“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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vendredi 14 décembre 2012

Best of 2012 - 5 ème rang albums #17 à #21

 
 
Sinead O'Connor - How About I Be Me (And You be You) ?

Il y a quelque chose de tellement fondamental dans cette collection de chansons pleines de tempérament, traversées par d'étonnantes envies de célébration. Au milieu de l'album, The Wolf is Getting Married semble être conçue, justement, pour les playlists de mariage : écoutez celle-ci pour éviter de sombrer dans les travers habituels de l'artiste. « yeah laugh/make me lugh/yeah joy/ give me joy » Outre cette chanson, le bonheur se voit draper d'un drapeau vert-blanc-rouge et abandonner au cortège des histoires d'une vie divisée, fracturée.
 

Todd Snider - Agnostic Hymns and Other Stoner Fables
 
Agnostic Hymns est un mélange de recul, de déception, d’agressivité, d’humour à l’emporte-pièce qui ne peut venir que d’un homme qui se sent profondément bafoué, démoralisé par moments devant l’état du monde, mais dont le souhait est de toujours se donner une nouvelle chance de repartir sur de bonnes bases. Cet album révèle tout le talent de Snider non seulement pour le pamphlet, mais comme raconteur d’histoires, de relations, comme puits inattendu d’affection et de dérision mêlées. Snider a le don de transformer l’injustice du monde en arme pour avancer.
 
 
Julia Holter - Ekstasis
 
Les synthétiseurs prédominent, soulignés d'instruments classiques (violon, marimba, saxophone), tandis que sa voix, très présente, apparaît parfois en plusieurs plages simultanées qui s'entrecroisent. Si la compositrice est à l'aise avec les sonorités réparatrices, les résolutions heureuses (Moni Mon Amie), les morceaux vastes et profonds (Boy in the Moon), Ekstasis n’opère pas simplement comme une vague musicale dans laquelle on se laisserait berçer ; il produit de petits instants, fait éclore la grâce de compositions parfois austères, une clé mélodique au terme d'une dépression. L'auditeur ne s'abandonne jamais en vain, il est toujours récompensé.
 

Jesca Hoop - The House That Jack Built
Ce nouvel album est structuré autour de puissants points-clefs : le premier single Born To, qui le propulse (une chanson qui interroge les hasards de fortune qui font que certains ont toutes les chances et d'autres rien selon les circonstances de leur naissance), Peacemaker et son « fuck me babe » bizarre mais sexy quand même, Hospital (With Your love) et son refrain bleu et rose « Il n'y a rien de tel qu'un bras cassé pour gagner ton amour », et plus loin, Deeper Devastation. D'autres chansons sont plus étonnantes, telle When I'm Asleep. « Quand je m'endors/tu n'es plus personne/je ne suis plus nulle part"

Christian A Tunde Adjuah - Christian Scott
 
Le jeune trompettiste néo orléanais Christian Scott mêle les phantasmes d'avenir de sa ville et les siens propres, semblant préfigurer les cinq ou six prochains mouvements de sa carrière avec cet album fleuve. Impossible à écouter d'une traite, l'album vaut ne serait-ce que pour l'évidence déchirante des morceaux New New Orleans ou The Berlin Patient. Il semble emprunter ses spirales mélodiques anxiogènes au Radiohead urbain de Amnesiac (Pyrrhic Victory of a Tunde Adjuah) aussi bien que ses beats au hip-hop (notament dans ses interludes). On y trouve aussi de vrais moments de mélancolie, rendus possible par la capacité rare d'Adjuah à produire des notes plus rondes que la plupart des autres trompettistes.
 


mardi 8 mai 2012

Sinéad O'Connor (1) - Sauver Dieu de la Religion

Sauver Dieu de la religion

Sinéad O'Connor n'a pas pour habitude d'éluder les sujets qui fâchent. En 1992, la chanteuse, alors âgée de 26 ans (elle est née en 1966), fut l'invitée de l'émission Américaine Saturday Night Live. Regardant le spectateur droit dans les yeux, portée par l'exaltation, elle interpréta une version a cappela de la chanson de Bob Marley, War, en remplaçant le terme de 'racism' par 'child abuse' pour protester contre les actes de pédophilie perpétués lors de scandales successifs par des prêtres de l'Eglise catholique, en Irlande, son propre pays. A la fin de la chanson, elle plaçait devant son visage une photo de pape Jean Paul II ; et, tandis qu'elle prononçait le mot 'evil', 'mal', elle la déchira en plusieurs morceaux, avant de s'exclamer 'you've got to fight the real ennemy ! ». Le plateau est demeuré silencieux, le public n’applaudissant pas ni ne montrant son mécontentent. Les organisateurs sont restés interloqués. Avant de reconnaître, pour certains, qu’il s'agissait sans doute de « l'expression d'une conviction sérieuse. » O'Connor continuera d'exercer cette 'conviction' régulièrement, avec un regain d'activisme ces dernières années. En juillet 2011, elle publie un article dans le Sunday Independent en réponse au scandale sexuel du diocèse de Cloyne. Elle y décrit le Vatican comme un 'nid de serpents'.

