“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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vendredi 5 octobre 2012

Titus Andronicus - Local Business (2012)




Parutionoctobre 2012
LabelXL Recordings
GenrePunk-rock, Rock alternatif
A écouterEcce Homo, In a Big City
OO
Qualitésludique, spontané, Doux-amer



Le
groupe auteur du meilleur album de 2010 est de retour avec un disque sans prétention mais toujours aussi bien  ! 


Commentaires issus du site américain NPR

Michael M

So The Monitor is my favorite album of the past 5 years And it's certainly in my top 10 albums of all time. Love is not a strong enough word I have for that album. So that said going into Local Business I knew itd be ridiculous to think it'd come close to matching The Monitor. The fact that I was proven right doesn't even matter however. It's a terrific album in it's own right. One of the years best, and gets better and better with each listen. Can't wait to see these guys the sunday after Thanksgiving. I just hope I'll have enough energy after gorging on food for the 5 days prior to be able to participate in the epic shout alongs while wading back and forth in the raucous crowd.

Howdy Doo

Local business puts out the goods. Titus Andronicus switches paths, while still maintaining the same energy and drive that made their previous two releases so consistently enjoyable. After beginning with a more abrasive tone in The Airing of Grievances (possibly due to recording budget), they refined their sound and came up with an interesting background of the Civil War for The Monitor. The album flowed seamless track to track, with its strongest tracks all being well over 5 minutes. Local business is a different path altogether because it may be seen as Patrick Stickles reaching for more mainstream acceptance. The sound here is very warm, and Patrick has lost most of his rasp in his voice, which really aided his limited range. The strongest tracks here compared to their prior albums are much more immediate (take Still Life or In a Big City). Some of the tracks here feel like Patrick is reaching into his Americana themes and wants to embrace comparisons to Bruce Springsteen, or in this album's case John Mellencamp (I am the electric man is too easy). However, his lyrics of alienation, rejection, anger, and other bitter obstacles will keep him the band in a very smaller but no less appreciated demographic. Not as strong as The Monitor, but definitely a great listen with many replays to come.

Andrew Scott

I really dig it. Like everyone else "The Monitor" is on up there on my list of favorite albums of the ever (I think the Battle of Hampton Roads and A More Perfect Union in particular both stand out as two of the best songs...just the best songs), but I like the new direction too. It's a little more mainstream, cleaner but still rough around the edges (and Patrick's voice is really channeling old-school punk in style and delivery which is fun). It's not as good - but making a better album would have basically been a superhuman feat. What we've got here is a really solid album that'll be great listening for years to come.

 Brendan Finn

Patrick and the guys did a good job of keeping us from expecting the grandiosity of the first two albums to come through again. This album reminds me of the hard rock albums of the late 70s, Thin Lizzy keeps coming to mind. But this album is so tight and will be incredible live. Hard to say if it'll have the same wherewithal of the first two albums but I've enjoyed it thus far.

 Michael Martin

On first listen, I wasn't sure what to think about Local Business. The Monitor is quite possibly my favorite album of all time, and Local Business definitely isn't the same as the Monitor. But upon further listening, the album has grown on me exponentially. It's more upbeat, and has a more stripped down sound than The Monitor. It wasn't what I expected at first, but now I absolutely love this album.






vendredi 3 septembre 2010

Titus Andronicus - The Monitor


Un bon album-concept part déjà avec un sérieux avantage – sans même questionner la qualité de la musique. The Monitor (référence à la bataille navale d’Hampton Roads, à laquelle prit par un navire appelé The Monitor) est une relecture de la guerre de Secéssion revécue par un jeune groupe du New Jersey, Titus Andronicus. On suit tout au long du disque la progression captivante des états d’âme du chanteur Patrick Stickles, à moins qu’il ne s’agisse de son alter égo pour l’occasion, difficile à dire… Et de son exploration des limites du genre humain. Avec une ironie mordante (« After 10 000 years, it’s still us against them »), il part à la guerre et finit par revenir « covered in mud and excrements » mais vivant dans son pays natal : « No i never wanted to change the world, but i’m lookling for a new New Jersey ». Ses penchants pour l’alcool autant que ses inévitables origines irlandaises finiront par triompher (« so give me a Guiness[…] I need a whiskey, i need a whiskey… »), pour le faire échapper à ses souvenirs. Un aventure qui contient plus de bas que de hauts, à l’exception notoire du final sur To Old Friends and New, un duo qui chante la réconciliation par l’amour : “But if you know that nobody is ever going to suffer for you like I did/Well it's alright the way that you liveThe Monitor, c’est énormément de pression, de frustrations et de rancune que Stickles laisse échapper avec une conviction rare ; on croirait réellement qu’il se débarrasse de ses démons et il nous ramène bien loin en arrière.

