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mardi 26 février 2013

OLOF ARNALDS - Sudden Elevation (2013)


O
attachant, intimiste
folk


Cet album est le troisième de la chanteuse et multi-instrumentiste Islandaise Olöf Arnalds, celui par lequel ses chansons deviennent plus directes que jamais, même si le fait de les chanter toutes en anglais pour la première fois est anecdotique en ce sens. C'est plutôt dû à la façon dont elles sont mises en musique, la simplicité de leurs mélodies et la sécheresse de leur enregistrement – sauf pour les quelques plantureuses sections de cordes. Ce qui compte, plus encore qu'auparavant, c'est la voix d'Arnalds, qui est sa propre créature organique au sein d'un bijou brodé inachevé, comme une fleur de tissu ouverte encore gauchement à la lumière. 

Björk, qui a contribué au précédent album, disait cette voix appartenir aussi bien à une enfant qu'à une vieille femme. Les notes les plus hautes du timbre d'Arnalds sont les plus exotiques et uniques. Elle a sa façon de lanterner, de musarder, d'enrouler les syllabes autour du 'plink plonk' de sa guitare, pour reprendre l'expression péjorative d'un critique à l'égard du plus gros de la musique de cet album. Encore un qui a pris sa vivacité mutine, sa malice pour de l'inconstance, sa dévotion tranquille pour de l'insignifiance. Appréciation faussée par laquelle la plus enjouée Treat Her Kindly ne serait qu'une fronde inutile en comparaison avec la délicatesse céleste de Return Again, de son refrain frémissant, de sa section de cordes brève et magnifique. Quelque part au Moyen-Age, cette lamentation touchante pour un amant toujours absent, avec les violons en contrepoint, aurait ému un prince. Mais tous ces roucoulements, ces entortillages ne sont pas en dévotion au passé ; le regard clair, tourné vers le haut, Arnalds explore les profondeurs émotionnelles avec une fierté vivace. Des moment tels le multi-tracking de sa voix sur A Little Grim deviennent plus sensuels encore par leur présence au milieu d'un peu trop d'évidence. « I know it may sound familiar/I find myself in your place”.

Le naturel échevelé, en comparaison, d'Innundir Skinni, a fait place à une grande discipline, Olöf Arnalds assumant sa préférence pour le classicisme. Arnalds ne cherche pas tant à pénétrer qu'à effleurer. « Quelle jeune fille n'est pas passée par une phase où elle écoutait Joni Mitchell ? » s'interrogeait l'américaine Tift Merritt en interview. Arnalds a eu la sienne, à moins que ce soit son utilisation artisane d'une guitare 12 cordes qui donne cette impression. La palette d'instruments est large mais d'une discrétion maladive. Les vents, presque insoupçonnables sur Call it What You Want n'empêchent pas qu'il s'agisse d'un moment spécial dès la deuxième seconde, lorsque la voix d'Arnalds s'élève si haut, avec un frisson qui n'est pas sans rappeler l’afféterie de Joanna Newsom sur Have One On Me. «Easy/My man and me » chantait celle-ci, et cela reflète l'attitude ici : un album à prendre parfaitement détendu, afin que sa solennité comme son humeur joueuse fourbisse les flèches de la romance en provoquant le plus de satisfaction.

jeudi 4 novembre 2010

Olöf Arnalds - Innundir Skinni (2010)

 



OO
lyrique/intimiste/attachant
Folk 

Même si Olöf Arnalds a sorti son premier disque, Við Og Við, en 2007, c’est aujourd’hui, avec Innundir Skinni, que l’on se fait partout un point d’honneur à la présenter au monde. Comme s’il y avait, dans le travail confidentiel-mais-promis-à-un plus-grand succès de cette chanteuse islandaise, quelque chose de particulièrement important qui méritait d’être capturé, d’être suscité dans les cœurs de ses futurs auditeurs, d’être démocratisé par les journalistes.
 
Arnalds est pour commencer un avatar d’humilité, valeur qui manque souvent à ceux que nous avons l’habitude d’admirer.  Et cette remarque est vraie de toute la musique islandaise, de Sigur Ros et Jonsi (le pianiste de Sigur RosKjartan Sveinsson produit Arnalds) du groupe instrumental Mum, et même de Björk, à la voir chanter en duo ici et là. La liste de musiciens islandais à découvrir est longue, mais je suspecte que certains sont déjà allés pour nous de l’avant en écument internet. D’autres, passionnés, ce sont même rendus sur place, pour tenter de comprendre la magie culturelle de ce petit pays qui est l’un des plus fameux du vieux continent en termes de musique.
 