Sur les 4400 messages que reçut la chaîne à l'époque, une poignée seulement n'attaquaient pas personnellement Sinéad O'Connor. Certains voulaient sans doute sa mort pure et simple ; en tout cas, en exerçant sa liberté d'expression, O'Connor venait de se faire beaucoup d'ennemis. Elle apprit à ses dépends que la plupart des gens prennent à cœur les actes des personnalités médiatisées, fussent t-ils commis dans le contexte d'une performance artistique. O'Connor pensait peut-être qu'une partie du public comprendrait son message – mais ce n'était pas le rôle de l'émission que de distribuer des messages, et, étant donné que le public n'en attendait que du divertissement, son acte parut déplacé. Certains l'avaient sans doute prise pour une sorcière. Elle aurait été portée au bûcher avec enthousiasme.

Elle avait cependant déjà largement étudié la question des croyances, et était sans doute plus près de la conjoncture d'une force créatrice que ceux qui avaient souhaité sa mort en la considérant comme hérétique. Peut-être avait t-elle sans faire exprès, testé leur foi... Il y a là un débat (immémorial !) sur la façon de pratiquer sa propre croyance, un débat au cœur de l’oeuvre de Sinéad O'Connor. Déçue par la démission de son public, en pleine crise de confiance, Sinéad O'Connor envisagera, immédiatement après l'incident, de continuer sa carrière comme chanteuse d'opéra occasionnelle.

La chanteuse avait 15 ans, en 1981, lorsqu'elle fut repérée par Paul Byrne, le batteur du groupe Irlandais Tua Nua (des protégés de U2), alors quelle chantait une reprise de Barbara Streisand, Evergreen, au cours d'une fête de mariage. Elle co-écrivit leur single Take my Hand, avant de décider de démarrer une carrière en musique.

La même année, Bob Marley mourrut d'un cancer de la peau. La résonnance de la musique de la plus grande star du 'tiers monde' de l'histoire de la musique, la teneur de son message avait secoué tout particulièrement la grande Bretagne et l'Irlande, avec des répercussions allant jusqu'au Zimbabwe avec l'album engagé Survival (1978). Comme le notera Lloyd Bradley dans un texte contenant l'histoire de l'enregistrement d'Exodus (l'album le plus célèbre de Marley, paru en 1977), le chanteur «avait réussi avec pour seule arme la volonté inébranlable de se rendre utile, le sentiment de ce qui peut être accompli si on aborde les vrais problèmes avec logique et compassion, sans se soucier des manifestes politiques. »

Enfant à la maturité galopante, issue d'une enfance tumultueuse, O'Connor signa son premier contrat discographique à l'âge de 17 ans. Confrontée très tôt aux tensions et problèmes existentiels au premier rang desquels celui concernant la religion elle avait déjà, avec finesse et intelligence, apporté des réponses à ses questions intimes. « J'ai été à l'école catholique, mais je ne me suis pas imbibée des choses négatives de l'église catholique », expliquera t-elle plus tard. « Le fait qu'il y avait de mauvaises choses dans cette religion ne m'a pas empêchée d'y voir aussi ce qu'elle avait de bon, et je me suis ainsi inspirée autant de Catholicisme que de l'Hindouisme et le Soufisme et toutes les autres religions qui se trouvent m'inspirer. » Bien qu'aillant été élevée dans la religion de ses parents, O'Connor s'intéresse à l'idée d'une relation plus directe avec Dieu. Elle se méfie de la religion organisée, qui enferme l'esprit. “Je pense qu'il faut sauver Dieu de la religion. La religion a pris Dieu en otage, l'a mis derrière des barreaux.”

Quand elle déménagea à Londres à la fin de son adolescence, elle recontra des Rastafari qui lisaient la Bible quotidiennement, voyaient le reggae comme une expression de foi et étaient, eux aussi, contre la religion organisée. Elle étudia la kabbale, le chant grégorien , les poètes Sufis, et, de retour à Dublin, entra à l'Université pour étudier la théologie.

Quelques années plus tard, au tournant de son second disque et quelque temps avant l'apparition télévisée qui fit scandale, elle se trouva sans doute touchée par l'insistance de Marley à revendiquer une culture spécifique. Une culture qui empêcherait les populations qu'elle rassemble de remmetre leur destin entre les mains des puissants : le G8, la finance... Et comme Marley, elle comprenait bien que la clef de la civilisation serait l'acceptation par tous d'un autre monothéisme. Ainsi, le livret de se deuxième album comporte cette phrase : « Dieu appartient au monde, mais le monde n'appartient pas à Dieu. » Le désir d'indépendance, pour soi et pour les autres, est peut-être le sentiment qui a le plus contribué à faire et à défaire les groupes et les artistes...

