“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Brass band. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Brass band. Afficher tous les articles

samedi 5 août 2017

{archive} DUKE ELLINGTON - Duke Ellington's Far East Suite (1966)



OOO
orchestral, élégant, varié
jazz, brass band



Ce disque de Duke Ellington semble nous parler entièrement de sa propre musique, et non pas de ce qu’elle devient combinée avec celle d’autres grands jazzmen, Louis Armstrong, Max Roach... La carrière très sociale du compositeur a laissé beaucoup de collaborations, mais ce qui est fabuleux sur cet album, c’est d’entendre jouer ‘son’ orchestre comme un seul homme. Et de surcroît, avec une densité préparant la fin de sa carrière. A 60 ans, il inclut beaucoup de formes de jazz dans sa musique, mais ne se voue pas à l’improvisation. Elle est au contraire fondée en un bloc de maîtrise grâcieux. Nourrit des inventions et des riffs de piano du jazz tels que façonnés par les plus grands, il les télescope avec son propre imaginaire, et d’une spontanéité ancrée, capable de servir de témoin pour les dérives à venir. Car sa musique est étudiée, reproduite, elle sert d’ADN à des générations de musiciens, comme celle de Louis Armstrong. A l’échelle d’une vie, mais d’une vie musicale, avec les humeurs que cela suppose. Jazz is not dead, it just smells funny, disait Frank Zappa. Il n’y a qu’un écart de sensibilité entre l’auteur de The Grand Wazoo et Duke Ellington. Les meilleurs compositeurs savent toujours placer les règles de leur côté quand leur musique le nécessite.

On oublie facilement que cet album résulte d’une tournée de Duke Ellington et de son orchestre dans les pays du moyen-orient, à l’exception de Ad Lib On Nippon, une longue exploration tonale composée pour la venue du big band au Japon.

Des thèmes langoureux comme Isfahan ont charmé des amoureux de musique dans des clubs du monde entier. Mais la vivacité de cette musique, on l’imagine remonter une rue de la Nouvelle Orléans, ou de New York, quittant son berceau noir américain, sortant de son lit pour éveiller les sensibilités dans tous les recoins des villes endormies.

Mount Harissa est une autre de ces mélodies très imagées, servant de visa sonore pour Duke Ellington, prouvant qu’où qu’il s’aventure c’est bien lui, sa façon d’être au monde, d’orchestrer. On y retrouve l’émotion réarrangée qu’il avait empruntée à Grieg sur son interprétation de Peer Gynt en 1961. Pour parvenir à évoquer la musique des maîtres classiques du XX ème siècle, tels que Stravinsky, les instruments les plus distincts sont ses alliés dans l’expression ; les saxophones, puissants et rigoureux, le trombone charnel, la trompette contemplative, douce, ou la clarinette plus alerte.

Cet album est paru à une époque ou ce type de large ensemble n’était plus populaire. Pourtant, depuis cette œuvre opiniâtre, il est difficile de quantifier l’inspiration suscitée par Ellington, auprès de ceux découvrant en même temps que sa musique le plaisir de la faire vivre là où se crée la société, par le brassage, et dans un souci de toujours porter l’ambiance naturelle des lieux à une joie pure, laissant les règles du sentiment, de la sensation, prendre peu à peu le dessus sur les règlements écrits par Ellington dans sa partition. Quand s’élève la seconde mélodie de Blue Pepper, on a déjà l’illusion du lâcher prise. La batterie propulsive et le tempo enlevé donnent cette impression. Mais ce quand on l’imagine réinterprétée, dérivée, prenant un autre chemin, qu’elle révélera son potentiel évolutif sans limites. Agra, toute en retenue et tension, laisse se dissiper cette impression de facilité.

jeudi 26 juillet 2012

Galactic - Carnivale Electricos (2012)





Parutionfévrier 2012
LabelAnti-
GenreFunk, Jazz, Rytm and Blues, Zydéco...
A écouterCarnival Time, Ha Di Ka, Move Fast, O Coco Da Galinha
°
Qualitéscommunicatif, varié

