“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

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Trip Tips - Fanzine musical !

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jeudi 8 octobre 2015

THE LEGENDARY SHACK SHAKERS - The Southern Surreal (2015)


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O
entraînant, inquiétant
Rockabilly, blues rock

The Legendary Shack Shakers ont de ces crochets mélodiques, c’est comme de voir un match de boxe mené par un squelette psychobilly. Ils secouent tous les bons os de votre corps. Thématiquement, on est sans surprise dans le sud fantasque et ses marécages à zombies épris de rock n’ roll et de marijuana. Les refrains sont constitués du minimum de mots, et redoutablement  efficaces: « Get on down the road » sur Mud, la chanson qui donne le patron pour la guirlande d’halloween ; « Baby, how long » sur Miss America. « Take my hand, don’t leave me cold’ sur Cold. La voix caverneuse du chanteur Col JD Wilkes est parfaitement appropriée.


C’est rudement convaincant au niveau des paroles comme de la musique. Le groupe s’imprègne et recrache cette culture sudiste depuis 20 ans, et c’est aussi ce qui leur permet de rendre crédible cette descente en train fantôme. Wilkes, passionné de musique traditionnelle, a déjà été récompensé pour un album hommage aux sonorités des Appalaches, enregistré avec un violoniste (de fiddle), Charlie Stamper. C’est un Colonel dans le Kentucky, en tout cas, ça met en lumière les talents de son groupe  (augmenté par des fans tels que l’acteur Billy Bob Thornton) à recycler toutes les danses et jeux de jambes issues des fermes et des campagnes sudistes. Rarement un album à la narration si pleine de détails inquiétants n’aura été aussi joyeux et charmant ! Down to the Bone, qui succède à une parenthèse narrative rappelant What’s he building in There ? (Tom Waits, Mule Variations, 1999) évoque un Waits de cimetière.  

jeudi 26 février 2015

JD MCPHERSON - Let The Good Times Roll (2015)




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groovy, entraînant, vintage
rythm and blues, rock, rockabilly

Voilà un album produit par Mark Neill, à qui l'on doit le Brothers des Black Keys, et que c'est accrocheur ! La voix de JD McPherson est aussi détonante que celle de Zach Williams, de The Lone Bellow. Et le son à la fois rugueux et compressé pour une efficacité maximale ! JD McPherson s'est affirmé comme un musicien brillant en 2010, avec Signs & Signifiers, premier recueil habité de l'envie de faire dans l'universel. Ici, le titre accrocheur fait référence à plein de moments dans l'histoire de la musique. Le rythm and blues et le rock & roll vintage de son prédécesseur fut initié à Chicago avec le producteur et contrebassiste Jimmy Sutton, instantanément passionné par le son de McPherson et, par chance, l'heureux propriétaire d'un studio et d'un label. La succès story débute sans attendre avec la chanson North Side Gal, hit sur internet, et l'album finit par récolter un Award pour 'meilleur album hard rock'. Hard comme dans hardcore : rien que du vrai, du sauvage, mais jamais du brutal. Et à l'arrière de la pochette de Let the Good Times Roll, le chanteur en cuir et ses quatre musiciens, qui sont aussi tous vocalistes - Sutton, Smay (batterie, percussion), Jacildo (piano, orgue) et Corcoban (saxophones, steel guitar, orgue) - donnent une image solide et amicale. Ils nous proposent de passer un bon moment, maintenant qu'est passé le premier tour de force. Etre mis sur le devant de la scène, pour un artiste qui jouait du rockabilly, ce n'était pas rien. rock bondissant, amené par son piano martelé, sa fière contrebasse, sans oublier ce son de guitare gondolant, inimitable. Le saxophone est là aussi pour la touche chicago ultime. Il s'affirme désormais, rejoint par un orgue parfois, même dans des chansons en mid tempo (Precious, It's All Over but the Shouting), qui affectent et séduisent au-delà de donner envie de danser. Bridgebuilder, composée à quatre mains avec dan Auerbach, est de celles-là. C'est simple, mais l'utilisation gonflée qui est faite de la basse et des percussions et claps vaut toutes les leçons. Si les textes se battent entre amertume et frustration ('I did't get what i wanted from the world today'), la musique est propre à mettre de bonne humeur et défie quiconque de rester immobile. Les chansons sont avalées au rythme des solis de Fender, de cris propres à tester la saturation liée aux techniques d'enregistrement particulières, pour transmettre cet esprit 'hard' donc. Tiens, Josh Homme, de Queens of the Stone Age, dont l'ombre plane sur une chanson telle que You Must Have Met little Caroline ?, est remercié dans le livret. Les images conjurées par McPherson, cependant, ne sont pas aussi obliques que celle de ce groupe emblématique, mais immédiates. Des claquettes et un piano bastringue, menés par un rythme qui fait taper du pied et le falsetto de McPherson, ne parviennent à insuffler qu'un petit grain de folie - c'est la mécanique rutilante du disque et son immédiateté mélodique et joyeuse qui gagne. Il n'apporte pas de réponse à la question qu'il pose sur Precious, "What does it means when your heart vibrates ?', mais qui s'en plaindra ? Il est tellement facile d'aimer JD McPherson.