La chanson War, apparue sur l'album Rastaman Vibration enregistré par Marley en 1976, est dérivée d'un discours de paix (Nations Unies, 1963) de l'empereur Ethiopien de l'époque, Haile Selassie I (1892-1975) – un lion conciliateur et une incarnation de Dieu au yeux des rastafari, ce qui semble une juste rétribution en regard de sa vie politique très riche et symbolique. En reprenant la chanson, Sinéad O'Connor s'inscrivait dans la lignée des contestataires pacifistes de la trempe du grand chanteur jamaïcain ; touchant à la volonté de trouver la paix en son pays et de la dispenser auprès de ses concitoyens. Elle signifiait implicitement que certaines chansons valent mieux qu'un long discours pour dénoncer les hypocrisies du monde. Comme Selassié qui dénonçait les conflits honteux dans certains pays d'Afrique (l'Angola, le Mozambique et l'Afrique du Sud), et comme Marley qui souffrait de ce que la Jamaïque semble engagée dans une guerre politique contre elle-même, O'Connor comprit rapidement que seule la compréhension mutuelle des hommes pourrait résoudre les conflits, et que ce sentiment passait par le partage des mêmes objectifs spirituels. « Je pense que Dien nous bénit tous, que nous le voulions ou non. Quand nous mourrons, nous retournerons tous dans son domaine... Je ne pense pas que Dieu juge qui que ce soit. Il aime tout le monde de la même façon. »

A suivre

lundi 30 avril 2012

Sinéad O'Connor - I' Do Not Want What i Haven't Got (1990)


Parution1990
LabelChrysalis
GenrePop, songwriter
A écouterFeel so Different, Three Babies, Nothing Can Compare 2 U
°°
QualitésAtmosphérique, habité, apaisé/td>

Dans les médias qui s'emparent de son succès, O'Connor apparaît déjà aussi défiante que fragile. Ses yeux lui donne un regard magnétique et sa tête rasée par conviction lui vaudra le surnom de Skinhead O'Connor. Et I Do Not Want What I Haven't Got va montrer une artiste ruminant déjà quant au coût de ses ambitions. O'Connor ne voulut jamais aller aussi loin qu'au point où le deviendrait une star et où elle ne pourrait plus changer. A 23 ans, elle essaie simplement de se défendre. « Il pense que je suis devenue célèbre/Et que c'est ce qui m'a confuse », prédit t-elle avec une étrange précocité sur The Emperors's New Clothes. « Comment pourrais-je avoir su ce que je voulais/alors que je n'avais que vingt et un ans ? » 20 ans et beaucoup de choses à éclaircir en soi pour trouver le courage de les dire aux autres. I Do Not Want What I Haven't Got n'est fait que de choses qui tiennent la chanteuse à cœur, et ce n'est pas sans conséquences pour son entourage.

2 janvier 1983 : Colin Roach, un jeune noir londonien de 21 ans, se fait assassiner. Des policiers sont impliqués ce qui apparaît comme une insoutenable bavure pour laquelle Margaret Tatcher ne réagit pas. Sinéad O'Connor ajoute une victime à son tableau de chasse, le racisme, en écrivant Black Boys on Mopeds. Elle déclare vouloir quitter son pays en signe de protestation. La menace de s’expatrier est toujours un message fort et désespéré. La chanteuse s'y positionne à la fois comme citoyenne offensée, comme fausse ingénue blessée par le manque de poids d'un message de paix déjà dispensé dans The Lion and the Cobra (1987) et comme mère protectrice. Son ambition de concilier chacune de ces facettes, cette harmonie fragile, traverse I Do Not Want What I Haven't Got.

Cet équilibre est gagné par une intensité incessante. Plus que de la spiritualité, c'est une croyance vivace qui s'écoule dans les veines de l'album, dès son introduction avec la prière de la Sérénité. « Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d'en connaître la différence. » Le reste ressemble à une longue prière, trouvant sa conclusion dans la chanson-titre, a cappela : « Je marche à travers le désert/et je n'ai pas peur... J'ai tout ce que je voulais/et je ne veux pas ce que je n'ai pas eu. » Les points d'orgue de ces chansons résonnent à nos oreilles longtemps après que l'album soit terminé, par la grâce de la voix profonde de Sinéad O'Connor.