La musique de la Nouvelle-Orléans et plus largement, celle du golfe du Mexique, fonctionne beaucoup par collaboration et émulation. Treme, la série télévisée de la chaîne américaine HBO n’a fait qu’amplifier l’engouement pour les valeurs qu’elle véhicule. Ces jours-ci sort la bande son de la 2ème saison paraît, et on y entend entre autres une réunion explosive entre l’ensemble funk innovant Galactic, le vénérable Dirty Dozen Brass Band et le rappeur gangsta Juvenile. C’est un autre rappeur, Mystikal, qui crève la bande-son de ce disque audacieux avec cette injection : Go, Mystikal, go !, sur Move Fast, une chanson intense dont la fonction de commentaire – ici sur la scène hip-hop de la Nouvelle-Orléans – reflète le reste de l’album. Lorsque Galactic, avec la hauteur de vue que lui ont donné deux décennies d’activité sur les traditions néo-orléanaises, décide de dédier son huitième album pour célébrer la tradition du carnaval, ils ont aussi dans leur lunette une autre capitale du carnaval mondiale, Rio. Le brésil participe à la chaleur de cet album, à travers un morceau tel que Magalenha. Ce titre est glissé entre 2 chants rituels modernes, Ha Di Ka (les indiens de Mardi-Gras Big Chief Juan Pardo et les Golden Comanches accompagnent) et Hey Na Na, et Voyage ton Flag, qui permet de célébrer le carnaval en mode Zydéco sur la base d’un gimmick d’accordéon samplé. Le versant le plus traditionnel et cuivré de la musique locale revient en force avec Out in the Streets (qui profite de la participation du claviériste Ivan, de la célèbre fratrie des Neville brothers), Karate ou Carnival Time, LA chanson capable mieux qu’une autre de faire le tour de la question - qui plus est réinvestie par celui qui l'a inventée. La rencontre de sons anciens et nouveaux gagne une nouvelle sensualité avec Ash Day Sunrise, qui culmine sur un solo d’orgue hammond. C’est le point d’orgue d’un album qui reste au beau fixe.

La musique de la Nouvelle-Orléans est avant tout une musique de performance. C’est aussi l’une des musiques les plus à même d’êtres partagées, car mieux que partout on incite dans cette ville le public des concerts à participer, en frappant dans leurs mains, en chantant, en dansant. Même s’ils pourraient se contenter de jouer les invités de luxe tous les ans au New Orleans Jazz festival, les Galactic ont une grande ambition, qui est d’expérimenter sur les mélanges des styles qui rendent la musique locale aussi détonante, afin d’en faire des disques entièrement nouveaux. Ils réussissent mieux que quiconque, même si le résultat de leur sessions n’attend qu’une chose, c’est d’être capturé dans des conditions plus propices à susciter l’extase : en live !




jeudi 19 janvier 2012

La semaine du Groove #4 : Hazmat Modine - Cicadia (2011)


Parution : mai 2011
Label : Barbes Records
Genre : R&B, Blues, Brass Band, Rock alternatif
A écouter : Two Forty Seven, Cicadia, The Tide

°°
Qualités : groovy, ludique, entraînant

Avec Bahamut (2006), Hazmat Modine annonçait la résurrection du blues traditionnel, emporté dans la danse d’influences sans aucune frontière. Les talents de Wade Shuman, aux harmonicas diatoniques et chromatiques surtout, mais aussi à la guitare, au chant et à l’écriture de chansons mélangeant exercice de styles et patine intemporelle s’éveillaient. Son excentricité et son énergie débordante le plaçant immédiatement à la croisée des chemins entre Captain Beefheart et Tom Waits, Ry Cooder et le Dirty Dozen Brass Band. Avec juste ce qu’il fallait de plans méticuleusement préparés, et accompagné d’un groupe solide qui déroulaient ensemble cuivres, blues et poésie, grooves de rythm & blues, Shuman nous entraînait dans des aventures indigènes aussi bien que sur les scènes les plus vivantes de son pays natal, les Etats-Unis.