mardi 22 janvier 2013

EILEN JEWEL - Queen of the Minor Key (2011)

 





OO
varié/vintage/nocturne
blues/country/rockabilly

« Je suis curieuse de savoir ce que les gens vont penser de la chanson Santa Fe. J’aime l’image qui y est dépeinte, de l’un de mes endroits préférés au monde. » Pas étonnant qu’il s’agisse d’un de ses endroits préférés : injectez-y un peu de nostalgie et la jeune Eilen Jewel y est comme chez elle. Ce sont les souvenirs de sa scolarité qui refont surface, les expériences à ses débuts de guitariste et de chanteuse, alors qu’elle jouait dans les marchés pour se faire un peu d’argent de poche. Puis elle commence à déménager, quittant le Nouveau-Mexique pour la Californie. Enfin, à 24 ans, elle gagne la Nouvelle-Angleterre afin d’établir à Boston sa carrière. « Santa Fe est une chanson à la fois obscure et lumineuse, c’est une chose que j’ai tendance à rechercher dans mon écriture. » 

Queen of The Minor Key est un album parfois bravache, qui se défend de ses blessures et de sa rudesse par son côté ludique, enjoué, et sa dérision. Il s’agit de chansons de minuit, à la violence cotonneuse, faites pour les longues marches nocturnes et les gueules de bois au whisky. 

La formule s’est lentement maturée au fil des années. Son groupe tient autant du rockabilly (contrebasse incluse), du blues, voire du rock n’ roll, que de la country, et Eilen Jewel n’est parfois pas loin d’avoir un bagout d’enfer – sur la chanson titre -  mais ailleurs elle nuance son style vocal tandis que le groupe, lui aussi, se glisse à pas de velours (noir) dans la veine de la ballade mélancolique. Et les guitares restent excitantes. Si les chansons vont et viennent avec abandon et simplicité, comme autant de bouffées d’énergie électrique étoffées par, entre autres, l’orgue de Tom West, I Remember You, Over Again ou Only One recueillent l’huile des briquets et laissent éprouver de la tendresse. 

Jewel allume une flamme pour Loretta Lynn, très grande dame de la country qui est plus souvent évoquée pour le tempérament de sa country que pour la qualité de ses chansons ; hors Jewel nous dit tout leur mérite. C’est à elle qu’elle se fie pour mêler d’excellentes histoires à l’écriture exigeante, sans cesse renouvelée, et une musique aussi charnelle, parfois rutilante. « Les chansons de Loretta ont une profondeur aussi bien qu’un grand sens du fun. » Eilen Jewel s’inspire de cette discipline qui fait que ses chansons dégagent sans effort apparent une magie trépidante. « Chaque chanson a son propre caractère, sa propre volonté individuelle. Je ne peux pas forcer la chanson à prendre une direction, pas plus qu’une mère ne peut forcer son enfant à prendre une certaine personnalité »
 


lundi 3 décembre 2012

CANDYE KANE & LAURA CHAVEZ - Interview un an après l'album...


article provisoire.
Même si vous ne questionnez pas Candye Kane à propos de son cancer, de son passé familial rude ou de ses formes généreuses aujourd'hui envolées, ce sont des données qui reviendront comme un leitmotiv dans le discours qu'elle véhicule. Son message de surpassement, étayé avec ses albums Superhero (2009) et Sister Vagabond (2011) , elle le martèle en 2012 avec une détermination de chaque instant. Candye Kane joue de la musique pour voir les yeux des enfants briller, pour exhorter chacun d'entre nous à ne jamais s'engager dans un régime inutile ou simplement pour le plaisir de retrouver son public français.

