“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

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samedi 9 juin 2012

Deus - The Following Sea (2012)



Parutionjuin 2012
LabelAutoproduit
GenreRock alternatif
A écouterQuatre Mains, Hidden Wounds, The Soft Fall
/106.75
Qualitésélégant, groovy

mercredi 5 mai 2010

Deus


LE GROUPE BELGE dEUS A BEAU AVOIR continué de sortir des albums dans les années 2000, ils restent les ados tourmentés de la décennie précédente. Leur chef d’œuvre The Ideal Crash (1999) simplifiait leur musique, mais impossible pour Tom Barman, ex-champion de squash, d’épuiser ses fantasmes fiévreux. En résultait, avec Pocket Revolution (2005) et Vantage Point (2008), des albums un peu forcés, qui ne donnaient peut-être pas la meilleure image de dEUS mais restaient attachants. Tentaient de désamorcer leur succès hors du commun. « La maturité, c’est quelque chose que tu gagnes avec le temps. Mais dans ce même temps, tu perds de ta naïveté, de ta fraîcheur. Nous ne recherchons donc pas forcément cette maturité dans nos compositions. De trop de maturité résultent des morceaux trop pensés, trop réfléchis. » Bardés d’influences, de Tom Waits période Swordfishtrombones (1980) à Don Cherry, le quintet dEUS va rapidement produire une bande-son où l’esprit ‘late night, last drink’ – incarné aux Etats-Unis par quelqu’un comme Greg Dulli (Afghan Whigs) – rejoignait une ambition musicale à mélanger rock puissant et influences jazz. Ils piochaient aussi chez leur contemporains, reproduisant avec Worst Case Scenario (1993) la sensation de choc qu’ont suscité les plus grands disques de cette période, du premier Suede à Rid of Me (1993), le plaidoyer de PJ Harvey. Mettre l’énorme Soda & Suds en ouverture de leur premier album fut un geste de toute évidence propice à attirer l’oreille, mais ils prenaient le risque de perdre l’attention de leur public à la moitié de l’album, moins frappant ensuite, voire d’être perçu comme voulant un peu trop s’afficher. La voix puissante de Barman, tiraillée entre romantisme et gouaille crâneuse, et les percussions de Julle de Borgher furent des éléments qui assurèrent la continuité de l’expérience.
Le groupe fut repéré par le label britannique Island Records (Tom Waits, PJ Harvey) qui se proposa de distribuer leur premier album. Leur carrière se dessinait alors à un tout autre niveau. Impossible à présent de faire marche arrière pour Barman et son groupe. Le chanteur se souvient des débuts de dEUS, à la suite d’un décès familial : « Je suis parti juste après faire le tour de l’Europe, avec un sac à dos, je me suis acheté une guitare, j’ai appris quelques chansons de Neil Young et de Léonard Cohen. Ensuite, j’ai rencontré Stef, puis d’autres musiciens, dEUS est né comme ça ». Il faudrait bientôt qu’ils donnent suite, ou qu’ils tombent, oubliés sous la botte de formations américaines tonitruantes que l’on connaît.

EN 1997 CEPENDANT, LA CONCURRENCE semble moins rude : le grunge est peu à peu gommé, n’en restent que les meilleurs éléments. dEUS, groupe à taille variable qui se veut véritable expérience musicale, ne sait pourtant pas plus clairement ce qu’il recherche, et l’enregistrement de In a Bar, Under the Sea (1997) est chaotique. Difficultés relationnelles entre Tom Barman et Stef Kami (pas facile de s’investir dans un groupe lorsque on s’investit déjà dans deux autres), arrivée du guitariste écossais (et par la suite compositeur et arrangeur, notamment sur The Ideal Crash) Craig Ward, et, surtout, participation de l’américain Eric Drew Feldman, un nerd aperçu aux côtés de Captain Beefheart, Père Ubu, les Pixies, The Residents… Ce dernier va encourager dEUS à tout tenter sur un disque qui pourrait être perçu comme une ambitieuse envie de répertorier tous les genres de rock contemporain. Il va commencer par produire I Don’t Mind Whatever Happens comme un morceau blues des années 30. In a Bar, Under the Sea révèle un dEUS en roue libre en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.
Barman : « Je suis toujours attiré par des choses que je ne sais pas très bien faire. Ce qui fait que parfois j’approche le succès mais que le résultat peut parfois être désastreux. Avec dEUS, si l’on travaille deux ans sur un album, nous avons le temps de réparer ce qui paraît épouvantable. Je pense que nous avons tous dans le groupe des goûts très « larges ». Ce qui permet d’offrir au public un spectre de musique étendu. Surtout en concert.» Etant donné l’esprit de l’album, qui est de tout tenter, sans craindre ce qui pourra advenir, In a Bar, Under the Sea est une grande réussite. C’est l’album qui fait de dEUS le groupe continental numéro 1 pour beaucoup d’auditeurs à la recherche de nouvelles sensations capables de manifester la flamme bravache du rock tout en en renouvelant les codes. dEUS va alors devenir, de plus en plus, un projet maîtrisé, dont les disques soignés traduisent les humeurs changeantes de Barman, collent à l’intimité de son écriture, tout en cédant parfois à une certaine complaisance, au meilleur sens du terme. Deux membres fondateurs s’en vont après In a Bar, Under The Sea. Malchance ou simple occasion de se renouveler, il a fallu trouver « d’autres moteurs pour la machine dEUS ».