Elle transforme les intentions en déclarations de foi viscérales, en travaillant à son échelle. Elle y met en évidence la façon dont nous sommes tous irrémédiablement liés par des liens diaphanes qui ne se ressentent que lorsque les sentiments les plus forts nous obligent à les éprouver. Un journaliste écrira : « O'Connor semble considérer des vérités, que dans un meilleur monde, personne n'ait besoin de connaître. Elle réalise que l'amour se finit trop souvent en trahison ; qu'il y a des forces dans le monde qui souhaite vous faire taire, vous tuer pour vos différences ; et que vous pourriez ne jamais obtenir certaines des choses dont vous avez les plus besoin dans la vie – ou que vous pourriez les recevoir sans que votre cœur ne puisse éviter d'être brisé. » Avec de tels sentiments, I Do Not Want What I Haven't Got aurait pu être un album confus ou portant la chanteuse à l'hystérie ; au contraire, il est limpide. Il lui sert de recueil, de journal et lui permet de clarifier une vie qu'elle peut déjà craindre de ne plus contrôler. L'enjeu ne sera jamais plus aussi élevé qu'avec cet album, et bien qu'Universal Mother (1994) et Faith and Courage (2000)permettent d’approfondir dans la maturité, O'Connor n'y parvient plus à la même cohérence, à la même clarté.

Trop touché par la grâce pour être morbide, l'album n'en révéle pas moins un veine romantique digne d'Edgar Poe, avec Three Babies (qui évoque plusieurs avortements) ou I'm Stretched To Your Grave, chanson tirée d'un poème du 17 ème siècle. C'est un spectacle étrange, presque mélancolique que de voir s'écouler tant de la vie intime de la chanteuse, de façon à la fois forte et diffuse, toujours portée par des intentions d'absolu. Son meilleur combat entre vie privée et vie publique se fera dans des chansons dont le plaisir d'écoute transcende la puissance des projections d'un esprit blessé. Mélancolie de voir pointer cette solitude affective à laquelle tant de chanteuses ont goûté, quand il est difficile de mener de front une carrière fulgurante et une vie de famille – ou de trouver un homme qui puisse accepter votre manque soudain de vie privée. En termes de maux de cœur, Nothing Compares 2U culmine. Chanson écrite par Prince en 1984, elle sera accompagnée d'une vidéo dramatique très appréciée à l'époque. La chanson a semblé depuis lors accaparer à elle seule une expression ; celle liée au vide existentiel consécutif à une relation qui se termine. Encouragée par des artistes qu'elle admire, O'Connor prouve qu'elle est capable de  se révéler complètement, sans se douter que son malaise de s'être tant confiée grandira progressivement. La chanson – et le visage poupin e la chanteuse, tourné face à la caméra – resteront dans le domaine inégalés.

Même si elle apprend à utiliser ce que certains appellent le 'concept de distance artistique', c'est à dire à s'investir moins frontalement, de manière à donner à ses chansons un aspect plus attrayant et assimilable, l'album reste si personnel et cathartique qui qu'il est facile d'oublier la versatilité musicale de O'Connor. Cette diversité se fit en faveur d'une générosité orchestrale apaisante, parfois presque euphorisante, à l’exception de I'm Stretched to Your Grave, qui est récitée sur un beat électronique et en devient volontairement à une austérité réparatrice. Entre la voix, assurée, et la musique, précise et belle, un équilibre majestueux est atteint. A ce stade de sa carrière, difficile d'imaginer qu'O'Connor puisse à ce point être affectée par la médisance de ses pairs ; elle semble intouchable.








jeudi 26 avril 2012

Sinead O'Connor - The Lion and The Cobra (1987)

Melody Maker décembre 1987.

Parution : 1987
Label : Chrysalis records
Genre : Rock alternatif, Chanteuse, songwriter
A écouter : Troy, Jerusalem, I Want You (Hands on Me)

°
Qualités : romantique, intense, vibrant, lucide

Ré-enregistré deux fois avant sa sortie en 1987, pour paraître moins 'celtique', The Lion and The Cobra avait été salué comme l'une des meilleures surprises de l'année 1987. C'est un tour de force pour O'Connor, qui le produit, écrit toutes les chansons et joue la guitare sur la plupart des morceaux. On la compare alors à Kate Bush, à Peter Gabriel ou à Prince, et on ne manque pas de déceler ses liens avec les milieux du punk et du rap (elle déclarera plus tard avoir un faible pour N.W.A.). Le son, riche, expansif, y est alourdi de passion torturée. L'album a cette particularité de déborder d'insatisfaction malgré toute l'exaltation spirituelle qu'il contient.

Enregistré au cœur des années 80, The Lion and The Cobra sonne inévitablement comme un album de so époque, une boites à rythmes remplaçant la batterie, sonorités sinusoïdales et guitares métalliques héritées du post-punk et du David Bowie de Scary Monsters (and Super Creeps) (1980). Des incursions en folk d'héritage celtique, pop orchestrale ou hip-hop nous assurent que The Lion and The Cobra est différent des autres albums de cette période ; et c'est sans compter les textes que l'on se prend assez violemment de face. C'est un album de chansons aux thèmes simples, pris à coeur – amour et politique - surmonté d'une pochette et d'une aura symbolique intimidante. Le titre se réfère directement au psaume 91, dans lequel Dieu promet de protéger les hommes du lion et du serpent, qui représentent le danger. C'est O'Connor partant en croisade, dans les prémisces d'un engagement qui fera long feu ; comme Bob Marley lorsqu'il fut représenté tel Saint George terrassant le dragon sur la pochette de son album posthume, Confrontation (1983). Il faudra s'habituer avec Sinead O'Connor ; toute récit d'une ancienne promesse réveille la crainte qu'elle n'ait pas été honorée, ou qu'elle ait été progressivement bafouée. Du haut de son intransigeance, O'Connor retourne le couteau dans la plaie de trahisons parfois immémoriales. D'ou son intérêt pour l'histoire de son pays en particulier. Elle apprendra a être -un peu – plus détachée, mais reste une artiste de contexte.

