“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

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Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 31 janvier 2013

BUKE AND GASE - General Dome (2013)

O
intense/ludique
noise rock/avant-pop
 





 
Bjork a fait appel à de prestigieux artisans pour concevoir le Gameleste et d’autres instruments originaux et très imposants pour enregistrer son album Biophilia. Arone Dyer et Aron Sanchez, le duo américain derrière Buke and Gase, a fabriqué ses propres bâtards - un ukélélé baryton à six cordes et un hybride de guitare et de basse, appelés respectivement le buke ‘se prononce biouke’ et le gass ‘gace’.
Animé d’une solide passion pour les techniques appliquées à la création musicale, Aaron Sanchez a travaillé par le passé à la conception d’instruments pour le Blue Man Group. Arone Dyer évoque sans doute Merrill Garbus (TuneYards ) ou Annie Clark (St Vincent) mais aussi la Bjork punk-pop des débuts. Malgré leur recherche de nouvelles limitations musicales afin de créer un langage propice à la création, c’est la voix de Dyer qui permet à Buke and Gase de vraiment s'épanouir.  Elle en contrôle parfaitement tous les timbres, surtout lorsqu’elle atteint ses limites dans les aigus ; elle enroule tous les différents tons de ses cordes vocales autour d’un bouquet de règles musicales raides mais ludiques déterminées à la conception de l’album, et dont Buke and Gase ne va pas s’écarter tout au long des treize morceaux de General Dome. Déconstruction et reconstruction, symétrie, architecture ; leur musique en staccatos est très physique, répond d’abord à une nécessité mécanique – Houdini Crush est la formidable mise en route d’une machine atonale, vaguement métallique -  avant que naisse un échange rythmique à base de syllabes nerveuses et souvent surprenantes dans la voix de Arone Duyer.  Et finalement provoquer  l’épiphanie mélodique.
Function Falls, un EP enregistré en une semaine, alors que l’album était déjà terminé, comme un test de spontanéité et une étude sur le ‘contraste des textures’, agit comme un révélateur du son de Buke and Gase. On y trouve une reprise du tube club de New Order, Blue Monday, qui témoigne de leur énorme rigueur, de leur recherche d’une articulation originale, primaire, qui permettrait de reproduire les vibrations charnelles de la musique pop. Issus d’improvisations touffues, les morceaux du duo sont comme des joutes qui s’engagent entre  la harangue de Dyer, les deux instruments à cordes tout en tension rythmique et l’important résidu : percussions jouées au pied, gadjets électroniques, pédales d’effets et vocoder découvert avec l’enregistrement de General Dome.
Le buke et le gass semblent être un ingénieux prétexte médiatique pour embrasser le feeling propre aux albums enregistrés dans des périodes de transition et d’apprentissage de nouvelles façons de jouer. « Nous ne pouvons pas céder à la complaisance, car les instruments sont difficiles à jouer, ils nous limitent, et souvent nous avons moins de contrôle [que si c’était des instruments traditionnels] ». .  En réponse au challenge que constitue leur discipline particulière, ils avouent devoir travailler tous les jours à leur musique. Le buke et le gass peuvent s’ériger en blog rugissant, produire un son intimidant, qui ne fait rien pour départager l’un et l’autre des musiciens. Les voir en concert – ils jouent, c’est assez rare pour être remarqué, assis sur une chaise – permet de mieux saisir les dynamiques qui appartiennent à l’un et à l’autre, au-delà des contraintes dynamiques qu’ils se sont imposées.

mercredi 30 janvier 2013

GRAYSON CAPPS - The Lost Cause Minstrels (2011)





OO
rugueux, élégant
blues, country, rock

Grayson Capps est un homme capable de changer votre vision de la musique populaire, ou de réaffirmer votre désir de rester hors des sentiers battus. The Lost Cause Minstrels renforcera votre goût pour une musique américaine typée autant que pour des chansons fuyant tout cliché - Capps avoue ne pas se fier au genre « garçon rencontre fille et l’emmène danser », préférant se consacrer avec justesse aux tragédies et aux ironies de vies menées dans une flamboyante discrétion par tous ces personnages qui sont le malt de la poésie de bohème.

La musique de cet album, conçue en osmose avec sa compagne Trina Shoemaker (productrice chez Brandi Carlile, les Throwing Muses, James Otto, les Indigo Girls…) et son groupe totalement reconstitué pour l’occasion, a cette capacité à déborder des genres dans laquelle elle est établie – le blues, la country, le Dixieland et de façon plus singulière le classic rock des années 70 – pour se rendre accessible au plus large nombre. Et ce en dépit d’une attitude évoquant les rebelles chevelus Charlie Daniels, Lynyrd Skynyrd, Waylon Jennings ou David Allan Coe, dont on ne sait jamais si ils vont vous mettre un couteau sous la gorge ou vous chanter une chanson. Peut-être le fait de vivre à parts égales entre deux territoires, la Louisiane et l’Alabama, sa terre natale, ainsi que des études de philosophie ont pourvu Grayson Capps d’une capacité de réflexion qui s’illustre bien en interview.
C'est cette ambivalence qui fait de Grayson Capps l’un des musiciens roots américains les plus intéressants aujourd’hui. D’autant plus que The Lost Cause Minstrels est son meilleur album, celui sur lequel joue de ses forces avec un discernement renouvelé, et assemble un set d’une grande cohérence. C’est un album de guitare avant tout, dépeignant successivement, et avec subtilité les humeurs habituellement associées à ceux qui se jouent des ténèbres ; on pense au troubadour Townes Van Zandt, au blues du bayou de Howlin’Wolf, on y trouve les échos de la quiétude ténébreuse des chansons d’Hank Williams ou de Robert Johnson. Un sens du danger, une tension enivrante traversent HIghway 42 ou John The Dagger. C’est comme lorsqu’on se retrouve, au saloon, face à cet étranger couvert de poussière, sans savoir s’il va dégainer ou vous raconter sa vie pathétique et vous transmettre sa passion et sa sagesse d’homme itinérant. Avant que l’émotion ne nous rattrape avec Yes You Are, une belle leçon qui nous demande d’accepter ce que la vie ne nous a pas donné.
The Lost Cause Minstrels n’est pas un album trop rude : Capps se souvient de l’idéalisme de certaines de ses influences, des plaisirs imprévus et des expériences charnelles venues contrebalancer le fond spirituel que mérite toute chanson et qu’il a, pour sa part, hérité d’un père pasteur. No Depression enchaîne les improvisations torrides et évoque… Foxy Lady, de Jimi Hendrix.
On mélange saveurs amères et sucrées, comme dans un gumbo, ce mélange culinaire typique de la Nouvelle-Orléans, que l’on aurait transformé en frustration et en fantasme. La Nouvelle-Orléans est bien présente à travers les rythmes de second line et quelques floraisons de cuivres authentiques. L’apparition régulière d’harmonies vocales féminines d’une grande élégance renforce l’esprit de cohérence.
La chanson Coconut Moonshine évoque un certain Mr. Jim, qui est là chaque fois que Capps joue au club The Shad à Ocean Springs. C’est l’âme du lieu, toujours en train de siroter un cocktail maison qui ‘brûle les entrailles’. La musique abat la moitié du travail, avec le concours de cuivres inattendus, la voix un bon tiers, et cette histoire un peu indulgente de pilier de comptoir sur fond de lune évoquant une grosse noix de coco fait écho aux accents hobo de Blue Valentine (1978), l’album de Tom Waits, dans une ambiance transposée. De quoi éprouver une profonde satisfaction.

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