Verneuil-sur Seine accueille une date de la tournée française Candye Kane, le 20 octobre 2012 dans le cadre du festival Blues sur Seine. Une programmation mêlant blues et musique afro-américaines qui privilégie les coups-de-coeur, plus de cent lieux répartis dans deux départements à l'ouest de Paris et une dimension pédagogique à destination des écoles font de ce festival discret une sorte d’événement de proximité mais néanmoins ambitieux. C'est ainsi qu'une star internationale du blues telle que Candye Kane peut se retrouver à jouer dans la salle de spectacle d'une ville de 15000 habitants, à 40 kilomètres de Paris.

Dans la loge, une demie-heure avant le concert, les makis californiens ont été servis ; je me retrouve assis à la table et regarde Kane qui a la sympathie de répondre à mes questions tout en mangeant - sans réel appétit. Dans mon dos, installée dans un fauteuil contre le mur se trouve Laura Chavez, la l'amie dévouée de Ms Kane, qui semble veiller sur elle et intervient parfois dans notre conversation. Laura Chavez a été désignée comme « l'une des meilleures guitaristes du monde » dans un article français récent, et régulièrement par ailleurs.

« Aucun de ces types ne fait vraiment du surf même s'ils ressemblent à des surfeurs. » La conversation a bifurqué sur l'idée reçue qui fait des habitants de Los Angeles sont des êtres superficiels, presque d'une autre planète. Certaines chansons sur le dernier et meilleur album de Candye Kane, Sister Vagabond, semblent raconter un peu cette mentalité particulière : la reprise de Everybody's Gonna Love Somebody Tonight de Jack Tempchin et Glenn Frey ou Have a Nice Day, que Candye Kane a écrit à propos d'une personne qui l'a trahie. Sa précision à ce sujet était superflue, puisque la pochette de l'album contient une petite explication concernant cette chanson et les autres – une très bonne idée à mon avis. « C'est la réputation qu'ont les Californiens, ou même les Angelinois, qu'est-ce le mot déjà... Superficiel est bien, mais il y en existe un autre... Insipide. Sans profondeur. Nous avons de belles plages en Californie, mais la culture liée à ces plages peut être un peu... C'est lié à votre corps, et à quoi vous allez ressembler une fois en bikini. Les Beach Boys c'était super, mais la culture surf concerne davantage votre apparence. Quelle voiture vous conduisez et si vous êtes bon sur votre planche... » Plus tard dans la conversation, Candye Kane évoquera de nouveau les plages de Californie, cette fois pour en faire, de façon intéressante, une apologie. « J'aime être proche de la mer. La présence de l'eau aide ma pensée, m'aide à écrire des chansons, et quand je suis chez moi, je vis près de la plage, et je m'y promène. Ca me détend. » Kane est elle-même née en Californie, après tout.