Bouleversante par l'intensité de sa dévotion, pour frapper les esprits Sinead O'Connor emprunte - ça ne durera pas - le tempérament de Siousxie Sioux, la chanteuse qui avec son groupes les Banshees peut se targuer d'avoir eu l'une des carrières punk les plus longues et les plus remplies de succès de l'histoire musicale anglaise. Un personnage clef, ici, est Marco Pirroni, ancien guitariste à la fois auprès de Siousxie et d'Adam and The Ants, un autre acte auquel on pense très fort parfois, comme au cours de la chanson Jerusalem. En démarrant avec Jackie, une chanson hantée qui raconte l'attente d'un amour parti en mer, O'Connor nous plonge dans une ambiance austère, grave. Il est clair dès la chanson suivante que vous pourrez danser sur la musique de Sinead O'Connor, mais pas sans arrière pensée – et c'est encore vrai avec What About I Be me (And You be You) en 2012.

Sinead O'Connor est alors l'une des chanteuses à la voix la plus puissante au monde, portée par une conviction inégalée, et c'est particulièrement vérifié sur Troy, qui mêle vulnérabilité, furie, théâtralité et conviction dans une ode romantique, tout faisant revivre l'incendie de Troie. Psychodrame viscéral, Troy sera très peu jouée en concert, avant qu'une version donnée dans un spectacle récent, très différente car interprétée à la guitare acoustique, n'apparaisse en 2009 sur la réédition 2CD du deuxième album de la chanteuse, I Do Not Want What i Haven't Got. L'habileté vocale d'O'Connor redynamise la chanson en restaurant sa dimension dramatique. De manière générale, dans le cas de la chanteuse, les bonnes versions de chansons données en concert surpasseront les enregistrements des albums studio.

O'Connor hurle parfois ; ou murmure parfois comme un chaton, selon une habitude qu'elle va peut à peu développer. Impressionnant d'entendre la chanteuse devenir soudain si inoffensive, avant de provoquer de nouveau : « Getting tired of you doing this to me/I'm gonna hit you if you say that to me ». Humeurs qui reflètent les registres variés de la musique... The Lion and the Cobra est le signe d'une maturité étonnante, de la part d'une artiste qui n'a enregistré auparavant que la bande originale d'un film (The Captive, avec the Edge, de U2, à la guitare). Maturité et engagement qui vont culminer avec son album suivant.

vendredi 20 avril 2012

Sinéad O'Connor - Theology (2007)


Parution : Juin 2007
Label : Ministry of Sound
Genre : Pop, Folk-Rock
A écouter : I Don't Know How to Love, 33 (acoustique), If You Had a Vineyard

°°°
Qualités : lucide, poignant

“J'ai rencontré une dame très agréable, la soixantaine, et je lui ai demandé : “Qu'est ce que je vais bien pouvoir faire de moi ?” Elle m'a répété de 'continuer à tricoter'. Qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ? Et j'ai fini par conprendre que c'était une manière vieu jeu de dire qu'il fallait que je retourne à ce qui m'avait fait entrer en musique en premier lieu, pour continuer à partir de là.”

Après avoir déchiré la photo du pape sur un plateau de télévision en 1992, Sinéad O'Connor a passé plusieurs années à se sentir en porte à faux avec son public ; sa vie privée – elle est la mère de quatre enfants, nés de quatre pères différents - a été largement commentée au point qu'elle décide de se retirer de la scène en 2003. Il lui semblait alors qu'elle avait tout dit, qu'elle s'était vidée de toute son essence. Faith and Devotion (2000), en particulier, apparaît comme le disque d'une femme qui se raccroche aux dernières parcelles de son intimité. L'album donne l'impression qu'elle s'est trop révèlée. La chanteuse pop s'y est mise en danger – inutilement. Dans sa trop grande sincérité, Faith and Courage est aussi punitif que vain. Avec Theology, Sinéad O'Connor reprend le chemin inverse ; elle retrouve dans la spiritualité les idées qu'elle a toujours cherché à défendre.