Il avait beau avoir une solide réputation de virtuose à New York, des légendes telles Joan Osborne l’invitant à enregistrer, il n’en appelait pas moins, pour le plaisir de jouer et pour se façonner une personnalité scénique élastique, aux traditions d’outre atlantique, des caraïbes et de la Nouvelle-Orléans : calypso et ska Caribéens, musiques klezmer d’Europe de l’Est et cuivres des Balkans, blues et jazz anciens, rutilants à nouveau, et pas seulement amusants. Le résultat, c’était un musique familière mais différente de toutes les autres, à la fois neuve et ancienne, et authentiquement étrange, comme si elle venait non pas d’un groupe de pionniers ayant volé partout leur subsistance mais du pays le plus fier et le plus petit du monde, un endroit malicieux où les orgues de bouche Chinois et les xylophones Roumains sont des instruments couramment employés. Avec Cicadia, Shuman a enregistré avec le même groupe une suite logique à Bahamut, reprenant les éléments qui ont fait le grand succès de son prédécesseur. Il parvient, sans jamais s’éloigner de racines musicales solides, à faire éclore des fils de conscience, une narration propre.

dimanche 11 septembre 2011

Hazmat Modine - Cicadia (2011)


Parution : mai 2011
Label : Barbes Records
Genre : R&B, Blues, Brass Band,
A écouter : Two Forty Seven, Cicadia, The Tide

°°
Qualités : groovy, ludique, entraînant

Avec Bahamut (2006), Hazmat Modine annonçait la résurrection du blues traditionnel, emporté dans la danse d’influences sans aucune frontière. Les talents de Wade Shuman, aux harmonicas diatoniques et chromatiques surtout, mais aussi à la guitare, au chant et à l’écriture de chansons mélangeant exercice de styles et patine intemporelle s’éveillaient. Son excentricité et son énergie débordante le plaçant immédiatement à la croisée des chemins entre Captain Beefheart et Tom Waits, Ry Cooder et le Dirty Dozen Brass Band. Avec juste ce qu’il fallait de plans méticuleusement préparés, et accompagné d’un groupe solide qui déroulaient ensemble cuivres, blues et poésie, grooves de rythm & blues, Shuman nous entraînait dans des aventures indigènes aussi bien que sur les scènes les plus vivantes de son pays natal, les Etats-Unis.


Il avait beau avoir une solide réputation de virtuose à New York, des légendes telles Joan Osborne l’invitant à enregistrer, il n’en appelait pas moins, pour le plaisir de jouer et pour se façonner une personnalité scénique élastique, aux traditions d’outre atlantique, des caraïbes et de la Nouvelle-Orléans : calypso et ska Caribéens, musiques Klezmer d’Europe de l’Est et cuivres des Balkans, blues et jazz anciens, rutilants à nouveau, et pas seulement amusants. Le résultat, c’était un musique familière mais différente de toutes les autres, à la fois neuve et ancienne, et authentiquement étrange, comme si elle venait non pas d’un groupe de pionniers ayant volé partout leur subsistance mais du pays le plus fier et le plus petit du monde, un endroit malicieux où les orgues de bouche Chinois et les xylophones Roumains sont des instruments couramment employés. Avec Cicadia, Shuman a enregistré avec le même groupe une suite logique à Bahamut, reprenant les éléments qui ont fait le grand succès de son prédécesseur. Il parvient, sans jamais s’éloigner de racines musicales solides, à faire éclore des fils de conscience, une narration propre.