Barman se réfugie en Andalousie, et écrit ce qui va devenir The Ideal Crash (1999) alors qu’il est tourmenté par des problèmes personnels. S’adjoignant le producteur Dave Bothrill qui officie pour Peter Gabriel au sein de son label Real World, dEUS a une occasion en or pour être soudain estampillé world music tout en développant sa parure pop de manière à faire verdir n’importe quel nom de la scène anglaise de jalousie. Il va y avoir un twist cependant ; le disque est enregistré à Ronda, une ville espagnole, sur un huit pistes… The Ideal Crash est le premier album issu d’une véritable formation, enfin soudée. « On a fait quand même aujourd’hui 160 concerts ensemble. Il est donc normal que cet album soit plus cohérent et accessible », explique t-il en 1999, au moment de la parution du disque.

Le groupe excelle en particulier, chose rare, sur les morceaux plus calmes et dépouillés, Magdalena ou Sister Dew. Un grand disque de pop progressive, un voyage d’humeurs captivant et un exercice dense que dEUS semble avoir tenté de répéter sur Keep You Close (2011), dix ans après s’être exporté avec succès dans le monde entier.


Discographie


Worst Case Scenario (1993)
In a Bar, Under the Sea (1995)


Pocket Revolution (2005)
Vantage Point (2008)
Keep You Close (2011)




Deus - The Ideal Crash


Le groupe belge Deus a trouvé avec Pocket Revolution (2005) sa vitesse de croisière.  Amené par Tom Barman, l’objectif avoué du groupe était, depuis un moment déjà, de s’exporter à l’étranger. Et ça n’était pas évident, même si la qualité, avec Deus, était là dès Worst Case Scenario, en 1993. Une intro canon et des morceaux expressionnistes qui leur vaudra d’êtres rangés dans la catégorie des groupes arty. « En Angleterre, si un groupe rock raconte qu’il a visité un musée, il est considéré comme arty », se moque Barman dans une interview donnée en mars 1999. Et c’est vrai que s’ils comptaient conquérir le monde anglo-saxon, Deus étaient bien loin de la complaisance qui peut caractériser la « brit-pop », même s’il y a toujours eu de la pop dans leur son. In a Bar, Under The Sea (1995) résultait de leur collaboration avec le musicien américain Eric Drew Feldman, illuminé qui avait été claviériste et bassiste chez Captain Beefheart au début des années 80. Etant donné le chaos qui est supposé avoir régné dans le stuidio au moment d’In a Bar…, le résultat fut inespéré et la presse salua unanimement. Plein de sonorités originales et plutôt long (une heure) il démontrait un groupe non seulement inspiré mais aussi prolifique, voire ambitieux. Particulièrement bien vendu en Belgique, ce disque leur permit aussi de gagner une stature internationale.

Après cela, un groupe soudé aurait peut être cédé à la pression et fait n’importe quoi. Mais dans le cas de Deus, deux membres fondateurs s’en vont après In a Bar, Under The Sea. Malchance ou simple occasion de se renouveller, il a fallu trouver « d’autres moteurs pour la machine Deus ». Barman se réfugie en Andalousie, et écrit ce qui va devenir The Ideal Crash alors qu’il est tourmenté par des problèmes personnels. S’adjoignant le producteur Dave Bothrill qui officie pour Peter Gabriel au sein de son label Real World, Deus a une occasion en or pour être soudain estampillé world music tout en développant sa parure pop de manière à faire verdir n’importe quel nom de la scène anglaise de jalousie. Il va y avoir un twist cependant ; le disque est enregistré à Ronda, un petit village espagnol, sur un huit pistes…

The Ideal Crash prouve avant tout les qualités de Barman comme songwriter ; même si l’on peut trouver des antécédents dans les deux premiers albums du groupe belge, c’est ici une constante ; One Advice, Space, Instant Street ou The Magic Hour sont des morceaux de pop étirée mais royale et profondément marquante. Mais ce disque est aussi celui qui le premier issu d’un véritable groupe, enfin soudé. « On a fait quand même aujourd’ hui 160 concerts ensemble. Il est donc normal que cet album soit plus cohérent et accessible », explique t-il en 1999, au moment de la parution du disque. En effet, les arrangements sont plus simples qu’avant (et après), l’écriture est décomplexée et tout semble s’écouler naturellement.

