférant dérouler sa poésie singulière ailleurs que dans le studio. Demolished Toughts est donc un disque précieux lorsqu’on apprécie le timbre étouffé, désorienté de Moore et les talents d’écriture propres au territoire qu’il défend depuis trente ans ; description d'une errance sans fin (« C’est une lutte perpétuelle, le point d’interrogation est indélébile, le désir est irrésolu », dira t-il en interview), la romance impitoyable, la recherche de foi. « Breaking happy heart, blood and liquid noise” chante t-il dans la quintessence de Orchard Street, avant que des hurlements lupins ne viennent souligner ses évocations craintives. Moore a 52 ans, c’est un doyen au sein d’une génération de musiciens qui apprit d’abord à défier l’esthétique dominante avant de vouloir communiquer. Musicalement, il partage avec J Mascis (Dinosaur Jr.) un amour du folk anglais et de Neil Young, auquel il revient constamment comme l’exemple à suivre. Cependant, sa démarche est depuis le début bien différente ; ni guitar-hero ni soliste, il explique ne pas utiliser un langage conventionnel et avoir plus de plaisir à improviser – il dit aussi n’avoir jamais joué sur une guitare accordée de manière classique.
Cette  philosophie (le terme est le bon, mêlé des fortes propensions de Moore  à l’érudition littéraire)  est évidente dans Demolished Toughts, qui s’éloigne d’un album folk et de son modèle avoué, Astral Weeks, pour devenir un trip artisanal, singulier. C’est aussi le fruit du travail de musiciens studieux et fidèles – la violoniste Samara Lubelski, la harpiste Mary Lattimore, et les collaborateurs réguliers de Moore. Celui-ci s’épanouit  dans son envie d’embrasser davantage d’espace et de mieux accuser le temps qui passe (« Sunday lights/Come take my nights/And I’ll bend down/To my knees and die »), participe de ce psychédélisme, étire les chansons, leur donne une largesse vertigineuse.  
Demolished Toughts donne l'impression qu’il nous est permis de décrocher, de se perdre à un moment ou à un autre, plongés dans cette trame de rêves, avec harpe libérée et lointaine, tabla indien, violoncelles rassurants. La guitare sinueuse et très mélodique de Moore nous assure de pouvoir n’importe quand retrouver le chemin de la chanson qui suit son cours. Cette brillance acoustique, ce sentiment d’effacement des frontières – tour de force pour un disque qui trouve pourtant son bord – n’est pas dû qu’à Moore.  C’est un album de producteur, né d’une collaboration étroite avec Beck Hansen. «  Je le connais depuis des années, révélait Moore récemment. « Quand je l’ai rencontré, bien avant Loser, c’était un gamin, qui vivait à New York. Il passait son temps sur des bancs publics, il jouait du folk ». D’un éclectisme débridé avec notamment Odelay (1994), Beck passera en 2002, à un travail plus cohérent et contemplatif avec Sea Change (produit par Nigel Godrich connu pour travailler avec Radiohead). Outre un travail sonore comparable à celui de son maître Godrich, il apporte à Demolished Thoughts une constance bienvenue, et ce malgré de longs morceaux ; Orchard Street et Space sont soutenus à bouts de bras ; cette densité providentielle est le signe du talent incontestable du producteur. Les audaces sont d’une douceur et d’une discrétion qui les fait seulement sembler naturelles ; l’ombre de Sonic Youth est aussi là pour justifier certains partis pris. La chanson Orchard Street se termine à mi-chemin de la fin du titre, avant que ne soient ressuscitées avec une gloire toute acoustique les codas de Murray Street (2002).
D’étranges touches sonores participent au climat d’anxiété déjà suggéré par la voix de Moore, éloignant un peu plus le disque de ce que serait un album folk traditionnel enregistré sous un porche. Space reste le meilleur exemple de ce que peut donner le désir de perdition. « I used to have all the time in the world/ Cruising galaxies in search of gold" chante Moore, le ton toujours emprunt d’une menace lointaine. Même dans leur plus grande beauté, comme dans Benediction  ou l’élégante January, ces chansons se déplacent vers des contrées inattendues, que ce soit les musiciens prenant des décisions originales ou la production dramatisant un détail ou un autre de ce qui reste autrement léger et presque insaisissable. Circulation est un peu à part, se dirigeant plus nettement vers l’intensité et la dissonance du groupe qui a élevé Moore – même si sa façon de bâtir la tension presque sans aide électrique lui donne sa fraîcheur. « I'm not running away/Circulation makes her crazy” chante Moore dans ce qui ressemble le plus à un refrain accrocheur. La structure de la chanson est encore une fois réfractée, sujette à une déconstruction écarquillée. Blood Never Lies évoque plus clairement le travail de Joe Boyd pour Nick Drake. Partout, à tout instant, sans s’interdire de décrocher et renouer, on a la sensation étrange d’assister de loin à la torpeur d’une conscience.