Avec Olöf Arnalds, on sent tout de suite que non seulement l’artiste islandaise a su retrouver ce sentiment d’un ailleurs dans lequel les musiciens que j’ai cités sont pourtant chez eux. Ils ont les légendes islandaises immémoriales, une grosse part de ce que Tolkien appelait le « joyau primitif de lumière vivante », la clef ancienne de l’unité de leur peuple. Ce sont des contes extraordinaires, des récits de voyages sur les mers glacées et des histoires de drakkars dans le ciel et de par le monde.
 
Comme souvent les peuples peu nombreux, leur valeur artistique a la force non seulement d’un désir de s’affirmer au regard du reste du monde, mais aussi l’aspect précieux d’une culture qui s’intéresse aux choses étrangères et en fait sa propre lecture. Ce n’est peut-être pas tout à fait vrai pour l’Islande, qui semble assez liée aux pays scandinaves et même à l’Angleterre. Un autre signe de leur dualité ; ils connaissent l’anglais, qui paradoxalement leur permet d’exporter leur propre culture.
 
Ainsi, Olöf Arnalds semble vouloir dépasser l’histoire de son peuple pour embrasser d’autres cultures. Vinkonnur, par exemple, des accents orientaux, conduisant la voix d’Arnalds à privilégier l’exactitude plutôt que le souffle. Extraordinairement chantante, elle touche des notes et les pénètrent plutôt que de simplement les effleurer. Son voyage, c’est aussi le fado de Madrid, à moins que l’inspiration ne vienne de Nick Drake et des cottages anglais. La langue islandaise est un matériau de mots solidement rassemblés, dont rien ne se détache, pas de phrase mise en avant pour la commodité de la chanson. « Je crois que vous pouvez faire comprendre à certaines personnes même s’ils ne connaissent pas tous les mots », remarque Arnalds. En cela nous sommes bien aidés puisque les paroles sont traduites en anglais dans la pochette.
 
Le disque apparaît de part cette remarquable pochette rose comme très féminin, et c’est effectivement l’expérience d’être mère pour la première fois qui a inspiré en premier recours Arnalds. Innundir Skinni, « sous la peau », traduit la sensation d’attendre un enfant – mais c’est une expression qui, toujours selon cette volonté d’embrassade, peut signifier beaucoup plus. « Innundir Skinni signifie que je laisse entrer l’auditeur dans mon monde », explique t-elle. Quoi qu’il en soit, c’est un disque qui est d’abord partir d’un sentiment intime pour peu à peu concerner chacun d’entre nous, en questionnant les racines notamment. Sur Crazy Car, l’une des trois chansons en anglais, Armalds et son ami David Por Jonsson enjoignent une connaissance à ne pas aller habiter aux Etats -Unis. Une belle déclaration d’amitié, et la certitude quotidienne que les choses ne seront plus comme avant. Peut-être Arnalds chante pour les futurs enfants de son ami qui auraient préféré naître en Islande qu’aux Etats-Unis. Vinur Minn, traduite par « You disappeared », semble toucher sensiblement la même corde. « The sun dissolves all bathed in amber blue/And all the thoughts inside my head will chatter/You disappeared and friendship followed you/Remembering how I used to matter” chante t-elle en islandais, avant que la chanson ne devienne chorale.
 
Cet élargissement de la sphère intime vers le reste du monde se traduit par une richesse musicale décuplée qui provoque une énergie communicatrice. De nombreux instruments folkloriques, dont le fameux hurdy gurdy joué par Sveinsson, le kalimba ou l’harmonium indien – mais quoi de plus naturel de la part d’une ancienne membre de Mum qui maîtrise une bonne dizaine d’instruments. Avec Jonsson, ils pourraient monter un couple-orchestre. Il faut leur ajouter une douzaine de mains à la pâte, et bien sûr la participation de Björk qui devrait finir d’intéresser les curieux. Une relation qui n’est pas anecdotique. Le label One Little Indian, que l’on retrouve ici, est le premier à avoir signé Björk au moment de Debut (1993). Un disque concis, irrésistible de beauté et de clarté (« J’ai jeté quelques chansons pour garder l’ensemble clair »), qu’il n’est pas difficile d’écouter et de réécouter.


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