Sinéad O'Connor a muri. “Je ne ressens pas le besoin d'être trop pointilleuse, quand j'écris une chanson sur un sujet sensible. Mais je ne suis cependant pas stupide. Je vais être respectueuse, mais je vais être honnête avec moi-même.” Décrit par la chanteuse comme un album sans message, cela ne signifie pas que la chanteuse n'ait pas eut de fortes convictions pour le mener à bien. “Il y a beaucoup de raisons pour ce disque. Peut être que la meilleure, qui n'a pas jamais quitté mon esprit pendant l'enregistrement des morceaux, c'était qu'il s'agissait d'une réponse à ce que nous avons vu se produire dans le monde depuis le 11 septembre. Beaucoup de ce qui se produit, c'est à cause de la manière dont certaines personnes interprètent différentes théologies. Je suppose, que ce soit du côté de la Chrétienté ou de l'Islam, que c'est une mauvaise représentation de leurs theologies respectives – et de suggérer que Dieu encourage la violence comme manière de régler les conflits. Mon but avec ce disque est de représenter ce qui selon moi reflète le caractère le plus proche de Dieu, qui est sa volonté de paix et sa compassion.”

En décrivant Theology comme un album de chansons religieuses, O'Connor rapelle la situation de Bob Dylan en 1975. Peu de gens comprennent alors pourquoi celui-ci semble sous le coup d'une superstition soudaine. O'Connor, comme Dylan, cherche à apaiser sa vie à travers la pratique d'une croyance plus autonome qu'il n'y paraît. Cela reste une relation individuelle, une retranscription profondément personnelle du sentiment spirituel, une vision éloignée d'un monothéisme opposant des religions. Tous les dieux sont susceptibles d'exister, tant qu'ils provoquent la paix et non l'affrontement, tant qu'il n'empêche pas les hommes de se définir d'abord comme des hommes plutôt que comme les serviteurs d'un Dieu. O'Connor touche à un problème qui concerne tous les hommes s'ils ne font pas le choix de la tolérance. Une lourde menace à côté de laquelle la crise du disque (qui a particulièrement sévi entre 2000 et 2007), et, concrètement, le peu d'exemplaires de Theology vendus, paraissent bien dérisoires. D'ailleurs, O'Connor est presque soulagée de passer inaperçue, et fait valoir une nouvelle fois son humilité. Avec cet album plein de retenue, contenant (trop) peu d'affront, elle charme les journalistes autrefois en guerre avec elle. Elle les avait déjà endormis avec Sean Nos Nua (2003) puis Throw Down Your Arms (2005).

Theology est un double album dont la création s'est divisée entre Londres et Dublin. Les morceaux ont été enregistrés d'abord dans la capitale Irlandaise, seulement guitare acoustique et voix, puis à nouveau en Angleterre avec un large ensemble de musiciens et un producteur pop de renom, Ron Tom. Considérant chaque chanson comme une tentative de se reconnecter avec ses origines émotionelles, la chanteuse a recherché de nouveau le sentiment qui lui était venu une fois, tandis qu'elle chantait dans la chorale de son église, étant enfant. “C'est une sensation très douce. Comme si l'air vous enserrait chaleureusement. Le rock n'roll c'est génial, mais c'est une énergie que vous relâchez. Quand vous chantez [comme je l'ai fait sur Theology], vous avez l'impression d'une énergie qui vous gagne, vous nourrit.” C'est un album cohérent par la pureté de son émotion. A la colère, positive pour les faire progresser les autres, mais mauvaise pour soi-même, O'Connor a préféré se montrer enthousiaste et est parvenue à chasser la confusion. “J'ai délibérément écarté tout sentiment agressif”, commente O'Connor sur l'album. The Glory of Jah en est le meilleur exemple. “There is no holy one like U/U install kings and tak them down/Truly is no one beside U/U made all creation with wisdom”, chante t-elle. Outre la version acoustique de 33, la préférence de O'Connor va à Something Beautiful et If You Had a Vineyard. Cette dernière est, de toutes ses chansons, l'une des plus généreuses, pleine du soleil d'Israël, et de sa paix – on veut croire qu'un jour la paix, à cet endroit du monde, puisse devenir réalité.

lundi 16 avril 2012

Sinéad O'Connor - Concert au Trianon (15/04/2012)


Sinéad O'Connor dans un Trianon pas tout à fait plein : on voit bien que la carrière de la chanteuse originaire de Dublin est en berne en ce qui concerne la France. Si Sinéad O'Connor n'avait sorti que des albums comme I do Not Want What i Haven't Got (1990), son second disque, elle serait un autre genre d'artiste et n'aurait sans doute pas été aussi injustement oubliée de son public français. Sinéad O'Connor, c'est tout de même 25 millions d'albums vendus - dont plus de 10 millions pour ce seul deuxième opus.