« Le plus ironique dans tout ça, » dit t-elle juste après avoir évoqué les bikinis et les planches de surf, « c'est que j'étais grosse et je n'étais pas assortie à cette culture. » C'est sûrement ce qu'il y a de plus intense quant au personnage de Candye kane : la relation à son corps. Elle a longtemps fait partie des très grandes tailles, approchant les 150 kilos. Ses formes plus que généreuses lui avaient alors attiré la sympathie d'une certaine frange de femmes fortes en voie de se décomplexer. C'est étrange d'avoir cette conversation maintenant que Kane a tellement perdu de poids des suites de sa maladie, un cancer du pancréas contre lequel elle se bat depuis 5 ans. « C'est un peu étrange, car j'étais la championne des grandes tailles, j'ai écrit beaucoup de chansons qui parlaient d'être grosse et célébrer son corps tel qu'il est, et ça été une drôle d'expérience de perdre autant de poids d'un seul coup. C'est étrange d'être atteinte du cancer et d'avoir encore des gens pour vous faire le compliment que vous avez l'air en forme. Les personnes atteintes du cancer n'ont généralement pas bonne mine. Je n'ai pas essayé de perdre du poids parce que je n'aimais pas mon corps, mais car j'étais malade. » Au beau milieu du concert qui suivra notre entrevue, cette constatation et la perspective d'interpréter l'une de ses chansons préférées lui inspirera un de ces nouveaux genres de philanthropie qui fourmillent dès lors qu'elle prend la parole. Le concert est chargé de tendresse et de bonne humeur gouailleuse. « C'est une chanson que j'ai écrite il y a longtemps, elle s'appelle Two Hundred Pounds of Fun. Je fais un peu moins de deux cent livres maintenant. J'en pesais presque trois cents. J'ai été très chanceuse d'être grosse. Si vous prenez du poids ce n'est pas grave ! Mangez des café liegeois, des chocolat lieégois, des crêpes au Nutella, eat, eat, mangez, mangez ! Parce que si vous tombez malade, ainsi vous avez du poids à perdre ! Ne vous battez pas contre votre corps. Quand je pense à tout l'argent que j'ai dépensé avec Jenny Craig et Weightwatchers et tous ces régimes stupides, j'avais besoin de cette graisse pour sauver ma vie, car si j'avais été mince je serais morte ! Et vos corps sont beaux exactement tels qu'ils sont. Dieu vous a faits parfaits ! Et un jour vous allez aller au paradis et vous n'aurez même plus de corps ! Aimez ce corps maintenant, parlez-lui, dites-lui qu'il est si doux et beau. Votre corps peut vous sauver. » La salle rit beaucoup. Mais Candye Kane a fait mieux : quelques jours avant les élections, elle s'est servie de sa condition pour argumenter en faveur du président sortant. « J'aime mes fans et mes amis, quel que soit le choix de votre vote. Mais sachez que si je suis en vie c'est grâce aux nouvelles conditions de prise en charge des soins mises en place par Obama (à l'évocation de ce nom, le public français applaudit systématiquement). Quand Bush était président, je n'avais pas droit aux soins car comme je pesais 275 livres, on me refusait toute assurance. Merci à tous ceux qui payent des taxes et me permettent de financer mes soins ! » Ces problèmes lui ont inspiré la chanson Love Insurance : pourrait t-il y avoir une assurance contre les cœurs brisés, monsieur Obama ?, demande t-elle non sans humour. L'amour et les cœurs brisés ont chez Candye Kane quelque chose d'une relation de corps à corps, tonique.

A ses débuts, Candye Kane a commencé le blues pour engager une conversation avec son corps et son âme. Le blues, c'était simplement de la bonne musique, c'était avoir du bon temps, davantage qu'un courant musical. « James Harman a été le premier gars que j'ai vu jouer, il faisait dans le style improvisé des années 40, et il était très bon pour ça. Il jouait comme les anciens, comme T Bone Walker, en costume et avec des cuivres dans son groupe, c'était très cool. Les années 80 en particulier m'ont beaucoup influencée car à 21 ans, je commençais seulement à aller dans les bars et à voir de la musique live et à chanter. Je jouais avec tous types de musiciens, The Blasters, Los Lobos... Vous pouviez jouer du blues, ou du rockabilly, du jazz, et tout le monde participait. Tant que vous étiez sincère dans ce que vous jouiez le genre musical n'avait pas d'importance. Personne ne qualifiait ce que jouait James Harman de blues, ils disaient seulement « j'ai vraiment aimé ce groupe ». Il y a eu aussi Hollywood Fats dans cette scène des eighties, un très bon guitariste. Il est mort, comme beaucoup d'autres. Il y avait beaucoup de grands talents et j'ai été chanceuse de les côtoyer. » « J'aime vraiment la vieille musique. Je n'écoute pas beaucoup de musique enregistrée après 1969. J'écoute de la musique d'entre 1920 et 1968 »