lundi 30 août 2010

Perfume Genius - Learning (2010)


Parution : juillet 2010
Label : Matador
Genre : Pop
A écouter : Mr Peterson

Note : 6.25/10
Qualités : fait main, sombre, spontané

Un disque minuscule en apparence, mais dont le pouvoir d’évocation dépasse les limites de sa fragile enveloppe. Dans un temps lointain, l’invention des casques audio apporta sa petite révolution. On pouvait enregistrer en imaginant que l’auditeur allait être dans une situation d’écoute intimiste, qu’il aurait l’impression que le son lui coulerait directement dans le cerveau. Cela a donné des disques comme Pink Moon – de Nick Drake, l’exemple du disque qui peut vivre à l’intérieur de vous sans jamais exister à l’extérieur, parce qu’il n’en a pas besoin, ou alors seulement là d'où il vient. Perfume GeniusMike Hadreas, jeune casanier de Seattle – n’a peut être pas pensé son premier disque en ces termes, mais c‘est dans ces conditions que Learning vaut la peine d’être écouté. Il semble conçu pour entrer en vous au milieu du silence et dans l’obscurité, ses mélodies erratiques, au piano surtout, entrant dans votre tête pour y rester.

C’est un disque douloureux qui sait se faire seulement apprécier pour sa beauté, pour son honnêteté. Alors que d’autres font de la douleur un divertissement – c’est même, pour Mark Everett de Eels, une chance de pouvoir se réaliser dans ce business – Hadreas n’en fait que beauté. Derrière les histoires – la pénibilité de se faire comprendre de ses proches, la toxicomanie, le suicide, les relations douteuses à l’autorité, – il n’y a rien d’autre qu’une sensation agréable. Parce que les mélodies, frêles, sont enregistrées in situ dans un dénuement et en très peu de prises manifestement, que le son respire ; et aussi parce que la voix de Hadreas est vivante et juste, et qu’elle ressemble à celle d’Elliot Smith. Ce n’est peut-être pas suffisant pour expliquer pour l’on revient à Learning, malgré le poids mélancolique qui l’habite. Un certaine chaleur qui n’existe que dans les disques qui, dans l’intérêt de l’émancipation d’un artiste, ont besoin d’exister, peut-être – par opposition à ceux qui doivent exister et sont préparés comme des dissertations.

 

lundi 15 mars 2010

Shearwater - The Golden Archipelago

Shearwater est d’abord une affaire de sentiment, car selon Jonathan Meiburg, c’est le grand pouvoir de la musique ; pourvoir transformer la tristesse en joie ou bien exprimer ces deux sentiments inverses en même temps. Pour leur nouveau disque The Golden Archipelago, tout est parti du titre ; puis de l’affection qui a pris Meiburg pour l’histoire des exilés de l’atoll de Bikini (à la suite des essais nucléaires américains, de 1946 à 1958). Il s’est mis à « rêver d’îles ».

