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lundi 30 novembre 2009

Sonic Youth - Rather Ripped (2006)







Parution2006
LabelGeffen
GenreRock alternatif
A écouterIncinerate, Do you Believe in Rapture, Pink Steam
°°
Qualitésrugueux, soigné
Sonic Youth renoue avec la joie d’exécuter des morceaux plus concis plutôt que des tableaux imposants et difficiles à manipuler. Voilà Rather Ripped, disque facile à appréhender, souple, rebondissant, plein de feu et de voix de Kim Gordon.
Ils sont au mieux de leur lucidité et de leur optimisme artistique avec Ripped.  Je ne sais pas s’ils ont parut aussi enthousiastes depuis leur troisième disque, Evol (1986). A cette époque, ils semblaient sympathiques et légèrement naïfs ; puis est venu Daydream Nation (1988), un double écrasant qui a marqué l’apogée et le déclin d’une vibe. Le son du groupe n’allait être que la somme de son travail, un carcan sans passion particulière – à nuancer selon les disques. Sous l’agressivité des guitares et les attitudes désinvoltes – la crise. Plus tard, avant A Thousand Leaves (1996), le groupe a quasiment disparu. Ce que je ressens en écoutant la plupart de leurs disques, c’est un problème de présence. On voulait les voir faire une erreur, juste pour le panache. Les entendre reprendre I Wanna Be Your Dog ou même Sweet Jane pour prouver leur affiliation à la musique rock et non à tous ces effrayants auteurs de livres abscons. Rather Ripped est donc le disque qui débloque Sonic Youth, qui le fait sortir de ses gonds, lui fait donner du plaisir à nouveau. Pour d’autres, c’est Sonic Nurse (2004), déjà, qui annonçait quekque chose, comme la résurgécence d’une exigence perdue, chez Sonic Youth.

Kim Gordon est bien présente, et il semble qu’elle sait pourquoi elle travaille. Elle qui, mentalité arty oblige, s’imaginait l’action même de chanter un morceau comme une chose purement conceptuelle, et l’enregistrement comme yune chose vraiment bizarre – pure invention de ma part, avec la partde vérité qui lui revient. Sur The Neutral, par exemple, elle est autre que cette partisane du tout construit, apparaissant passionnée et nue. Et puis, il y a le "What a waste/You're so chaste/I can't wait to taste your face." 
C’est difficile, on imagine, pour de tels penseurs du son de se convaincre que quelques accords soutenus peuvent vous donner la sensation de flotter et porter votre émotion. Sur Lights out for You, la tension s’apaise et il est plus difficile de trouver le ton juste. 

C’est dès lors une bonne chose que les morceaux les moins bruyants du disque sont d’aussi bonne qualité que les imposant Reena, l’insistant Incinerate ou l’aggressif Rats. Pink Steam renouvelle de belle manière ce que le groupe fait de plus progressif, parvenant pourtant à ne dispenser que l’indispensable – le titre du morceau faisant, comme il c'est souvent le cas, référence à l’œuvre d'un écrivain : ici, Didie Bellamy. Il est de notoriété suffisante que l’on peut utiliser les notes des pochettes du groupe comme listes de nouvelles lectures, tant elles sont truffées de références. 

What a Waste ou Reena nous convainquent que les Youth sont d’autant plus pertinents quant ils parviennent à condenser leur message, même s’il y a dans leur carrière de longues plages excellentes (Hits of Sunshine et Karen Koltrane sur A Thousand Leaves…). Ils retrouvent, en plus produit, les Tom Violence ou Shadow of a Doubt de Evol. Bien sûr, les temps ont changé, et il n’est plus nécessaire de laisser résonner les instruments comme dans un souterrain ou d’afficher la froideur sensuelle d’alors. Rather Ripped est un disque plus chaud que presque tout Sonic Youth. Même la progression rigoureuse de Pink Steam est envahie de lumière. 