C'est quand on lui demande d'évoquer ce qu'est le blues pour elle aujourd’hui que Candye Kane évoque pour la première fois quelques démons de son passé. « Je fais du blues depuis 1992. C'est toute ma vie et je pense n'être faite que pour la musique blues, car ma vie a été pleine de turbulences. Avoir des moments difficiles vous permet d'écrire de meilleures chansons. Les chansons que j'écris sont basées sur le blues à cause de ce que véhiculent les mots. Je ne sais pas, peut-être que si j'avais été une fille gâtée avec des parents normaux je ne ferais pas de blues. Mais j'ai grandi dans une famille pauvre avec des parents à moitié fous, mon père était en prison et ma mère abusait de moi. Quand j'ai découvert le blues et l'histoire de l'oppression qui sous-tend cette musique, l'histoire des gens qui ont souffert, ça semblait correspondre à ce que je ressentais. En plus, il y avait dans le blues beaucoup de femmes fortes qui étaient fières de leurs corps et qui étaient attractives, et j'étais moi-même fière de faire partie de ces femmes fortes. Lorsque j'ai découvert Big Mabelle, Big Mama Thornton ou Etta James j'ai trouvé une place pour moi à leurs côtés. » « Quand j'étais petite, ma mère avait l'habitude de dire que j' étais une petite pute, que je finirais en tôle comme mon père. Ma mère ne m'a pas donné beaucoup de mots gentils, j'ai donc commencé à les inventer pour moi-même, des mots pour me dire que tout allait bien tel que c'était. » Abandonné par ses parents, Candye Kane devient Pin-up et actrice de films pornographiques pour gagner ses premiers cachets et de quoi enregistrer ses premières chansons. « J'écris des chansons pour me tenir à distance du psychiatre. Le psychiatre coûte cher, écrire des chansons rapporte de l'argent. J'écris des chansons pour puiser l'énergie qui est en moi. »

Il n'y a alors qu'un pas à faire pour partager cette énergie avec son public, ce qu'elle fait tous les soirs de concert. « Je pense que chacun a le pouvoir de réaliser ses rêves, et la musique peut accélérer le processus car elle a un pouvoir que de simples mots n'ont pas. Si vous vous asseyez et vous répétez à vous même que vous êtes la fille la plus solide du monde, que vous pouvez arriver à bout de tout, ce n'est pas aussi fort que de le chanter. Je suis sûre que cette musique, c'est en partie la raison pour laquelle je suis encore en vie. » Ce soir, il sera bientôt temps pour Candye Kane et son groupe de remonter sur scène. La chanteuse a prévu un peu de repassage avant le grand saut (!).

Avec son accent traînant, ses héros classic rock (Led Zeppelin, Santana, Black Sabbath) et sa façon de trousser les solos de Sweet Nothin's ou de Walkin Talkin Haunted House, Laura Chavez est décidément le meilleur premier lieutenant que l'on puisse imaginer. Mieux que ça, on est dans un comics. “Elle est encore meilleure quand elle boit du whisky, s'exclame Candye Kane pendant le concert. C'est comme... un carburant !””Elle n'a que 30 ans. Imaginez-la à 50 !” Elle joindra le geste à la parole en déposant une bouteille de Jack Daniels au pied de l'ampli de “sa” guitariste. De Disneyland jusqu'aux lits d'hopital, la relation des deux est une aventure à la substance palpable sur l'album Sister Vagabond. Ce lien est une chose touchante qui s'exprime sur scène avec sincérité. “La prochaine chanson parle d'amour. J'aime écrire des chansons à propos d'amour, et celle ci je l'ai écrite avec Laura. Les cinq dernière années, je les ai passées à travailler avec Laura, elle est arrivée dans ma vie un mois avant que je suis diagnostiquée avec un cancer. Quand Laura a rejoint le groupe je lui ai dit : je vais peut-être mourrir, et sans doute devrais-tu partir et jouer avec un autre groupe, car tu es si douée, et les gens devraient te voir jouer dans le monde entier. Mais Laura est une si bonne amie qu'elle a décidé de rester. Et elle a veillé avec moi à l'hôpital toutes les nuits, est venue à mes rendez-vous médicaux et s'est renseignée sur ma maladie. Je vous souhaite à tous de pouvoir rencontrer un ami comme ça au cours de votre vie, si jamais vous tombez malade. Ca m'a tellement aidée d'avoir quelqu'un pour reprendre soin de moi et avec qui je puisse écrire des chansons.