Ce disque est en grande partie le projet de Meiburg, qui est le parolier et mélodiste du groupe Shearwater. Le concevant avec attachement et délicatesse, il parvient à faire apparaître dans nos esprits les images de ces exilés de l’attoll, à suggérer le voyage dans un écrin calme et spacieux comme l’océan au repos. Le travail du reste du groupe, au-delà de la trame et des images contenues dans les paroles ou dans les structures des morceaux, qui sont issues des rêves de Meiburg, est très lyrique et doux ; cela donne l’impression, sur God Made Me par exemple, de flotter en pleine félicité, alors même que les histoires racontées devraient susciter un léger malaise. On éprouve réellement des sensations d’éloignement et de bien-être, même si le disque exprime en même temps l’attraction et la mélancolie. Toutes les blessures ouvertes dans le passé retrouvé par Meiburg sont pansées, la musique de Shearwater est une mise en lumière où tout devient complètement lisible, la musique d’un citoyen du monde qui s’adresse à ceux qui savent être touchés par la simplicité et qui aiment se laisser emporter, manipuler, se voir raconter des histoires et y répondre par leur propres influences. The Golden Archipelago est un disque progressif sous ses dehors de pop scintillante, et il s’écoute en entier, et dans l’ordre.

Votre attention sera récompensée. Cela depend de votre besoin de musique, de votre besoin de lyrisme ; une âme à fleur de peau pourra s’émouvoir dès que les chants insulaires de Meridian laissent place à la beauté claire des premiers arpèges et de cette voix un peu fluette. Ceux qui connaissent Scott Walker ou Roy Harper, que j’apprécie énormément pour la qualité lyrique et également fluviale de leur musique, retrouveront dans le voix de Meiburg des accents qui évoquent un peu ces deux personnalités ; entre élan enthousiaste et humeur énigmatique, posé dans son velours de cordes, de sonorités organiques, caressantes. Aussi réminiscente est l’intonation de Mark Hollis, de Talk Talk, qui transforma sa formation de fabricants de singles en atelier de disques au pouvoir évocateur qui dépassait le rock conventionnel (The Laughing Stock, 1991). Shearwater respire la même libération, la même honnêteté, rassemblant des éléments fragiles et intenses sans déformer des formats qui, au final, paraissent évidents. Les différentes compositions de The Golden Archipelago pourraient peut-être être résumées à une suite de notes conductrices, comme un fil un peu linéaire qui ne s’interrompt jamais du début à la fin du disque. Un écrin qui installe un message, sans désir particulier d’expérimentation ni de susciter la surprise.

Le disque possède plus d’accuité et plus de justesse que les précédents du groupe, qui apprend peu à peu à s’exprimer avec la musique comme avec un langage artistique différent et unique ; il ne souhaite pas brouiller ce langage, mais au contraire rendre le message exprimé limpide, donner aux manifestations de sentiments contradictoires des apparences complémentaires ; faire qu’un album clairement mélancolique apparaisse reposé. Pour cela, les rythmes sont réguliers, lents, naturels, simplement nécéssaires ; les transitions entre les différents morceaux, entre Hidden Lake et Corridors par exemple, donnent l’impression qu’il s’agit d’une suite, et que d’une certaine manière, l’auditeur a déjà les clefs, à ce stade, pour en deviner la fin. Pourtant, il sera toujours surpris. Rien n’est forcé, et si les ambiances donne parfois un sentiment de grandeur, cela reste dans les termes du message, une restriction salutaire.

  • Parution : 23 février 2010
  • Label : Matador
  • Producteur : John Congleton et Shearwater
  • Genre : Rock alternatif
  • A écouter : Landscape At Speed, Hidden Lakes, God Made Me

  • Appréciation : Méritant
  • Note : 7.25
  • Qualités : attachant, lyrique,

 

jeudi 18 février 2010

Fucked Up - "Couple Tracks" (2010)



Parution : 26 January 2010
Label: Matador
Genre : Hardcore, Punk, rock
A écouter : Triumph of Life, Fixed Race, Dangerous Fumes
 

Note : 7.75/10
Qualités : puissant, fun, soigné


No Pasaran, le premier single de Fucked Up  en 2002, est une course punk hardcore primitive qui suggérait que la volonté du groupe à faire preuve de musicalité n’était encore qu’un fantôme de leurs aspirations. Lorsqu’on écoutait Chemistry of Common Life (2008), on ne pouvait que saluer le chemin parcouru en l’espace de six ans. Ils avaient gagné pour ce disque le Polaris Prize et été adulés par la presse. Et ce parce que, sous leurs faux airs – encore affichés en abandon sur le pochette de Couple Tracks - , les membres du groupe sont de gros travailleurs, qui ne cessent depuis leurs débuts de faire paraître sur différents labels des preuves viscérales et nécessaires de leur évolution. Parmi cette impressionnante discographie, on retient notamment deux « vrais » albums qui ont indéniablement marqué leur temps, Chemistry... et avant cela Hidden World (2006).
 