Instant Street est la pièce maîtresse du disque. Selon Barman, elle symbolise son impossibilité à voir Deus depuis l’extérieur ; sa nécessité d’avoir toujours un point de vue interne. Elle démarre de manière très légère, avant que la décadence qui fait la marque du groupe depuis ses origines (Worst Case Scenario était déjà particulièrement excentrique mais spectaculauire et passionnant) se greffe au détour d’une mélodie qui ne se dégage qu’après quatre minutes de pop-song parfaite, et enfle peu à peu pour devenir sauvage tout en évitant la cacophonie. Très bien construit, le titre concentre toutes les qualités qui font la musique de Deus, et qui la font culminer à ce point précis. Les différentes pièces sont souvent charpentées autour d’une montée en puissance irrésistible, et alternent une série de motifs mélodiques , en gardant la tête haute et une élégance propre.

Chaque morceau compte et mérite des écoutes répétées, jusqu’à cette Dream Sequence qui rappelle que le chaos peut ressurgir et le groupe redevenir grimaçant à la fin. Put the Freaks up Front est rageuse et téméraire – un larsen en guise d’ouverture -, effrayante avant que le refrain ne balaie toutes les appréhensions. C’est le côté cracheur de feu de Barman qui s’en échappe, son ressentiment (il venait de terminer une relation de sept ans). Mais le groupe, recentré autour de Barman et du guitariste écossais Craig Ward, excelle aussi, chose rare, sur les morceaux plus calmes et dépouillés (on ne peut pas vraiment parler de ballades, la musique de Deus s’affranchit de ce genre de considérations) comme Magdalena ou Sister Dew, progressifs comme le reste du disque. One Advice, Space est un titre inclassable basé sur des accords de guitare glissant dans l’abîme, embelli de clavier parfaitement dosé. L’ambiance de type lounge y est importante. Everybody’s Weird emprunte une voie un peu similaire dans l’esprit, mais avec d’autres moyens ; c’est peut-être le seul titre qui n’ait pas été composé à la guitare sèche – instrument que Barman revendique comme étant son favori. On peut ajouter le surréaliste Let’s See who Goes Down First, à l’ambiance plus noire, et basé sur un échantillon enregistré par le groupe. Très peu d’électronique, même si l’on peut retrouver un peu de la poésie et des textures qui parcourent le travail des groupes issus du label 4AD.

Les ambiances, soulignées de cordes, de claviers et de cors, sont très importantes, et elle amènent à ce qui fait de The Ideal Crash un très grand disque ; sa constance. Bénéficiant d’un soin de chaque instant, il donne l’impression d’un véritable voyage, où l’on se laisse aller à des mouvances sans défaut. Le choix initial de ne pas utiliser de gros moyens se retrouve, au final, dans sa légèreté particulière. Le morceau titre est encore une preuve de l’incroyable bon goût de production qui parcourt le disque. Ainsi, c’est parfois riche, mais toujours plein d’espaces, de souffles. Le farniente espagnol dont Barman n’a pas manqué d’évoquer l’influence sur le résultat des séances d’enregistrement, on le retrouve dans un certain flottement, un sentiment délicieux qui apporte sa touche finale au chef-d’œuvre de Deus.