Do You Believe in Rapture est sans doute le morceau qui fait la différence, justifiant le plus la progression du groupe vers un son plus doux et attirant.






jeudi 22 octobre 2009

Sonic Youth - A Thousand Leaves


Limiter Sonic Youth à son ère grunge, c’est comme limiter le Floyd à Syd Barrett. Bien sûr, Evol pou Goo était des albums délicieux, mais après un Dirty, Experimental Jet Set, Trash and No Star ou encore un Washing Machine en demi teinte, il est temps pour la formation de sonner à nouveau comme une terrible alternative à la pop. A Thousand Leaves est l’un de leurs meilleurs disques, celui qui les voit se débarrasser de considérations superflues et de compromis pour offrir un voyage froid et industriel, mais aussi sexy et organique comme un autre rejeton du Velvet Underground. Comme eux, Sonic Youth parvient ici à restituer un côté énigmatique et vaguement salace tout en faisant une musique murement réfléchie. Kim Gordon y incarne une Nico acculée dans quelques mètres carrés qui sentent le trouble et la fumée. Sur Female Mechanic Now On Duty, elle balance sur une base vibrante : "I want to shut you down, love your sight and sound ; I wanna spin you round till your underground…” Groupe adolescent ? Pas tant que ça. En fait, il se pourrait que la formation adulée en 1988 avec Daydream Nation n’ait jamais été aussi adulte. Ces questions peuvent paraître futiles, mais le problème semble se poser à nouevau à chaque étape de la carrière d’un groupe que l’on accuse parfois d’imposture. Dès le début de ce disque, que ce soit à travers le genre d’introduction glauque que constitue Contre le Sexisme ou avec le flamboyant Sunday, on ne peut qu’acclamer le talent évident de Sonic Youth qui semble avoir réappris un certain genre de spontanéité.

Les accords dissonants et les structures qui ont fait la réputation du groupe sont partout le prétexte d’une beauté en embuscade. Imprévisibles, les sonorités électriques qui empruntent au noise (rock du bruit) comme à l’après rock (post-rock) créent une ambiance cohérente, en son tapageur mais largement appréciable. Rien ne semble acquis au groupe, qui, on le sent, a évité les sentiers balisés de par sa propre carrière – ils auraient pu répéter Daydream Nation, engager d’autres rappeurs ou devenir trublions politique pour de bon. Plutôt que cela, ils ont trouvé le moyen d’écrire de nouvelles chansons passionnantes et intimistes, qui font la part belle au talent de Gordon pour ce qui est de l’interprétation fiévreuse. Elle contribue beaucoup au succès de l’expérience, avec Female Mechanic…, French Tickler ou Heather Angel. Et malgré quelques plages cérébrales, des titres comme Wildflower Soul offrent une balance parfaite en empruntant à la pop. Les longueurs de Wildflower Soul, Hits of the Sunshine ou Karen Koltrane sont toujours justifiées. Très écrit, le disque offre bien des retournements, loin de la langueur dans laquelle on craint toujours de voir tomber Lee Ranaldo et Thurston Moore.

C’est donc loin de la popularité que Sonic Youth travaille le mieux. Groupe hésitant et plus respectueux de son public qu’on l’air de le penser certains – il fait un peu figure de penchant américain à Radiohead – il semble qu’ils aient tenté une nouvelle fois de se mettre en danger. Le choix récent de quitter Geffen pour un label indépendant est encore une manière de prendre le large, même si cela a donné le bien décevant The Eternal. Ce dernier étant du Sonic Youth classique, en somme, pour un groupe qui n’est vraiment excitant que lorsqu’il sort un peu de ses gonds - déjà pleins de jeu.

  • Parution : 12 mai 1998


  • Label : DGC


  • Producteur : Wharton Tiers avec Sonic Youth


  • A écouter : Sunday, French Tickler, Wildflower Soul



  • Appréciation : Méritant
  • Note : 7.50
  • Qualités : bruitiste, habité, sombre

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