lundi 13 juin 2011

Treme - 2 ème partie

Treme : Music from the Hbo original Series

Rebirth Brass Band

 
Steve Zahn et son modèle Davis Rogan




Quand Boutté entendit parler pour la première fois du projet d’une série de la chaîne HBO (The Wire, Mad Men) dont l’action se déroulerait quelques mois après Katrina, au cœur de la Nouvelle Orléans, il fut, comme beaucoup de gens sur place, sceptique. Les habitants locaux avaient l’habitude de servir de décor dans des productions qui déformaient la réalité, mais n’avaient jamais été le centre de l’action et de l’attention. Ils savaient leur musique appréciée tandis qu’eux-mêmes demeuraient incompris. La série remet la musique et la culture néo-orléanaise au centre du monde ; même les Mardi Gras Indians et leurs traditions ancestrales y sont introduits – ils y préparent leur parade de la Saint Joseph, le 19 mars. On y vit au rythme de la ville, comme si on y était ; les scènes musicales y sont notamment enregistrées en live, chose rare lorsqu’on passe du documentaire à la fiction. La plupart des acteurs sont musiciens, parfois doublés en direct par des musiciens hors cadrage. Surtout, la quantité de musique dans la série dépasse de loin tout ce qui avait été vu et entendu auparavant sur le petit écran – jusqu’à 19 scènes musicales dans un épisode d’une heure ! Allen Toussaint, Dr John, Steve Earle, Irma Thomas et le chanteur swamp blues Coco Robicheaux y jouent leur propre rôle. D’autres musiciens connus localement y apparaissent également, comme Trombone Shorty, Donald Harisson et les brass bands qui ont redoublé d’activité et d’inventivité après la catastrophe ; Treme Brass Band, Free Agents Brass Band, Hot 8 Brass Band, Little Rascals Brass Band, Little Stooges Brass Band... Tous les musiciens dans les parages finissent à un moment ou à un autre par s’y retrouver. A Boutté revient l’honneur de réenregistrer The Treme Song pour servir de générique à la série.
La bande originale qui sera tirée de la série est un album de dix-neuf titres qui constitue l’une des célébrations les plus vivantes et bourrées d’optimisme de la culture locale actuelle. Treme : Music From the HBO Original Series alterne de grands classiques dans leurs versions les plus vivaces – I Hope Your Comin’ Back to New Orleans par les New Orleans Jazz Vipers, Ooh Poo Pah Doo par James Andrews, Time is on My Side par Irma Thomas, My Indian Red par Dr John – une chanson qui à elle seule résume tout l’esprit d’impertinence et toute l’affection mutuelle qui fait le jeu des musiciens locaux. Ambassadeur musical mondialement reconnu, Dr John fait toujours preuve d’humilité, d’amitié et de fascination quand il en vient aux valeurs ancestrales de son berceau néo-orléanais. Le calypso de Skokiaan (du trompettiste jazz Kermit Ruffins) ou le Buona Sera de Louis Prima apportent de la mixité. Une telle nostalgie de la Nouvelle-Orléans culturelle, et cette envie de la reconstruire, ne semblait possible qu’en égard de la diversité des origines de la population locale. Descendants des Antilles, ou de l’autre côté de l’océan, ils avaient fait de la ville cette capitale providentielle. Par bien des travers américaine – son taux record de violence, ses réseaux de trafic de drogue – la Nouvelle Orléans échappe à toute comparaison parce qu’elle est aussi le produit de la détermination de ceux qui s’y sont retrouvés. « Je pense que nous n’avons pas d’autre choix, explique Boutté. « Il n’y a de place pour nous nulle part ailleurs, ou irions-nous ? »  
Shame Shame Shame, originairement enregistrée par Smiley Lewis, est transformée par l’équipe de la série sans perdre une miette de jouissance. L’interprétation survitaminée qu’en fait l’acteur Steve Zahn, supporté par Kermit Ruffins à la trompette,  donne l’une des scènes les plus mémorables de la première saison. Zahn interprète Davis, un personnage inspiré par Davis Rogan, DJ touche-à-tout de la scène néo-orléanaise actuelle. « Davis est un excentrique classique pour la Nouvelle-Orléans, visionnaire, un type passionné qui est guidé par sa musique et son amour de la ville et de sa culture. Il est vraiment une voix pour la scène jazz ici, et pas seulement cette scène-là mais la scène musicale en général. Il s’est fait virer de WWOZ (une radio locale) pour avoir passé de la musique rap dans une émission consacrée à la Nouvelle-Orléans parce que son idée c’est, ‘Nous voulons passer la meilleure musique produite en ce moment, et le rap en fait partie. ‘ Mais ils l’ont viré car c’était une station jazz. » Le rap est en quelque sorte un procédé qui consiste à explorer une culture particulière et à courir le plus loin possible avec  - Lil Wayne est t-il perçu comme ayant dénaturé, dépossédé la ville d’une partie de son intégrité ? Comme les autres acteurs de la série, il y a pour Steve Zahn un parallèle étroit entre sa condition de comédien et ses convictions personnelles qui n’existe que rarement dans d’autres expériences filmées. « Vous devez vraiment y aller, vous y intégrer et le faire. J’ai fait le tour du monde deux fois et je n’ai jamais visité une autre ville qui ressemble à celle-là. »
A l’instar du What’s Going On de Marvin Gaye, dont l’ombre bienveillante plane sur cette collection de chansons refusant le misérabilisme – pour une collection plus recueillie, écouter l’album de soutien paru en 2005, Our New Orleans – c’est une culture où les gospels deviennent des slogans. Shame Shame Shame lancera la campagne de Zahn avec des propositions telles que « de l’herbe pour les nids-de-poule » (pot for the potholes), faisant preuve d’amère naïveté face à la lenteur des autorités à réagir – pas d’électricité, pas d’eau pendant des semaines, des mois dans certains quartiers, et les routes impraticables. Le jeune Free Agents Brass Band est largement reconnu grâce à leur hymne festif et urbain au titre quasi-biblique : We Made It Trought That Water – un véritable leitmotiv qui définit toute leur philosophie. La grande qualité de cette musique est aussi d’être captée dans les foules : une chanson comme Ooh Poo Pah Doo galvanise la vie de tout un quartier. Feel Like Funkin’ it Up (enregistré pour la première fois en 1989) ouvre la série et impose toute la puissance festive des brass bands. Ils n’ont peut-être jamais été autant au goût du jour qu’aujourd’hui. Ils jouent fort et jouent pour tous. L’occasion pour le Rebirth Brass Band de s’offrir une nouvelle jeunesse, et des places dans les charts américains.
Fondé à la fin des années 1980 et inspiré par l’institution néo-orléanaise qu’est le Dirty Dozen Brass Band, le Rebirth Brass Band rassemble différents excellents trompettistes, trombonistes, joueurs de tuba (19 musiciens y ont participé, dont Ruffins)  et mêle dans son répertoire des spirituals, des ragtimes, des musiques de marche et des compositions originales qui leur donnent une sensibilité contemporaine. Ils s’attachent à remettre au goût du jour des classiques ryhtm & blues tels I’m Walkin’ ou Big Chief, dépoussiérant sans complexe, comme beaucoup d’autres, un répertoire qui remonte pour le moins aux années 40. Ils s’inspirent aussi de la musique urbaine contemporaine, n’ignorant pas tous les bienfaits et la créativité des scènes hip-hop et rap. L’un de leurs morceaux, Shake Your Body, évoque le Shake ya Ass du chanteur hip-hop Mystikal. Le Rebirth Brass Band a fêté récemment son 25 ème anniversaire. Leur carrière les a amenés aux quatre coins du monde, ils ont joué avec les Meters ou Grateful Dead. Ils ont fait d’un groove particulier leur signature. « Nous essayons de le faire sonner comme si nous jouions dans la rue » explique le percussionniste Keith Frazer. En 2011, ils font enfin paraitre le disque qui interroge la reconstruction toujours en cours de la Nouvelle-Orléans, Rebirth of New Orleans ; et semblent recommencer comme si rien n’était arrivé auparavant.
La série laisse à Steve Earle le mot de la fin : « This city won’t wash away/this city won’t ever drown ». Son nouvel album a aussi une chanson qui s’appelle Gulf of Mexico. L’explosion de la plateforme BP avait tout pour replonger la Nouvelle Orléans dans la morosité ; ils ne lui ont pas cédé.