Titus Andronicus est le nom de la première tragédie de Wiliam Shakespeare, qui raconte un engrenage de violences vengeresses entre un général romain et Tamora, la reine des Goths… Ici, le sentiment qu’il puisse s’agir d’un projet prétentieux est exclu rapidement ; Titus Andronicus y déploie une énergie tellement libératrice qu’elle permet aux morceaux les plus épiques de garder la simplicité d’esprit du punk des origines. La reconstitution – lectures de discours de Lincoln (« I’m the most miserable man living »), daguerréotype en jaquette, est un must, mais le niveau d’exécution n’est pas en reste. Cavalcades, hymnes choraux, passages à vide rendus haut la main, références musicales qui font écho à la teneur de l’histoire. C’est un maelstrom dont parviennent à s’échapper quelques courtoisies à Springsteen, à Dylan, deux héros qui ont donné aux Etats Unis une identité sans chercher à en incarner toutes les facettes, mais en restant eux-mêmes et même pour évoquer d’autres histoires que les leurs.

Il y a sur The Monitor l’utilisation d’une métaphore historique pour soutenir un sensation simple de pauvreté physique et mentale, la volonté d’échapper à tout prix aux violences qui s’écoulent inévitablement d’intérêts hors d’atteinte – un climat parfaitement pointé dans le premier titre, A More Perfect UnionTitus Andronicus apparaît comme une entité investie des intérêt les plus humains, fragile et prête à basculer derrière des formes de revendication pleine de grandeur et de décadence, et son disque est une hémorragie de chants vibrants, le jeu de vauriens Irlandais qui se cherchent constamment un chez-soi – le problème de base de l’identité américaine. « I want to realize too late I never should have left New JerseyThe Monitor repose aussi largement sur le point de vue subjectif de Stikles, un “loser” après qui personne ne peut remporter de victoire – il positionne tous les acteurs de la guerre dans une sitruation bien trop embarrassante. La manière dont fonctionne la « rhétorique » de stikles laisse penser que c’est l’absence de carcan rationnel, à tous point de vue, qui fait trouver à The Monitor son équilibre et le rend si crédible.

Si les moments de défouloir sont nombreux, l’humeur de Stikles évolue au cours du disque, lorsque, de retour à la maison, il est confronté à la « vie normale ». Theme from Cheers et To Old Friends and New font ainsi assister au désir de rédemption du soldat dont l’instinct de survie est fortement perturbé. La marge de progression du personnage est permise, sur The Monitor, par la longueur des titres, et malgré la quantité de sensations qui se bousculent comme des parasites dans l’esprit de Stikles toujours en guerre, son sentiment d’injustice qui prédomine sur tout le reste, il se laisse peu à peu aller à plus d’honnêteté et de bienveillance – cherchant à réparer ses relations de couple dans To Old Friends and New. The Monitor est une épopée émotionelle.

Alors que la plupart des disques se contentent d’un ou deux points culminants , le plus souvent à mi-parcours, The Monitor est constitué d’un ensemble de pièces qui fonctionnent ensemble, même si elles paraissent parfois se rejeter entre elles. Les tempos rapides, binaires, dominent, même si Theme From Cheers a des éléments de country par exemple, pour susciter l’idée du « retour au pays ». De la cornemuse apparaît à la fin, clin d’œil aux origines européennes de l’amérique. Il y ça et là des respirations bienvenues - The Monitor est long et dense et doit être écouté d’un bout à l’autre ; au final, il n’y a cependant pas beaucoup de place pour le flottement ; c’est la plaie qui vide un trop-plein presque vrai. Chaque changement dans la musique sert le disque et participe à des arcs narratifs. La reprise du refrain « The ennemy is everywhere… » à la fin du disque est symptomatique ; placé juste après la réconciliation de To Old Friends…, la rengaine semble soudain bien plus entraînante, et la phrase fétiche de Stikles est répétée avec une vraie joie qui remplace l’hystérie du début.

Alors que le disque aurait pu s’achever avec le retour sur …And Ever, son piano ragtime et son solo de saxophone dépravé, on débouche finalement sur un titre épique, The Battle of Hampton Roads – dont le titre m’évoque bizarrement The Battle of Eping Forest de Genesis, et ce n’est pas peu dire… The Battle… est fait d’un nombre incalculable de parties différentes, et le titre évoque bien sûr la plus importante bataille navale de la guerre de Sécession. C’est plus de quatorze minutes d’exploration frustre et libératrice… Est-ce qu’on sera finalement libérés ? « but my enemies feel on the name under my wrist as i go to sleep and i know what little ive known of peace until ive done to you what you've done to me.”

