“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mercredi 13 février 2013

HAYES CARLL - KMAG YOYO (And other American stories) (Lost HIghway, 2011)

 
OO
Doux-amer, romantique, ludique
country, rock, americana

Hayes Carll semble faire partie de ces quelques êtres sensibles et agaçants, de ceux qui se comportent comme des orphelins élevés par une tante détestable qui aurait essayé de s’en débarrasser en les envoyant à l’armée (l’adage Kiss My Ass Guy You’re On Your Own qui donne son nom à l’album est un code de soldat). De ceux qui en fuient le conflit en un temps record parce qu’ils ont de prétendus mal de dos, et qui décident ensuite de multiplier les petites mesquineries à l’égard des femmes qu’ils fréquentent, afin de se venger de l’éducation qu’ils ont reçue, avant de leur écrire en secret des lettres d’amour déchirantes, à demi-sincères seulement, sans les envoyer. L’avantage avec Hayes Carll, c’est que l’imaginer ainsi, au vu de ses chansons, le rend encore plus crédible. Le natif d’Austin, Texas, est parti pour rester un songwriter doué mais d’apparence erratique, qui cultive les vengeances dans un coin de la pièce, réussissant à tourner par poésie interposée les vraies injustices en absurdités avec un talent fourbe, tout en se fendant régulièrement de chansons romantiques presque nobles, telles Chances Are ou Bye Bye Baby sur le nouvel album : « Now the drunks have turned to strangers and the stars are out of tune, as I think about the one who might have saved me. I know you’re out there somewhere between the highway and the moon. Oh, bye-bye, bye-bye, baby. » On a qualifié Carll de « Charles Bukowski de l’ère des anti-dépresseurs ». A l’appui de la thèse, dans l’excellente Hard Out There, la dérision du musicien dans la bouche d’un de ses personnages : « You ain’t a poet, just a drunk with a pen."

Ma chronique en entier sur le blog Faust Sceptik

jeudi 7 février 2013

WIDOWSPEAK - Almanac (2013)



O
envoûtant/élégant
folk-rock/psychédélique

Fantaisie de rock nostalgique d'un duo de Brooklyn, Almanac serait complexe si on décidait de l'attaquer en évocant ses influences. L'évidence de celles-ci donne à voir leurs qualités atemporelles – de Fleetwood Mac à Mazzy Star, des Pretenders à Echo and the Bunnymen, en passant par le psychédélisme électrique de l'UFO londonien des années 60. En se concentrant sur le mystère et la duplicité, entre sensualité et envoûtement, de certaines de ces influences, Widowspeak permet à tout le reste de couler de source ; des structures classiques mais des sonorités qui suscitent un flottement incertain, des guitares aux échos enveloppants, enflammées dans des solos qui perçent à travers la production ouatée, et une voix non pas de 'singer' mais de 'chanteuse', avec l'aura mystique de Stevie Nicks. Avec des noms tels que Molly Hamilton et Robert Earl Thomas, ils semblent sortir d'un livre d'images. Dans ses visuels et ses costumes, le duo se permet une extravagance presque superflue : leur musique dégage charme et singularité.

Un lac de guitares et une mélodie chevaleresque nous saisit dès Perennials, ou l'on se rend compte pour la première fois qu'Hamilton va briller par le manque d'urgence de son timbre, répétant “nothing last long / nothing last long enough”à la manière d'une princesse plongée dans son miroir, plus intéressée par les turpitudes qui départagent sa vie adolescente et adulte que par le sentiment de désarroi profond lié à ce qu'elle chante. C'est du college rock, avec sa tendresse, sa perception un peu stéréotypée du mal, sa romance, mais dont l'agression, l'appréhension, aurait été pervertie par la tentative de rattraper un temps perdu – Ballad of the Golden Hour. 'Ashes to ashes to ashes' chante Hamilton sur Sore Eyes, comme pour signifier le constant recommencement émotionnel auquel s'emploie Widowspeak. Hamilton entrevoit la mort, et même la fin des temps, en délivrant une vision particulièrement désincarnée de celle-ci. Des cycles constitués d'attente et d'absence, la narration d'émotions manquées se constituent, se solidifient avec The Dark Age, troisième chanson sur laquelle les ambitons mélodiques de Widowspeak les affilient aux plus rêveurs et aux plus utopiques des groupes de rock des années 80.
 
C'est en fuyant toute esthétique affirmée que Widowspeak trouve son identité et défie notre imagination. Evitant tout acte de confrontation avec l'auditeur, même dans les chansons les plus imagées, Devil Knows, Locusts ou Storm King, ils nous laissent avec l'impression d'avoir vécu les plaisirs d'un voyage mais sans en éprouver la fatigue, et prêts à recommencer à nouveau cette étrange quête.
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