Treme : Music from the original HBO series

Parution : 2011
Genre : Rythm & Blues, Zydeco, Latin, Cajun, Brass Bands...
A écouter : We Made it Throught That Water, Feel Like Funkin' it Up, This City, Shame, Shame, Shame...

8/10
Qualités : entraînant, dansant, funky




vendredi 15 avril 2011

A Hawk and a Hacksaw - Cervantine (2011)


 
Parution : février 2011
Label : L&M Duplication
Genre : Folk Balkanique, Mariachi
A écouter : No Rest for the Wicked, Espanola Kano


7.50/10
Qualités : envoûtant, dansant, original

 
Le groupe à géométrie variable A Hawk and a Hacksaw est constitué basiquement de deux talents aux sensibilités originales, Jeremy Barnes (accordéon…, ancien batteur au sein de Neutral Milk Hotel) et Heather Trost (violon). Ils ne sont pas seulement bons à ce qu’ils jouent, ils sont ce qu’ils jouent. C'est-à-dire un amalgame de musiques d’inspiration mexicaine (ils sont basés au nouveau-mexique, Etats-Unis) et est-européenne, grecque, turque, balkanique, espagnole. D’excursions bohémiennes et de clins d’œil astucieux au travail d’Ennio Morricone. Tout au long de leurs cinq albums, ils ont su respectueusement transformer leurs sources d’inspiration en leur donnant une destination qui n’est que la leur ; les bourrant de vie et de dynamiques contemporaines. Parfois aussi visuels qu’ils sont musicaux, parfois contemplatifs, leurs morceaux sont riches mais accessibles, surprenants mais délicieux.
 