A l’heure de Couple Tracks, compilation de singles, B-sides, démos et autres reprises, aujourd’hui, Fucked Up est au sommet de la courbe qui les propulse de plus en plus vite vers les sommets ; et cette même compilation témoigne de leur triomphante trajectoire, puisqu’on démarre sur des coupures rêches pour rapidement gagner de nouvelles sphères au travers de titre comme Triumph of Life, ou les guitares sont dédoublées dans un effort de production qui les éloigne toujours plus de Black Flag.
 
Ce progrès évident vers plus de puissance, d’ampleur et de clarté de son n’empêche pas Fucked Up de protéger, et même de faire croitre leur âme ; ils deviennent maintenant reconnaissables entre mille, par la voix de plus en plus forte et dramatique de leur chanteur, par leur propension à toujours repartir de la même base à la dynamique inébranlable ; trois accords le plus souvent, sur lesquels interviennent différents retournements seulement conduits par une énergie brute et une aspiration à la justesse. En concert, ils sont une force de la nature.
 
Vingt-cinq titres, deux disques, sous-titrés The Hard One et The Fun One, le second étant plus aride que le premier. The Hard One est tellement impressionnant qu’il laisse penser que Fucked Up est a été ces dernières années le meilleur groupe de punk hardcore du monde, combinant habileté, énergie brute et sens de la mélodie avec un brio inégalé et une netteté qui les rends agréables à écouter. Ils ouvrent éventuellement de nouveaux ponts vers le rock alternatif, deviennent au fil du temps plus démocratiques ; leur force de subversion, plutôt que d’être dans la provocation et dans le défi comme de nombreux groupes de ce genre souvent extrême, semble se situer dans un certain humour qu’ils véhiculent et partagent volontiers sans cynisme.
 
Leur générosité, simplement évidente si l’on considère ce seul et massif Couple Tracks de 75 minutes – quand la durée d’un disque punk est d’environ 30 minutes – est aussi une valeur appliquée à la nature même de leur art, qui se fait partageur, échangeur, emprunteur. Le second disque est plus affectif et moins ambitieux que le premier. Il ne témoigne pas de la même progression, mais propose tout autant de numéros de bravoure.  On y trouve quelques reprises, Anorak City (des Another Sunny Day) I Don't Wanna Be Friends with You et Looking Back (The Shop Assistants), Dream Come True et He's So Frisky (Dolly Mixture).
 
Fucked Up savent donc instaurer une relation forte avec l’auditeur, une relation de confiance ; et même s’il démarrent en surprenant quelque peu ceux qui les ont découverts avec les déjà très formés Hidden World et The Chemistry of Common Life, ils savent tour à tour susciter l’intérêt puis véritablement nous passionner par des rudesses de choix qui construisent une escalade progressive vers l’extase. Presque tout est jubilatoire et direct, avec mention spéciale à Fixed Race ou Dangerous Fumes.
 
Une précédente compilation, Epics in Minutes (2004), n’avait suscité que peu d’intérêt ; et jusque là, Fucked Up est demeuré trop confidentiel. Pourtant, à l’heure où l’on encense la moindre tentative de « nouveauté », leur rôle est important ; nous permettre de continuer à croire que le rock est une affaire d’efficacité de souffle, de force épique, de foi dans le bruit, susciter la joie. Fucked Up est l’un des groupes les plus communicatifs de son temps, il faut en profiter !

dimanche 24 janvier 2010

Guided by Voices - Universal Truths and Cycles



"I love guitar pop. I love short, simple, driving songs made with beat-up instruments and guys singing into Radio Shack mics about…well, anything really. Love, drugs, aliens, trigonometry. It’s not about content, or even necessarily about instrumental prowess or lyrical insight. The production could be nonexistent, the lyrics trite, the playing sloppy, and I would still love it, provided the song had that ineffable, mysterious quality. It could be the way a melody breaks against the pounding of the drums, or a simple, insistent guitar line. Some bands manage to capture and harness this strange essence and make memorable, great pop out of the simplest of elements. Other bands fail and sound like a third-rate Big Star. It’s fine line to walk, and not everybody can pull it off."