Candye Kane a beaucoup d'autres amis. Plus d'un milllier de personnes lui ont souhaité son anniversaire sur les réseaux sociaux. Elle finira par commenter cette anecdote. “J'ai eu un millier de gens qui m'ont souhaité mon anniversaire, mais j'ai aussi un millier de gens qui me font des suggestions pour combattre mon cancer. Tout le monde a une idée à ce propos, mais aucune d'entre elles n'est garantie de marcher. J'ai choisi la chirurgie. Je ne pense pas que je vais me débarrassser de mon cancer en mangeant des fruits et des légumes, même si c'est utile d'en manger. Quand les gens vous disent soit de ne plus boire, soit de boire du thé Cambodgien tout les jours ou encore d'éviter l'eau qui est dans les bouteilles en plastique, ce sont des suppositions. Je suis pourtant très chanceuse d'avoir tant de gens, tout autour du monde, qui m'envoient leurs souhaits, leur affection, leurs prières, il y a là un vrai pouvoir, comme dans la musique.”

Quelques jours plus tard, Candye Kane devait se produire dans un centre d'arrêt de la banlieue parisienne. On lui avait demandé alors de “ne rien porter de sexy”. “Je vais y aller comme si je me rendais à l'église et chanter du mieux que je peux, confiai t-elle sur les réseaux sociaux.

jeudi 27 octobre 2011

Candye Kane & Laura Chavez


Actualité novembre 2012 : j'ai pu interviewer Candye Kane lors de son passage à Verneuil sur seine dans le cadre du festival Blues sur Seine. Je publierai cette interview prochainement, ainsi qu'un live report du concert. L'ensemble devrait paraître dans le fanzine Trip Tips n°21

Laura Chavez, Candye Kane.

Nous sommes au moment de Superhero, l’album de Candye Kane paru en 2009. Candye Kane, native de Los Angeles, 44 ans, interprète son propre rôle dans une pièce de théâtre, « The toughtest girl alive », ce qui pourrait être traduit par : « la plus rude des filles ». Elle y joue sa propre musique – mélange de surf, de rockabilly, de rock à la Chuck Berry, d’americana, de pop classique et bien sûr de blues. La chanson du même nom, depuis qu’elle est apparue dans son répertoire il y a une dizaine d’années, semble lui coller à la peau. Mais Kane préfère largement cela que la manière dont elle est perçue dans le milieu du blues, un milieu auquel elle confère sa vision sexy, intelligente et passionnée et sa voix exceptionnelle depuis son adolescence au milieu des années 80. « Je ne suis pas ‘la plus rude des filles' » mais quand je chante cette chanson 250 jours par an, quand je chante que je suis une superhéro, j’ai l’impression que je peux tout accomplir. Et c’est 80% du combat. Si tu sens que tu peux gagner, alors tu le peux. » Kane sait de quoi elle parle ; elle a pour l’instant échappé à un cancer du pancréas qui aurait facilement pu être sa sentence de mort, et chanté, une fois le mal provisoirement passé : « Il n’y a pas moyen que je sois couchée en train de mourir ». Le danger n’est pas complètement écarté, mais cette maladie semble avoir redoublé l’énergie de Kane. Sur ses deux albums pour le label Delta Blues, Superhero (2009) et le dernier Sister Vagabond (2011), elle combine la sensibilité bravache qui lui a valu d’être adoptée par toute les minorités – des « grosses femmes » aux homosexuels – et la vitalité de celle à qui la vie joue des prolongations inattendues et qui est bien déterminée à en profiter le plus.