  • Parution : 2010
  • Label : XL Recordings
  • Genre : Punk, grunge, rock alternatif
  • A écouter : A More Perfect Union, Theme From Cheers, The Battle of Hampton Roads


  • Note : 7.75/10
  • Qualités : audacieux, intense, grunge

jeudi 11 mars 2010

Gil Scott-Heron - I'm New Here (2010)



Le pape du spoken-word, avec The Last Poets. Gil Scott-Heron venait à chaque fois avec toutes ses forces, ses faiblesses, taper à la porte pour exorciser le rêve américain. The Revolution Will Not be Televised est peut-être sa pièce la plus célèbre. A sa propre manière, il a incarné l’anxiété des années 70, a porté avec une voix neuve les transformations d’une époque de troubles. Aujourd’hui, cela fait seize ans qu’on ne l’a plus entendu, à l’exception d’un featuring ou deux (il a écrit un livre) ; il a eu des démêlés avec la justice pour des histoires de drogue, malheureusement. Comme si le sarcasme qu’il adressait à la société l’avait rattrapé, qu’il faisait maintenant partie du lot des figures pathétiques qui la constituent, incapable de dominer les emmerdes.

Sur I’m New Here, il apparaît solitaire, comme retardataire ; comme quelqu’un qui a définitvement perdu la course, et, plutôt que de voir les choses comme un leader convaincant, est maintenant déconnecté des réalités qu’il connaît pourtant. C’est ce qui fait que ce disque semble honnête ; Scott-Heron ne tente pas de rattraper le temps perdu, il célèbre en déchu ses revendications passées en les adaptant pour sa nouvelle situation. « It’s easier to run », remarque t-il ; lui n’a pas cherché à fuir en avant ; il préfère regarder fuir les autres devant lui, les voir disparaître vainement tandis qu’il progresse à son rythme en arrière, aux endroits les plus difficiles, les plus noirs, les plus stimulants aussi. Et dans sa musique au moins, il reste maître de lui, complètement décontracté.

Le morceau I’m New Here est une reprise de Bill Callahan, roi solitaire du lo-fi jusqu'à ce qu’il s’entiche récemment de mieux produire ses enregistrements. Me and the Devil est évidemment une référence à Robert Johnson, l’un des premiers musiciens populaires significatifs, et à son Me and the Devil Blues. Comme si Scott-Heron, dans sa position inconfortable, était en mesure de fermer la parenthèse presque sans âge d’une musique accouchée dans la douleur et avec une volonté de repentir incommensurable.

  • Parution : 8 février 2010
  • Label : XL Recordings
  • Producteur : Richard Russell
  • Genre : Spoken Word, Trip-Hop
  • A écouter : Me and the Devil, New York is Killing Me, Running

  • Note : 6.75/10
  • Qualités : attachant, spontané

vendredi 26 juin 2009

Thom Yorke - The Eraser (2006)

Voir aussi la chronique de The King Of Limbs (2011)

L’angoisse et la faiblesse face à l’adversité sont un moteur créatif dans la musique de Radiohead. Parce qu’ils étaient réellement faibles, à leur débuts ; un peu perdus ; parce que leur parcours incroyable leur a fait garder la tête froide sur le peu de différence entre percer et rester le plus triste et ridicule inconnu. Longtemps, ils n’ont pas cru qu’ils l’avaient fait : devenir célèbres. En imitant quelque peu Nirvana ou U2, mais quand même. C’est pour le reste, tout le reste qu’on les adorait. La septième piste de OK Computer (1997) ou les rafales de guitares dissonantes sur le refrain de My Iron Lung (1995)… Une aventure musicale et mentale. Lorsque Thom Yorke, lors d’un temps mort du groupe le plus cool de la planète (puisqu’il parlaient même d’arrêter de jouer ensemble, au détour de Hail To the Thief (2003)), lorsque Thom Yorke donc décide de se prêter à l’exercice de l’album « solo », c’est encore ces sentiments de fragilité excessive qui transparaissent. Alors que pourtant il est maintenant au sommet du monde (ou presque, car c’est avec In Rainbows, si l’on veut).

Qu’écoute Thom lorsque il se met à façonner cet album ? Des « blips », de la musique électronique, des « grooves »… De l’instrumental, moins de chansons ; Dinosaur JR. et autres R.E.M. sont partis donner de l’inspiration ailleurs. Il y a Modeselektor, aussi, projet allemand auquel Thom a prêté sa voix pour un morceau excellent, The White Flash (We have all the time…). La musique va être issue de rythmes de laptop, de bidouillages accumulés depuis le début des années 2000 et redécouverts par Thom et l'ingé son Nigel Godrich. Le « sixième membre de Radiohead » est ici extrêmement présent, si bien qu’on peut se demander s’il s’agit bien d’un projet vraiment solo.