Les jalons de son existence – revendications culturelles et historiques, relations aux religions, aux spiritualités, à l'universalité, à la maladie, et à la joie de l'enfantement - sont des thèmes parfois présents simultanément dans le cours d'une même chanson. Son œuvre n'est pas toujours aussi frappante que sur I do Not Want..., mais ses meilleures chansons, éparpillées jusque dans les disques les moins admirés, tels que Faith and Courage (2000) ou Universal Mother (1994), sont d'une consistance, d'une densité hors du commun. Elles profitent de textes braves, singuliers et en recherche de sentiment universels, capables de transcender le carcan de musique pop qui les rend pourtant si chatoyantes. « I have a universe inside me/Where i can go and spirit guides me » introduit t-elle, sur The Healing Room, juste après son apparition sur scène.

En 2012, ses chansons ont été rénovées, dynamisées, Sinéad O'Connor elle-même y étant pour beaucoup, tant le plaisir et l'aisance qu'elle a a piocher dans les divers épisodes de sa carrière est palpable. Elle est accompagnée d'un groupe puissant ; deux guitaristes, un claviériste/flûtiste, une bassiste, un batteur et une choriste. Les 20 morceaux qu'elle a choisis d'interpréter, depuis quelques concerts déjà, ne sont pas choisis au hasard ; ce sont les vingt chansons auxquelles va son affection – même si on la suspecte de vouloir traiter ses auditeurs en bon princes au vu de la quantité d'extraits d'I Do Not Want What i Haven't Got. Le tube Nothing Compares 2U sera présenté comme « une chanson que mon fils aime beaucoup, et qu'il a baptisée The Backyard Song. ». La chanson semble complètement neuve, et le couplet : « All the flowers that you planted mama/in the back yard/all died went you went away » résonne d'une véritable tendresse. Du même album, elle réinterprétera également les inoubliables Three Babies, The Last Day of Our Acquaintance – dernier hourra avant le rappel – et surtout une version a cappela, bouleversante, de I Am Stretched on Your Grave, chanson qui lie deux amants à la terre et dans laquelle leur amour prend la forme d'un pommier. « My apple tree my brightness/it's time we were together/for i smell of the earth/.and am worn by the weather. » Avec son tribut religieux, la chanson est plus proche du gospel vivace que de la litanie romantique ; la vie réelle s'y débat. La chanson est d'ailleurs dédiée à un ami disparu récemment.

Chaque chanson possède son identité propre, son couplet marquant, et non pas seulement un bon refrain ; et c'est encore vrai avec celles du nouvel album, How About I be Me ( and you be you) (2012). If i Had a Baby, The Wolf is Getting Married, Old Lady ou 4th and Wine sont rendues dans des versions puissantes, et même assourdissantes en ce qui concerne l'excellent Take off Your Shoes ou la reprise de John Grant, Queen of Denmark pendant le rappel. O'Connor parvient à introduire Reason With Me, la chanson la plus glaçante de son nouvel opus, avec humour. Elle s'excuse de n'avoir trouvé mieux que 'monkies' – ici relatifs à ses enfants – pour rimer avec junkie. « Hello, you don't know me/but i stole your laptop and i took your TV/i sold your granny's rosary for 50 p. » chante t-elle par la suite sur une musique plutôt macabre. Elle interrète une autre ballade célèbre, Jealous, ainsi que The Lamb Book of Life, véritable choc de cultures, entre dub Jamaïcain et musique Irlandaise traditionnelle. Sans oublier l très rock Jackie, tiré de son tout premier disque.

Elle est aussi ici pour défendre un album paru en 2007, et largement ignoré : Theology, qui est son disque préféré. The Glory of Jah et 33, qu'elle présentera comme sa chanson favorite parmi toutes celles qu'elle a écrites, portent dans la joie, sa ferveur de se connecter aux puissances divines. C'est là qu'elle atteint le meilleur compromis entre ses pensées personnelles, la résolution de ses doutes et ses désir pour le monde qui l'entoure. Before we End the Day termine le concert sur une note tout aussi holistique, et avec un grande élégance.

Malgré le parcours semé d'embuches de sa carrière, il n'y a qu'une seule Sinéad O'Connor, et elle le prouve par une leçon d'intégrité jusqu'à extrême. Elle apparaît ainsi toujours, et pour toujours, rasée, car «je ne me sens moi-même qu'avec la tête rasée. Et même quand je serai une vieille dame, je serai comme ça. » Et elle n'oublie pas la petite provocation, de celles qui l'ont rendus si impopulaires du côté le plus anglais de l'Irlande : « C'est difficile d'être dans un pays dont on ne parle pas la langue », s'excuse t-elle ainsi auprès de son public français. « Mais en Irlande on ne parle même pas notre propre langue ». Est-ce à dire le gaélique Irlandais ?