La pièce de théâtre raconte sa vie, dans le désordre, au sein d’un foyer chaotique. Une mère l’obligeant à voler dans les magasins quand elle avait neuf ans, le désintérêt de ses proches pour sa carrière musicale naissante. Un enfant attendu alors qu’elle avait 17 ans la mit en difficulté, l’obligeant à accumuler les petits boulots. Elle se laissa convaincre de devenir pin-up, fit la couverture de 150 magazines entre 1983 et 1985 et apparut dans des vidéos pornographiques. Elle ne put par la suite plus se débarrasser de cette image sulfureuse, qui lui fit perdre un contrat après son premier disque solo. « J’écrivais sur la musique dans ma colonne [dans le magazine hard Gent], aussi bien que de donner des conseils en matière sexuelle. Je n’ai pas voulu changer de nom, car je m’étais déjà établi une base de fans avec mes enregistrements précoces et ma colonne. C’est le prix que j’ai payé. En étant candide et honnête vis à vis de mon passé, j’ai été marginalisée et mésestimée par certains segments de la communauté blues. Mais c’est OK, car pour être honnête, j’ai gagné l’admiration et le support d’autres communautés » Pendant que certains perdent leur temps à la laisser de côté, elle a déjà lancé une carrière musicale tumultueuse dans un tour de force et partagé la scène avec Black Flag, Social Distorsion, James Harman, The Circle Jerks, The Blasters, Lone Justice ou Los Lobos – lesquels sortent un bon album roots encore en 2010, Tin Can trust.

En 1986, elle déménage de Los Angeles à San Diego et découvre accidentellement le blues impétueux de Big Maybelle, Ruth Brown, Big Mama Thornton, Etta James ou Bessie Smith. Le discours de certains ‘puristes’ blues lui parut particulièrement décalé. « Je pense qu’il ignorent l’évidence, c’est que le blues est l’un des seuls genres ou les femmes étaient émancipées. Dès 1920, vous aviez Bessie Smith chantant, ‘I need a little sugar in my bowl’. Et Memphis Minnie écrivit des chansons sur la prostitution. Il y a une riche histoire de travail du sexe dans le blues en particulier. ” Ecoutez Bessie Smith et voyez que le blues ne parle pas que de sexe, mais de pouvoir. Smith renverse l’ordre établi ; elle fut d’ailleurs dénommée l’ « impératrice du blues».

Enfoncer le clou

Par son simple personnage, Kane a mis en lumière l’hypocrisie de toute une frange de ‘puristes’ prêt à l’humilier pour n’être pas plus ‘authentique’. C’est ce qu’elle raconte dans Guitar’d and Feathered (Tarred and feathered’, c’est se faire passer le goudron et les plumes). «C'est à cause de mon passé. Je suis sûre que beaucoup me jugent sans même m'avoir écoutée. Ils se disent : Ah oui, c'est celle qui joue du piano avec ses nichons, celle qui a fait du porno ! Ce ne sont que des présomptions et des raccourcis qui ne tiennent pas compte de ce que je suis vraiment. Mais malheureusement, beaucoup de ceux qui ont ces opinions ont aussi beaucoup de pouvoir dans le monde du blues. C'est difficile pour moi d'obtenir un minimum de respect. Je veux dire que c'est dur, après avoir fait huit disques, travaillé avec des grands noms du blues sans une seule nomination aux Blues Awards, de voir Ana Popovic, qui est une amie et que j'adore, être nominée après son premier disque. J'ai envie de crier : Eh, je suis là depuis quelques années ! C'est clair que ça a un effet sur ma carrière. Quand j'ai contacté Bob Margolin pour faire ce disque, il ne savait pas grand-chose sur moi et quand il se renseignait, on lui disait toujours : C'est une ancienne actrice de porno. C'est tout ce qu'ils retiennent de moi, après autant d'années à sortir des disques et à parcourir le monde. Je lis souvent : L'ancienne actrice de porno passée au blues . Comme si je m'étais dit, au milieu d'une scène hard : Tiens, et si je me mettais à chanter du blues ? C'est le contraire : je chante depuis que je suis gosse. Simplement, je ne viens pas d'un milieu où ce genre de vocation est encouragée. » Son combat pour une légitimité musicale lui attire le succès auprès des gens plus progressistes. Cependant, Kane met aussi en garde contre « le lien entre violence et travail du sexe », et que même si cette expérience lui a permis de préparer sa carrière, elle s’est mise dans de « situations dangereuses ».