Quelques uns des bruits synthétiques fabriqués par Godrich nous évoquent aussitôt entendus les embouteillages de la pochette de Ok... et cette angoisse d’être petit, d’être « a creep », et aussitôt l’oeuil perdu de Yorke réapparait, avec ce sourire énigmatique. Cette tête de pioche qui se noie dans son scaphandre, tout en aillant l’air heureux. Ces bruits sont ceux de la ville, la civilisation à laquelle on tente de se raccrocher. Elle est personnalisée ; c’est Londres, nous dit la pochette – dessin du bien trouvé Stanley Donwood qui épouse à merveille le propos ; schizophrénie, esprit balayé par les appels lumineux comme par des vagues de tempête. Monde qui passe, défile, se laisse emporter, refloue le sentiment. L’électronique est tout cela ; introvertie, aride ; mais parfois, cette observation du temps qui s’enfuit laisse place à un beau lyrisme, ou, surtout, à la mélancolie. La mélancolie est un sentiment que Yorke maîtrise depuis longtemps, il sait où elle l’amène. Il lui semble par ailleurs impossible d’être en colère, même s’il est pris entre deux feux et que les voitures lui roulent sur les pieds.

Le premier morceau est un bel exemple de stoïcisme « Yorkien » ou faux calme sous lequel couve l’excitation. Sit Down/ Stand Up est un sommet pour qui veut élucider le mystère psychique derrière la musique de Radiohead, mystère restitué partiellement ici. Il est là question d’effacement, de disparition, message mis en valeur par le jeu de piano de Jonny Greenwood qui ressemble à des signaux en Morse sur The Eraser. Comme s’il s’agissait de poster un télégramme.

Après cette mise en bouche quelque peu rêche, s’alternent et s’entremêlent différentes ambiances. La plus surprenante est sans doute fournie par le couple Black Swan / Skip Divided. La première a un groove rampant, aliénant. Elle est bien assez longue pour que l’on se transforme complètement en autre chose, et Thom, sans doute toujours le sourire aux lèvres, a dû le deviner en y creusant. L’osmose n’était pas évidente. Ce sentiment de peu d'évidence revient souvent au cours du disque, dont le matériau de base, il ne faut l’oublier, c’est trois notes de guitare ici et trois autres là. Skip divided est une plongée intime et étouffante. Ce chuchotement grave de chant est, somme toute, juste un nouveau jeu, de ceux qui seraient ailleurs horriblement narcissiques. Mais nous laissons tous les voitures rouler sur nos pieds. The Eraser apparaît, au travers de ces trois morceaux, sans prétention lyrique. Atoms For Peace, The Clock et And It Rained All Night confortent cette idée. Atoms For Peace est une autre “provocation” atone comme pouvait l’être le morceau Kid A (2000), sur lequel Thom exultait en live, devant tant de ce ce nihilisme joyeux dont il a le secret. And It Rained All Night introduit dans le disque le survoltage maladif de Idioteque. Et s’imbrique à merveille.

And It Rained All Night ou The Clock apparaissent comme balayées par un tourbillon alors que souvent, ailleurs, c’est la sensation d’étouffement qui prend le dessus. De ce côté-là, Godrich fait des merveilles sur Black Swan, Atoms… ou Skip Divided. Tous les morceaux, à leur manière sont plus riches que ce que l’on peut d’abord pressentir. Le jeu est de deviner combien de pistes contient The Clock, avec une mention spéciale à la percussion en bois. Véritables instruments se mêlent aux rythmes électroniques, produisent la dynamique.

L’ambition lyrique est ailleurs plus manifeste ; Analyse, Harrowdown Hill et Cymbal Rush font la part belle aux claviers qui progressent comme un brouillard d’automne dans la nuit de la capitale anglaise. Ces trois morceaux semblent s’élever en volutes au-dessus de l’agitation générale, dans le havre d’un ciel cependant envahit d’autres menaces. La liberté semble être retrouvée juste alors que le souvenir d’une mort inévitable frappe notre pauvre Thom quarantenaire. Cymbal Rush, son « morceau préféré », conclut cette méditation par une extraordinaire mélancolie.

Parution : juillet 2006
Label : XL Recordings
Genre : Electro
 
A écouter : The Clock, Black Swan, Harrodown Hill 


    8/10
    Qualités : Anxiogène,  soigné, poignant, audacieux


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