Robert Pollard est un chanteur-songwriter très prolifique, puisqu’il a protégé plus de 1200 chansons à son nom. Dans n’importe quelle année, Pollard va sortir entre trois et cinq albums sous des noms divers, au moins cinq singles et douze morceaux pour des compilations et des associations caritatives. A cinquante-trois ans, il est aujourd’hui plus âgé que presque tout son public, mais continue d’envoyer les même signaux d’un enthousiasme enfantin, sans arrêt, comme s’il n’éprouvait jamais le besoin de se reposer.

Guided by Voices est le groupe auquel continue d’aller sa fidélité, même si son travail solo est aussi d’importance – mais de qualité moindre. Guided by Voices, avec Bee Thousand, en 1994, produit un chef d’œuvre comparable à Wowee Zowee (1995), de Pavement, qui est comme un genre de cousin pour GBV. Dans les années 90, la formation nous avait habitués à un son Lo-fi, enregistrant le plus souvent avec des moyens grand public, et à la maison plutôt que dans un studio. Lié ou pas à cette pratique, l’impression d’un son complètement libéré, des structures éclatées et privilégiant souvent les formats très courts, moins de deux minutes, parfois quelques secondes. En écoutant Bee Thousand, on avait l’impression d’avoir retrouvé la fraîcheur des premières têtes des années soixante.

C’est aussi ce qu’on compris les Flaming Lips, possiblement inspirés de GBV et qui, encore l'an dernier, marient avec Embryonic, comme Pollard, mélancolie étoilée (Evil, ou auparavant In The Morning of the Magicians) et voies garage chaotiques. Peut pêtre l’une des stratégies les plus intelligences du rock alternatif actuel.

On devrait simplement se sentir honorés qu’un authentique survivant lo-fi de l’époque Pavement tienne encore debout. La bande à Malkmus parle bien de quelques dates de concert, mais de là à faire un disque… De surcroît, Universal Truths and Cycles est partout sur la toile acclamé comme un grand retour de Guided by Voices, dont le son, plus lisse ces dernières années, ne produisait plus la même énergie. La suractivité de Pollard y est surement pour quelque chose, puisqu’on le voit rebondir d’un label à un autre, continuer coûte que coûte sans chercher de toute évidence, à refaire Bee Thousand. UTC partage pourtant le goût de son prédécésseur pour la profusion, proposant 19 pièces (contre 20 pour BT). Cependant, première grande différence ; ici, ces pièces paraissaient moins interchangeables que par le passé, et appuyer sur la touche suffle de votre chaîne peut nuire à l’écoute. Essayez avec Wowee Zowee et vous verrez que c’est génial.


Ce qui m’a frappé, c’est que malgré la volonté de produire du brut de décoffrage – on est sur Universal Truths and Cycles plus vraiment à faire lo-fi, mais ce n’est pas Muse non plus – qui est l’héritage américain des années garage repopularisé dans les années 90 avec Smog, par exemple, et bien malgré cela le chant de Pollard prétend parfois à une adresse que évoque Michael Stipe, de REM. Cheyenne est ainsi tout comme un titre de la formation au succès planétaire, mais dont les bases aurait été remises à plat et qui sonne si neuf et naturel que çen est vraiment plaisant. C’est aussi le cas avec Everywhere With Helicopter, et presque partout. Les mélodies vocales est l’un des talents les plus remarquables du prolifique Pollard.

Du point de vue de la production, c’est cependant varié, puisque on a des numéros à la guitare acoustique et lo-fi et des plages plus produites et souvent plus longues. Les structures sont joyeusement bousculées, comme par le passé. Le disque commence ainsi par un petit bout de punk de 40 secondes. Plus loin, on a Christian Animation Torch Carriers, qui développe une vraie mélancolie sur quelques tiroirs et quatre minutes – presque un record aux standards du groupe. C'est le moment où on entre vraiment dans le disque.  De manière générale, les titres sont plus construits qu’il y a dix ans. Plus construits et plus propres, mais toujours aussi excitants. Pollard et son équipe semblent incapables de considérer les morceaux avec l’oeil d’un Dylan par exemple, qui prétendait qu’une bonne chanson ne peut pas faire moins de trois minutes. Ils trouvent leur bonheur dans l’enchaînement incessant d’énergies de tailles et de forces diverses, qui s’entrechoquent. Ici, par rapport à BT, la fréquence est diminuée du fait de la longueur plus importante des morceaux. C’est palié en partie part des titres comme Christian Animation… ou Car Language, qui cherchent à toucher davantage de sentiment.