Candye Kane est l’une des plus importantes figures du blues contemporain, et non seulement parce qu’elle sait chanter toutes les saveurs du blues. Chaque album enfonce le clou du précédent : Sister Vagabond est ainsi acclamé absolument partout, comme le grand disque blues de cette année. Confortée par ce qu’elle a entendu même dans le blues le plus ancien, elle une galerie de personnages de fantasme, fait se rencontrer extravagance et réalités de la vie dans une écriture travaillée avec persévérance, à tel point qu’il est aujourd’hui impossible de démêler une reprise suggestive de Johnny ‘Guitar’ Watson d’une composition originale. D’autant plus qu’elle est capable de transformer ces reprises de pied en cap, profitant de sa collaboration avec une guitare d’exception. « Laura (Chavez) et moi sommes toutes deux fan de Guitar Watson », commente Kane dans les notes de pochette de Sister Vagabond. Depuis le début de leur collaboration il y a quelques années, les deux femmes se sont ainsi trouvé tant de points communs que leur travail s’effectue aujourd’hui en symbiose. « J’ai pensé à tous les fantômes de mes anciens amants vivant à l’intérieur de mon cœur hanté. Laura avant cette mélodie cool pour aller avec mes mots languissants et cette chanson surréaliste est née. » Ensemble, elles transforment le Sweet Nothin’ de Brenda Lee ou le Everybody’s Gonna Love Somebody Tonight de Glenn Frey et Jack Tempchin, remplaçant l’ironie par un enthousiasme suffisant pour faire des désirs de Kane dans la chanson une réalité. Elle ne pourrait être plus loin, dans un tel moment de générosité, de la marginalité auto-consentie. Et ce n’est que les reprises, les originaux nous amenant nécessairement plus loin et plus profond dans les personnalités combinées des deux artistes musiciennes. Le tout lié de manière élégante et cohérente.


« La meilleure fille guitariste… »

Si Laura Chavez brille de technique, d’invention et de réinvention sur Sister Vagabond, une vision de concert permet de prendre toute la mesure de son talent. Si Kane s’inspire des impératrices, Chavez s’intéresse aux rois autoproclamés. « Faisant le dessin d’influences musicales telles Freddy King, Albert King, BB King et Clarence ‘Gatemouth’ Brown, les coups de langue écorchée sur la guitare de Laura Chavez complètent parfaitement la voix sèche et puissante de Kane. A un moment de la performance, après que Ms. Chavez ait donné un terrible solo de blues, Ms. Kane partage avec le public certains des compliments que sa guitariste remarquablement talentueuse a l’habitude de recevoir : ‘ Tu es la meilleure fille guitariste que j’ai jamais vue » et « Tu joues très bien…pour une fille ‘. Aussi bien que Kane a été méprisée plus tôt dans sa carrière, c’était l’occasion de montrer quelle lutte incessante c’est que d’être sous le coup de l’acceptation par les autres. En même temps, Kane réinvestissait son message toujours présent de croire en soi, d’avoir de l’amour propre, peut importe de ce que les autres perçoivent chez nous comme défauts. » Le fait que Laura Chavez soit une femme a pourtant son importance. A l’instar d’autres guitaristes féminines sans doute, la voir signe dans l’esprit du sceptique la fin d’une époque de la guitare comme un instrument masculin. « Quand vous pensez à vos musiciennes de blues favorites, ce sont toujours des chanteuses », remarque Chavez. L’école de musique ne l’encouragea pas beaucoup, hésitant à l’idée d’une fille jouant de cet instrument viril. Cela n’empêcha pas Chavez de passer rapidement des standards rocks style Led Zeppelin et Hendrix au puits sans fond des classiques blues.

A 21 ans, elle est déjà parfaitement intégrée à la scène de la baie de San Francisco et joue avec Lara Price. Elle co-écrit et enregistre avec elle l’album Face of the Blues (2002). Huit ans plus tard, sa maîtrise musicale est si bien assortie à celle de sa nouvelle partenaire qu’elle co-écrit et co-produit Superhero et Sister Vagabond avec Candye Kane. Sur disque ou en concert, ses qualités sautent aux oreilles ; cette façon qu’on les notes de produire un flow continu mais concis, comme une déclamation pleine d’âme, à l’intensité allant crescendo. « Il y a beaucoup de place pour votre propre improvisation et créativité, remarque t-elle. « Mais ça doit s’écouler naturellement avec la chanson. Je ne surcharge pas la musique. Il y a un sentiment tellement cru, primal dans la musique blues, que je ne trouve pas dans les autres genres.”

















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