“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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Trip Tips - Fanzine musical !

mercredi 2 février 2011

Iron and Wine - Kiss Each Other Clean (2011)



Parution : janvier 2011
Label : 4AD
Genre : Folk alternatif
A écouter : Walking Far From Home

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Qualités : original, varié, onirique


L’un des principaux concurrents des Fleet Foxes est un barbu sans âge comparé à Paul Simon et qui porta un coup de maître en 2007 avec The Shepherd’s Dog. Avec cet album, il réinventa Iron and Wine en transportant ce qui était désormais un groupe dans un monde folk de sons mystérieux ou sa voix murmurait davantage qu’elle ne chantait. Au moment de Kiss Each Other Clean, l’aptitude de Sam Beam à écrire de belles chansons et à capturer des mélodies suffisamment ondulantes pour retenir l’attention ne fait plus aucun doute ; c’est un disque de qualité constante, extraordinairement arrangé. Les chansons de Beam nous transportent dans un rêve éveillé, un univers foisonnant où sa voix, l’une des plus irrésistiblement douces de l’Amérique, nous guide, sans véritable destination. La pochette est  parfaite ; il s’agit bien pour le créateur, presque couturier, de se tailler un vêtement environnemental tout en demeurant immobile, à peine frissonnant. Pour susciter la sensation d’un monde en mouvement, il utilise pléthore d’instruments, de rythmes, d’évocations musicales ; xylophone, saxophone, guitares saturées ou non, sons électroniques dosés au cordeau. C’est surtout folk et un peu funk ou africain, vaguement hanté par des images de la Louisiane stagnante, peu encline à la reconstruction post Katrina – une vision loin de la réalité.

Toute cette musique ressemble à un leurre ; il n’y a pour l’auditeur rien à saisir de consistant, les mélodies à profusion ne prennent pas d’épaisseur  mais flottent à quelques pieds du sol avant de retomber, comme une fausse invitation à plonger vraiment dans le mythe d'une Amérique insouciante et impressionniste. Kiss Each Other Clean est un disque ambitieux et complexe, mais plutôt que la recherche d’un souffle transcendantal (comme peut l’être un disque de Joanna Newsom) c’est un mirage touffu. L’étrange marasme peut rencontrer un certain succès lorsqu’il parvient à polariser tous les ingrédients nécessaires à cette fameuse marque Sam Beam désormais bien difficile à définir : c’est Rabbit Will Run. Une mélancolie qui triomphe d’ectoplasmes le menaçant de reprendre une simple guitare acoustique et de rentrer chez lui après un long voyage, ce qu’il semble peu disposé à faire. Il s’est longtemps démené pour faire tout l’inverse et se retrouver en lieux incertains, comme en témoigne ce disque. Sur ce canevas soigné mais éventé par trop de dispersion, la voix de Beam reste son plus grand atout. L’intensité dont il fait preuve nous convainc d’écouter quelques fois le disque, même si c’est parfois une expérience frustrante et déconcertante plutôt qu’un son qui vous fait nettement progresser vers où que ce soit. 

vendredi 21 janvier 2011

Interview Shannon Wright


 Voir aussi la biographie qui introduit cette interview.

Tu as dit une fois que faire de la musique c’était mettre ton cœur et ton portefeuille à nu sans rien recevoir en retour. C’est une belle phrase qui résume la difficulté qu’ont la plupart des artistes à s’en sortir aujourd’hui. D’où vient ton énergie pour faire une musique aussi juste et nécessaire ? 
Ecrire et jouer de la musique est une partie de ce que je suis. La musique m’a sauvé et réconforté tout au long de ma vie. La connexion instantanée que suscite la musique est une liberté par rapport au monde extérieur. On y met sa propre joie et sa propre tristesse. Bien sûr, j’ai besoin d’argent pour les concerts et pour enregistrer des disques parce que sans lui je ne pourrais pas envisager de continuer. Mais je ne peux vivre de ma musique.
Quelle a été ta première impulsion pour faire de la musique ?
Je ne peux pas me souvenir d’un temps ou il n’y avait pas d’impulsion à  faire de la musique. Il y a eu un moment important, quand, adolescente, j’ai découvert l’esthétique du « Do It Yourself » et ça m’a changé pour toujours. Des groupes comme les Minutemen, Pylon, les Fat Duo Jets, et ainsi de suite, n’avaient pas d’aspiration à être cool ou bien portants, ils avaient juste besoin d’exprimer leur identité. Je m’identifie vraiment à ce sentiment. J’étais très timide et le suis toujours. Jouer de la musique me donne la possibilité d’être moi-même. Je me considère comme faisant partie du public quand je joue, plutôt que comme lui étant supérieur. Je veux que les gens dans la salle et moi-même passent un moment spécial qui est seulement à nous. Une chose que nous expérimentons ensemble même si ce n’est que pour une heure de musique.
Comment définirais-tu ton son ?
C’est toujours une question très difficile. J’ai l’impression que comme songwriter ça vient d’un  sentiment honnête, ce n’est pas possible de le décrire car ce n’est pas dans tes mains.
Tes disques paraissent s’inscrire dans un seul mouvement mais lorsqu’on prend les morceaux séparément ils sont complexes et plein de personnalité. Penses-tu qu’ils aient davantage de différences entre eux ou de points communs ? 
J’écris en toute honnêteté. Il n’y a pas de concept ou d’impression qui va dicter la forme de la chanson. Ca vient comme c’est. J’écris à propos d’émotions que nous attrapons tout autour de nous. Donc, je suppose que chaque chanson a sa propre vie.