Le reproche que l’on pourrait faire à de tels disques est de privilégiéer la quantité sur la qualité ; c’est vrai, même sur Wowee Zowee, mais cependant le plaisir d’écoute est là à chaque fois car le disque recherche sans cesse de nouveaux moyens de repartir à zéro. Et leur plus grand mérite dans cette voie, c’est de trouver un nouveau genre de cohérence. Réputé pour être désagréable, dans le temps, avec ses bandmates, Pollard s’explique au moment de ce disque : . « I have learned to allow people to exist, grow, and find out who they are in the band, to give them all the time they need. As long as they are enthusiastic about the music, they can do whatever they want." Cela se reflètre dans les morceaux ; eux aussi, il leur a donné plus de moyens, les a laissés vivre davantage, ce qui donne un disque moins resserré que par le passé, et dopnc plus à même d'être reçu comme un album classique.


  • Parution : 18 juin 2002
  • Label : Matador
  • Producteur : Todd Tobias, GBV
  • A écouter : Everywhere by Helicopter, Cheyenne, Christian Animation Torch Carriers
 
 
  • Appréciation : Méritant
  • Note : 7.25/10
  • Qualités : frais, heureux, varié

dimanche 27 septembre 2009

{archive} PAVEMENT - Wowee Zowee (1995)




OOOO
ludique, audacieux, attachant, culte
indie rock, rock alternatif


Pavement ? Années 90. Musique rock débraillée, morceaux au format libre et éclairs de génie mélodiques pour un groupe qui montrait une inspiration inépuisable dans le domaine. Avec leur son spontané et voix à contre-sens (Grave Architecture), le groupe a eu, à sa manière, une influence sur un grand nombre de leurs pairs ; Pavement, c'était une merveilleuse façon de démonter à nouveau les éléments de jeunesse et de fougue pour reformer à l'envi, au sein d'un environnement musical et culturel assez hostile à la nonchalance.

Après Crooked Rain, Crooked Rain (1994), Wowee Zowee montre un groupe au plus profond de leur volonté de rendre ce qui leur passe par la tête, comme un flot de musique et de conscience. On a un son ludique, amusant, et arrivés aux alentours du quatrième morceau, il est impossible de faire marche arrière. Les 18 morceaux s'emboitent avec une certaine folie, agencés ainsi par le chanteur-parolier Stephen Malkmus. La guitare y est l'instrument fétiche, comme sur Blackout, Grounded, Pueblo ou Flux = Rad, où elle remplace la voix dans des lignes plus extrêmes que par le passé. Le résultat est plus violent qu'auparavant ;  quelques courtes plages furibardes déboulent par intermittence ; Serpentine Pad, Brinx Job... Mais c'est sur les morceaux les plus lents que Pavement s'illustre ici en maître.  Half a Canyon et ses contrastes résume le disque, la ballade d'ouverture We Dance surprend, Motion Suggests Itself et ses claviers floydiens fait planer, Fight This Generation et son final sombre détonne. Cette diversité a le pouvoir de créer un grand disque, à mettre aux côtés de Evol ou de Doolittle par exemple ; rejeton d'une période sombre et musicalement très forte dans laquelle s'est développée la musique industrielle et les attitudes extrêmes sur scène. En marge il y avait Pavement.

Il semble que ce groupe soit né d'une plaisanterie, et c'est aussi pourquoi Wowee Zowee est leur meilleur disque ; trivial et provocant, sans focus, il parvient à déjouer la manne des intermédiaires pour arriver sans rien cacher aux gens qui vont s'en saisir. Par la suite, deux autres albums ont conduit Pavement à adopter un son et surtout un track-listing plus conventionnel (dès Stereo sur Brighten the Corners en 1997), et malgré encore quelques raisons d'en rire (Carrot Rope) le groupe n'était plus tout à fait le même. 
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