Set list (l'ordre des morceaux est approximatif)  :

The Healing Room
I had a Baby
The Emperors New Clothes
The wolf is getting married
Never Get Old
Old Lady
Reason With me
I am Stretched on Your Grave (A cappela)
The Lamb Book of Life
4th and Wine
Jealous
Three Babies
The Glory of Jah
Nothin Compares 2 U
The Last Day of our Acquaintance

Take off your Shoes
Jackie
Queen of Denmark
33
Before we end Our Day

jeudi 22 mars 2012

Sinéad O'Conor - How About i Be Me (And you Be You) (2012)


Parution : février 2012
Label : Relativily Entertainment, One Little Indian
Genre : songwriter, Pop
A écouter : Old Lady, The Wolf is Getting Married, Queen of Denmark

°°
Qualités : intense, féminin, sensible

Ceux qui ne connaissent pas la musique de Sinéad O'Connor seraient bien inspirés de rejoindre ici. Il y a quelque chose de tellement fondamental dans cette collection de chansons pleines de tempérament, traversées par d'étonnantes envies de célébration. Au milieu de l'album, The Wolf is Getting Married semble être conçue, justement, pour les playlists de mariage : écoutez celle-ci pour éviter de sombrer dans les travers de l'artiste. « yeah laugh/make me lugh/yeah joy/ give me joy » The Wolf is Getting Married, c'est le triomphe face à l'adversité, la trève symbolique d'avec les provocations faites à son public ; une façon de les rassurer en leur offrant une belle cérémonie. Une telle félicité est superbement remise à sa place par la chanteuse ; après cette chanson, le bonheur se voit draper d'un drapeau vert-blanc-rouge et abandonner au cortège des histoires d'une vie divisée, fracturée. Ce n'est ainsi qu'un moment, dans un disque qui balance incessamment avec des sentiments plus obscurs.

Sinéad O'Connor est accoutumée aux doutes existentiels, et il n'est pas étonnant qu'elle éprouve autant de facilité à dévider une pelote de sentiments intriquée pour en faire un disque de rock FM. Artiste d'une grande intensité, elle lança sa carrière avec Nothin Compares 2U en 1989 (Chrysalis Records), un tube accompagné d'un clip plutôt raté, avec larmes et images sépulcrales à l'appui d'une déclaration d'amour. Il serait facile de s'en moquer aujourd'hui. Là comme ensuite, O'Connor dégage le pathos d'une âme en errance. Après le Rastafarisme, le diagnostic erroné d'un désordre bipolaire, la drogue, une campagne menée seule contre l'hypocrisie de l'église catholique – soutenue par un rapport sur le problème de pédophilie des prêtres catholiques publié en 2009 dans le pays -, quatre mariages, un album de traditionnels Irlandais (Sean-Nós Nua en 2002) et un autre un peu reggae (Throw Down Your Arms en 2005), le ridicule et l'ironie ont quitté O'Connor, dont la vie artistique - si ce n'est sa vie privée - a pris corps et sens. Elle garde aujourd'hui une fraîcheur étonnante – particulièrement symbolisée par une voix inaltérée.

Qu'il s'agisse d'être vindicative ou repentante, How About I Be Me... est effervescent, et chacun de ses thèmes, même l'amour, est abordé avec rigueur et profondeur, appuyé juste ce qu'il fut pour ne pas paraître trop lourd. L'ouverture, 4th and Vine, rejoint The Wolf is Getting Married en donnant l'impression que O'Connor est redevenue une jeune femme, avec tout l’enthousiasme que cela suppose parfois. Venant de la chanteuse, une chanson aussi enjouée ne fonctionne qu'en regard avec ce qui suit. Le Reason With Me consécutif, lent et plaintif, provoque un dangereux contraste, avec ses paroles sur l'addiction, le refrain entamant sur «Oh so long i've been a junkie ». Le contraste se répète entre le rock entraînant et dégagé d'Old Lady, et la nouvelle condamnation du déni catholique sur Take off Your Shoes. Le plus beau, c'est que, quel que soit où O'Connor porte son humeur, sa voix reste particulièrement juste. L'exercice qu'elle s'impose en reprenant Queen of Denmark, de John Grant (l'album du même nom est à écouter d'urgence!) prouve qu'elle peut recracher le mépris d'un partenaire sans compromettre l'humour noir très présent chez Grant. Sa version a toute la clarté d'une chanson facile à écouter mais n'oublie pas le cru et le sincère. « I casually mention that i pissed in your coffee/I hope you know that all i want from you is sex. » O'Conor chasse l'affliction en injectant intelligemment une dose d'auto dérision.

Ailleurs, sur Back Where You Belong, elle évoque la mort d'un proche avec une tendresse non feinte, ou attaque sur V.I.P. ses compatriotes artistes (U2...) pour leur inertie face à cette hypocrisie religieuse sur laquelle elle ne relâche pas son étreinte. If i Had a Baby est encore un moment curieusement émouvant ; lorsqu'elle évoque la conception de son quatrième enfant. « His eyes are so mean/just like you/And i don't know what to tell him. » Plus que de commenter ou de confondre les controverses qui font la vie d'O'Connor, How About i Be Me semble être la recherche d'un nouvel équilibre spirituel à travers un autoportrait pluridimensionnel, tour à tour inquiétant et attachant.
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