"ça vient d’un  sentiment honnête, ce 

n’est pas possible de le décrire car ce 

n’est pas dans tes mains"


Tu arrives à balancer une poésie dense et certains moments ou tout devient plus clair et direct. Est-ce une volonté de ta part ?
C’est la musique qui amène les mots. L’instrumentation de la chanson a sa propre vie, j’entends les mélodies dans ma tête. Parfois, les mots, mélodies, et l’instrumentation surviennent au même moment.
Qu’est-ce qu’il faut selon toi pour faire une bonne chanson ?
Pour moi c’est la sincérité. J’aime les musiciens qui créent leur propre son, ça signifie généralement qu’ils ne sont pas faux envers eux-mêmes. Même si le groupe n’est pas ma tasse de thé, je les respecte dans leur effort pour être eux-mêmes. Les groupes qui ne m’intéressent pas sont ceux qui sonnent comme tout le monde, qui jouent mal et qui sont souvent populaires. En tournée j’ai rencontré énormément de groupes et généralement des personnes gentilles et talentueuses. Les trous du cul qui démarrent à peine ont souvent toute l’attitude sans le fond qui va avec. En fait, j’ai joué avec un groupe comme ça la semaine dernière. Ils traînaient backstage, se sont bourrés et ont parlé d’eux-mêmes sans arrêt. Ils étaient d’un ennui mortel.
Crois-tu que faire des chansons tristes soit une forme de rébellion ou est-ce seulement un trait tenace de ta personnalité ? Est-ce ta façon de vivre dangereusement ?
Je ne trouve pas la tristesse dangereuse car c’est une émotion naturelle. C’est en chacun d’entre nous. Le problème c’est juste d’être assez brave pour la révéler
Contre quoi te bas-tu avec ta musique ? Menace diffuse ou concrète ?
Je me suis toujours vue comme marginale quand il s’agit de musique. Le marginal doit se battre pour être entendu. S’il y a une chose contre laquelle je me bats dans ma musique, c’est l’injustice. Enfant je me battais avec quiconque se montrait cruel ou injuste avec les autres. Ce genre de disgrâce m’enrage.
Les paroles décrivent t-elles quelque chose que tu as vécu ou bien une angoisse plus générale que chacun peut partager ? Essaies-tu de convaincre les gens ou de les confondre ? Considères-tu que susciter l’empathie de l’auditeur soit une façon de la mettre à contribution ?
Je n’ai pas d’histoire que je pourrais dire mienne. Je ne suis pas le narrateur de mes chansons. La meilleure récompense, c’est lorsque quelqu’un s’approprie l’une de mes chansons. Je ne ressens pas le besoin d’expliquer chaque phrase ou le sens de mes chansons parce que ça en retire le mystère. Ca me ramène à une interview d’un songwriter que j’aimais beaucoup. Il racontait l’histoire de l’une de ses chansons et la signification en était complètement différente de ce que je pensais que c’était. Je me suis sentie volée et après ça je n’ai plus jamais écouté la chanson de la même façon. Certaines personnes aiment savoir de quoi parle une chanson, mais pas moi.
As-tu jamais envisagé d’enregistrer un disque de pop-rock pour séduire plus de public ?
Non. 


"Certaines personnes aiment savoir de 

quoi parle une chanson, mais pas moi."

Pourquoi ce titre, Secret Blood ?
C’est juste une chose à laquelle j’ai songé un jour. Ma pensé qu’à la fin de la vie, le sang qui nous a traversé durant notre existence contient beaucoup d’histoires qui n’ont jamais été révélées.
Qu’est-ce que raconte précisément le disque ?
Je préfère que l’auditeur fasse du disque sa propre histoire.
Tu as créé un label exprès pour Honeybee Girls et Secret Blood après la disparition de ton ancien label Touch and Go. Qu’est ce que ça  a changé pour toi ?
La fermeture de Touch and Go a été dévastatrice pour tous les groupes qui y ont travaillé. J’étais sur ce label depuis 11 ans Et nous étions tous très proches et le sommes toujours. C’était le meilleur label aux Etats Unis et il n’y en aura jamais un autre comme celui-là. Après qu’il soit fermé, j’ai commencé à sortir mes disques par moi-même car passer par un autre label me semblait impossible.
Y-a-t-il des musiciens sans qui ta carrière ne serait pas ce qu’elle est et que tu souhaites remercier tout particulièrement ?
La plupart des groupes sur Touch and Go. Ceux qui m’ont le plus encouragée et inspiré sont Shipping News, Rachel’s et Shellac. Ils sont incroyablement encourageants et attentionnés envers moi. Ils m’ont donné une amitié dévouée et la confiance pour continuer à écrire et jouer quand j’ai commencé à parler d’arrêter.
Je remercie Shannon Wright, Guillaume et toute l’équipe de Vicous Circle.
Bertrand Redon
Les disques de Shannon Wright son distribués en France par Vicious Circle.
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