  • Parution : 1999

  • Label : Island

  • Production : Dave Bothrill, Deus

  • Genre : Folk-Rock surréaliste

  • A écouter : Instant Street, One Advice, Space, The Magic Hour



  • Appréciation : Monumental

  • Note : 8.25/10

  • Qualités : soigné, surréaliste

samedi 23 mai 2009

Scène belge - Ghinzu, Venus, Deus

Ghinzu – Mirror Mirror


Cet album est vraiment foutraque et pas toujours du meilleur goût, mais il a le mérite de proposer une alternative à l’« Academy » du rock anglais, sans qu’il se refuse à emprunter à Franz Ferdinand (honorable volonté de créer un peu de mouvement sur la piste de danse) ou à Archive (à l’image du dernier titre, beaucoup plus casse gueule, et de This Light). Et s’il s’inspire encore des Strokes ou de Arcade Fire (Take It Easy et sa voix plus empruntée qu’entêtante), par exemple, on pense à Deus pour le désir d’expérimentation et cette propension à emboîter les atmosphères et les saveurs, clairement moins maitrisé ici, ou encore à Venus pour la candeur et le lyrisme des textes. Leurs compagnons en Belgique, mais pas que cela ; car l’univers de ces trois groupes se fait étrangement écho. Dans cette simplicité d’esprit qui, à la longue, finit par payer, à force de persévérance. D’une certaine maladresse charmante aussi. Attention de ne pas avaler de travers lorsque Je t’attendrai arrivera, qui plus est suivie par Birds In My Head. Alors, qu’est-ce qu’on y trouve ? Des volutes impétueuses de clavier, basse gonflée, des vocodeurs, des flopées de guitare sur quatre temps pour l’émotion ou le rythme et quelques notes de piano. Une musique pleine de non-lieux, moins efficace qu’elle n’en a l’air. Fabriqué et artificiel, mais quand même différent car naïf. Espérons qu’ils évoluent encore et que le prochain album sera plus convaincant.
  • Parution : 2009
  • A écouter : The End Of The World, Mirror Mirror

Venus – The Red Room

Venus, ce n’est pas Beautiful Day tout les jours. Derrière cette façade encombrante que le groupe peine à évacuer, il y a une vraie personnalité, déchirée, prompte à une plongée en abysses et accompagnée pour le voyage d’un violon et de guitares jouant dans les infra-sons. A ne pas écouter en MP3, donc. Cet album est le chef d’œuvre du groupe, l’album que l’on pouvait attendre après dix ans de carrière, mais cependant pas excellent au point de présager la disparition du groupe. Ainsi, lorsque son leader annonce la fin de l’aventure un peu plus tard, on reste un peu sur sa faim. Sur cette galette, on retrouve des morceaux naturellement fait pour tourner dans la tête ; Who the Fuck Gave You This Invitation ? ou Love and Loss, ; d’autres qui s’y feront une place non sans en racler les parois, en cherchant à s’échapper ; Everybody Wants To Be Loved, Everything That Rises Must Converge ou The Red Room ; de vrais morceaux d’indulgence, Mothers Voice, The Northern Cross ou I Spoke Too Soon ; et enfin, les compositions durables, et qui transcendent le genre de ce qu’on appellera l’anti Academy-anglaise, ou comment chanter en anglais et jouer du rock sans que cela ressemble à Oasis, à Blur, etc. et même pas à Radiohead. Dans cette catégorie, c’est Poison qui remporte toute ma considération. Mais il est vrai que les violons en picking sur Everybody Wants… , le chant parlé sur Love And Loss ou le brusque changement de tempo sur I Spoke Too Soon (sommet lyrique de l’album). Un groupe particulièrement savoureux en live, comme j’ai pu l’apprécier en 2006 en ouverture des Eurockéennes de Belfort…
  • A écouter : Love and Loss, I Spoke Too Soon, Poison
  • Label : Tôt ou Tard
  • Parution : 2006

Deus – Vantage Point

La musique de ce groupe de référence a toujours été une musique mutante. Un mélange de goûts souvent très adroit qui donne des morceaux lyriques, sinueux et captivants. Avec cette voix qui, comme la musique, n’est pas aussi inoffensive qu’elle n’en a l’air ; la colère de Barman, le vocaliste de la formation, est parfois prête d’éclater. Mais toujours retenue, avec élégance. Ambiances feutrées, sombres ou parfois, au contraire lumineuses et pop. In a Bar, Under the Sea et surtout The Ideal Crash, sorti en 1999 sont les pics d’une discographie vouée aux mélanges. Ensuite, il y a eu Pocket Révolution, qui s’est avéré être en quelque sorte une redite de The Ideal Crash, mais avec des morceaux moins alambiqués. Aujourd’hui, il semble que le groupe soit à la recherche d’une nouvelle voie…peu évidente. Surproduit, plein de sauts d’humeur, de claviers et de chœurs désolants, ce dernier disque laisse sceptique. Deux morceaux à l’ambiance complètement différente se détachent ; Eternal Woman, balade pleine de verve et de mélancolie, et The Architect, dancer très surprenant pour le groupe, preuve de ses aspirations à évoluer. Pour le reste on retrouve les éléments des précédents albums, arrangés avec toujours beaucoup d’idées, mais pas souvent de bon goût.

  • A écouter : Eternal Woman, The Architect.
  • …et sur The Ideal Crash : One Advice, Space ; Instant Street
  • Parution : 2008
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