L’une des pièces les plus marquantes qu’on puisse leur créditer était Laughter in the Dark, en ouverture de leur second disque, Darkness at Noon (2005) ; une voix en espagnol, lointaine ; un solo de trompette mariachi, bientôt souligné d’accordéon. Un morceau dont la mélodie s’élevait longtemps pour ne retomber dans sa splendeur qu’après une longue respiration ; et alors une harpe prenait le relais, que rejoignaient bientôt des percussions sauvages ; puis une phrase, répétée comme mantra : « Do what you say/And say what you do », qu’un florilège exotique et fantasque venait embellir jusqu’à ce que huit minutes se soient écoulées. Le morceau, psychédélique, s’était métamorphosé plusieurs fois sans trahir ses racines antiques. L’accordéon y était joué pour sonner comme celui d’un village européen du 18ème siècle.

A Hawk and a Hacksaw est un groupe purement culturel, comme le montre leur propension à se baser sur des pièces traditionnelles, à les adopter pour en proposer leurs propres interprétations, avec esprit et tendresse. Ils proposent parfois, avec Laughter in the Dark par exemple, des excursions dans des lieux et places où la musique peut avoir la fonction de générer du suspense, une forme d’apesanteur plutôt qu’un rôle social et culturel.


Alors que le groupe a débuté avec Jeremy Barnes jouant de tous les instruments en 2004, puis est progressivement devenue un prétexte au voyage et à l’échange. Pour The Way the Wind Blows 
(2006), Jeremy Barnes prit rendez-vous en Roumanie et enregistra avec un brass band, la célèbre (car apparue dans Borat) fanfare Ciorcarlia. Les expériences du groupe en Europe les menèrent en Hongrie où ils préparèrent un nouveau disque avec le Hun Hangar Ensemble. Ils jouèrent aussi dans les rues d’Amsterdam ou à Jaffa, en Israël. Leur formule, entre relecture personnelle et immersion mystique, a lentement révélé sa singularité, et même si se serait aller à l’encontre de l’esprit du groupe que de parler de « leur » musique, c’est un petit miracle aujourd’hui clairement identifié. Leur passion pour les fanfares pittoresques (qui n’est pas sans rappeler la tradition Canadienne et des ensembles tels PourPour), leurs amour d’une tradition vivante, tournoyante, malicieuse et intelligente fait de A Hawk and a Hacksaw une valeur à part, la garantie d’un voyage original, sensuel. On est solitaire et languissant un moment, accompagné d’une cohorte bruyante et enivrante le suivant.

A Hawk and a Hacksaw, sur Cervantine, ce sont entre sept et dix musiciens – outre le bouzouki (sorte de luth grec), on trouve des instruments de la tradition turque, le doumbek et le riq (percussions), et un tuba glorieux qui participe de rythme de marche de certaines pièces, entre autres. Ces musiciens détournent la musique qu’ils jouent pendant qu’ils la célèbrent. Leur aptitude à se renouveler constamment crée parfois des climats épiques. No Rest For the Wicked démarre sur une percussion échevelée et des terrains balkaniques, atteint une belle transe avant que deux minutes ne soient écoulées. Puis il stoppe brusquement, laissant le champ pour une méditation à l’accordéon. Et repart avec d’autres mélodies et sonorités superposées aux premières. At the Vulturul Negru (sans doute « au vautour noir ») est beaucoup plus direct, en comparaison. Ce qu’ils mélangent est géographiquement incorrect. Espanola Kano par exemple, ce sont des cuivres mexicains joués en Serbie, encore une excellente danse circulaire et rythmée ; le morceau titre, qui se développe progressivement, profite aussi de cette absence de frontières ainsi que d’un solo de bouzouki. Dans ce contexte, le chant de Stephanie Hladowski sur deux morceaux, malgré sa superbe, est plutôt accessoire. Fait partie de la coquetterie d’un groupe qui, après tout, enregistre tout sur un 2-pistes.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...